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Sierra Torride (Two mules for Sister Sara) – de Don Siegel – 1970

Classé dans : 1970-1979,EASTWOOD Clint (acteur),SIEGEL Don,WESTERNS — 30 avril, 2014 @ 13:46

Sierra Torride

C’est un drôle de western que signe Siegel. Quelques mois avant d’offrir à Eastwood deux de ses rôles les plus marquants (Dirty Harry et le soldat mysogine des Proies), le réalisateur joue avec l’image que le films de Leone ont donné à son acteur.

Dès les premières images, la musique inoubliable de Leone affiche la parenté avec les westerns spaghettis. L’influence leonienne est constante, mais Siegel s’en amuse, prenant ses distances pour signer un film qui porte véritablement sa marque, notamment dans le soin des cadres. La séquence générique souligne ainsi l’ambition formelle du cinéaste, qui enchaîne les plans extraordinaires mettant en valeur la place de l’homme dans une nature belle et sauvage où les animaux sont au premier plan.

La première image du générique est particulièrement marquante : une silhouette en ombre chinoise qui se profile sur un crépuscule rougeoyant qu’Eastwood lui-même citera ouvertement au début et à la fin de son chef d’œuvre, Impitoyable, qu’il dédiera d’ailleurs à Siegel (ainsi qu’à Leone).

Formellement, la suite est plus inégale, avec toutefois quelques passages parfaitement réussis. Pas forcément les plus spectaculaires, comme l’attaque finale, qui étonne par ses parti-pris violents, et ses étonnants excès gores. Le plus beau plan, c’est un passage extrêmement simple : l’arrivée de Clint et Shirley dans un village, filmée par un très élégant panoramique qui accompagne les acteurs et passe sous un pont avant de s’ouvrir vers la vie du village.

Le cœur du film, sa seule raison d’être même, c’est l’improbable association du solitaire Hogan (Clint) avec une nonne mystérieuse qu’il sauve d’un viol collectif, jouée par la pétulante Shirley MacLaine. C’est à leurs face-à-face décalés qu’on doit les meilleures scènes du film, à cette confrontation de deux mondes que tout oppose.

Dès leur rencontre, cette opposition donne un ton unique au film : cette séquence où, sous un soleil assommant, la jeune femme décide d’enterrer comme il se doit les malfrats qui l’auraient tuer, devant un Hogan bien décidé à ne pas se laisser dicter sa conduite. Impassible, jusqu’à ce que la « sœur » se mette à bénir les tombes avec l’eau de sa gourde… La surprise de Clint, à ce moment, est irrésistible, comme les regards plein de désirs, mais résignés, qu’il porte sur sa jolie compagne de voyage.

Le film manque par moments de rythme, et le scénario semble parfois se limiter à une succession de scènes maladroitement rattachées les unes aux autres : la rencontre, puis les soldats, puis les Indiens, puis le train à faire dérailler… Autant de chapitres assez plaisants, mais reliés par une intrigue dont Siegel lui-même se désintéresse visiblement. Cette « cause » dont on parle constamment, le réalisateur s’en moque gentiment. Un rien cynique, il paraît adopter la philosophie de Hogan, entièrement basée sur les plaisirs simples de la vie. Ce qu’il nous fait espérer, ce n’est pas que les Juaristes s’imposent, mais que Hogan emballe la fille…

• Blue ray de bonne facture, mais sans le moindre bonus, chez Universal.

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