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Archive pour le 10 avril, 2014

The County Fair (id.) – de Maurice Tourneur – 1920

Posté : 10 avril, 2014 @ 1:46 dans 1920-1929, FILMS MUETS, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

The County Fair 1

Charmante romance adaptée d’une pièce à succès de Neil Burgess, visiblement très en vogue au début du 20ème siècle, ce muet de Maurice Tourneur se situe dans une petite ville de l’Amérique profonde où la modernité arrive doucement, mais qui ressemble encore énormément aux petites villes du 19ème. Une Amérique déjà d’un autre temps, mais que Tourneur filme comme un paradis sur le point d’être perdu : les rares signes de modernité, en l’occurrence l’apparition d’automobiles entre les mains des riches notables détestables, sont montrés comme des menaces.

C’est un feel-good movie que signe Tourneur, avec cette double histoire d’amours menacées, mais on imagine dès le départ qu’elles finiront bien : une jeune femme et sa tante vieillissante, qui attendent désespérément qu’un petit ouvrier agricole et un petit homme jovial et timide les demandent en mariage, mais qu’un riche propriétaire et son fils convoitent, menaçant de les expulser de leur ferme si elles n’acceptent pas de les épouser.

Il y a quelque chose de la lutte des classes que met en scène Tourneur avec ces deux triangles amoureux. Trois, même, si l’on compte la romance contrariée de ce gamin qui tente de séduire une jeune fille, qui le laisse en plan pour roucouler avec un autre gosse qui, lui, peut lui payer la limonade dont elle a envie. Pas d’angélisme ni de naïveté, d’ailleurs : si les couples heureux finissent par se former, c’est grâce à cet argent qui leur manquait tant, et qui finit par arriver grâce au jeu.

Outre le rythme du film, sans le moindre temps mort, Tourneur excelle à rendre vivante cette communauté, en multipliant les petites détails, souvent anodins, qui donnent une matière incroyable au moindre second rôle. Les gestes quotidiens de Sally à la ferme, les rêveries d’un gamin à l’église, les paroissiens qui déposent leurs cigares sur une barrière pour les retrouver après l’office… Ce film en apparence très léger trouve toute sa valeur dans ces détails qui en font une œuvre plutôt délicate et sensible.

• Le film fait partie du coffre « Hommage à Maurice Tourneur » édité chez Bach Films, avec une image d’une qualité hélas très discutable.

Un flic – de Jean-Pierre Melville – 1972

Posté : 10 avril, 2014 @ 1:38 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, MELVILLE Jean-Pierre | Pas de commentaires »

Un flic

Ultime film de Melville, qui revient au dépouillement absolu et à l’abstraction du Samouraï, son chef d’œuvre. Le cinéaste retrouve d’ailleurs son acteur le plus symbolique : Delon, royal dans la peau de ce flic comme il l’était dans celle du tueur solitaire. Parce que les deux hommes, finalement, ne sont pas si éloignés. Même s’ils se situent de part et d’autre de la loi, ils incarnent une même vision de l’humanité : solitaire, taiseuse, et vivant en marge de la société.

Dès la première apparition de Delon, en plans brefs que le montage intercale dans un long braquage de banque à des centaines de kilomètres de Paris, quelques rares mots prononcés en voix off soulignent le quotidien de ce flic, qui entre en fonction en fin de journée sur les Champs Elysées, mais qui n’existe vraiment que lorsque Paris s’endort…

Delon le flic partage ses nuits avec un coéquipier (Paul Crauchet) avec lequel il n’échange pas le moindre mot. Les rares fois où il semble vivre enfin, c’est lorsqu’il s’éloigne de ces appels téléphoniques qui se suivent sans fin, et qu’il côtoie celui et celle dont il ne sait pas encore qu’ils sont les cerveaux du braquage, propriétaires d’un club de nuit où il a ses habitudes.

Lui, c’est Richard Crenna, le futur colonel Trautman de Rambo, dont le regard laisse transparaître les rêves perdus et surtout le destin inéluctable. Elle, c’est Catherine Deneuve, qui parvient à donner une aura tragique à ce personnage quasi muet et totalement en retrait.

D’ailleurs, tous les personnages sont en retrait, et n’existent vraiment que dans les silences, plus que dans n’importe quel film depuis Le Samouraï. Comme s’il pressentait qu’Un  Flic serait son dernier film, il en fait une œuvre-somme, où l’on retrouve son goût pour les chapeaux et les pardessus, pour les lieux nocturnes où flics et gangsters partagent les mêmes valeurs, et pour les silences qui en disent long.

Il y a bien quelques dialogues, rares et faussement explicatifs. Mais ce sont les silences et les regards qui marquent le plus dans ce sommet du cinéma melvilien. Un regard compréhensif entre le flic et un travesti. Puis, plus tard dans la nuit, un autre regard, dur et résigné, entre les deux mêmes… Melville multiplie les gros plans pour coller à l’évolution des personnages. Avec ces visages pas si impassibles, c’est l’inéluctabilité du drame en marche qu’il met en valeur.

Meurtre mystérieux à Manhattan (Manhattan Murder Mystery) – de Woody Allen – 1993

Posté : 10 avril, 2014 @ 1:32 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Meurtre mystérieux à Manhattan

Après sa rupture avec Mia Farrow, Woody Allen retrouve Diane Keaton, qu’il n’avait plus dirigée depuis un petit rôle dans Radio Days, pour ce qui reste l’un des sommets de sa veine la plus légère. Les bons mots et les dialogues irrésistibles se succèdent à un rythme incroyable, et l’hommage à Hitchcock, déjà présent dans d’autres films (Crime et délits surtout) est ici au cœur même de l’histoire.

On pense évidemment à Fenêtre sur cour, avec cette histoire d’une bourgeoise qui s’ennuie un peu dans son couple, qui se persuade que la mort de leur charmante voisine n’a rien d’accidentel, et que le mari l’a assassinée. Woody Allen signe d’ailleurs un authentique suspense qui tient remarquablement bien la route… même s’il n’oublie jamais de prendre ça avec beaucoup de dérision.

Et le film est à mourir de rire, porté par un couple d’acteurs qu’on prend un plaisir fou à retrouver. Le personnage de Diane Keaton pourrait bien être une sorte de Annie Hall avec quinze ans de plus, désireuse de retrouver la liberté et la folie de ses jeunes années. Quant à Woody, il retrouve la veine burlesque de ses débuts lors de quelques séquences géniales, particulièrement une leçon de poker avec Anjelica Huston où il marche dans les pas de Groucho Marx.

Manhattan Murder Mystery est ce qui ressemble le plus à une comédie policière, dans la filmo de Woody Allen. Malgré la légèreté du propos, il n’en oublie pas pour autant d’apposer sa marque avec les thèmes qui lui sont chers : la difficulté de vivre en couple (version plutôt optimiste cette fois, malgré l’actualité de sa vie privée), son amour pour New York (le film s’ouvre avec le « I happen to love New York » de Cole Porter) et sa cinéphilie.

Outre l’hommage à Hitchcock, Woody Allen parsème son film de références aux grands films noirs hollywoodiens. Ce qui donne notamment un hommage ébouriffant à La Dame de Shanghai d’Orson Welles, où la mythique scène des miroirs semble sortir de l’écran pour se rejouer en direct dans la salle de cinéma. Une mise en abîme qui résume bien ce qu’est Meurtre mystérieux à Manhattan : une déclaration d’amour au cinéma, l’art qui rend la vie plus belle…

Ida (id.) – de Pawel Pawlikowski – 2013

Posté : 10 avril, 2014 @ 1:28 dans 2010-2019, PAWLIKOWSKI Pawel | Pas de commentaires »

Ida

Découvert par un large public (et par moi-même) avec le sublime La Femme du Vème, un film de commande adaptaté d’un roman du populaire Douglas Kennedy dont il a tiré une œuvre profondément personnelle, le Polonais Pawel Pawlikowski n’avait encore jamais tourné dans son pays d’origine. C’est chose faite avec ce Ida, mais les retrouvailles n’ont rien de chaleureuses : avec ce très beau film tourné dans un noir et blanc dépouillé, le cinéaste plonge dans les tréfonds du traumatisme polonais de la deuxième guerre mondiale.

Au début des années 60, une apprentie nonne sur le point de prononcer ses vœux part sur les traces de son mystérieux passé : comment ses parents sont-ils morts durant la guerre ? où leurs corps sont-ils enterrés ? pourquoi sa tante, magistrate alcoolique, ne lui a-t-elle jamais rendu visite ? C’est avec elle, dernier membre vivant de sa famille, que la jeune Ida part sur les routes, découvrant pour la première fois la vie extérieure.

Ida la pieuse et sa tante la débauchée n’ont apparemment rien en commun. Elles sont pourtant le fruit d’un traumatisme abyssal auquel la société polonaise de ces années-là semble refuser de faire face, privées toutes deux de leur âme. La jeune femme, enfermée dans un couvent catholique depuis son plus jeune âge, découvre qu’elle est née juive, et que ses parents ont été tués par des paysans qui les ont cachés des Nazis jusqu’à ce qu’ils représentent un risque trop grand pour leur propre survie.

Ce que cette quête met en valeur, ce sont les horreurs que, quinze ans plus tard, ces Polonais portent en eux comme un fardeau inépuisable. D’une beauté éthérée, comme le visage de la jeune Agata Trzebuchowska. Mais aussi d’une beauté troublante dissimulant mal une profonde douleur, comme celui de Agata Kulesza.

Le film de Pawlikowski ne condamne jamais ces habitants lambda qui, pour survivre, se sont transformés en monstre. Mais il amène tous ses personnages à ouvrir les yeux sur le monde, et sur ce qu’ils sont, à tomber le voile qui faisait mine de les protéger. Certains n’y survivront pas. D’autres pourront affronter la vie, conscients de leur fardeau. Le dernier plan, sublime (qui renvoie étrangement à l’hypnotique première image du Cheval de Turin) illustre parfaitement cette ambiguïté d’un personnage condamné, mais libéré.

Les Finances du Grand Duc (Die Finanzen des Grossherzogs) – de Friedrich Wilhelm Murnau – 1924

Posté : 10 avril, 2014 @ 1:19 dans 1920-1929, FILMS MUETS, MURNAU Friedrich W. | Pas de commentaires »

Les Finances du Grand Duc

L’un des films les plus méconnus, et les plus curieux de Murnau. Tourné juste après Nosferatu (on retrouve d’ailleurs l’étrange Max Schreck dans le petit rôle de l’un des bandits), Les Finances du Grand Duc est une petite chose étrange, joyeuse et pleine de vie. Un film imparfait et assez anecdotique, mais parfaitement rythmé, et qui ne se prend pas au sérieux.

L’histoire de ce souverain oisif d’un minuscule duché au milieu de la Méditerranée a été co-écrite par Thea Von Harbou, l’indispensable complice des chefs d’œuvre muets de Lang. On retrouve d’ailleurs les multiples rebondissements et l’aspect feuilletonant qui marquent nombre de ses films.

Mais cette fois, l’histoire est inutilement complexe, et s’avère même parfois franchement obscure. Le film a-t-il été tronqué depuis sa sortie, ou est-ce réellement un problème de scénario ? J’ai beau avoir vu le film pour la troisième fois, certains aspects en restent difficilement compréhensibles.

Pourtant, ça fonctionne parfaitement. Avec un sourire constant, Murnau multiplie les rebondissements, met en scène des personnages excessifs, et frôle par moments la caricature… Son héros est un enfant gâté qui a plus de cœur que de courage, et dont le but est d’épouser une comtesse russe qu’il ne connaît visiblement pas, mais qui se trouve avoir une fortune qui lui permettrait de sauver son petit royaume de la ruine.

L’histoire n’est pas vraiment sérieuse. On ne s’étonne pas alors de voir une course de lévriers à l’intérieur d’une maison, un gentleman se transformer en monte-en-l’air (Alfred Abel), ou un illuminé élevant un singe chez lui et arborant une tête de lion… Avec cette comédie pleine de vie, Murnau signe une vraie curiosité, dans une filmographie généralement nettement plus portée vers le drame et l’émotion.

 

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