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Archive pour le 5 avril, 2014

La Foule (The Crowd) – de King Vidor – 1928

Posté : 5 avril, 2014 @ 3:57 dans 1920-1929, FILMS MUETS, VIDOR King | Pas de commentaires »

La Foule 3

Avec La Foule, King Vidor signe sans doute son plus grand film, un monument du muet, d’une beauté sidérante. Rien à jeter, rien d’approximatif, rien de trop dans ce chef d’œuvre absolu qui réussit à être à la fois terrible et optimiste.

C’est le destin d’un couple d’Américains moyens, qui tente de trouver une place dans l’immense foule de New York, entêtante et aliénante. Le héros, John Sims (formidable James Murray) est né le 4 juillet 1900, tout un symbole. Sans aller jusqu’à l’appeler John Smith (on en est pas loin, quand même), Vidor en fait le symbole d’une certaine Amérique : un homme pour qui le père rêvait d’une destinée hors du commun, un homme sûr d’être promis à un avenir extraordinaire, et qui part tenter sa chance dans la Grosse Pomme, persuadé que la métropole lui tend les bras. Comme 7 millions d’autres personnes comme lui…

Exceptionnel dans sa forme, grâce à une mise en scène sublime, La Foule est aussi un film d’une grande modestie dans le fond. John Sims a beau vouloir s’élever au-dessus de la foule, cette dernière finit toujours par le rattraper, par le remettre dans la bonne direction. Au sens propre : lorsqu’il se permet de se retourner dans un ascenseur, il est immédiatement rappelé à l’ordre, et invité à respecter son rang dans cette foule immense qui n’est constituée que d’anonymes.

La Foule 1

Le film se déroule sur plusieurs années, le temps qu’il faudra à John Sims pour réaliser que le bonheur ne se situe pas forcément en dehors de la foule, et qu’il lui faut y trouver une place qui est la sienne. Réaliser aussi que tout ce qu’il attend est déjà là : une famille aimante, et surtout une épouse merveilleuse. Dans le rôle de cette femme à peu près parfaite, Eleanor Boardman est absolument magnifique, à la fois déterminée et d’une douceur renversante. C’est tout simplement l’un des plus beaux couples de l’histoire du cinéma…

Beau à pleurer (et je ne m’en suis pas privé), La Foule met franchement à mal le fameux rêve américain, selon lequel chacun peut devenir président, ou tout au moins devenir quelqu’un d’important s’il sait saisir les opportunités. Derrière cette superbe et déchirante histoire d’amour, derrière les tragédies aussi, Vidor filme un pays qui n’offre pas vraiment d’opportunité, et qui se moque des individualités : une scène, terrible, montre Sims tenter de faire taire la ville pour respecter le repos de sa fille gravement malade… La ville, évidemment, ne cille même pas.

Beaucoup plus ancré dans la réalité de son époque que les grands mélos de Borzage de ces années-là, ou plus tard les classiques de Capra, La Foule réussit un petit miracle : être une critique dure et sans concession de la société américaine, tout en étant une histoire d’amour euphorisante. Comme L’Aurore ou comme L’Heure suprême (autant de films tournés entre 1927 et 1928), La Foule est l’un des plus beaux films du monde.

• Le film a été l’un des premiers à avoir droit à une édition DVD « luxe » chez Bach Films, il y a quelques mois (avec Les Rapaces, A Fool there was et Le Vent) : un beau coffret carton, quelques lobby cards, un petit livret consacré à King Vidor par Jean-François Rauger, et en bonus un portrait plutôt intéressant du cinéaste par Jean-Loup Bourget, qui évoque également le film. Bach Films a une qualité formidable : sortir de l’oubli des films muets jusqu’alors introuvables en DVD. L’éditeur a aussi un défaut récurrent : utiliser des copies parfois très abîmées, sans le moindre travail de restauration. Même si on est loin de la qualité qu’offrent certains éditeurs (comme Carlotta avec L’Aurore ou L’Heure suprême, notamment), La Foule reste tout à fait regardable. La musique d’accompagnement, par contre, purement technique, est assez indigeste.

L’Horloger de Saint-Paul – de Bertrand Tavernier – 1974

Posté : 5 avril, 2014 @ 3:45 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, TAVERNIER Bertrand | Pas de commentaires »

L’Horloger de Saint-Paul

Premier film de Bertrand Tavernier, qui tourne entièrement en décors réels dans sa ville de Lyon. Avec Pierre Bost et Jean Aurenche (à qui il rendra un bel hommage dans Laissez-passer, des années plus tard), Tavernier transpose dans la France de 1974 le roman américain de Simenon L’Horloger d’Everton. Simenon lui-même doutait de l’opportunité d’une telle adaptation. Mais Tavernier le passionné a su le convaincre. Avec raison : le film est une totale réussite.

Philippe Noiret, déjà tête d’affiche pour celui qui allait devenir son réalisateur de prédilection, interprète un horloger sans histoire qui mène une vie simple et sans histoire, jusqu’au jour où il apprend que son fils, qu’il a élevé seul après le départ de sa femme, est recherché pour avoir tué un patron pourri. Alors que la police enquête, lui tente de comprendre un fils qui s’est éloigné de lui au fil des années…

Noiret est bouleversant dans le rôle de ce père totalement paumé qui assiste, impuissant, à la déroute d’un fils inconnu mais qu’il aime par-dessus tout. Un fils auquel il s’ouvre de plus en plus, devenant celui que la bonne société ne comprend plus. Symbole de cet ordre établi, Jean Rochefort est lui aussi excellent, en particulier lors de ses moments de trouble, face à ce père du suspect dont il ne comprend plus les réactions paternelles. Ses face-à-face avec Noiret sont de purs plaisirs de cinéma.

La grande force du film est d’avoir su imbriquer à ce point l’intimité de cette relation père-fils pleine de non-dits, et une critique violente et sans concession d’une France embourgeoisée qui préfère ses voitures à sa jeunesse. Le dialogue final entre Noiret et son pote Antoine (excellent Julien Bertheau), émouvant et particulièrement fort, vient crever ce sentiment d’étouffement qui pèse depuis l’irruption de la police, au début du film.

L’Horloger de Saint-Paul a obtenu le prix Louis Delluc. Amplement mérité.

Les Croix de bois – de Raymond Bernard – 1932

Posté : 5 avril, 2014 @ 3:42 dans 1930-1939, BERNARD Raymond | Pas de commentaires »

Les Croix de bois

Cette adaptation d’un roman de Roland Dorgelès est d’un réalisme saisissant. En suivant au plus près le quotidien d’un jeune étudiant engagé volontaire, qui se retrouve soudainement au cœur des combats, sans y être vraiment préparé, Raymond Bernard nous plonge au cœur du chaos. Des explosions et détonations au loin, des batailles dont on n’a qu’une vision tronquée et souvent incompréhensible, des enjeux grotesques, des morts par dizaines pour avancer de quelques mètres et reprendre un village dont il ne reste que des ruines, ou un cimetière aux trous béants qui semble n’attendre que ces soldats perdus…

La Grande Guerre est encore fraîche dans les esprits, et plusieurs comédiens ont réellement connu l’enfer des tranchées : Pierre Blanchar lui-même, mais aussi Charles Vanel et Antonin Artaud, que l’on avait déjà vu dans Verdun, vision d’histoire. Raymond Bernard a d’ailleurs choisi de tourner dans des décors réels, recreusant des tranchées dont il restait encore des traces profondément marquées.

Le film est une chronique de la guerre, et ne raconte pas à proprement parler une histoire. Mais le cinéaste utilise pleinement le langage cinématographique. Le son encore jeune pour commencer, qui tient une place prépondérante (les explosions omniprésentes, le cri de ce soldat blessé abandonné dans le no man’s land, les coups de pioches des Allemands qui creusent une galerie sous la tranchée…). Mais aussi le montage et les gros plans qui soulignent constamment la peur, et même les surimpressions, utilisées pour invoquer la mort, elle aussi omniprésente.

Raymond Bernard excelle à faire ressentir cette peur, et la proximité de la mort. Même dans les quelques moments d’accalmie, où la vie semble reprendre ses droits.

Grand cinéaste, Bernard est peut-être moins à l’aise ici lorsqu’il s’agit de diriger ses acteurs. Dans les scènes dialoguées, en tout cas, trop souvent faites de tirades romantiques à l’excès, que Pierre Blanchar surtout débite avec une emphase imbuvable. Mais dans ses silences, l’acteur, comme l’ensemble de la distribution, est formidable.

La Somme de toutes les peurs (The Sum of all fears) – de Phil Alden Robinson – 2002

Posté : 5 avril, 2014 @ 3:38 dans 2000-2009, ROBINSON Phil Alden | Pas de commentaires »

La Somme de toutes les peurs

Plus de dix ans avant The Ryan Initiative, le héros créé par Tom Clancy a eu droit à un premier « reboot ». Alors que l’on croyait la franchise enterrée, huit ans après le dernière film en date (Danger immédiat), le producteur Mace Neufeld revenait aux premiers pas du personnage, lui offrant une cure de jouvence (Ben Affleck succède à Harrison Ford, hélas), pour une histoire très semblable à celle du chef d’œuvre de John McTiernan A la poursuite d’Octobre Rouge. La démesure des années 2000 en plus.

Phil Alden Robinson est un réalisateur qu’on aime bien sur un ton un peu léger : on lui doit le magnifique et capraesque Jusqu’au bout du rêve, et le fort sympathique Les Experts. Ici, il fait le job le plus souvent, bien mieux en tout cas que le fort fade Philip Noyce pour les deux films précédents. Mais lorsque les enjeux deviennent trop grands, à partir de la moitié du métrage, il n’est clairement plus à la hauteur : son style trop sage ne souligne jamais l’horreur de la situation et l’ampleur de la menace qui pèse sur le monde…

Pour résumer la situation, c’est un peu les rapports Est-Ouest d’Octobre rouge (Jack Ryan, seul à voir le vrai visage de celui que tout le monde voit comme l’ennemi à abattre), mais à l’échelle de la crise des missiles de Cuba, référence historique clairement évoquée tout au long du film. Dans la dernière partie, c’est rien moins qu’une troisième guerre mondiale que Ryan doit éviter.

On n’y croit pas vraiment, pas plus qu’on ne croit en la suprême intelligence d’un Ryan campé par un Ben Affleck dont on a un peu plus de mal à dire du mal, depuis qu’il est devenu un excellent réalisateur, mais dont les qualités d’acteur sont tout de même souvent très discutables.

Cela dit, les acteurs ne sont pour la plupart pas très bien utilisés. Il y a pourtant des gueules qu’on aime beaucoup : Ciaran Hinds, Liev Schreiber, Morgan Freeman, Bruce McGill, James Cromwell, Philip Baker Hall… Mais leurs rôles, trop caricaturaux, ne leur permettent pas de révéler tout leur talent. Seul Michael Byrne (savoureux méchant de Indiana Jones et la dernière croisade) rend fascinant son personnage d’éminence grise mystérieuse du président russe.

Bancal et pas vraiment convainquant dans sa seconde moitié, le film a quand même ses bons moments. Toute la première heure, notamment, est assez réjouissante, et colle parfaitement à l’esprit des romans de Tom Clancy : Ryan, jeune analyste de la CIA habitué au travail de bureau, confronté malgré lui aux réalités du terrain et à des enjeux soudain tangibles. Robinson y instille une bonne dose d’humour. Il y est clairement plus à l’aise que dans le film apocalyptique, avec lequel flirte trop allégrement la seconde partie.

•  Paramount a édité un coffret, DVD ou blue ray, regroupant les quatre premiers films consacrés à Jack Ryan (A la poursuite d’Octobre rouge, Jeux de guerre, Danger immédiat et La Somme de toutes les peurs), avec des interviews d’époque plutôt intéressantes, consacrées à la gestation des films.

Brigadoon (id.) – de Vincente Minnelli – 1954

Posté : 5 avril, 2014 @ 3:31 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, MINNELLI Vincente | Pas de commentaires »

Brigadoon

La comédie musicale n’est pas exactement le genre le plus couru de ce blog. Mais j’ai toujours eu pour ce Brigadoon une tendresse particulière. C’est un chef d’œuvre enchanteur qu’a signé Minelli, jetant un pont entre le rêve et la réalité (au sens propre comme au sens figuré).

Gene Kelly et Van Johnson (excellent mais inattendu dans un tel rôle, pour lequel on aurait plutôt imaginé Donald O’Connor, le comparse de Kelly dans Chantons sous la pluie) sont deux chasseurs perdus dans les Highlands, qui découvrent par hasard un village qui ne figure pas sur les cartes. Ils y découvrent des habitants qui semblent hors du temps, totalement heureux, et fermés aux malheurs du monde. Ils finissent par découvrir la vérité : un miracle a fait de ce village, Brigadoon, une bulle en dehors du temps, qui n’apparaît qu’une journée tous les cent ans…

Envisagé en extérieurs en Ecosse, le film a finalement été tourné en studio, la météo peu clémente des Highlands ayant découragé les producteurs. Mais ce choix de repli se révèle payant : les décors, la brume, la lumière… Minelli filme une Ecosse fantasmée qui convient parfaitement à l’histoire, et à ce village, comme sorti d’un songe.

Brigadoon, c’est le paradis perdu, un idéal de vie. Le symbole de l’amour absolu, que trouve Gene Kelly en la personne de Cyd Charisse. Là, tout n’est que fête, amitié, chansons, danses, légèretés… Un pur décor de comédie musical, en somme. Tout dans la mise en scène, dans les chorégraphies, dans les poses de Cyd et les sourires de Gene, évoque le bonheur parfait, et l’harmonie.

Pourtant, Minelli glisse un grain de sable dans ce bonheur parfait : un jeune homme qui, seul, se sent prisonnier de ce village trop idyllique dont les habitants ne peuvent pas sortir sous peine de rompre l’enchantement et de faire disparaître le village. Un jeune homme qui ne rêve que de voler de ses propres ailes, et tente de partir. Personne ne lui veut de mal bien sûr, mais tout le monde essaie de l’arrêter, et le jeune homme se fait tuer. Un accident, mais on se met d’accord pour ne plus même en parler. Comme s’il n’avait jamais existé.

Et puis, effectivement, on n’en parle plus. La légèreté, l’amour, le rêve, la musique et la danse reprennent leurs droits. La communauté parfaite a été sauvée, au prix fort pour le seul individualiste du village. Malgré l’amour fou, malgré le happy end miraculeux, ce « prix à payer » laisse un arrière-goût amer à ce magnifique feel-good movie.

Bonnes funérailles, amis, Sartana paiera (Buon funerale, amigos!… Paga Sartana) – de Anthony Ascott (Giuliano Carnimeo) – 1970

Posté : 5 avril, 2014 @ 3:25 dans 1970-1979, ASCOTT Anthony, CARNIMEO Giuliano, WESTERNS | Pas de commentaires »

Bonnes funérailles, amis, Sartana paiera

Sartana est l’une de ces figures cultes qui symbolisent le western européen. Moins connu du grand public que Django, le personnage relève de la même logique, qui n’en est pas vraiment une : les différents films de la « série » des Sartana n’ont pas grand-chose à voir les uns avec les autres, et n’ont pas forcément les mêmes interprètes (ici, c’est le raide mais intense Gianni Garko qui s’y colle). Seul point commun : une silhouette toute de noir vêtue, la blondeur et le regard bleu acier incontournables depuis la naissance du genre (un certain Clint Eastwood est passé par là).

On retrouve dans ce Sartana au titre franchement improbable tous les ingrédients inhérents au spaghetti : une violence extrême, et surtout un étonnant mélange d’ultra-réalisme et de fantasme. Il y a toutefois quelques idées originales et séduisantes dans le film de Giuliano Carnimeo : la place réservée à la communauté chinoise, et une vraie volonté de surprendre dans les scènes de violence (le guet-apens aux troncs d’arbre, l’utilisation explosive de la mine…).

Sans sortir de l’anonymat d’un genre particulièrement foisonnant, Bonnes funérailles, amis, Sartana paiera est une petite réussite franchement plaisante, et pas dénuée d’humour.

• Le DVD vient d’être édité dans la belle collection « Western européen » d’Artus Films, avec une présentation de l’érudit et passionné Curd Ridel, et des entretiens inédits avec Gianni Garko et le réalisateur Giuliano Carnimeo. Un objet indispensable pour les amoureux du genre, comme tous les DVD de la collection.

 

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