Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour décembre, 2013

Rebecca (id.) – d’Alfred Hitchcock – 1940

Posté : 31 décembre, 2013 @ 6:21 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Rebecca

Quelques jours après la mort de Joan Fontaine, j’ai eu envie de revoir ce chef d’œuvre qui a marqué mon adolescence : les grands yeux de biche de Joan, ses mimiques embarrassées, et son éternelle jeunesse. Cette jeunesse, et l’innocence de ce visage si pur qui ferait fondre le cœur le plus endurci (que celui qui n’a pas frissonné devant le regard perdu de Joan Fontaine quitte ce blog !), sont le sujet même de ce film.

« Promise me never to be 36 years old », lui lance un Laurence Olivier dont le regard est soudain traversé par un voile sombre. Beaucoup plus tard, alors que le passé aura dévoilé ses secrets, le même aura ce constat, d’une tristesse abyssale : « It’s gone forever, that funny young, lost look I loved won’t ever come back. »

La première demi-heure est d’un romantisme renversant. Joan Fontaine, jeune femme embauchée pour tenir compagnie à une riche et insupportable Anglaise en vacances à Monte Carlo, tombe sous le charme d’un riche veuf mystérieux, Maxim de Winter. A la plus grande surprise de la rombière, le beau « prince » épouse la belle et pure jeune fille, et l’emmène dans son château, le sublime domaine de Manderley…

Un vrai conte de fées, symbole de l’innocence de Joan Fontaine. Mais la suite sera un cruel rappel à la réalité, qui marquera la disparition irréversible de cette innocence : « Je ne retournerai jamais à Manderley », que lance la voix de Joan Fontaine sur les premières images du film, sonne comme « je ne revivrai plus jamais l’innocence de ma jeunesse ». A peine le portail passé, sa rencontre avec Madame Danvers donne le ton.

Personnage inoubliable, angoissant et menaçant, Madame Danvers (fabuleuse Judith Anderson) est l’un des plus grands personnages hitchcockiens. Une apparition presque fantomatique qui ne cesse de raviver le souvenir de feu Mme de Winter, Rebecca, poussant la nouvelle Mme de Winter aux frontières de la folie.

Chef d’œuvre d’une richesse incroyable, Rebecca inaugure la carrière américaine de Hitchcock, appelé par Selznick pour tourner un Titanic qui ne verra jamais le jour. Jalon à part dans sa filmographie, Rebecca vaudra aussi son unique Oscar à un Hitchcock qui a su dès son arrivée s’intégrer parfaitement dans l’univers hollywoodien, dirigeant notamment des seconds rôles qu’il retrouvera dans ses films à venir : Leo G. Carroll, George Sanders, Nigel Bruce… Quant à Joan Fontaine, il la retrouvera dès l’année suivante pour Soupçons, un autre chef d’œuvre, où elle aura un rôle très similaire, qui lui vaudra un Oscar.

La Rose pourpre du Caire (The Purple Rose of Cairo) – de Woody Allen – 1984

Posté : 31 décembre, 2013 @ 6:15 dans 1980-1989, ALLEN Woody, FANTASTIQUE/SF | 1 commentaire »

La Rose pourpre du Caire

Woody Allen aurait-il signé là le plus grand chant d’amour au cinéma ? Sur le modèle du Keaton de Sherlock Junior (qui sera repris version gros muscle par McTiernan dans Last Action Hero), Woody raconte l’histoire d’une jeune femme mal dans sa vie qui trouve refuge dans un cinéma, à tel point que la frontière de l’écran finit par s’estomper : l’un des personnages du film qu’elle voit et revoit jour après jour finit par s’adresser à elle, puis par sortir de l’écran, et tomber amoureux d’elle.

Woody Allen s’amuse du décalage entre la réalité et la fiction. La superbe et le romantisme du personnage, interprété par Jeff Daniels, sont confrontés à la dure réalité : dans la vraie vie, les coups de poing font plus mal que prévu, le champagne saoule, l’argent n’est pas un simple accessoire qu’on glisse dans les poches avant les prises, et les baisers de cinéma ne sont pas suivi d’un pudique fondu qui permet aux personnages de faire l’amour loin des regards indiscrets…

Grand cinéphile, Woody Allen rend un hommage vibrant aux « feel good movies » de l’âge d’or d’Hollywood. Ce n’est pas un hasard s’il recrée l’un des plans inoubliables de La Vie est belle : ce couple qui s’enlace, vu par la lunette arrière d’un taxi. Et c’est vrai qu’on regarde La Rose pourpre… comme on regarde un grand Capra : avec un sourire béat aux lèvres, avec un sentiment de bien-être absolu.

Sauf que derrière l’apparente légèreté du film, le sujet est grave. Tragique, même. Si le personnage de Mia Farrow (absolument formidable) se réfugie dans les films, c’est parce que sa vie est un ratage total. Mariée à un homme qui la trompe, la bat, et joue son argent aux cartes et aux dés (Danny Aiello), renvoyée d’un boulot guère épanouissant, confrontée à la Crise  que traverse l’Amérique (on est visiblement dans les années 30)¸ elle s’invente une meilleure vie face à l’écran.

Et plus son quotidien est glauque, plus ses yeux s’ouvrent grand devant l’écran, et plus son conte de fée paraît authentique : le personnage qui sort du film tombe amoureux d’elle ; puis c’est son interprète qui arrive d’Hollywood qui tombe sous son charme… Mais Woody Allen n’est pas dupe : il présente le cinéma comme une manière de rendre la vie plus belle, oui, mais pas comme un palliatif au mal-être.

Son film, euphorisant et terrible à la fois, est un pur chef d’œuvre.

La Journée des violents (Day of the Bad men) – de Harry Keller – 1958

Posté : 31 décembre, 2013 @ 6:12 dans 1950-1959, KELLER Harry, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Journée des violents

Comment gâcher un scénario assez formidable en deux leçons… Facile : vous écrivez donc un script de western exceptionnel, portrait d’un juge confronté à toutes les pressions imaginables à l’heure de délivrer un verdict pour un accusé coupable de meurtre, un homme rapidement esseulé qui se voit contraint de choisir entre ses idéaux et principes, et sa vie confortable dans une ville relativement épargnée par la violence. Et vous confiez ce matériau en or à un authentique tâcheron.

Mission accomplie avec Day of the Bad Man qui surprend d’abord par ses incroyables problèmes de rythme, assez incompréhensibles de la part de Keller, lui-même ancien monteur réputé. Des champs-contre champs mal adaptés, des transitions trois fois trop longues, des dialogues sans relief… La première partie surtout, souffre d’une mise en scène pour le moins trop approximative.

Je suis sans doute un peu dur, mais le fait est que le scénario est réellement formidable. Il fait penser à celui du Train sifflera trois fois (un homme de loi qui se retrouve isolé lorsqu’il s’agit d’aller au bout de sa mission, dans une ville pétrifiée par la peur), et ce n’est pas un hasard : les deux films sont adaptés de deux romans différents, mais écrits par le même auteur, John W. Cunningham.

Celui-ci a même une dimension plus intéressante encore, parce qu’il s’intéresse au juge : celui qui doit décider en son âme et conscience si l’accusé doit être pendu ou non. Et parce qu’il fait de cette décision « professionnelle » un enjeu majeur pour sa propre vie. Dans le rôle du juge, Fred MacMurray est parfait. Plus habitué au polar urbain qu’au western, il a une belle présence ici.

Pour être tout à fait honnête, encore, il faut signaler qu’il n’existe plus de copie respectant le cinemascope, et que le DVD du film le présente donc dans un cadrage nettement tronqué, qui ne rend peut-être pas justice au travail de Harry Keller. Dans le doute, concentrons-nous donc sur le scénario, décidément formidable.

• DVD dans la collection Westerns de Légende chez Sidonis, avec une présentation de Patrick Brion. Le film est donc présenté dans un cadrage tronqué 1:33, loin du cinemascope.

En quatrième vitesse (Kiss me deadly) – de Robert Aldrich – 1955

Posté : 31 décembre, 2013 @ 6:05 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, ALDRICH Robert | Pas de commentaires »

En quatrième vitesse

La première séquence est aussi mythique que la toute dernière image. Une route déserte, par une nuit noire. Une femme, nue sous son imperméable, court sur l’asphalte, visiblement paniquée, et tente d’arrêter les voitures qui passent. Elle se dresse alors au beau milieu de la route. Une belle voiture décapotable fait une embardée pour l’éviter. A bord : le héros, Mike Hammer, le détective imaginé par Mickey Spillane.

Drôle de héros, vraiment, qui essaie de redémarrer son moteur au plus vite pour éviter d’avoir à laisser cette femme entrer dans sa vie. Drôle de héros, qui se complait dans sa vie minable de privé spécialisé dans les divorces. Drôle de héros entouré de femmes folles de lui, mais qui évite soigneusement de laisser quiconque s’immiscer dans son intimité. Et qui martyrise un petit escroc avec un sourire incroyablement sadique… Ralph Meeker, dans le rôle, est absolument formidable.

Kiss me deadly est à l’image de tous les grands films d’Aldrich : un pont entre le cinéma classique des années 40, et celui de la relève qu’il annonce, celle de Frankenheimer ou Lumet. Ses films sont alors marqués par sa cinéphilie. On pense à Détour pour la rencontre avec cette mystérieuse jeune femme, et au Faucon maltais évidemment, pour cet objet dont on ne sait pas grand-chose mais pour qui on tue, beaucoup (et dont Tarantino livrera une version copié-collé dans son Pulp Fiction). Mais ils préfigurent aussi le Nouvel Hollywood dans la manière qu’a Aldrich d’utiliser le noir et blanc et les décors, quasiment abstraits, et dans sa manière de composer ses images, agressives et souvent désaxées, qui soulignent la menace diffuse que fait planer cette mystérieuse boîte de Pandore, au cœur de l’intrigue.

Dès le générique de début, qui défile à l’envers sur l’asphalte qui déroule, on comprend que ce film noir ne ressemblera pas aux autres. Très vite aussi, on pressent qu’il y a dans cette enquête que Hammer mène d’une manière assez classique, tirant un fil après l’autre, quelque chose de différent, menaçant, et presque surnaturel. Il est clairement question de la menace nucléaire ici, même si le sujet n’est jamais abordé frontalement.

Il y a dans ce film une atmosphère dérangeante, particulièrement choc. Dès ces pieds nus qui courent sur l’asphalte et les halètements que l’on entend sur le générique, Aldrich crée une tension incroyable, et fait naître le malaise. On n’en sortira plus, jusqu’à la scène finale, inoubliable.

• Voir aussi : Solo pour une blonde, autre film avec Mike Hammer, interprété par Mickey Spillane lui-même.

• Le film vient d’être édité chez Carlotta, avec une analyse toujours passionnante.

L’Homme invisible (The Invisible Man) – de James Whale – 1933

Posté : 30 décembre, 2013 @ 12:33 dans 1930-1939, FANTASTIQUE/SF, WHALE James | Pas de commentaires »

L’Homme invisible

Quelle année pour le cinéma fantastique ! En quelques mois seulement, au moins trois films majeurs sortent sur les écrans, qui continuent aujourd’hui encore à influencer le genre : King Kong, La Chasse du Comte Zaroff (pas fantastique à proprement parler, c’est vrai, mais fondateur pour le genre), et cette première adaptation de L’Homme invisible, la plus fidèle à l’œuvre d’H.G. Wells, et de loin la meilleure.

Dès la première séquence, James Whale (déjà réalisateur du premier et mémorable Frankenstein) installe une ambiance absolument fascinante : une vision pleine de vie et so british d’un pub d’une petite ville isolée par la neige, dont l’arrivée d’un mystérieux étranger, emmitouflé dans de larges vêtements et des bandelettes recouvrant entièrement son visage, va chambouler la joyeuse monotonie.

Tout au long du film, la foule est merveilleusement filmée. Dans les séquences de l’auberge d’abord, à l’atmosphère tout droit sortie d’un roman anglais du 19ème siècle. La bière, les fléchettes, l’accent cockney et les trognes sont formidablement filmés. Non sans humour : l’hystérique tenancière, jouée par l’indispensable Una O’Connor, est aussi irrésistible qu’agaçante (comme à peu près pour tous ses rôles, d’ailleurs : on se souvient surtout de sa prestation en dame de compagnie de Lady Marian dans Les Aventures de Robin des bois). Ces séquences évoquent d’ailleurs des passages similaires de Frankenstein.

A côté, les scènes avec les scientifiques sont un peu ternes, visuellement. D’autant que le personnage de la fiancée (jouée par Gloria Stuart, qui sera 65 ans plus tard la Rose de Titanic… fascinant de se dire ça !) manque franchement d’épaisseur, comme celui un peu trop caricatural de son père de savant, joué par Henry Travers, le futur ange Clarence de La Vie est belle.

Par contre, Whale est aussi doué pour filmer la foule que pour faire ressentir la peur qui s’empare de toute une région face aux « exploits » de cet homme invisible. Il réussit aussi parfaitement à souligner l’isolement grandissant de ce dernier, menacé de partout, totalement acculé. La traque qui s’organise donne lieu à de grands moments de suspense.

Les effets spéciaux, assez bluffants pour l’époque, sont d’ailleurs parfaitement utilisés pour cela. Comme Whale utilise avec une grande intelligence la présence de Claude Rains, sa « star », dont c’est le tout premier film, et dont on ne voit jamais le visage avant la toute dernière image. Mais sa présence est impressionnante. Par sa manière de déplacer ce corps engoncé dans d’épais vêtements, et par sa voix profonde et sinistre, il est l’âme de ce classique indémodable.

True Grit (id.) – de Joel et Ethan Coen – 2010

Posté : 30 décembre, 2013 @ 12:27 dans 2010-2019, COEN Ethan, COEN Joel, WESTERNS | Pas de commentaires »

True Grit

Les Coen s’emparent du western, et cette rencontre paraît comme une évidence, tant la filmographie des deux géniaux frangins semble conduire vers le genre depuis le début : Sang pour sang, Fargo, No country for old men… autant de films marqués par le western. Mais les Coen ne sont pas passés à côté de cette rencontre attendue : True Grit, remake d’un western tardif de John Wayne qui lui valut son unique Oscar, est assez époustouflant.

Comme dans la plupart de leurs meilleurs films, les Coen signent une mise en scène constamment brillante et inventive, tout en restant dans la tradition classique du cinéma hollywoodien. Western cru et violent, histoire de vengeance assez classique (une gamine engage un marshall vieillissant pour retrouver l’assassin de son père), True Grit est aussi une magnifique réflexion sur le temps qui passe, sur le destin et sur la perte.

Avec une séquence finale bouleversante (dont on ne dira rien ici), les Coen donnent une profondeur inattendue, un supplément d’âme, et un arrière-goût inoubliable, à leur western plein de fureur, de fusillades et de sang. Les Coen filment une gamine plongée dans un univers de violence. Ils racontent aussi le passage vers autre chose, vers un âge adulte qui sera éternellement marqué par ces événements, et notamment par cette chevauchée nocturne absolument inoubliable, moment étonnant où le réalisme de rigueur s’efface, la gravité disparaît, la terre et la poussière laissent la place aux étoiles d’une nuit irréelle. Une espèce d’entre deux fascinant.

Grands cinéastes, les Coen sont aussi de grands directeurs d’acteurs, qui ont toujours su tirer le meilleur de leurs comédiens. Jeff Bridges le sait bien, lui qui reste à jamais marqué par sa prestation hallucinante dans The Big Lebowski. Ici, en vieux râleur borgne et alcoolique, il fait une nouvelle fois un numéro exceptionnel, formant un génial duo avec le formidable personnage de la gamine (Hailee Steinfeld, étonnante).

Les seconds rôles sont impeccables : Josh Brolin, et Barry Pepper, qui apporte toujours ce petit quelque chose qui fait la différence. Quant à Matt Damon, dans un rôle plus en retrait et plus ingrat que Bridges, il est absolument parfait. Comme toujours.

Broadway Danny Rose (id.) – de Woody Allen – 1984

Posté : 30 décembre, 2013 @ 12:23 dans 1980-1989, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Broadway Danny Rose

Depuis ses débuts derrière la caméra, Woody Allen a souvent évoqué ses débuts d’artiste de music-hall. De film en film, ses origines sont toujours là, sous une forme ou une autre, mais comme un élément fondateur de sa filmographie. Cette fois, il en fait le sujet même de son film.

Il interprète Danny Rose, un agent de music-hall qu’une poignée d’humoristes évoquent autour d’une table, lors d’une soirée joyeuse dans un restaurant. Ils racontent l’histoire de ce manager entouré d’un curieux panel d’artistes de cabarets : un ventriloque bègue, une dresseuse d’oiseaux musiciens, un xylophoniste aveugle… et un chanteur de charme has-been qu’il accompagne dans son come-back, et dont il rencontre la fantasque maîtresse, interprétée par Mia Farrow.

La conversation qui sert de fil rouge du film, entre une demi-douzaines de comiques qui racontent des anecdotes et évoquent avec sérieux leur approche de l’humour sonne tellement vraie et incongrue à la fois qu’elle ne peut pas ne pas sortir des souvenirs d’Allen.

Le héros n’est pas une star, mais un homme de l’ombre, qui vit son métier avec passion, tout en ayant pleinement conscience que le métier ne lui rendra pas la pareille. Derrière la légèreté du film, Woody Allen décrit un milieu qu’il aime visiblement, mais sur lequel il ne se fait guère d’illusion. La générosité de Danny Rose, son abnégation totale, est une sorte d’aberration qui ne peut le mener qu’à la solitude et la souffrance. Mais comme il le dit lui-même : pour être heureux, il faut rire, mais il faut aussi souffrir…

Partant de ce principe, Broadway Danny Rose est un délicieux concentré de vie, et de bonheur. Woody Allen y passe avec une aisance confondante, et en quelques secondes seulement, de la comédie la plus débridée (avec coups de feu, amant dans le placard et course poursuite…) à une douce nostalgie bouleversante.

Inside Llewyn Davis (id.) – de Joel et Ethan Coen – 2013

Posté : 26 décembre, 2013 @ 10:56 dans 2010-2019, COEN Ethan, COEN Joel | Pas de commentaires »

Inside Llewyn Davis

C’est beau, quand même, cette capacité qu’ont les frères Coen de naviguer d’un genre à l’autre tout en restant fidèles à ce qu’ils sont. Après le noir (No country for old men) ou le western (True Grit), deux œuvres majeures et violentes, les frangins les plus passionnants du cinéma américain reviennent en mode intimiste avec ce film nostalgique et magnifique.

Inside Llewyn Davis est un film modeste à tous points de vue, la chronique simple et dénuée de tout rebondissement spectaculaire d’un musicien de blues sans attache, qui va de petites panouilles en grosses galères, de petites satisfaction en grosses désillusions… Un musicien parmi des centaines d’autres, sans attaches : ni femme, ni maison, ni carrière, ni même véritable ambition.

Bien sûr, ce type tente de percer. Il traverse l’Amérique (dans une sorte de parenthèse hallucinante où l’on croise un John Goodman très « coenien ») pour rencontrer un important producteur, revient comme il était parti, pense à abdiquer et à se ranger bien gentiment dans cette société qu’il méprise gentiment…

Mais au fond, ce « héros » ne vient de nulle part, et ne va pas ailleurs. C’est même tout le sujet du film : malgré les galères, malgré la fatigue qui l’accable à force de ne jamais pouvoir se poser, Llewyn Davis est un être accompli, qui mène exactement la vie qu’il a choisie, et qui n’ambitionne rien d’autre que de trouver sa place dans ce « Village », sorte de bulle en dehors du temps, idéal pour des musiciens qui se croisent, s’engueulent et s’entraident… Un artiste absolu.

Le film est d’une simplicité totale, et d’une élégance inouïe. Dès les premières images, les frères Coen rappellent à quel point ils sont doués pour dompter l’espace et créer une ambiance. Cette chanson qu’interprète Llewyn Davis (magnifique Oscar Isaac) nous plonge dans l’atmosphère de ces clubs du Village, ceux-là même où ne tardera pas à éclore un certain Bob Dylan, qu’on apercevra à la toute fin du film. Les personnages que l’on croise, eux, n’auront pas son destin. Ils n’en sont pas moins de beaux artistes, entièrement dédiés à leur art, à jamais associé à cette musique-là, et à ce lieu-là.

La Fille de Ryan (Ryan’s daughter) – de David Lean – 1970

Posté : 26 décembre, 2013 @ 10:48 dans 1970-1979, LEAN David, MITCHUM Robert | Pas de commentaires »

La Fille de Ryan

Après une série de grands classiques, David Lean signe un nouveau chef-d’œuvre. Beaucoup plus méconnu que Lawrence d’Arabie ou Docteur Jivago, La Fille de Ryan relève pourtant de la même ambition : réaliser un grand film romanesque et intime à la fois, dans un pays déchiré par l’histoire en marche. Le résultat : une transposition à peine voilée de Madame Bovary, et l’un des films les plus beaux, les plus forts, sur l’Irlande des années 10.

Comme dans tous ses films, le lieu joue un rôle majeur. En l’occurrence, une petite ville de la côte irlandaise, sous domination anglaise, durant la Grande Guerre. On est loin de Dublin, où des affrontements sanglants se multiplient pour l’Indépendance. On est loin aussi du conflit qui fait rage sur le continent. De ces combats, on ne verra rien, mais ils sont pourtant omniprésents, pesant sur les habitants de cette terre déchirée (dans tous les sens du terme) et éloignée de tout, dont Lean signe un portrait formidable.

Les paysages, austères et magnifiques à la fois, romantiques et dangereux, donnent le ton du film. Son village est un lieu désœuvré, qui se cherche un héros. Coupés du monde et de ses enjeux, les villageois vivent repliés sur eux-mêmes. Ils ne se réveilleront que lorsqu’un leader indépendantiste choisira leur plage pour récupérer des armes destinées aux rebelles. Cela se passe lors d’une journée de tempête hyper spectaculaire, que Lean a mis plusieurs mois à tourner. Il y met en scène une unité soudaine qui s’improvise d’une manière totalement romantique face aux éléments. C’est magnifique, fulgurant et tragique à la fois.

La Fille de Ryan est aussi un film intime, peuplé de personnages fascinants : celui du prêtre (imposant Trevor Howard, à mille lieues de Brève rencontre) ; ou celui, bouleversant, de Michael « l’idiot du village » interprété par John Mills, visage grotesque et corps déformé, présence omniprésente qui se révèle le plus conscient des drames qui se nouent). C’est aussi une belle et complexe histoire d’amour.

Une jeune villageoise tombe amoureuse d’un homme plus âgé que lui qu’elle épouse, mais qui réalise vite qu’il lui manque quelque chose. Lean filme le couple constamment séparé par quelque chose : une porte, une chemise, ou simplement de la musique trop forte… Ce quelque chose qui lui manque, elle le trouve auprès d’un officier anglais en garnison, avec qui elle vit une passion sulgurante. Devant la caméra de Lean, tout disparaît autour d’eux : le décor s’efface, pour ne laisser la place qu’aux deux corps qui s’enlacent…

Dans le rôle principal, Sarah Miles est une belle héroïne romantique, emportée par le souffle de son époque. Dans celui de son mari, Robert Mitchum trouve l’un de ses très grands rôles. S’il est un film qui prouve définitivement que la star n’est pas le je-m’en-foutiste qu’il affirmait être, c’est bien celui-là. Son interprétation de cet instit effacé et trop doux, est absolument magnifique.

La Proie des hommes (Raw Edge) – de John Sherwood – 1956

Posté : 10 décembre, 2013 @ 7:15 dans 1950-1959, SHERWOOD John, WESTERNS | 1 commentaire »

La Proie des hommes

Ce petit western court et filmé le plus souvent avec une paresse impardonnable, est basé sur une idée forte: l’histoire se déroule dans une ville reculée d’un Ouest encore très sauvage, où un riche propriétaire a décrété que toute femme non mariée serait à celui qui la réclamerait le premier. Et comme sa femme à lui est jouée par Yvonne De Carlo, décidément sublime, ses propres hommes de main, chargés des pires basses œuvres, vont se mettre à imaginer sa mort…

C’est un film où rien ne se passe comme on s’y attend. Le riche propriétaire a ordonné le lynchage d’un homme, dont le frère jure de le venger. Mais le face-à-face entre le frère vengeur et le grand méchant n’aura pas lieu. A la place, on assiste à une sorte de partie de poker grandeur nature. Alors que les Indiens menacent, les personnages s’observent, bluffent, se manipulent les uns les autres, avancent leurs cartes, avec pour ambition de décrocher la mise : la femme et la fortune du grand boss…

Curieux western, vraiment, où le héros, joué par l’excellent Rory Calhoun, n’apparaît qu’après un bon quart d’heure, et où les hommes de main du riche propriétaire sont un père et son fils (Neville Brand, gueule indispensable du western) qui se détestent mais semblent condamnés à être ensemble. On découvre même, dans le court rôle du frère lynché, le jeune John Gavin, qui fait sa première apparition à l’écran sous le pseudo de John Gilmore.

Les acteurs sont tous parfaits, et parviennent à donner du corps à des personnages guère crédibles. Car toutes les bonnes idées du film sont traitées avec désinvolture. Le film donne l’impression de n’être qu’un brouillon qui ne demande qu’à être corrigé, enrichi.

Dommage, parce qu’il y a quelques fulgurances réjouissantes, notamment un joli plan d’Yvonne de Carlo en ombre chinoise, et une séquence inattendue en huis-clos où une poignée de personnages, dont on ne sait plus ce qu’ils veulent vraiment, s’observent en attendant l’inévitable explosion de violence.

• Le DVD vient de sortir dans la collection Western de Légende de Sidonis.

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