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Archive pour novembre, 2013

Le Grand Saut (Der Grosse Sprung) – de Arnold Fanck – 1927

Posté : 8 novembre, 2013 @ 10:54 dans 1920-1929, FANCK Arnold, FILMS MUETS | 3 commentaires »

Le Grand Saut (Der Grosse Sprung) – de Arnold Fanck - 1927 dans 1920-1929 le-grand-saut

On connaît Leni Riefenstahl, la cinéaste officielle du IIIème Reich, réalisatrice des Dieux du Stade. Mais avant d’être la protégée d’Hitler, la jeune femme était une actrice vedette de la UFA, l’interprète d’une série de films de montagne (souvent réalisés par Arnold Fanck) dont ses capacités physiques et sa vitalité étaient les principaux atouts.

L’histoire de ce Grand Saut, honnêtement, n’a strictement aucun intérêt : Leni Riefenstahl y interprète une jeune bergère des Dolomites, qui doit choisir entre un prétendant du cru, montagnard brut de décoffrage, et un étranger, riche homme d’affaire venu de la ville venu trouver un nouveau souffle dans cette nature hostile, terrain de jeu idéal pour des exploits physiques impressionnants (gravissement de pics rocheux, descentes à skis…).

Divisé en huit actes dramatiques, le scénario ne laisse guère de place à la surprise. Mais il y a une telle vivacité dans la mise en scène, une telle fraîcheur dans les rapports humains, qu’on se laisse emporter par cette histoire émaillée d’exploits physiques. Dès le premier acte, on assiste ainsi à une tentative de séduction sur un piton rocheux particulièrement abrupte que la belle et le montagnard gravissent un grand sourire aux lèvres, apparemment sans trucage.

Le film ne se prend jamais au sérieux, avec un humour parfois burlesque (une chèvre qui dévale une montagne à ski, un costume de bibendum), l’utilisation d’images projetées à l’envers ou au ralenti… Un plaisir de cinéma simple, dénué de toute arrière pensée idéologique, et diablement efficace.

House of Cards, saison 1 (id.) – série créée par Beau Willimon, réalisée par David Fincher, James Foley, Joel Schumacher, Charles McDougall, Carl Franklin et Allen Coulter – 2013

Posté : 7 novembre, 2013 @ 10:51 dans 2010-2019, COULTER Allen, FINCHER David, FOLEY James, FRANKLIN Carl, McDOUGALL Charles, SCHUMACHER Joel, TÉLÉVISION, WILLIMON Beau | Pas de commentaires »

House of Cards, saison 1 (id.) – série créée par Beau Willimon, réalisée par David Fincher, James Foley, Joel Schumacher, Charles McDougall, Carl Franklin et Allen Coulter – 2013 dans 2010-2019 house-of-cards-1

David Fincher fait ses débuts sur petit écran avec cette adaptation d’une série anglaise, qu’il produit. Bien plus que la plupart des autres grands cinéastes s’étant essayé à la série TV (Michael Mann, Steven Spielberg, Martin Scorsese…) ; Fincher pose son empreinte sur ce chef d’œuvre télévisuel, grand moment hyper-addictif dont il pose les base visuelles en en réalisant les deux premiers épisodes.

On sent immédiatement la patte du réalisateur de Social Network, avec cette image glacée et élégante, et ces textos qui s’affichent sur l’écran avec une fluidité étonnante. Son obsession pour la mécanique du Mal, aussi, avec ce portrait d’un congressman frustré de ne pas avoir obtenu le poste qu’on lui avait promis, et qui va mettre tout son talent en œuvre pour entraîner la chute de ceux qui l’ont trahi, et pour atteindre lui-même le sommet. Quel qu’en soit le prix.

Kevin Spacey, le tueur en série de Seven, retrouve Fincher pour ce rôle hallucinant, auquel il apporte un cynisme (qu’il partage régulièrement pour des apartés face caméra) et une profondeur hors du commun. Frank Underwood est un héros hyper-charismatique.

C’est surtout un monstre total, qui connaît tous les secrets de Washington et sait s’en servir, comme il se sert de tous ceux qui l’entourent, quelles qu’en soient les conséquences. Des conséquences souvent désastreuses pour des dizaines, voire des centaines de personnes, victimes des manigances des politiciens, mais dont on ne verra rien ou presque : jamais on ne sort des alcôves de Washington.

Underwood est un salaud manipulateur, et un type tellement brillant qu’il en devient glaçant. Mais la force de la série est de ne pas en faire un être monolithique. A ses côtés, sa femme (Robin Wright, exceptionnelle également), avec qui il a une relation étonnante, à la fois complice, partenaire et confidante. Ces deux-là n’ont à peu près aucune limite et sont d’autant plus inquiétants qu’ils se complètent. Mais au contact l’un de l’autre, ils gagnent aussi une humanité inattendue.

Tout est-il si pourri dans cet univers ? Il y a bien quelques lueurs d’espoirs, mais qui se heurtent à la maladie la plus répandue dans ce monde : l’ambition et la soif de pouvoir. Il y a cette jeune journaliste prête à tout pour décrocher les scoops qui la feront sortir de l’anonymat, et ce congressman tiraillé par ses démons qui se voit comme un type bien mais n’en a pas la force…

En treize épisodes d’une cohérence parfaite (même les deux réalisés par Joel Schumacher qui, containts par les bases posées par Fincher, signe ses meilleures réalisations !), House of Cards s’impose comme l’une des meilleures séries de ces dernières années. Un château de cartes édifié sur le sang et sur les larmes, qui ne demande qu’à être balayé… L’attente de la saison 2 risque d’être longue !

• Quatre DVD pour cette géniale première saison, à découvrir dans un coffret édité chez Sony.

La Princesse de Montpensier – de Bertrand Tavernier – 2010

Posté : 7 novembre, 2013 @ 10:44 dans 2010-2019, TAVERNIER Bertrand | Pas de commentaires »

La Princesse de Montpensier – de Bertrand Tavernier – 2010 dans 2010-2019 la-princesse-de-montpensier

Entre son précédent film (le sublime Dans la brume électrique), adaptation de James Lee Burke, et celui-ci, adaptation de Madame de Lafayette, Tavernier semble faire le grand écart. Mais il y a un trait commun entre ces deux films : la passion du cinéaste pour le cinéma de genre. Amoureux du cinéma américain, le Français a trouvé son Ouest sauvage à lui dans le film en costume, genre en soi auquel il revient régulièrement, l’équivalent pour le vieux continent de la conquête de l’Ouest.

Avec cette  histoire d’une jeune femme avide d’amour et de liberté, Tavernier signe l’un de ces portraits de femmes en rupture avec leur époque qui habitent sa filmographie. C’est le destin de Mlle Mézières (Mélanie Thierry, formidable), contrainte d’épouse le prince de Montpensier (Grégoire Leprince-Ringuet, émouvant et troublant) mais amoureuse du Duc de Guise (fougueux Gaspard Ulliel). Un triangle amoureux qui se déroule dans une France tiraillée par les guerres religieuses.

La reconstitution d’époque est superbe. Pourtant, le film est très intime, avec des personnages qui comptent plus que tout. Tout sonne constamment juste, les pierres ne font pas toc, la langue a des accents désuets mais est portée par de grands comédiens. Colères, jalousie, double jeu… ce sont les alcôves de la Cour que Tavernier présente avec un certain cynisme. Pas besoin de grands moyens pour faire ressentir l’esprit de l’époque. Ainsi, la séquence du massacre de la Saint-Barthélémy est étonnamment modeste. Une poignée de figurants seulement, deux ou trois ruelles, mais un sentiment de violence et d’absurdité imparables.

Aux fastes de la reconstitution, Tavernier privilégie les destins personnels, secoués par l’Histoire et par l’époque. Cette princesse de Montpensier est un personnage taillé pour le cinéaste, le pendant tragique de la fille de D’Artagnan : une féministe avant l’heure, qui tout en jouant la partition qu’on attend d’elle (elle épouse un homme qu’elle n’a pas choisit, et essaye honnêtement de tenir sa place d’épouse obéissante), ne peut accepter de brader sa liberté. Une amoureuse qui préfère se sacrifier plutôt que de se vendre…

Grand directeur d’acteurs (ce n’est pas une nouveauté), Tavernier offre aussi l’un de ses meilleurs rôles à Lambert Wilson, exceptionnel et charismatique comme jamais en « sage » hanté par la violence de l’époque, à laquelle il a lui-même participé longuement avant de prendre conscience de l’absurdité d’une guerre religieuse aveugle.

C’est la guerre en tant que principe de société que le film dénonce. Avec une force d’autant plus grande que cette guerre, les oppositions des différents clans, les logiques politiques, restent très abstraits. Les combats, magnifiquement filmés et d’une brutalité qui fait mal, soulignent un peu plus l’absurdité de la guerre.

Plein soleil – de René Clément – 1960

Posté : 7 novembre, 2013 @ 10:41 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, CLÉMENT René | Pas de commentaires »

Plein soleil – de René Clément – 1960 dans * Polars/noirs France plein-soleil

Le film qui a fait exploser Delon. Encore peu connu à l’époque (c’est en voyant ce film que Visconti s’est pris de passion pour lui, lui offrant Rocco et ses frères), il est de toutes les scènes, présence animale dont le comportement fascine autant qu’il dérange.

C’est quand il est seul à l’écran que la mise en scène de René Clément est la plus inspirée, comme si son seul magnétisme guidait la caméra. La première partie assume l’influence de la Nouvelle Vague. C’est, visuellement en tout cas, la moins intéressante du film : Clément cherche son style, et ces premières minutes paraissent un peu datées aujourd’hui. Il y a là aussi une courte apparition (muette) de Romy Schneider, qui dévore Delon des yeux. Une simple apparition pour l’ex-interprète de Sissi, venue rendre visite à son fiancé d’alors sur le tournage du film.

Heureusement, les acteurs sont fascinants, et la relation entre Maurice Ronet et Alain Delon est parfaitement trouble. Le premier, enfant riche et gâté, se joue de son « ami » venu le chercher en Italie à la demande de son père, prenant plaisir à l’humilier. Le second accepte tout et se glisse dans les frusques de son comparse : attirance, fascination, ou envie ?

Et puis le ton change radicalement en une fraction de seconde, lors de la scène du meurtre, brutale et sauvage, qui semble déchaîner les éléments. Impressionnant.

La suite est passionnante, Delon semblant se transformer peu à peu en clone de Ronet, faisant sienne sa vie, ses vêtements, et même sa petite amie, Marie Laforêt, dont on se demande jusqu’à quel point elle est vraiment dupe.

Œuvre troublante et fascinante, Plein soleil est une belle adaptation d’un roman de Patricia Highsmith, un grand thriller, d’une efficacité imparable dont la fin est absolument magnifique : ultime image de bonheur d’un Tom Ripley arrivé là où il le voulait, dans la peau et la vie de Philippe Greenleaf.

Le Voyage fantastique (Fantastic Voyage) – de Richard Fleischer – 1966

Posté : 7 novembre, 2013 @ 10:37 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Le Voyage fantastique (Fantastic Voyage) – de Richard Fleischer – 1966 dans 1960-1969 le-voyage-fantastique

Le problème avec les films très modernes, c’est qu’ils vieillissent plus vite et plus mal que les autres. Et il faut bien reconnaître que, presque cinquante ans après sa sortie, Le Voyage fantastique a salement morflé. Les effets spéciaux kitschissimes et les transparences (sans doute révolutionnaires à l’époque) ne font vraiment plus illusion aujourd’hui, ce qui pourrait ne pas être très grave si ces effets spéciaux n’étaient pas le sujet même du film : sa principale raison d’être.

On a beau être impressionné par le casting (Edmond O’Brien, Donald Pleasence, Arthur Kennedy…), on réalise bien vite que les comédiens n’ont strictement rien à jouer, si ce n’est quelques courtes scènes mettant en évidence la peur. Mais la plupart du temps, ils doivent se contenter d’enchaîner les moues improbables devant des écrans verts, sans qu’on puisse imaginer rien d’autre que… des acteurs condamnés à enchaîner les moues improbables devant des écrans verts. Le pire dans cette histoire, c’est Raquel Welch, dont on ne peut que rappeler qu’elle était une star très sexy à l’époque. Pourquoi l’avoir choisi elle pour l’utiliser si mal restera le plus grand mystère de cette chose ambitieuse et datée.

On sombre dans l’ennui le plus opaque lorsque le film se contente d’enchaîner les interminables plans sur ce sous-marin naviguant dans les méandres du corps humains. Mais on se réveille régulièrement quand Richard Fleischer renoue avec un cinéma plus humain. Sa mise en scène, d’ailleurs, est le plus souvent hyper efficace et percutante. Suffisamment en tout cas pour sauver quelques séquences tendues.

Le meilleur ? Les dix premières minutes, quasiment muettes et très impressionnantes, qui plante le contexte, posant les bases d’un pur film d’espionnage (pour mieux dynamiter ces bases). Le plus impressionnant finalement, c’est le tout premier plan du film : un travelling incroyable suivant un avion de ligne à l’atterrissage. Un plan qui, mine de rien, lance d’emblée un mouvement perpétuel qui ne s’achèvera qu’avec le mot « fin ».

• Le blue ray du film vient de sortir chez Fox, avec un documentaire énamouré sur les effets spéciaux du film (en VO sans sous-titre).

Les derniers affranchis (Stand-up guys) – de Fisher Stevens – 2012

Posté : 7 novembre, 2013 @ 10:34 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, PACINO Al, STEVENS Fisher | Pas de commentaires »

Les derniers affranchis (Stand-up guys) – de Fisher Stevens – 2012 dans * Thrillers US (1980-…) les-derniers-affranchis

Voilà un film en demi-teinte, avec beaucoup de bonnes idées, mais aussi des limites qui apparaissent rapidement. Cette virée nocturne de vieux gangsters retirés qui se retrouvent vingt-huit ans après, à la sortie de prison de l’un d’eux, est l’occasion pour Al Pacino, Christopher Walken et Alan Arkin de jouer avec leur âge, sans chercher à s’embellir, mais sans apitoiement non plus.

Entre légèreté et nostalgie, filmé par l’ancien comédien moyen Fisher Stevens, ce baroud d’honneur de vieillards qui renouent avec la folie de leur jeunesse (« en mieux, parce que cette fois on en profite ») le temps d’une nuit qui doit être la dernière (l’un d’eux doit tuer l’autre au lever du jour) donne bien lieu à quelques moments de bravoure : deux-trois coups de feu, une poursuite en voiture, quelques coups de poings bien sentis… Mais l’essentiel est ailleurs : dans la relation de profonde amitié qui unit ces êtres trop habitués à vivre seuls.

Rien de grave ici : le ton est doux-amer, foncièrement léger. Sauf que c’est là que se trouve la principale limite du film : ’humour, globalement, tombe à plat, avec même quelques passages franchement gênants, comme ces vingt premières minutes qui tournent lourdement autour du priapisme d’un Pacino qui s’est bourré de pilules bleues. Pas vraiment drôle, mais vraiment embarrassant.

Mais le duo formé par Pacino (très en forme, mais sans en faire trop comme il en a un peu l’habitude ces dernières années) et Christopher Walken (qui lui ne fait rien, mais semble curieusement revivre derrière son visage fermé) fonctionne parfaitement, rejoints trop brièvement par Alan Arkin, réjouissant.

Ce qui fonctionne le mieux, c’est l’alchimie entre les personnages, et spécialement dans les séquences de déambulation nocturne. Là, côte à côte, ils n’ont besoin de rien dire pour être émouvants.

• Le film de Fisher Stevens n’a pas eu droit à une sortie cinéma, mais est disponible en DVD chez Metropolitan, avec une poignée d’interviews et de featurettes en bonus.

Lettre d’une inconnue (Letter from an unknown woman) – de Max Ophüls – 1948

Posté : 6 novembre, 2013 @ 8:16 dans 1940-1949, OPHÜLS Max | Pas de commentaires »

Lettre d’une inconnue (Letter from an unknown woman) – de Max Ophüls – 1948 dans 1940-1949 lettre-dune-inconnue

Ophüls et Stefan Zweig pouvaient-ils seulement ne jamais se rencontrer. Il y a une telle parenté entre les œuvres du cinéaste et de l’écrivain que ce Lettre d’une inconnue relève de l’évidence. Une évidence qui touche au cœur comme peu d’autres grandes adaptations littéraires, parce que celle-ci respecte parfaitement l’esprit de l’homme de lettres, tout en étant un film profondément personnel du cinéaste. Pas si courant…

Joan Fontaine, l’une des plus grandes romantiques du cinéma américain, trouve sans doute son rôle le plus déchirant ici. L’une de ces grandes amoureuses de Zweig : absolue, totale, éternelle, et tragique. Elle s’éprend d’un homme (Louis Jourdan) qui a tout pour lui : un talent de musicien, la richesse, la notoriété, le charme… et les femmes qui défilent chez lui et dont Lisa, la jeune héroïne, n’est pas même jalouse.

Son amour, elle le vit sans rien demander en retour, et sans être dupe de celui à qui elle le donne. Elle ne le juge pas, cet homme qui ne vit que de plaisirs simples et égoïstes, et qui ne fait que pressentir qu’il passe à côté de quelque chose d’important ; ce type qui tombe amoureux d’elle sans même s’en rendre vraiment compte, et qui n’ouvre les yeux que quand il est trop tard.

La construction du film est sublime : décidé à échapper à un énième duel avec un mari cocu, Stefan, le dandy séducteur, s’apprête à quitter Vienne, mais découvre une lettre écrite par une jeune femme qu’il a connue autrefois, mais dont il ne se souvient pas vraiment. Ce qu’elle lui raconte d’elle, et de lui-même, va remettre en cause sa vie entière…

Vienne, ville fascinante où les bonnes manières et les apparences règnent en maîtres, est le décor idéal de cette histoire d’amour à l’issue forcément tragique. Lisa ne triche pas, mais la séduction de Stefan ne repose que sur l’illusion : dans ce faux train où les décors peints défilent, devant cet orchestre romantique qui n’attend qu’une occasion de rentrer chez soi, et par des phrases qui semblent sortir droit du cœur mais qu’il sert à toutes ses conquêtes…

Le voile des apparences finira par tomber, mais trop tard. Par ce « Lisa » que Louis Jourdan souffle enfin face à la mort, comme la jeune femme, des années plus tôt, soufflait son prénom, « Stefan », lorsque le bonheur était à portée de main. Ce souffle sonne comme cette deuxième naissance qu’évoque Lisa au début de sa longue lettre. Et c’est d’une beauté déchirante.

The Iceman (id.) – de Ariel Vromen – 2012

Posté : 6 novembre, 2013 @ 8:12 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, VROMEN Ariel | Pas de commentaires »

The Iceman (id.) – de Ariel Vromen – 2012 dans * Thrillers US (1980-…) the-iceman

Inspiré d’une histoire vraie, The Iceman raconte le parcours meurtrier d’un tueur à gages qui aurait tué plus de 100 personnes avant d’être arrêté, et de finir sa vie en prison. Un tueur qui tire son surnom (the iceman, donc) de l’habitude qu’il avait prise de congeler ses victimes pour brouiller le travail des médecins légistes. Mais ce surnom révèle aussi l’insensibilité absolue de ce type qui tue sans la moindre hésitation, simplement parce qu’il n’en a rien à foutre…

Cette particularité est à la fois la force du film, et sa faiblesse parfois. Surtout dans la première moitié, durant laquelle cette froideur, et l’enchaînement presque clinique des exécutions, finit par lasser et laisser de marbre. Surtout, l’amour total de cet homme pour sa famille passe au second plan, dans un premier temps, Vromen préférant se concentrer sur la mécanique du mal et sur l’omniprésence de la violence, jusqu’à frôler le trop-plein.

Heureusement, le scénario finit par trouver un bel équilibre entre les deux vies de Kuklinski, tueur inhumain et père de famille aimant et protecteur. Comme pour le Tony Curtis de L’Etrangleur de Boston, c’est cette effroyable contradiction qui rend le film aussi fort.

Mais Kuklinski, contrairement au tueur campé par Curtis, n’a pas tout à fait l’apparence d’un père de famille sans histoire. Michael Shannon, acteur exceptionnel capable de tout jouer avec une présence et une puissance hors du commun, souligne continuellement la brutalité et la détermination de son personnage.

A ses côtés, de beaux seconds rôles : Ray Liotta, Robert Davi, James Franco, David Schwimmer (oui, celui de Friends). Et surtout Winona Ryder, actrice magnifique qu’on est bien heureux de retrouver dans un rôle de premier plan, incarne avec perfection cette épouse dont on sent bien qu’elle n’est pas tout à fait dupe, mais qu’elle ne veut surtout pas se poser trop de question, au risque de perdre ce confort matériel et de voir le cocon familial exploser.

La fin du film est déchirante, malgré toutes les atrocités auxquelles on a assisté. Il y a quelque chose de bouleversant, et dérangeant en même temps, à voir cet homme incapable d’éprouver le moindre remords, ou cette femme arrachée brutalement à ses confortables illusions.

Ariel Vromen a porté ce film durant plusieurs années. On le sent, dans le soin apporté aux moindres détails, et surtout dans la reconstitution, soigneuse et crédible, des années 60 et 70.

• Blue ray chez Metropolitan, avec un documentaire promotionnel fait de témoignages des acteurs et du réalisateur, et une poignée de bandes annonces.

La Flamme pourpre (The Purple Plain) – de Robert Parrish – 1954

Posté : 6 novembre, 2013 @ 2:37 dans 1950-1959, PARRISH Robert | Pas de commentaires »

La Flamme pourpre (The Purple Plain) – de Robert Parrish – 1954 dans 1950-1959 la-flamme-pourpre

Parrish est décidément un cinéaste qui ne ressemble à aucun autre, et qui mériterait d’être redécouvert, lui dont la carrière semble oubliée, quelque part entre l’âge d’or d’Hollywood (il est un disciple de John Ford, dont il fut un proche) et le Nouvel Hollywood (la première séquence de La Flamme pourpre évoque d’une certaine manière celle de Apocalypse Now).

Avec La Flamme pourpre, il signe un film de guerre qui ne ressemble pas aux films de guerre, comme il fera avec L’Aventurier du Rio Grande un western qui ne ressemble pas aux westerns. Un film de guerre tourné au plus près des personnages, et surtout où on ne voit jamais l’ennemi. Pas d’altercation ici, pas de face à face meurtrier, mais des bombardements annoncés par de lointains bruits, et surtout une douleur qui touche les autochtones au plus profond d’eux-mêmes.

Il y a dans ce film magnifique une émotion à fleur de peau qui emporte le spectateur au moment où il s’y attend le moins. Parce que le héros, interprété par un Gregory Peck exceptionnel dans un rôle tout en nuances, est un homme brisé par la guerre, hanté par la mort (hallucinante scène de flash-back), que Parrish filme avec une tendresse extrême. Et que cet homme bouleversant renaît malgré tout, dans un pays, la Birmanie, ravagé par la peur et la douleur.

Le film se sépare en deux parties assez distinctes. La première raconte la renaissance de Gregory Peck, homme brisé par la mort de sa femme dans un bombardement, grâce à sa rencontre avec une Birmane au passé également douloureux, dans un décor presque paradisiaque mais que l’on pressent fragilisé par la guerre toute proche.

La seconde partie ressemble a priori plus à un pur film de guerre : Peck et deux autres soldats perdus au cœur du territoire japonais après le crash de leur avion. Mais on est plus prêt de Côte 465 d’Anthony Mann que d’un film de genre héroïque. En plus radical encore, car la vraie menace ici, c’est le soleil, la soif et le désespoir, pas les Japonais dont personne ne semble réellement se soucier.

La guerre n’est le sujet du film que par les ravages qu’elle provoque chez les personnages. Pas par le côté spectaculaire des combats, mais par l’impact que cette violence, dont on ne voit rien, a sur le rapport à la vie ou à la mort de ces hommes et de ces femmes. Et Parrish reste fidèle à son thème avec une intelligence et une délicatesse infinies, absolument magnifiques.

• Ce film rare et précieux vient de sortir en DVD chez Sidonis, dans la collection « Classique de guerre », avec des présentations passionnées de Patrick Brion, et surtout Bertrand Tavernier.

PTU (id.) – de Johnnie To – 2003

Posté : 6 novembre, 2013 @ 2:33 dans * Polars asiatiques, 2000-2009, TO Johnnie | Pas de commentaires »

PTU (id.) – de Johnnie To – 2003 dans * Polars asiatiques ptu

Les 15 premières minutes sont hallucinantes, mélange de violence extrême, d’absurde et de sentiment de menace. Une plongée radicale dans ce qui est parenthèse irréelle à Hong Kong : une nuit où l’effervescence perpétuelle de la ville disparaît soudain. Johnnie To nous plonge dans cette nuit de solitude d’une manière ahurissante : en suivant un chef de gang constamment entouré, dont le moindre mouvement est suivi de près par tous ses hommes, qui finira par mourir totalement esseulé, après une longue agonie à laquelle personne n’assistera…

Dès lors, la vie grouillante de Hong Kong a disparu, et le film ne sera plus qu’une longue virée nocturne et fascinante dans les rues désertes, vastes artères dominées par des façades froides et pesantes. Une virée dont la perte de son arme de fonction par un policier sera l’absurde prétexte.

Avec ses cadrages légèrement désaxés et l’utilisation du grand angle, Johnnie To filme un Hong Kong quasi irréel, désert et habité par un sentiment d’insécurité et de menace permanente. Une plongée quasi-irréelle dans cette nuit pleine de dangers, où les êtres se déplacent comme des spectres. Où la parole est rare, et où le moindre geste laisse penser que l’explosion de violence est imminente. Il faudra pourtant attendre les dernières minutes, et se laisser envoûter par la musique exceptionnelle, hallucinogène. Entre-temps, la violence n’est que latente, et les flics déambulent lentement, arpentant les rues à pied. L’atmosphère évoque celle qui précède les règlements de compte dans certains westerns.

Ici aussi, comme chez Sergio Leone, toute notion de bien ou de mal est illusoire : toutes les trajectoires personnelles convergent vers un règlement de compte final que l’on pressent dès le départ, et qui se conclue sur une pirouette scénaristique qui enfonce définitivement le clou.

Inutile de chercher une quelconque morale, ou même un sens à cette nuit de violence : avec la dernière scène, To confirme que cette arme disparue n’était qu’un prétexte. Rien de plus.

Le résultat est un grand exercice de style, peut-être le film le plus radical de To, dont le scénario se résume à une seule nuit, une nuit au cours de laquelle la ville semble totalement endormie (To a d’ailleurs mis trois ans à tourner son film, ne pouvant profiter des rues désertes que le dimanche soir). En quelque sorte, le pendant hong-kongais du After Hours de Scorsese.

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