Play it again, Sam

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Archive pour le 27 novembre, 2013

Manhattan (id.) – de Woody Allen – 1979

Posté : 27 novembre, 2013 @ 8:40 dans 1970-1979, ALLEN Woody | 1 commentaire »

Manhattan

Isaac, 42 ans, a deux ex-femmes, un gamin élevé par un couple de femmes, une maîtresse de 17 ans, et un meilleur ami à la femme parfaite, qui entretient une liaison avec une jeune femme dont Isaac a une première impression catastrophique… Isaac est surtout un New-Yorkais totalement incapable de vivre ailleurs que dans cette ville qu’il aime, et pour qui la seule idée d’ailleurs représente une rupture inimaginable.

Deux ans après Annie Hall, Woody Allen retrouve un esprit similaire (mais dans un noir et blanc amoureux), mélange d’humour et d’introspection parsemé de clins d’oeils et de références à ses modèles que sont Ingmar Bergman, Groucho Marx ou W.C. Fields. Manhattan est souvent considéré comme le sommet du cinéma allenien. C’est en tout cas un chef d’œuvre absolu.

En trois films seulement, Woody Allen est devenu un immense cinéaste. L’ancien gagman qui avait fait ses armes sur grand écran avec des comédies marquées par un humour à sketchs souvent irrésistible, mais limité sur le plan cinématographique, s’est mué en un réalisateur délicat et profond, sans rien perdre de sa personnalité et de son humour.

Woody Allen semble se livrer comme jamais dans ce film qui reprend pourtant les mêmes recettes que celles d’Annie Hall. Mais cette fois, l’humour est un peu en retrait au profit d’une authenticité et d’une émotion aussi discrète que profonde. On rit, souvent : le dialoguiste Woody Allen est toujours aussi inspiré (notamment lorsqu’il s’inquiète parce que ses couples « ne durent jamais plus longtemps que celui d’Adolf Hitler et Eva Braun »). Son personnage ne change pas. Mais cette fois, le sujet est moins sa manière de tourner en dérision ses névroses et ses angoisses, que sa fascination et son amour pour cette ville gigantesque qu’il filme comme un décor familier : le théâtre de sa vie.

Il y a bien sûr ce plan, le plus célèbre de tout son cinéma, montrant Woody Allen et Diane Keaton sur un banc sous le pont de l’East River Mais ce n’est qu’une vision parmi d’autres, peut-être la plus stéréotypée (même si magnifique). Central Park, les musées, les bars, le vin, les rues trop fréquentées, les appartements trop bruyants, les rencontres au squash… Manhattan est un chant d’amour à New York Chant, peut-être le plus bel hommage d’un cinéaste à « sa » ville. New York a pourtant été filmée plus souvent qu’aucune autre. Mais jamais comme ici, jamais avec le même regard, avec la même ferveur, la même intimité. Une ville magique ? Un film magique et indispensable, en tout cas.

World War Z (id.) – de Marc Forster – 2013

Posté : 27 novembre, 2013 @ 8:37 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, FORSTER Marc | Pas de commentaires »

World War Z

Enorme succès de cet été (un peu surprise, la production du film ayant été cahotique), World War Z est, devinez quoi : un film apocalyptique. Pas bien étonnant dans le climat hollywoodien actuel où, quand on ne décline pas son manuel du super-héros à toutes les sauces, on détruit le monde. La recette est éprouvée, et donne encore lieu à de belles surprises : il y a quelques mois seulement, Tom Cruise était ainsi le héros d’un Oblivion très réjouissant.

Adaptation d’un roman graphique à succès, World War Z s’inscrit dans une autre mouvance : celle du film de destruction massive, dont le fleuron reste un autre film avec Tom Cruise, l’extraordinaire La Guerre des Mondes. Tout ça pour dire que le principal reproche qu’on peut faire au film repose sur l’inévitable comparaison avec le chef d’œuvre absolu de Spielberg.

La première partie, surtout, est rigoureusement identique. Brad Pitt (dont c’est le plus gros succès à ce jour) est un père de famille qui assiste au déclenchement de l’apocalypse, et ne pense qu’à la survie des siens. Cette fois, pas de tripodes, ni d’invasion extraterrestre, de rayons mortels ; mais un virus qui se répand d’homme à homme comme l’éclair, transformant les victimes en morts vivants. En quelques jours, le monde entier est touché, la plupart des grandes villes sont mortes, et les survivants, de plus en plus rares, se regroupent dans des camps de réfugiés très vulnérables. Seuls les plus indispensables d’entre eux trouvent une place sur les navires de guerre qui deviennent le nouveau centre du monde libre…

C’est peut-être le plus réussi dans ce film : la manière dont il met en scène le cynisme de ce monde libre, et de montrer comment les talents deviennent des pions entre les mains des dirigeants. Le personnage de Brad Pitt est de ceux-là. Contrairement à Tom Cruise dans La Guerre des mondes, il n’est pas qu’un simple père ballotté par les événements, mais un ancien baroudeur de l’ONU que l’on force à reprendre du service.

Marc Forster (le réalisateur du James Bond le plus mal aimé de ces dernières années, Quantum of Solace) a multiplié les conflits avec les producteurs durant le tournage (il ne sera d’ailleurs pas aux manettes des deux suites déjà annoncées). Il réussit en tout cas quelques grands moments de cinéma où suspense et émotions sont étroitement liés : une course nocturne et effrénée sur un tarmac d’aéroport ; Brad Pitt marchant tranquillement au milieu d’une horde de zombies ; un avion en vol qui semble être un éphémère havre de paix, mais où les zombies apparaissent soudainement…

Mais à côté de ça, il massacre à peu près toutes les grandes scènes démesurées. Et c’est là que la comparaison avec le film de Spielberg est la plus cruelle : jamais Forster ne parvient à faire ressentir la cruauté de cette irruption de la violence et de la mort dans le quotidien. Quant aux morts-vivants en marche, ils évoquent d’avantage les armées maléfiques du Retour du Roi que des corps humains dévorés par la rage.

World War Z est à certains moments un film fort et réussi, et à d’autres un gros machin boursouflé. Mais ce premier volet de ce qu’on annonce déjà comme une trilogie pose des bases pleines de promesses. A condition que le successeur de Marc Forster ait une autre envergure.

• Le DVD du film vient de sortir chez Paramount.

Intérieurs (Interiors) – de Woody Allen – 1978

Posté : 27 novembre, 2013 @ 8:31 dans 1970-1979, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Intérieurs

Dans Annie Hall, son film précédent, Woody Allen assumait enfin sa vraie personnalité de cinéaste, et posait les bases de toute son œuvre à venir. Comme si cette révélation lui donnait une confiance nouvelle, Allen délaisse pour la première fois la comédie, pour un homme appuyé à l’un de ses maîtres, le grand Ingmar Bergman. Le résultat est surprenant : pas le moindre humour dans ce film parfois pesant, où les lieux (appartements de ville ou villa en bord de mer) semblent peser sur les personnages par tout ce qu’ils représentent de souvenirs.

Pour la première fois aussi, Woody Allen l’acteur s’éclipse, au profit de comédiens moins marqués par la comédie. Mais la marque du cinéaste est bien là : son goût pour l’introspection, et pour ces histoires de couples forcément éphémères.

Mais cette fois, c’est sur le mode sérieux, avec un rythme volontairement languide, qu’Allen aborde ces thèmes. L’histoire est bergmanienne en diable : trois jeunes femmes, trois sœurs qui tentent de trouver leur place (dans la culture, pour toutes : la comédie pour l’une, la poésie pour la deuxième, la photographie pour la troisième) et d’assumer leur propre vie, alors que leur mère est en pleine dépression depuis que leur père l’a quittée.

Le thème est bergmanien, mais il y a dans le personnage de la mère, interprétée par une vaporeuse Geraldine Page, quelque chose de la future Cate Blanchett de Blue Jasmine : même incapacité, pathétique et déchirante, d’affronter la solitude et la séparation.

C’est aussi un film sur le deuil de l’enfance. Le mariage du père (E.G. Marshall) avec sa nouvelle compagne, ressemble à l’enterrement des derniers vestiges de l’enfance et de son innocence. Avec une image presque caricaturale : celle où la belle-mère insuffle littéralement la vie à l’une des filles, tandis que la mère disparaît. Pas hyper délicat, mais très émouvant.

Qu’importe l’imagerie, à la limite de la parodie bergmanienne (curieusement, les vraies parodies du cinéma de Bergman reprendront souvent les cadres imaginés par Woody Allen) : avec ce film étonnamment austère, mais d’où émane une émotion déchirante

Gravity (id.) – d’Alfonso Cuaron – 2013

Posté : 27 novembre, 2013 @ 1:05 dans 2010-2019, CUARON Alfonso | Pas de commentaires »

Gravity

Bon, alors ? ça donne quoi, le film événement de cette fin d’année, celui devant lequel se pâme toute la critique américaine ? Sur le fond, pas grand-chose : le film est un survival assez classique dans sa manière d’enchaîner les rebondissements et de faire se succéder des étapes bien définies. Grosso modo : les passages successifs d’une station spatiale à l’autre… Remplacez l’espace par une jungle ou tout autre environnement hostile, et vous aurez une histoire déjà vu des tas de fois au cinéma.

Egalement scénariste, Cuaron ajoute aussi une réflexion sur le deuil pas très convaincante, mais aussi sur la volonté de vivre plus forte que tout. L’évocation de cette fille disparue n’apporte pas grand-chose d’autre qu’un supplément de larmes faciles.

Mais la forme, elle, est à tomber par terre. La virtuosité de Cuaron, qui avait déjà fait de ses Fils de l’homme le meilleur film de science-fiction de la décennie précédente, est ici le sujet-même de Gravity : sa raison d’être et son principal enjeu. Cuaron a d’ailleurs consacré plus de quatre ans à la préparation de ce film, pour trouver de nouvelles manières de filmer l’espace et l’apesanteur.

Le résultat est bluffant et inédit, et pas seulement en 3D (j’ai vu le film en 2D). La sensation d’être soi-même en apesanteur est totale, grâce aux mouvements d’une caméra qui semble elle-même n’être tributaire d’aucun effet de pesanteur.

Les images sont absolument sublimes, et le rythme parfait : pas une seconde de baisse de régime ne vient apporter une quelconque trêve au spectateur, qui vit une expérience de cinéma totale et sans précédent, perdant ses repères, retenant son souffle, se lançant dans une valse désespérée avec George Clooney (très bien) et Sandra Bullock, qui trouve, sans mal, son rôle le plus fort à ce jour.

Evasion (Escape Plan) – de Mikael Hafström – 2013

Posté : 27 novembre, 2013 @ 1:02 dans 2010-2019, HAFSTRÖM Mikael, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Evasion

Cette rencontre, les ados des années 80 et 90 l’attendaient depuis longtemps. Stallone et Schwarzenegger, les deux messieurs muscles de notre jeunesse, ceux qu’on ne cessait d’opposer dans les cours de récré, dont on comparait les styles et les carrières. Moi, j’ai toujours eu un faible pour le créateur de Rocky qui, dans ses meilleurs films, a toujours su insuffler un petit parfum de nostalgie. Mais j’aimais aussi l’interprète de Predator et de Total Recall, fantasme absolu du cinéma d’action, avec son corps de bande dessinée…

Alors ne comptez pas sur moi pour évaluer Evasion sur des bases objectives, comme s’il était interprété par, disons Vin Diesel et Jason Statham. Si ça avait été le cas, j’aurais sans doute écrit qu’Evasion est un film d’évasion qui rappelle tous les films d’évasion (Stallone lui-même a déjà donné dans le genre, avec Haute Sécurité et Tango et Cash), un gros machin plutôt efficace mais qui ne trouve jamais son originalité, ou sa raison d’être.

Mais voilà, ce ne sont pas n’importes quelles stars : Sly et Schwarzie, qui se sont déjà croisés sur les deux premiers Expendables où ce dernier faisait quelques apparitions clin d’œil, mais qui partagent pour la première fois la tête d’affiche. A vrai dire, Stallone est toujours la vraie star du film : Arnold n’apparaît qu’après un bon quart d’heure, et disparaît avant la fin du film. Mais ces deux-là sont la principale (la seule ?) raison d’être de ce film dont ils sont aussi les meilleurs atouts.

Même si la prison dont ils doivent s’évader est high tech (assez laide), même si l’histoire se complique avec une sombre machination (dont on se moque totalement), et même si on croise quelques seconds rôles prestigieux (Sam Neill, Jim Caviezel, Vincent d’Onofrio, ou le rappeur 50 Cent), le film n’existe que pour les face-à-face entre les deux stars. Celles-ci tiennent plutôt leurs promesses, chacun jouant sa partition avec un plaisir apparent de se donner la réplique.

Les deux s’échangent des vannes un peu lourdes et pas très drôles. Schwarzenegger séduit avec son habituelle auto-dérision, qui a toujours compensé son jeu très limité. Il prend aussi brièvement une autre dimension, et dévoile une personnalité qu’on ne lui connaissait pas, lorsqu’il feint la folie en hurlant en allemand… Stallone, lui, joue beaucoup plus « premier degré », serrant les mâchoires et encaissant les coups.

Ce serait hypocrite de dire qu’on est déçu par cette première rencontre au sommet, dont on n’attendait pas mieux. On imagine seulement ce que cela aurait pu donner vingt ans plus tôt, avec un autre réalisateur…

La Vénus à la fourrure – de Roman Polanski – 2013

Posté : 27 novembre, 2013 @ 12:58 dans 2010-2019, POLANSKI Roman | Pas de commentaires »

La Vénus à la fourrure

Avec ce nouveau huis-clos (un genre qu’il a toujours aimé, et dont il semble vouloir étudier toutes les possibilités, depuis sa sortie de prison), Polanski adapte avec l’auteur une pièce de David Ives, elle-même inspirée du sulfureux roman de Sacher-Masoch (qui a donné son nom au « masochisme »), et signe, au-delà du rapport de domination entre hommes et femmes, une réflexion sur la création artistique.

C’est d’ailleurs ce qu’il y a de plus réussi dans ce film étonnant et bancal : Polanski excelle lorsqu’il s’agit d’effacer progressivement la frontière entre la réalité et la fiction, entre les comédiens et les personnages…

Après un magnifique travelling dans les rues désertes (de Paris ?), baignées d’une lumière quasi-irréelle, Polanski nous conduit, en même temps que le personnage féminin, à l’intérieur d’un théâtre qui paraît lui-même étrangement irréel. Il n’en sortira plus avant la dernière séquence, tout aussi irréelle et fantômatique.

Un lieu unique, deux comédiens seuls… Polanski se joue habilement de ces contraintes, grâce à une mise en scène constamment vivante. Bien aidé aussi par deux comédiens formidables : Mathieu Amalric en auteur-metteur en scène à la recherche de l’interprète de sa « vénus à la fourrure », et Emmanuelle Seigner en apprenti comédienne très culottée (au sens figuré seulement) venue passer une audition. Cette dernière trouve ici son rôle le plus fort depuis Lune de fiel, autre film sulfureux de Polanski.

La première partie est passionnante. On y voit les rapports de force entre ces deux-là s’inverser peu à peu, tandis qu’un étrange climat oppressant s’installe : qui est vraiment cette jeune femme qui semble tout connaître de l’auteur, jusqu’à précéder toutes ses attentes. Polanski a une manière très subtile et dérangeante de filmer le vernis qui craque, le doute qui s’installe, le désir et la séduction…

La seconde partie, hélas, est bien moins convaincante, développant des rapports sado-maso que Polanski filme avec un grotesque de plus en plus assumé, et qui m’ont complètement laissé sur la touche. Le film devient alors un machin bancal, ni troublant, ni intelligent, ni gonflé. Juste gonflant et un rien prétentieux.

 

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