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Archive pour le 6 novembre, 2013

Lettre d’une inconnue (Letter from an unknown woman) – de Max Ophüls – 1948

Posté : 6 novembre, 2013 @ 8:16 dans 1940-1949, OPHÜLS Max | Pas de commentaires »

Lettre d’une inconnue (Letter from an unknown woman) – de Max Ophüls – 1948 dans 1940-1949 lettre-dune-inconnue

Ophüls et Stefan Zweig pouvaient-ils seulement ne jamais se rencontrer. Il y a une telle parenté entre les œuvres du cinéaste et de l’écrivain que ce Lettre d’une inconnue relève de l’évidence. Une évidence qui touche au cœur comme peu d’autres grandes adaptations littéraires, parce que celle-ci respecte parfaitement l’esprit de l’homme de lettres, tout en étant un film profondément personnel du cinéaste. Pas si courant…

Joan Fontaine, l’une des plus grandes romantiques du cinéma américain, trouve sans doute son rôle le plus déchirant ici. L’une de ces grandes amoureuses de Zweig : absolue, totale, éternelle, et tragique. Elle s’éprend d’un homme (Louis Jourdan) qui a tout pour lui : un talent de musicien, la richesse, la notoriété, le charme… et les femmes qui défilent chez lui et dont Lisa, la jeune héroïne, n’est pas même jalouse.

Son amour, elle le vit sans rien demander en retour, et sans être dupe de celui à qui elle le donne. Elle ne le juge pas, cet homme qui ne vit que de plaisirs simples et égoïstes, et qui ne fait que pressentir qu’il passe à côté de quelque chose d’important ; ce type qui tombe amoureux d’elle sans même s’en rendre vraiment compte, et qui n’ouvre les yeux que quand il est trop tard.

La construction du film est sublime : décidé à échapper à un énième duel avec un mari cocu, Stefan, le dandy séducteur, s’apprête à quitter Vienne, mais découvre une lettre écrite par une jeune femme qu’il a connue autrefois, mais dont il ne se souvient pas vraiment. Ce qu’elle lui raconte d’elle, et de lui-même, va remettre en cause sa vie entière…

Vienne, ville fascinante où les bonnes manières et les apparences règnent en maîtres, est le décor idéal de cette histoire d’amour à l’issue forcément tragique. Lisa ne triche pas, mais la séduction de Stefan ne repose que sur l’illusion : dans ce faux train où les décors peints défilent, devant cet orchestre romantique qui n’attend qu’une occasion de rentrer chez soi, et par des phrases qui semblent sortir droit du cœur mais qu’il sert à toutes ses conquêtes…

Le voile des apparences finira par tomber, mais trop tard. Par ce « Lisa » que Louis Jourdan souffle enfin face à la mort, comme la jeune femme, des années plus tôt, soufflait son prénom, « Stefan », lorsque le bonheur était à portée de main. Ce souffle sonne comme cette deuxième naissance qu’évoque Lisa au début de sa longue lettre. Et c’est d’une beauté déchirante.

The Iceman (id.) – de Ariel Vromen – 2012

Posté : 6 novembre, 2013 @ 8:12 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, VROMEN Ariel | Pas de commentaires »

The Iceman (id.) – de Ariel Vromen – 2012 dans * Thrillers US (1980-…) the-iceman

Inspiré d’une histoire vraie, The Iceman raconte le parcours meurtrier d’un tueur à gages qui aurait tué plus de 100 personnes avant d’être arrêté, et de finir sa vie en prison. Un tueur qui tire son surnom (the iceman, donc) de l’habitude qu’il avait prise de congeler ses victimes pour brouiller le travail des médecins légistes. Mais ce surnom révèle aussi l’insensibilité absolue de ce type qui tue sans la moindre hésitation, simplement parce qu’il n’en a rien à foutre…

Cette particularité est à la fois la force du film, et sa faiblesse parfois. Surtout dans la première moitié, durant laquelle cette froideur, et l’enchaînement presque clinique des exécutions, finit par lasser et laisser de marbre. Surtout, l’amour total de cet homme pour sa famille passe au second plan, dans un premier temps, Vromen préférant se concentrer sur la mécanique du mal et sur l’omniprésence de la violence, jusqu’à frôler le trop-plein.

Heureusement, le scénario finit par trouver un bel équilibre entre les deux vies de Kuklinski, tueur inhumain et père de famille aimant et protecteur. Comme pour le Tony Curtis de L’Etrangleur de Boston, c’est cette effroyable contradiction qui rend le film aussi fort.

Mais Kuklinski, contrairement au tueur campé par Curtis, n’a pas tout à fait l’apparence d’un père de famille sans histoire. Michael Shannon, acteur exceptionnel capable de tout jouer avec une présence et une puissance hors du commun, souligne continuellement la brutalité et la détermination de son personnage.

A ses côtés, de beaux seconds rôles : Ray Liotta, Robert Davi, James Franco, David Schwimmer (oui, celui de Friends). Et surtout Winona Ryder, actrice magnifique qu’on est bien heureux de retrouver dans un rôle de premier plan, incarne avec perfection cette épouse dont on sent bien qu’elle n’est pas tout à fait dupe, mais qu’elle ne veut surtout pas se poser trop de question, au risque de perdre ce confort matériel et de voir le cocon familial exploser.

La fin du film est déchirante, malgré toutes les atrocités auxquelles on a assisté. Il y a quelque chose de bouleversant, et dérangeant en même temps, à voir cet homme incapable d’éprouver le moindre remords, ou cette femme arrachée brutalement à ses confortables illusions.

Ariel Vromen a porté ce film durant plusieurs années. On le sent, dans le soin apporté aux moindres détails, et surtout dans la reconstitution, soigneuse et crédible, des années 60 et 70.

• Blue ray chez Metropolitan, avec un documentaire promotionnel fait de témoignages des acteurs et du réalisateur, et une poignée de bandes annonces.

La Flamme pourpre (The Purple Plain) – de Robert Parrish – 1954

Posté : 6 novembre, 2013 @ 2:37 dans 1950-1959, PARRISH Robert | Pas de commentaires »

La Flamme pourpre (The Purple Plain) – de Robert Parrish – 1954 dans 1950-1959 la-flamme-pourpre

Parrish est décidément un cinéaste qui ne ressemble à aucun autre, et qui mériterait d’être redécouvert, lui dont la carrière semble oubliée, quelque part entre l’âge d’or d’Hollywood (il est un disciple de John Ford, dont il fut un proche) et le Nouvel Hollywood (la première séquence de La Flamme pourpre évoque d’une certaine manière celle de Apocalypse Now).

Avec La Flamme pourpre, il signe un film de guerre qui ne ressemble pas aux films de guerre, comme il fera avec L’Aventurier du Rio Grande un western qui ne ressemble pas aux westerns. Un film de guerre tourné au plus près des personnages, et surtout où on ne voit jamais l’ennemi. Pas d’altercation ici, pas de face à face meurtrier, mais des bombardements annoncés par de lointains bruits, et surtout une douleur qui touche les autochtones au plus profond d’eux-mêmes.

Il y a dans ce film magnifique une émotion à fleur de peau qui emporte le spectateur au moment où il s’y attend le moins. Parce que le héros, interprété par un Gregory Peck exceptionnel dans un rôle tout en nuances, est un homme brisé par la guerre, hanté par la mort (hallucinante scène de flash-back), que Parrish filme avec une tendresse extrême. Et que cet homme bouleversant renaît malgré tout, dans un pays, la Birmanie, ravagé par la peur et la douleur.

Le film se sépare en deux parties assez distinctes. La première raconte la renaissance de Gregory Peck, homme brisé par la mort de sa femme dans un bombardement, grâce à sa rencontre avec une Birmane au passé également douloureux, dans un décor presque paradisiaque mais que l’on pressent fragilisé par la guerre toute proche.

La seconde partie ressemble a priori plus à un pur film de guerre : Peck et deux autres soldats perdus au cœur du territoire japonais après le crash de leur avion. Mais on est plus prêt de Côte 465 d’Anthony Mann que d’un film de genre héroïque. En plus radical encore, car la vraie menace ici, c’est le soleil, la soif et le désespoir, pas les Japonais dont personne ne semble réellement se soucier.

La guerre n’est le sujet du film que par les ravages qu’elle provoque chez les personnages. Pas par le côté spectaculaire des combats, mais par l’impact que cette violence, dont on ne voit rien, a sur le rapport à la vie ou à la mort de ces hommes et de ces femmes. Et Parrish reste fidèle à son thème avec une intelligence et une délicatesse infinies, absolument magnifiques.

• Ce film rare et précieux vient de sortir en DVD chez Sidonis, dans la collection « Classique de guerre », avec des présentations passionnées de Patrick Brion, et surtout Bertrand Tavernier.

PTU (id.) – de Johnnie To – 2003

Posté : 6 novembre, 2013 @ 2:33 dans * Polars asiatiques, 2000-2009, TO Johnnie | Pas de commentaires »

PTU (id.) – de Johnnie To – 2003 dans * Polars asiatiques ptu

Les 15 premières minutes sont hallucinantes, mélange de violence extrême, d’absurde et de sentiment de menace. Une plongée radicale dans ce qui est parenthèse irréelle à Hong Kong : une nuit où l’effervescence perpétuelle de la ville disparaît soudain. Johnnie To nous plonge dans cette nuit de solitude d’une manière ahurissante : en suivant un chef de gang constamment entouré, dont le moindre mouvement est suivi de près par tous ses hommes, qui finira par mourir totalement esseulé, après une longue agonie à laquelle personne n’assistera…

Dès lors, la vie grouillante de Hong Kong a disparu, et le film ne sera plus qu’une longue virée nocturne et fascinante dans les rues désertes, vastes artères dominées par des façades froides et pesantes. Une virée dont la perte de son arme de fonction par un policier sera l’absurde prétexte.

Avec ses cadrages légèrement désaxés et l’utilisation du grand angle, Johnnie To filme un Hong Kong quasi irréel, désert et habité par un sentiment d’insécurité et de menace permanente. Une plongée quasi-irréelle dans cette nuit pleine de dangers, où les êtres se déplacent comme des spectres. Où la parole est rare, et où le moindre geste laisse penser que l’explosion de violence est imminente. Il faudra pourtant attendre les dernières minutes, et se laisser envoûter par la musique exceptionnelle, hallucinogène. Entre-temps, la violence n’est que latente, et les flics déambulent lentement, arpentant les rues à pied. L’atmosphère évoque celle qui précède les règlements de compte dans certains westerns.

Ici aussi, comme chez Sergio Leone, toute notion de bien ou de mal est illusoire : toutes les trajectoires personnelles convergent vers un règlement de compte final que l’on pressent dès le départ, et qui se conclue sur une pirouette scénaristique qui enfonce définitivement le clou.

Inutile de chercher une quelconque morale, ou même un sens à cette nuit de violence : avec la dernière scène, To confirme que cette arme disparue n’était qu’un prétexte. Rien de plus.

Le résultat est un grand exercice de style, peut-être le film le plus radical de To, dont le scénario se résume à une seule nuit, une nuit au cours de laquelle la ville semble totalement endormie (To a d’ailleurs mis trois ans à tourner son film, ne pouvant profiter des rues désertes que le dimanche soir). En quelque sorte, le pendant hong-kongais du After Hours de Scorsese.

 

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