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Archive pour le 11 octobre, 2013

Wild boys of the road (id.) – de William A. Wellman – 1933

Posté : 11 octobre, 2013 @ 4:38 dans 1930-1939, BOND Ward, WELLMAN William A. | Pas de commentaires »

Wild boys of the road (id.) – de William A. Wellman – 1933 dans 1930-1939 wild-boys-of-the-road

Après Heroes for sale, Wellman continue de scruter cette Amérique de la Grande Dépression, en livrant une vision terriblement sombre de cette société en déliquescence qui ne peut pas même préserver ce qu’elle a de plus précieux : ses enfants. C’est aux milliers d’enfants livrés à eux-mêmes durant ces sombres années que Wellman s’intéresse ici : à ces gosses qui ont quitté des foyers exsangues pour tenter de trouver eux-mêmes un emploi. Mais comme le dit avec une triste résignation un officiel que l’on sent écoeuré par le sort des gamins qu’il est chargé d’expulser de la ville : « On n’a déjà pas de travail pour les adultes, alors pour les enfants… »

Le thème est fort, le film est bouleversant. Wellman raconte le destin de deux amis, Eddie et Tommy, qui voient leur vie voler en éclat lorsque leurs parents perdent leur emploi, et qui prennent la route, rencontrant des dizaines de jeunes comme eux. Ballottés d’une ville à l’autre, forcés de voyager clandestinement dans des trains de marchandises, les enfants sont victimes de la crise, voire d’un système. De quelques mauvaises rencontres aussi, notamment Ward Bond dans le rôle court mais mémorable d’un horrible surveillant des chemins de fer.

Le film est souvent extrêmement dur, à l’image de cette scène terrifiante au cours de laquelle Tommy perd une jambe, coupée par le passage d’un train. Wellman donne au film un rythme trépidant, et n’hésite pas à donner un ton volontiers léger dès qu’il le peut. Mais il y a toujours un drame, une larme, un simple regard… pour rappeler que les « héros » sont des enfants privés de leur foyer…

Il y a dans ce film une véritable bienveillance, qui ne ressemble en rien à de la mièvrerie. Au contraire, tout ça est filmé avec une pudeur bouleversante. L’accolade entre Eddie et son père est parfaitement retenue… elle n’en est que plus émouvante. Plus tard, c’est la tape amicale et résignée d’un officiel, ou les hésitations douloureuses d’un policier chargé d’expulser les enfants, ou encore le regard ému d’un juge qui refuse d’appliquer des règles déshumanisées…

Cette bienveillance ambiante n’enlève rien à la cruauté de la situation. Mais Wellman, grand cinéaste, et grand Américain, laisse allumée une lueur d’espoir, et affiche clairement sa foi en un avenir meilleur. Il signe au passage l’un des films les plus forts sur la Grande Dépression, et un nouveau chef d’œuvre.

• Le film figure dans le volume 3 de la collection Forbidden Hollywood, coffret DVD en zone 1entièrement consacré à Wellman, avec commentaire audio de William Wellman Jr. et de l’historien du cinéma Frank Thompson (sans sous-titres).

L’Enfer de la corruption (Force of Evil) – d’Abraham Polonsky – 1948

Posté : 11 octobre, 2013 @ 9:31 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, GARFIELD John, POLONSKY Abraham | Pas de commentaires »

L’Enfer de la corruption (Force of Evil) – d’Abraham Polonsky – 1948 dans * Films noirs (1935-1959) lenfer-de-la-corruption

Scénariste de Body and soul, le chef d’œuvre de Robert Rossen, Abraham Polonsky signe là son premier film derrière la caméra. Et il faudra attendre vingt ans avant de voir le suivant, le western Willie Boy : Polonsky a été l’une des principales victimes du MacCarthysme, son nom figurant sur la tristement fameuse liste noire, lui fermant les portes d’Hollywood.

Il continuera toutefois à travailler, collaborant à l’écriture de scénarios sous des noms d’emprunts, ou totalement anonymement. N’empêche : cette carrière avortée de cinéaste (il ne réalisera au total que trois films), à voir la réussite exceptionnelle de Force of Evil, fait partie des plus grands gâchis de l’histoire du cinéma…

Evidemment, avec un tel sujet, une telle manière d’aborder le film noir, la commission « des affaires anti-américaines » ne pouvait pas ne pas s’intéresser à Polonsky. Car Force of Evil assimile ouvertement le capitalisme au gangstérisme. Un business parfaitement organisé, avec ses règles et ses risques, dont la finalité absolue est l’argent et le pouvoir, les questions de morale n’étant que des valeurs ajustables dont on peut très bien se passer.

D’ailleurs, il y a guère de limite entre le bien et le mal dans ce film, évoquant l’univers des paris illégaux, dans un scénario d’une complexité fascinante et enivrante. D’un côté les puissants, de l’autre les petits… mais tous sont dans le même business, tirant leur profit de l’argent que les pauvres préfèrent miser sur des paris, plutôt que d’utiliser pour payer leur assurance. Quant à la police et à la justice, elles ne sont que des maillons d’un système qui dépassent largement les individus.

Au cœur de cet univers de corruption et de cynisme, deux frères : John Garfield, avocat ambitieux qui franchit la ligne rouge sans sourciller ; et son aîné Thomas Gomez, petit patron d’une banque des paris, qui traficote dans son coin et répugne à s’associer à de vrais gangsters. Mais il n’y a pas de frontière bien définie entre ces deux hommes que tout semble opposer, mais que des bribes de sens moral finira par rapprocher. Trop tard.

John Garfield est immense, bloc de cynisme et d’assurance qu’une lueur de doute vient ébranler. Thomas Gomez est tout aussi impressionnant, dans le rôle de sa vie : un type malade qui se raccroche à ses principes tout en n’assumant pas totalement d’être partie prenante du système.

Grand scénariste, grand directeur d’acteurs, Polonsky se révèle aussi un très grand homme d’images. Son langage est totalement cinématographique, à l’image de cette interminable descente de Garfield qui n’en finit plus, quittant son bureau luxueux surplombant la ville pour affronter son propre destin tout en bas, près des égoûts.

Et que dire de cet affrontement au pistolet dans un bureau plongé dans l’obscurité, où toutes les silhouettes se confondent… Ou de l’insoutenable séquence de la trahison dans le restaurant (« what have you done to me ? »)… Force of Evil est un chef d’œuvre total, un film immense, d’une force inégalée.

 

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