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Archive pour septembre, 2013

Mogambo (id.) – de John Ford – 1953

Posté : 16 septembre, 2013 @ 2:03 dans 1950-1959, FORD John | Pas de commentaires »

Mogambo (id.) – de John Ford – 1953 dans 1950-1959 mogambo

Le succès des Mines du roi Salomon a donné des idées aux producteurs d’Hollywood : ainsi, l’Afrique pouvait être un argument commercial. De leurs côtés, plusieurs cinéastes aventuriers (Huston, Hawks plus tard) se sont engouffrés dans la brèche, et se sont offerts leur périple africain. Ford suit le mouvement, et le résultat est absolument merveilleux.

Des images superbes, des crépuscules bouleversants qui contrastent magnifiquement avec les lumières écrasantes du grand jour… Le travail sur la lumière fait partie des plus beaux de toute l’œuvre fordienne, et souligne impact de cet environnement à la fois féérique et hostile sur les relations humaines. Loin de chez eux, les personnages semblent constamment se dissimuler derrière des rideaux d’obscurité, des persiennes ou des moustiquaires, qui créent une étrange intimité.

Ford, lui, loin des studios, et loin de ses paysages westerniens habituels, fait ce qu’il a rarement fait avant : il se consacre entièrement aux sensations de ses personnages, à leurs attirances, à leurs désirs, à leurs sensations. Débarrassé de toute velléité purement dramatique (à l’image du Hatari ! de Hawks, aux thèmes et au cadre remarquablement similaires), Ford ne tombe pas non plus dans l’excès de spectaculaire, se contentant de filmer son sublime triangle amoureux.

C’est magnifiquement réussi : la frustration d’Ava Gardner est déchirante ; Grace Kelly, blonde froide et coincée, révèle dans ce cadre inamical une sensualité qu’elle-même semble découvrir.

Clark Gable est à la hauteur de cet affrontement de beautés mythiques. Dans un rôle qu’il connaît parfaitement pour l’avoir déjà interprété trente ans plus tôt (Mogambo est un remake de La Belle de Saïgon de Victor Fleming, dont il tenait la vedette en 1932, en studios cette fois), il est un pur fantasme fordien, l’un de ces personnages qui ont fait les grandes heures d’Hollywood, et qui renvoie d’ailleurs directement à l’un des plus célèbres de tous : Rhett Butler, qui semble réapparaître lors d’un baiser fougueux entre Gable et Kelly sur fond de soleil couchant rougeoyant.

Hatari ! (id.) – de Howard Hawks – 1962

Posté : 16 septembre, 2013 @ 1:59 dans 1960-1969, HAWKS Howard, WAYNE John | Pas de commentaires »

Hatari ! (id.) – de Howard Hawks – 1962 dans 1960-1969 hatari

C’était une mode depuis le début des années 50 pour tous les grands cinéastes américains passionnés par l’alcool, l’aventure et les grands espaces : se faire payer un safari en Afrique par Hollywood, sous prétexte d’aller y tourner un grand film en décors réels. Huston et Ford l’avaient fait quelques années plus tôt… Hawks enchaîne le mouvement. Dans tous les cas, si on peut douter de l’ambition purement artistique de la démarche, il faut reconnaître que les trois géants ont réussi d’excellents films : African Queen pour le premier, Mogambo pour le deuxième, et ce Hatari ! qui, à défaut d’être un immense chef d’œuvre, est un pur film hawksien.

C’est un peu Rio Bravo en Afrique, d’où tout semblant de suspense ou même d’histoire aurait été balayé. C’est ce qui frappe le plus ici, outre l’impressionnante fluidité du montage : l’absence d’une vraie histoire digne de ce nom. Loin d’Hollywood, Hawks semble ne filmer que ce qui l’intéresse vraiment : un groupe d’hommes vivant dans un milieu totalement macho (ils capturent des animaux sauvages destinés aux zoos du monde entier), dont le bel équilibre est perturbé par l’irruption de deux femmes. L’une est une étrangère qui s’incruste dans le groupe ; l’autre est une ancienne gamine ayant grandi avec tous ces mecs, ces derniers réalisant soudain qu’elle a bien grandi…

La parenté avec Rio Bravo est surtout frappante dans les nombreux moments d’intimité, Hawks renouant parfois avec la magie des séquences dans le bureau du shérif. La présence de John Wayne, dans un rôle similaire (un type bourru et jusqu’au boutiste qui laisse peu à peu baisser la garde et admet ses sentiments pour une belle femme bien plus moderne que lui), joue aussi pour beaucoup dans cette parenté.

Hawks joue constamment sur plusieurs tableaux : les séquences intimes alternent avec quelques passages qui tirent vers la farce. Pas vraiment ce qu’il y a de plus convaincant ici. Si l’histoire d’amour de John Wayne et Elsa Martinelli est très belle, celle de  Red Buttons et Michèle Girardon, volontairement comique, tourne à vide. Hawks flirte même avec la screwball comedie, dont il a écrit lui-même quelques-unes des plus belles pages (Chérie, je me sens rajeunir…). Avec un résultat nettement plus anecdotique. On sent Hawks moins intéressé par ces derniers personnages (comme celui de Gérard Blain d’ailleurs) que par ceux des vieux de la vieille, Wayne et Bruce Cabot notamment, qu’il filme avec une affection visible.

Les quelque deux heures trente du film sont surtout parsemées de scènes de chasse qui comptent parmi les plus spectaculaires de toute l’histoire du cinéma. Hatari ! est un véritable bestiaire, où défilent à peu près toutes les espèces animales vivant en Afrique, qui donnent chacune lieu à une scène de chasse, le plus souvent en voitures lancées à toute allure dans la savane. Embarquée ou au ras du sol, la caméra filme les poursuites au plus près, plongeant le spectateur au cœur de ces affrontements dangereux et hallucinants.

Le sujet même du film (la capture des animaux) serait quasiment inimaginable aujourd’hui, sans même parler d’un tel tournage avec de vrais animaux sauvages. Mais la préoccupation de Hawks n’est visiblement pas tournée vers la condition des animaux. Ce qu’il filme, comme souvent, ce sont des hommes et des femmes dans un milieu qui les dépasse. Le voyage ne manque pas de charme…

• Le film vient d’être édité en blue ray chez Universal, sans bonus mais à petit prix.

Arrêt d’autobus (Bus Stop) – de Joshua Logan – 1956

Posté : 13 septembre, 2013 @ 12:48 dans 1950-1959, LOGAN Joshua | Pas de commentaires »

Arrêt d’autobus (Bus Stop) – de Joshua Logan – 1956 dans 1950-1959 bus-stop

Un cow-boy n’ayant jamais quitté son ranch paumé du Montana part se déniaiser en ville, et jette son dévolu sur une entraîneuse d’un bar plutôt mal famé… La comédie avait tout pour écoeurer le spectateur, en le submergeant de gags poussifs et de bons sentiments éculés. Et c’est vrai que les premières minutes font craindre le pire : le nouveau venu Don Murray (l’un des héros de mon enfance avec la série western Les Bannis) cabotine comme c’est pas permis dans le rôle de ce niais bouseux qui monte à la ville. Et on ne voit que lui, Marilyn Monroe n’apparaissant qu’au bout d’un long prologue.

Le film ne fait pas dans la dentelle, avec un niais vraiment niais qui traite la femme qu’il veut épouser comme du bétail, la prenant même au lasso pour l’emmener avec lui comme la prise de luxe qu’elle est à ses yeux. Les dialogues aussi vont loin dans cette direction, et pas toujours avec un grand sens de la mesure (« Le taureau que j’ai attrapé n’avait pas envie que je le fasse tomber, mais je l’ai fait. Pourquoi ferais-je différemment avec elle ? »).

Pourtant, il se passe quelque chose de magique devant la caméra de Joshua Logan, cinéaste pas toujours finaud (voir la démesurée Kermesse de l’Ouest avec Clint Eastwood en cow-boy chantant, niais lui aussi). Frôlant constamment la farce grotesque, le film reste toujours sur le fil et enthousiasme grâce à un rythme endiablé, et un équilibre absolument parfait entre la comédie et l’émotion la plus délicate.

Marilyn, dans un rôle de femme enfant enfermée dans un corps de femme fatale, est profondément émouvante, y compris dans les moments les plus ouvertement comiques du film. La première heure, enchaînement incessant de purs moments de folie, semble en fait n’être qu’un joyeux prétexte pour enfermer tous les personnages, en crise, dans un « diner » de la ligne de bus, bloqué par la neige.

Là, le ton change radicalement. Un plan, surtout, marque la rupture. Don Murray se lève et tend le bras vers Marilyn qui s’éloigne et n’attend qu’un signe de sa part, mais n’ose pas la retenir. Il y a dans ce plan une simplicité et une émotion toute retenue qui sont absolument magnifiques.

Bus Stop réussit à trouver un équilibre rare entre humour potache et sensibilité à fleur de peau, entre rythme pur et belle intimité. Le film avait tout pour être pénible, il est magnifique.

• Belle qualité pour le blue ray qui se résume à l’essentiel : le film. Pas de bonus, si ce n’est quelques bandes annonces de films avec Marilyn.

Macao (id.) – de Josef Von Sternberg et Nicholas Ray – 1952

Posté : 12 septembre, 2013 @ 1:51 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MITCHUM Robert, RAY Nicholas, VON STERNBERG Josef | Pas de commentaires »

Macao (id.) – de Josef Von Sternberg et Nicholas Ray – 1952 dans * Films noirs (1935-1959) macao

L’avant-dernier film réalisé par le grand Von Sternberg marque à la fois le retour aux sources et le début de la fin pour le cinéaste de Morocco, le pygmalion de Marlene Dietrich, réalisateur qui semble courir après ses années perdues depuis l’émancipation de sa muse. Au fil des ans, Sternberg a enchaîné par mal de déceptions professionnelles, et son inspiration s’est révélée en dent de scie. Sa réputation est celle d’un cinéaste difficile, souvent en conflit avec ses comédiennes et ses producteurs.

Avec Macao, le réalisateur renoue avec l’Extrême Orient, qui lui a particulièrement réussi par le passé. L’atmosphère de Macao, comme celle de Shanghaï dans d’autres de ses films (Shanghai Express, Shanghai Gesture), est pour beaucoup dans la réussite du film. Sternberg y filme des hommes et des femmes perdus loin de chez eux, des aventuriers qui cachent un passé dont on ne saura rien, mais qui errent comme des âmes en peine à la recherche désespérée d’une seconde chance. Des personnages totalement sternbergien, donc.

Ce qui compte ici, c’est l’atmosphère, et ces moments de grâce que Sternberg arrive à faire surgir comme par miracles : une extraordinaire intimité entre Jane Russell et Robert Mitchum à bord d’un bateau ; des ruelles qui se confondent avec la mer et qui rappellent constamment à ces exilés qu’ils sont loin de chez eux ; un cabaret qui permet de noyer son spleen dans des volutes de fumée et des verres d’alcool.

Quant à l’intrigue policière, haletante, elle reste constamment au stade du concept. D’où viennent les personnages de Russell et Mitchum ? Pourquoi le flic interprété par William Bendix (dans un rôle étonnamment « normal » pour l’immense acteur du Dahlia bleu) est-il à ce point obnubilé par le riche criminel joué par Brad Dexter ? Et de quoi ce dernier est-il accusé ? On ne le saura pas, et on ne se pose jamais vraiment la question.

Qu’importe d’ailleurs : ce que ressentent les personnages, perclus de peur et de mal-être, est flagrant. Aussi chaleureux soient-ils, les décors de cette ville si loin de New York (le port d’attache évoqué constamment par tous) leur rappellent qu’ils sont des parias, condamnés à errer loin de chez eux.

La réputation de Sternberg, ainsi que ses relations avec Jane Russell (la protéger de la RKO) et Gloria Grahame (sublime actrice trop méconnue, dans un rôle en retrait mais auquel elle apporte une profondeur qu’aucune autre n’aurait su lui donner), ont incité les producteurs à déposséder le cinéaste de son film, et à le confier à Nicholas Ray, qui a tourné certaines scènes et supervisé le montage. La meilleure manière de condamner un film…

Pourtant, il y a quelque chose de magique dans ce Macao, qui, même si on est loin de ses glorieuses réussites des années 30, porte malgré tout la patte de Sternberg. Impossible de dire ce qu’aurait été le film si le cinéaste en avait eu le contrôle total. Mais en l’état, ce film d’aventure étonnamment intime est un bijou.

• Le film existe en DVD, dans la collection bleue consacrée à la RKO par les Editions Montparnasse, avec une introduction par le toujours passionné Serge Bromberg.

L’Implacable poursuite (The Saga of Hemp Brown) – Richard Carlson – 1958

Posté : 11 septembre, 2013 @ 9:29 dans 1950-1959, CARLSON Richard, WESTERNS | Pas de commentaires »

L’Implacable poursuite (The Saga of Hemp Brown) – Richard Carlson – 1958 dans 1950-1959 limplacable-poursuite

Il y a décidément de bien belles surprises parmi les innombrables petits westerns des années 50. Celui-ci, tout en respectant les règles du genre, avec un rythme impeccable, des bagarres, des fusillades et de la romance dans l’air, est une grande réussite, particulièrement original, et filmé avec un vrai talent de cinéaste par Richard Carlson, surtout connu comme acteur (le héros du Météore de la nuit, c’est lui).

Rory Calhoun, figure importante de la série B, interprète Hemp Brown, un officier de cavalerie viré de l’armée après qu’un ancien soldat a volé l’argent qu’il était chargé de convoyer, tout en le faisant passer pour un traître.
Calhoun, gueule idéale du cow-boy sans peur, traverse le pays pour retrouver celui qui l’a trahi. Rien que de très classique, a priori. Sauf qu’il le fait le plus souvent sans cheval. Cela peut sembler anodin, mais non : le rythme et le ton du film s’en trouvent chamboulés. Pas ou peu de cavalcades effrénées ici, mais un homme qui avance lentement mais avec détermination, souvent seul dans une nature trop grande, ou à contre-courant des personnes qu’il rencontre et qui, eux, sont dans leur milieu quotidien. Les tribulations de notre héros ont parfois les apparences d’une virée dans une Amérique criante de vérité, avec ses rituels, son ennui, ses vies sans histoire…

Soldat dégradé, Hemp Brown doit aussi porter sur ses épaules la honte du déshonneur, relayé par tous les journaux du pays. Où qu’il aille, il se heurte au mépris des « gens biens » qu’il rencontre. Mépris dont on sent qu’il ne demande qu’à exploser en violence dès que ces « gens biens » deviendront une foule. La colère de la foule : un sujet au cœur de nombreux grands films hollywoodiens.

Au milieu de ces Américains sans histoire qui affichent une bienveillance à toute épreuve, mais qui se révèlent capables de lyncher le premier venu, Hemp Brown et sa némesis, Jed Givens, sont des mavericks, qui suivent leurs règles personnelles plutôt que celles de la bonne société.

Rory Calhoun est excellent, mais John Larch l’est tout autant dans le rôle du méchant de service, dont la santé mentale est remise en question. L’affrontement de ces deux-là aura bien lieu, mais à l’issue d’une interminable (et implacable) poursuite, qui s’apparente plutôt à un jeu du chat et de la souris. Et dans des conditions qui me semblent uniques dans l’histoire du western : après que le méchant, accusé à tort d’un meurtre, a été sauvé de la potence par celui qui le traque sans répit.

• Quasiment invisible depuis des décennies, le film est édité dans la collection Western de Légende de Sidonis, avec une présentation de Patrick Brion et la bande annonce originale. Le DVD présente une version pan and scan, la seule disponible pour ce western sorti en salles en cinemascope. Mais le recadrage se révèle harmonieux, et ne gâche en rien le rythme du film.

Destination : Murder (id.) – de Edward L. Cahn – 1950

Posté : 10 septembre, 2013 @ 3:44 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, CAHN Edward L. | Pas de commentaires »

Destination : Murder (id.) – de Edward L. Cahn – 1950 dans * Films noirs (1935-1959) destination-murder

Une jeune femme est témoin de l’assassinat de son père. Jugeant que la police ne fait pas grand-chose, elle mène sa propre enquête, identifie le tueur, et se rapproche de lui pour découvrir qui est le commanditaire du meurtre.

L’intrigue de ce film noir méconnu est assez maligne, et le scénario réserve quelques surprises qui assurent l’intérêt. Le scénario évite aussi soigneusement les pistes trop faciles en ce qui concerne les personnages, faisant du tueur une petite frappe manipulée par tout le monde, et de la jeune héroïne une tête brûlée plus déterminée que réfléchie. Surtout, le flic relégué au rang de second rôle un peu ridicule et apparemment totalement incompétent, se révèle être le véritable héros du film. Les vais héros ne sont pas ceux qu’on croit, et les vrais méchants non plus : c’est la principale force du film.

Hélas, le scénario n’est pas exempt de défauts, à commencer par d’immenses raccourcis qui rendent le propos à peine crédible. Quant à la mise en scène, elle est d’une platitude digne des pires nanars fauchés de cette période. Edward L. Cahn n’est pas exactement le plus grand cinéaste de son époque (Ce Destination : Murder est son plus grand titre de gloire). Ce n’est pas non plus le meilleur des directeurs d’acteur : Si Hard Hatfield, éternel Dorian Gray, est excellent dans son rôle de mystérieux gérant de club, et si Albert Dekker est parfait en brute qui se rêve plus malin qu’il n’est, les autres comédiens, moins aguerris, semblent livrés à eux-mêmes et débitent sans y croire des dialogues qu’ils n’incarnent jamais.

Mais le pire, c’est le rythme du film. Ou plutôt l’absence totale de rythme. Le moindre dialogue est précédé de longues secondes de silence… même quand un personnage est censé couper la parole à un autre, ce qui laisse des phrases en suspens assez déroutantes. Finalement, les quelque 75 minutes de métrage, à l’exception de quelques passages plus enlevés, paraissent bien longs.

Frisco Jenny (id.) – de William A. Wellman – 1932

Posté : 9 septembre, 2013 @ 11:22 dans 1930-1939, WELLMAN William A. | Pas de commentaires »

Frisco Jenny (id.) – de William A. Wellman – 1932 dans 1930-1939 frisco-jenny

Dès les premières scènes, dans un music-hall des bas-fonds de San Francisco, Wellman filme une ville grouillante de vie et de vices. De riches hommes mariés venus s’encanailler, des filles de petite vertue, des gros bras, des assassins… Et au milieu de ce fourmillement, un couple qui s’aime et rêve d’ailleurs : un pianiste talentueux mais sans grand avenir, et Jenny, la fille du patron. Mais ce dernier refuse le mariage, menace le gars, insulte sa fille… Et là, comme si Dieu lui-même venait le frapper, son établissement de perdition s’effondre sur lui, la terre s’ouvre et l’engouffre.

Nous sommes en 1906, l’année du grand tremblement de terre qui a ravagé Frisco et éradiquer sa vermine. Le grand nettoyage a été fait, il ne reste plus qu’à reconstruire et à espérer de meilleurs lendemains. C’est ainsi que s’achever le San Francisco de W.S. Van Dyke. Mais ici, on n’est qu’au début du film. Et si la reconstruction a bel et bien lieu, si les temps changent incontestablement, les « meilleurs lendemains » ne sont pas tout à fait à la hauteur des espérances…

Devenue mère célibataire, Jenny réalise vite que la parole de Dieu ne suffira pas à les faire vivre, son fils et elle. Elle devient alors mère maquerelle, complice d’un meurtre, et doit accepter de se séparer de son fils pour lui offrir une chance d’avoir une belle vie. Les années passent, et Jenny doit se contenter de suivre la vie de son fils, qui ignore qui elle est, à travers les journaux…

Il y a dans ce très beau film la matière à plusieurs scénarios. Trente ans d’histoire de San Francisco, du tremblement de terre à la prohibition, que Wellman résume au portrait bouleversant d’une mère courage qui acceptera les pires sacrifices pour le bien-être de son fils. La dernière partie du film évoque bien sûr Madame X, mais avec nettement plus d’élégance et de retenue.

L’interprétation de Ruth Chatterton est remarquable, pour ce rôle de rêve : tour à tour fiancée éplorée, mère aimante, femme d’affaire sans scrupule. Son personnage vieillit de 30 ans au cours du film, mais ce vieillissement, à peine souligné par un léger maquillage, n’est perceptible que grâce à sa prestation, toute en nuances.

Beaucoup de films de cette époque souffrent d’un montage trop serré, pour ne pas dépasser les 70 minutes et figurer en double-programme (y compris pour des films de Wellman, comme Purchase Price). Mais ici, la rapidité du métrage, volontairement ou non de la part du cinéaste et de ses scénaristes, donnent lieu à des ellipses magnifiques qui soulignent la volonté de ce personnage hors normes.

Le volume 3 de la collection « Forbidden Hollywood », édité en zone 1 chez TCM Archives, réunit six films rares de la période pre-code de William Wellman : The Purchase Price, Other men’s women, Heroes for sale, Midnight Mary, Frisco Jenny et Wild boys of the road. En bonus, des commentaires audios d’historiens, un grand documentaire consacré à Wellman, les bandes annonces des six films, une poignée de cartoons de l’époque, et quelques épisodes d’une série de courts métrages adaptés de SS Van Dine (le « père » de Philo Vance, le héros du Mystère de la chambre close), avec Donald Meek dans le rôle du Docteur Crabtree qui, comme Philo Vance, aide la police à résoudre des meurtres impossibles. Seul bémol : les sous-titres disponibles pour le film n’existent pas pour les bonus.

Le Dernier Nabab (The Last Tycoon) – d’Elia Kazan – 1976

Posté : 6 septembre, 2013 @ 1:39 dans 1970-1979, CARRADINE John, CURTIS Tony, DE NIRO Robert, KAZAN Elia, MITCHUM Robert | Pas de commentaires »

Le Dernier Nabab (The Last Tycoon) – d’Elia Kazan – 1976 dans 1970-1979 le-dernier-nabab

Elia Kazan savait-il que The Last Tycoon serait son dernier film ? Il y a en tout cas des allures de testament cinématographique dans cette magnifique adaptation d’un roman de Fitzgerald. Dans le cadre du Hollywood des années 30, celui de la jeunesse de Kazan, c’est un film profondément mélancolique, l’histoire d’un amour disparu, que De Niro tente de retrouver à travers le personnage quasi-fantasmé de Katherine Moore, sosie de sa défunte femme.

Dans le rôle, Ingrid Boulting n’a pas eu bonne presse à l’époque de la sortie. Son interprétation vaporeuse en a surpris plus d’elle. A tort : elle tient davantage du fantasme que de l’héroïne classique. Sa première apparition affiche la couleur : après un tremblement de terre qui surprend le producteur interprété par DeNiro dans son sommeil, elle entre en scène chevauchant une tête géante dérivant dans un décor de cinéma inondé par un torrent…

Producteur à l’ancienne, à l’époque où les producteurs étaient les maîtres absolus et disposaient à leur convenance des réalisateurs comme des scénaristes, Monroe Stahr est inspiré par Irving Thalberg, le jeune maître à penser de la MGM dans les années 20 et 30. Il est aussi le symbole d’un Hollywood déjà condamné à disparaître, alors que le studio est secoué par la grogne des scénaristes, sur le point de créer leur syndicat. La toute puissance du producteur qui ne vit que pour les films est remise en cause. L’ère des financiers et des avocats se profile.

Stahr/DeNiro représente aussi toute la complexité de ce système de l’âge d’or d’Hollywood : un vrai amoureux de cinéma qui connaît mieux que quiconque les clés d’un bon film (la période a donné un paquet de grandes réussites, quand même…), mais qui se révèle sans pitié, obligeant un grand écrivain perdu dans un Hollywood qu’il ne comprend pas (Donald Pleasance, sans doute inspiré de Fitzgerald lui-même) à travailler avec de jeunes scénaristes aux ordres, ou virant sans ménagement d’un plateau un réalisateur (Dana Andrews) incapable de canaliser la star capricieuse jouée par Jeanne Moreau.

Monroe Stahr est à l’image de ce Hollywood recréé à l’écran dans toute sa complexité, à la fois terriblement séduisant et terrible tout court. Kazan n’est pas dupe, lui qui a connu les sommets d’Hollywood comme ses revers, après son fameux témoignage devant la commission des activités anti-américaines. Est-ce pour cela que l’un des personnages les plus sympathiques, le moins altéré par le cynisme hollywoodien, est un communiste, interprété par Jack Nicholson ?

Le film est beau parce que le personnage de DeNiro, en pleine perdition, est très émouvant. Mais aussi parce que derrière le cynisme et la critique d’un système, on sent une certaine nostalgie de cette époque disparue : The Last Tycoon est aussi une déclaration d’amour pour le cinéma et ses acteurs, avec une affiche magnifique qui semble réunir toutes les générations d’acteurs.

John Carradine sert de guide à travers les décors du studio. Tony Curtis, formidable, joue avec sa propre image. Robert Mitchum n’avait plus été aussi bon depuis des années. Ray Milland et Dana Andrews échappent pour un temps aux nanars qu’ils enchaînent alors pour des rôles en retrait mais marquants.

Ces monstres sacrés, stars d’un Hollywood déjà disparu, semblent passer le flambeau à DeNiro, fascinant dans sa raideur. L’acteur est sans doute celui qui incarne le mieux le nouvel Hollywood. Pourtant, c’est le Hollywood de l’Âge d’Or dont il est le symbole dans ce film. Qu’importe le système finalement. A la fin du film, avant de quitter ce studio pour lequel il a tout donné, il lance face caméra : « Je viens de faire du cinéma ». Et la phrase résonne comme un adieu du réalisateur. C’est bouleversant.

Infiltré (Snitch) – de Ric Roman Waugh – 2012

Posté : 6 septembre, 2013 @ 1:35 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, WAUGH Ric Roman | Pas de commentaires »

Infiltré (Snitch) – de Ric Roman Waugh - 2012 dans * Thrillers US (1980-…) infiltre

Aujourd’hui est un grand jour : celui où j’ai vu un bon film avec Dwayne Johnson. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la version junior de Schwarzie prend de l’envergure avec ce film noir fort bien troussé par un auteur-réalisateur venu je ne sais d’où, mais pas dénué de talent le bougre.

Grotesque et tellement lisse qu’il en devenait invisible dans G.I. Joe 2 et autres superproductions sans cervelle, Johnson révèle enfin qu’il a la carrure (normal, vues les épaules) pour un cinéma plus adulte.

Inspiré de faits réels (c’est écrit au générique), le film raconte le combat d’un père sans histoire, petit patron du BTP, pour sauver son fils qui encourt une longue peine de prison pour une bêtise de jeunes avec un pote dealer. Prêt à tout, il passe un marché avec le procureur, et accepte de jouer les infiltrés pour piéger des pontes du trafic de drogue.

Très réussi, le film privilégie la tension à l’action. Il y a bien quelques rares explosions de violence : une course poursuite avec un poids lourd, une fusillade dans les étroits couloirs d’une petite maison. Mais la violence y est sèche et brutale, rien de fun ici.

L’ex-The Rock est très émouvant dans le rôle de ce père acculé, qui plonge de plus en plus profond dans un milieu qu’il ne connaît pas, et dont on sent qu’il ne pourra plus jamais s’extirper. Mais l’ancien taulard (Jon Bernthal) que le père de famille entraîne malgré lui dans sa spirale infernale est plus intéressant encore : ancien trafiquant décidé à tout subir pour mener une vie de famille plutôt que de replonger, il a tout de l’anti-héros tragique qui donne de la consistance au film. Et qui pose la question du bien-fondé des actes du père.

Et puis les seconds rôles sont parfaits, de Susan Sarandon en procureur cynique, à Barry Pepper dont la longue barbichette met en valeur le regard mort de celui qui en a trop vu.

Ric Roman Waugh signe un bon petit noir comme on les aime, une bien belle surprise.

• Des featurettes spéciales promo accompagnent le blue ray du film, édité chez Metropolitan.

Le Repenti (El taaib) – de Merzak Allouache – 2012

Posté : 6 septembre, 2013 @ 1:31 dans 2010-2019, ALLOUACHE Merzak | Pas de commentaires »

Le Repenti (El taaib) – de Merzak Allouache – 2012 dans 2010-2019 le-repenti

En 2000, après une décennie d’attentats et de massacres, l’Algérie tente de renouer avec la paix. La loi de la « concorde civile » permet aux islamistes maquisards de quitter les montagnes et de retourner chez eux. Une quasi-amnistie dont profite Rachid, jeune fermier qui avait rejoint les « frères » islamistes.

Quel y a été son rôle précis ? A-t-il participé directement à des massacres ? Lui affirme que non, ses yeux perdus sèment le doute, et Merzak Allouache n’en dira rien. Le sujet écrit et filmé par le cinéaste franco-algérien est fort, très fort : la réinsertion d’un ancien terroriste est-elle possible, au sein d’une population directement victime de la violence dont il est le symbole tangible ?

Le film n’est pas franchement optimiste. Il donne aussi le sentiment de ne pas aller tout à fait au bout de son sujet, s’en sortant avec une pirouette scénaristique qui plonge le spectateur dans le flou pendant la moitié du film, et qui recentre l’histoire sur un pharmacien et son ex-femme, qui se sont séparés après une tragédie qu’on ne peut qu’imaginer jusqu’à la toute fin du film.

Choisir de ne révéler cette proposition que dans la toute dernière partie prive le film d’une émotion qui ne vient jamais vraiment, et le style caméra à l’épaule ne fait rien pour renforcer l’empathie. Il y a pourtant de beaux moments, et de beaux personnages : le couple qui semble ne plus avoir dormi depuis cinq ans, une vieille mère qui regarde son fils perdu dévorer sa soupe, et beaucoup de regards vides, seuls signes concrets des horreurs passées…

Mais Merzak Allouache est passé à côté d’un film important. De deux films importants, même : celui qu’il aurait pu faire avec l’impossible réinsertion du repenti ; et celui qu’il aurait pu consacrer à ses parents en deuil qui voient les assassins de leur enfant invités à reprendre la place dans la société. Deux visions humaines et politiques à la fois que le cinéaste n’ose pas aborder de front. La dernière image, glaçante, ne fait que renforcer cette sensation d’inaboutie.

• Le film vient d’être édité chez Blaq Out, avec une interview assez passionnante du réalisateur.

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