Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour le 16 novembre, 2012

Mary (Sir John greift ein) – d’Alfred Hitchcock – 1931

Posté : 16 novembre, 2012 @ 7:30 dans * Polars européens, 1930-1939, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Mary

Drôle d’expérience, de découvrir ce méconnu Mary après avoir revu Meurtre !, l’un des bijoux oubliés du jeune Hitchcock : Mary est la version allemande du précédent. A une époque, les premières années du parlant, où le doublage n’existait pas encore, et où de nombreuses productions françaises et anglaises étaient tournées simultanément dans la langue originale, et en allemand pour l’important marché outre-Rhin, Mary est l’unique version allemande d’un de ses films que tourne Hitch lui-même.

Les décors sont les mêmes, le scénario est le même. On imagine bien Hitchcock boucler ses scènes anglaises, et enchaîner en dirigeant ses acteurs allemands pour « l’autre film ». Car les deux films sont quasiment identiques, les acteurs ne sont pas les mêmes. D’où, lorsqu’on voit les deux films à la suite comme votre serviteur l’a fait, l’étrange impression d’avoir vécu une expérience rare.

Malgré leurs similitudes, avantage certain à la version anglaise originale. Pour la version allemande, Hitchcock semble avoir traité avec un peu plus de nonchalance un certain nombre de séquences : la première apparition de Fane, comédien travesti en femme dont l’ambiguïté sexuelle disparaît d’ailleurs presque entièrement de la version allemande ; la fameuse séquence du miroir avec le dilemme moral du héros illustré en musique, plus platement ici ; ou encore celle du repas entre Sir John et le couple de modestes régisseurs, qui reste amusante, ne va plus aussi loin dans le contraste entre deux mondes. Exit aussi le tapis très épais dans lequel semblent s’enfoncer les invités.

La fin est également nettement moins romantique et originale (un rideau de théâtre qui tombait dans la version anglaise, les deux héros à l’arrière d’une voiture ici). Quant à Alfred Abel, solide acteur habitué des films de Fritz Lang (Docteur Mabuse, Metropolis), sa prestation est bien moins suave et habitée que celle d’Herbert Marshall. Même les « défauts » de la version anglaise semblent manquer ici, comme les étranges hésitations du juré n°1 qui se trompait en comptant les papiers « coupables » et « non coupables ». Mine de rien, tout est un peu plus lisse, dans cette version allemande.

Voilà pour le jeu des sept différences. Mais Mary reste un film virtuose et passionnant, comme sa version originale. Et c’est une curiosité incontournable pour tout vrai passionné de Sir Hitchcock.

La Clé de verre (The Glass Key) – de Stuart Heisler – 1942

Posté : 16 novembre, 2012 @ 2:18 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HEISLER Stuart, LAKE Veronica | 1 commentaire »

La Clé de verre (The Glass Key) - de Stuart Heisler - 1942 dans * Films noirs (1935-1959) la-cle-de-verre

« J’avais senti ça chez vous : une loyauté bornée »

Les coulisses d’une élection américaine. Un type de l’ombre au bras long, de ceux qui font les élections, et dont les méthodes sont peu recommandables : c’est Brian Donlevy, qui surprend son monde en soutenant un candidat dont les convictions sont à l’opposé de ses propres intérêts, simplement parce qu’il est tombé sous le charme de sa fille. On le comprend : c’est Veronica Lake, sublime, troublante et émouvante à la fois.

Mais le frère de Veronica est assassinée, et Donlevy est le suspect naturel aux yeux de tous. De tous, sauf d’Alan Ladd, fidèle bras droit de Donlevy, prêt à tout, y compris à se fâcher avec son mentor/patron/ami, pour prouver son innocence. Ladd a une loyauté à toute épreuve, et elle va justement être soumise à rude épreuve : difficile d’oublier que Veronica Lake et Alan Ladd resteront pour l’éternité l’un des plus beaux couples de cinéma.

Ce qui se passe entre ces deux-là relève de la magie pure. L’alchimie de ce couple est absolument incroyable. Ils ne disent pas grand-chose, leur jeu est pour le moins minimal, mais il suffit qu’ils soient dans la même pièce pour qu’il se passe quelque chose d’incroyable, une intensité faite de complicité, d’attirance sexuelle et de cette certitude qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Ce miracle qui se renouvelle dans une poignée de chef-d’œuvre à cette époque, du Dahlia Bleu à Tueurs à gages… Que du bon !

Sublime actrice injustement oubliée, Veronica Lake trouve ici l’un de ses très grands rôles. Sensuelle, fragile et forte tout en même temps, elle est le cœur de ce film, ce qui réunit et oppose tous les personnages. A commencer par Brian Donlevy et Alan Ladd, qui peuvent être vus comme deux versions d’un même homme : deux types ambitieux et parfois cruels, mais qui partagent une même loyauté absolue.

Ladd, surtoyt, n’a pas son pareil pour incarner ces « loyaux bornés » (pour reprendre l’expression lancée par Lake), prêts à faire le coup de poins et à défendre l’opposé de ce à quoi il croit par un sens jusqu’au boutiste de la loyauté. Au nom de cette loyauté, il accepte tout : passer pour un traître, supporter de longues tortures, et même renoncer à la femme que, bien sûr, il aime… Un type comme on n’en fait plus, et dont la présence seule impressionne, malgré un physique menu et peu imposant.

Dashiel Hammett, père du roman noir hard-boiled, a souvent été bien servi par le cinéma, il n’y a qu’à se souvenir de L’Introuvable ou Le Faucon Maltais. Son style brut et brutal, précis et laconique, qui ne s’embarrasse pas de psychologie trop lourde, est le matériau idéal pour le grand film noir américain. Son point fort : la force des personnages qui dominent des intrigues complexes à l’extrême, souvent très obscures.

The Glass Key est une transposition parfaite et fascinante de ce style. De l’intrigue quasi-inracontable, on retient surtout les personnages, que Stuart Heisler (qui signe son plus grand classique) fait vivre d’une manière incroyable alors que tous font dans l’économie de moyen. Le moindre second rôle est réussi, qu’il ait le droit à une ou à dix scènes. Mention spéciale, une fois encore, à l’impressionnant William Bendix, side-kick de Ladd dans Le Dahlia Bleu, génial ici dans le rôle d’un gros bras sadique et un peu ahuri.

 

Fort Yuma (id.) – de Lesley Selander – 1956

Posté : 16 novembre, 2012 @ 11:30 dans 1950-1959, SELANDER Lesley, WESTERNS | Pas de commentaires »

Fort Yuma

La première scène aurait pu être géniale. Un chef indien arrive dans un fort US pour signer un accord de paix. Mais un blanc l’abat d’une balle dans le dos, sans que l’on sache pourquoi, réanimant d’un coup la guerre entre les Indiens et les soldats blancs américains… Cet assassinat historique est un acte fort, lourd de conséquences. Il est filmé avec une nonchalance et un manque de puissance qui résume assez bien le film.

Fort Yuma, cela dit, est un western plutôt recommandable. Mais remplacez Lesley Selander, cinéaste à la pauvre réputation, par un réalisateur plus chevronné, et vous obtiendrez sans doute un grand western. On est assez loin du compte. En dépit de toutes les bonnes idées du scénario, le film rate constamment son entrée dans la cour des grands en bâclant toutes les scènes importantes.

La grande séquence d’attache des Indiens surtout, est totalement manquée. Véritable massacre à la Fort Apache, cet affrontement est lui aussi filmé avec un manque cruel d’intensité, malgré tous les enjeux dramatiques.

De la même manière, il y a au cœur du film un sujet fort : les relations complexes entre blancs et indiens, vues à hauteurs d’individus à travers deux couples et une amitié masculine potentiels… Le film est narrativement parlant d’une grande simplicité : il raconte le voyage à haut risque d’une colonne de la cavalerie (avec deux femmes) dirigée par Peter Graves, d’un fort à l’autre, à travers des terres indiennes.

Le danger omniprésent met en valeur ces relations interraciales compliquées : deux couples à des stades différents de leur histoire (l’officier blanc qui veut cacher à tout prix ses sentiments pour une Indienne ; un éclaireur indien et une missionnaire blanche attirés l’un par l’autre malgré tout ce qui les sépare), et deux hommes (l’officier et l’éclaireur) qui affichent une haine réciproque mais finissent par se respecter et s’apprécier. Ce pourrait être passionnant, mais le sentiment que ce sujet n’est qu’ébauché est pour le moins frustrant.

Finalement, c’est dans les longues plages de calme que le film est le plus réussi. Dans la première heure surtout, lente avancée dans le désert, où les personnalités se révèlent peu à peu, et notamment un beau second rôle : un soldat vieillissant, frustré d’être privé de galons à cause de son illétrisme. C’est grâce aux seconds rôles, et à la capacité qu’a Selander de filmer à hauteur d’hommes et de créer une sensation d’intimité, que Fort Yuma, au final, obtient un satisfecit…

 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr