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Archive pour novembre, 2012

Millenium, les hommes qui n’aimaient pas les femmes (Millenium – The Girl with the Dragon Tatoo) – de David Fincher – 2011

Posté : 30 novembre, 2012 @ 10:53 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, FINCHER David | 1 commentaire »

Millenium, les hommes qui n’aimaient pas les femmes (Millenium – The Girl with the Dragon Tatoo) – de David Fincher – 2011 dans * Thrillers US (1980-…) millenium-fincher

D’un best seller plutôt surestimé (moins, quand même, que ses deux suites assez ennuyeuses), David Fincher tire un film étonnant, à la fois classique et décalé, constamment entre deux tons. D’un côté, Millenium est un film de serial killer passionnant, mais qui évoque tout à la fois Seven (pour le côté biblique des tueries) et Zodiac (pour la quête sans fin de la vérité). De l’autre, c’est une critique absolument effrayante d’une société (la Suède, mais pas que…) où la personne la plus équilibrée est une jeune femme asociale et mal dans sa peau, pupille de la nation considérée comme folle.

Fincher a eu raison de se focaliser sur le premier volume, plus linéaire, mais aussi plus riche que les deux suivants. Il y trouve tous les ingrédients du pur film de genre, qu’il met à sa sauce décapante. L’esprit n’est pas si loin de Zodiac, voir même de Fight Club.

Grand journaliste au fond du trou pour avoir osé s’attaquer à un puissant homme d’affaires, Mikael Blonkvist (Daniel Craig) trouve la rédemption en acceptant d’enquêter sur la disparition de la nièce d’un riche industriel, survenu quarante ans plus tôt. Il se rend dans une île où réside toute la famille de son nouvel « employeur », et c’est un condensé exagéré et grotesque de ce que la société fait de pire qu’il découvre sur place…

Société gangrenée par son passé, secrets de famille étouffants, innocence perdue… Fincher trouve dans ce best seller pas génial matière à explorer ses propres démons. Le double regard de Blonkvist, blanc chevalier pas si preux et pas si intègre, et de Lisbeth, rebelle incapable de se plier aux règles abjectes d’une société qui l’est tout autant, ne fait que renforcer le malaise que l’on ressent.

Malaise qui n’est pas tant dû aux crimes horribles du tueur en série (thème traité avec une nonchalance étonnante), qu’à l’hypocrisie ambiante de cette micro-société.

Une nouvelle fois, Fincher prouve que, débarrassé de ses tics d’ancien clippeur, il est devenu l’un des plus grands. Même avec Millenium qui n’atteint pas les sommets de Zodiac ou The Social Network, il signe un film fort, dérangeant, mais tout de même élégant. Ils ne sont pas si nombreux à réussir ce genre de prouesses…

Rencontre avec le Mal (Meeting Evil) – de Chris Fisher – 2012

Posté : 30 novembre, 2012 @ 10:48 dans 2010-2019, FISHER Chris | Pas de commentaires »

Rencontre avec le Mal

Plutôt efficace, ce gentil film d’épouvante. Ni vraiment original, ni réellement captivant, mais suffisamment effrayant pour ne pas ennuyer. Seulement, on a la nette impression qu’il y avait à l’origine de ce projet une toute autre ambition : celle de signer une critique cynique et acerbe du rêve américain. Mais en guise de critique mordante, on n’a que des ébauches de ce qui aurait dû être le film : une manière d’illustrer par le prisme du film de genre le vernis du modèle américain qui se figure.

Avec la toute dernière scène, d’ailleurs, on n’est pas si loin de l’univers de Chabrol (et notamment de La Femme infidèle). Avec les gros sabots hollywoodiens en plus pour bien plomber le sujet.

Dommage : car si Samuel L. Jackson n’est jamais surprenant en incarnation trop stéréotypée du Mal, Luke Wilson, lui, est excellent dans le rôle d’un Américain parfait (belle femme, belle maison, belle maîtresse, enfant plein de santé – gros, quoi) au bord de la crise de nerf.

Mais le réalisateur ne se montre jamais suffisamment mordant, suffisamment méchant pour être percutant. La violence, le suspense, la critique sociale… tout est trop lisse. De l’anti-John Carpenter, en quelque sorte. On comprend pourquoi le film n’a pas eu droit à sa sortie cinéma, même si, honnêtement, on a vu sur grand écran pire navet que cet agréable divertissement un brin grinçant.

La Femme au portrait (The Woman in the window) – de Fritz Lang – 1944

Posté : 29 novembre, 2012 @ 4:49 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, LANG Fritz | Pas de commentaires »

La Femme au portrait (The Woman in the window) – de Fritz Lang – 1944 dans * Films noirs (1935-1959) la-femme-au-portrait

Lang poursuit l’exploration de son thème fétiche : le mal qui s’installe dans la société, avec cette perle incomparable aux allures de film noir. Edward G. Robinson, grande figure du genre, y interprète l’un de ces meilleurs tout le monde que le cinéaste apprécie  particulièrement : un professeur d’âge mur resté seul après le départ en vacances de famille, et font la vie bascule pour avoir bu quelques verres avec le modèle d’un tableau qui le fascinait.

Pas de chance : le modèle en question, Joan Bennett, est entretenue par un riche homme d’affaire, qui déboule sans crier gare, et s’attaque au pauvre Edward G., obligé de le tuer. Les complices malgré eux décident de faire disparaître le corps, mais un maître chanteur (Dan Duryea, second rôle génial et indispensable) fait son apparition.

On le voit, l’histoire est particulièrement classique, vue dans des tas de films noirs. Mais Lang en fait une sorte de réflexion sur la criminalité, sur le bien et le mal. Car contrairement à La Rue rouge, film jumeau tourné l’année suivante avec les mêmes acteurs, il n’y a pas de grand méchant ici (à l’exception de Duryea, malfrat de seconde zone), mais une simple suite de circonstances qui pousse les antihéros de l’autre côté.

Le scénario est brillant. Il est signé Nunally Johnson, qui s’attache autant aux séquences d’exposition et de suspense qu’aux longues discussions entre le prof et ses amis, qui n’aiment rien tant que parler de crimes, en l’occurrence de celui commis par le prof lui-même. Et il se trouve que l’un de ses amis (joué par Raymond Massey) est le procureur en charge de l’affaire. Les discussions légères autour de crimes sanglants : voilà un nouveau thème qui rapproche Lang d’Hitchcock (Espions sur la Tamise, tourné à la même époque, est le plus parfait exemple pour dresser des ponts entre les cinémas des deux grands maîtres).

Et puis il y a la mise en scène, brillantissime, avec un noir et blanc extraordinaire. Entre les plans larges dans des nuits souvent profondes et humides de pluie, et de gros plans sur les visages affolés des deux comédiens principaux, Lang nous plonge dans la détresse de ses deux personnages. Joan Bennett et Edward G. Robinson sont formidables, aucun des deux n’éclipse l’autre. Lang passe du point de vue de l’un à celui de l’autre au gré de son histoire, avec des passages de témoins (par le biais de coups de téléphones) aussi discrets que malins.

Pas une faute de goût dans ce chef d’œuvre qui garde encore une certaine légèreté et un brin d’optimisme. Avec La Rue Rouge, on passera définitivement du côté obscure…

Le Roi du Bluff (The Half-naked truth) – de Gregory La Cava – 1932

Posté : 29 novembre, 2012 @ 3:16 dans 1930-1939, LA CAVA Gregory | Pas de commentaires »

Le Roi du bluff

Prince oublié de la comédie américaine, Gregory La Cava signe avec ce Half-naked truth un film au rythme trépidant, et à l’inspiration débridée. Un petit chef d’œuvre de mise en scène sans la moindre baisse de régime, porté par un Lee Tracy survolté, lui aussi vedette de la comédie tombée dans les limbes de l’oubli.

Tracy, acteur filiforme gorgé d’énergie brute, est ici un bateleur de fête foraine qui, après une soirée qui se termine mal, part avec son pote roi de l’évasion (l’indispensable Eugene Pallette) et la fougueuse « Mexicaine » (Lupe Velez) direction Broadway, où il espère bien faire de la belle une star.

« Espérer » n’est d’ailleurs pas le mot qui convient : Tracy a une confiance en lui, un culot et une force de persuasion assez incroyables. Et il obtient très exactement ce qu’il cherche. Mais la célébrité et la richesse ont leur revers, etc, etc… On voit bien où La Cava veut arriver : l’argent et la gloire ne font pas le bonheur, et une suite luxueuse d’un grand palace ne remplacera jamais la bonne vieille sciure d’une piste de cirque.

Qu’importe : l’important n’est pas le but, mais le chemin. Et ce chemin est totalement fou. En 1h15, on assiste à l’ascension et la chute d’un artiste, à l’arrivée d’une princesse turque, à un défilé de nudiste dans les rues de New York, à l’irruption d’un lion dans une suite impériale… Et pendant 1h15, Lee Tracy est une tornade bondissante, à qui rien ne résiste, et surtout pas le pauvre Frank Morgan, grand homme de théâtre dépassé par ce type que rien n’arrête, et qui le pousse au bord de la dépression nerveuse.

Les paillettes, le monde du spectacle et celui de la presse, en prennent un sacré coup au passage.

Co-scénariste et réalisateur, La Cava est constamment inspiré. Dès la première séquence, qui nous plonge littéralement dans le bain : la caméra filme en plongée vertigineuse (c’est le cas de le dire) un homme plongeant de trente mètres de haut dans un mètre cinquante d’eau. Le plan est saisissant, comme toute l’introduction, où La Cava utilise à merveille toutes les possibilités de son décor de foire.

Suivent quelques éclats de génie, comme cette utilisation exceptionnelle de la bande son dans une scène clé du film, lorsque Lee Tracy se retrouve seul, sans ses proches, et où le moindre bruit lui évoque les musiques de la fête foraine. C’est tout simplement brillant.

Impressionnant aussi de voir à quel point, en 1932, La Cava maîtrise déjà tout du cinéma parlant : le rythme des dialogues, la bande son… Injustement ignoré au profit de Lubitsch ou Capra, La Cava est un cinéaste tout aussi passionnant, plus « canaille » et acerbe, et tout aussi drôle. Et ce Half-Naked truth, comme My Man Godfrey, son film le plus célèbre, est un chef d’œuvre.

Une nouvelle chance (Trouble with the curve) – de Robert Lorenz – 2012

Posté : 29 novembre, 2012 @ 11:49 dans 2010-2019, EASTWOOD Clint (acteur), LORENZ Robert | Pas de commentaires »

Une nouvelle chance

C’est donc le premier film de Clint qu’il ne réalise pas lui-même depuis près de vingt ans (Dans la ligne de mire, en 1993, où le vieillissement était déjà l’un des thèmes centraux). Mais comme à l’époque où il se laissait régulièrement diriger par d’autres, dans les années 70 et 80, difficile de ne pas penser à ce film comme « au nouveau Eastwood ». Même s’il n’a jamais écrit un scénario, et même s’il aime varier les genres, il y a dans ses films, dans tous ses films, quelque chose de purement eastwoodien, peut-être ce profond ancrage dans les racines américaines.

Eastwood est un cinéaste purement américain. C’est aussi l’une des rares stars dont on peut affirmer que, consciemment ou non, il a bâti une œuvre d’une cohérence totale, et ce depuis plus de quarante ans. Une œuvre qui vient du western, et qui puise ses racines dans la country et le jazz, soit les trois seules formes d’art purement américaines. Trouble with the curve trouve parfaitement sa place dans ce parcours.

Trouble with the curve (ouais… ne comptez pas sur moi pour évoquer le titre français, nullissime, digne d’un mauvais téléfilm romantique diffusé sur M6 un après-midi d’automne) n’est pas un Eastwood majeur, loin de là. En confiant la réalisation à son associé de longue date Robert Lorenz, il confirme sa fidélité professionnelle légendaire, mais nous prive de son propre regard, infiniment plus délicat, en particulier sur les rapports père-fille (Les Pleins Pouvoirs) ou sur la naissance d’une romance (Sur la route de Madison).

A vrai dire, Trouble with the curve est un condensé de lieux communs et de clichés éculés, dont certains sont ahurissants. Pour bien faire comprendre que la méthode old school du recruteur de base-ball joué par Clint sont encore valables, on lui oppose un jeune loup à la tête de faillot qui ne recrute que sur la base de statistiques sur un écran, et n’a jamais vu une partie… Au secours !

Le débutant Lorenz a des souliers énormes, et faut bien reconnaître qu’on devine absolument tout ce qui va arriver aux personnages (y compris à ce vendeur de cacahuète, comprenne qui a vu le film) dès les dix premières minutes. Un peu gênant.

Mais il y a Clint, octogénaire qui ne cherche jamais à cacher son âge, et qui se fait un malin plaisir à en jouer (trop parfois : la toute première scène, qui nous le montre essayant désespérément de pisser, est de trop). En vieux grincheux peu doué pour les rapports humains, qui se rapproche de sa fille avocate lors d’une tournée de recrutement dans l’Amérique rurale, il est excellent. Bouleversant même, à deux ou trois occasions, lorsque le vieil ours baisse la garde et dévoile ses fêlures.

Peu importe si ce vieux recruteur a la vue qui baisse : même s’il clame régulièrement qu’il devient aveugle, Lorenz ne sait visiblement pas quoi faire de ce détail, qui passe rapidement au second plan. Non, ce qui est le plus beau dans ce film, c’est ce qu’il y a de plus simple : les discussions dans les bas (des scènes très eastwoodiennes), avec sa fille (Amy Adams, très bien) ou avec son protégé (Justin Timberlake, décidément très juste et charismatique) ; les longues parties de base-ball auxquelles on ne comprend pas grand-chose mais durant lesquelles se crée une ambiance, qui permet à père et fille de se rapprocher sans vraiment se parler…

Ajoutons le plaisir de retrouver John Goodman et Robert Patrick (toujours un bonheur de les revoir, même s’ils n’ont pas grand-chose à jouer), et franchement, les défauts du film, aussi grands soient-ils, ne méritent pas qu’on se prive de retrouver Clint acteur. Quoi qu’il fasse, de toute façon, je répond présent. Mon premier Clint au cinéma, c’était La Relève (j’avais 14 ans). Depuis, c’est mon vingtième, vivement le vingt-et-unième…

Mary (Sir John greift ein) – d’Alfred Hitchcock – 1931

Posté : 16 novembre, 2012 @ 7:30 dans * Polars européens, 1930-1939, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Mary

Drôle d’expérience, de découvrir ce méconnu Mary après avoir revu Meurtre !, l’un des bijoux oubliés du jeune Hitchcock : Mary est la version allemande du précédent. A une époque, les premières années du parlant, où le doublage n’existait pas encore, et où de nombreuses productions françaises et anglaises étaient tournées simultanément dans la langue originale, et en allemand pour l’important marché outre-Rhin, Mary est l’unique version allemande d’un de ses films que tourne Hitch lui-même.

Les décors sont les mêmes, le scénario est le même. On imagine bien Hitchcock boucler ses scènes anglaises, et enchaîner en dirigeant ses acteurs allemands pour « l’autre film ». Car les deux films sont quasiment identiques, les acteurs ne sont pas les mêmes. D’où, lorsqu’on voit les deux films à la suite comme votre serviteur l’a fait, l’étrange impression d’avoir vécu une expérience rare.

Malgré leurs similitudes, avantage certain à la version anglaise originale. Pour la version allemande, Hitchcock semble avoir traité avec un peu plus de nonchalance un certain nombre de séquences : la première apparition de Fane, comédien travesti en femme dont l’ambiguïté sexuelle disparaît d’ailleurs presque entièrement de la version allemande ; la fameuse séquence du miroir avec le dilemme moral du héros illustré en musique, plus platement ici ; ou encore celle du repas entre Sir John et le couple de modestes régisseurs, qui reste amusante, ne va plus aussi loin dans le contraste entre deux mondes. Exit aussi le tapis très épais dans lequel semblent s’enfoncer les invités.

La fin est également nettement moins romantique et originale (un rideau de théâtre qui tombait dans la version anglaise, les deux héros à l’arrière d’une voiture ici). Quant à Alfred Abel, solide acteur habitué des films de Fritz Lang (Docteur Mabuse, Metropolis), sa prestation est bien moins suave et habitée que celle d’Herbert Marshall. Même les « défauts » de la version anglaise semblent manquer ici, comme les étranges hésitations du juré n°1 qui se trompait en comptant les papiers « coupables » et « non coupables ». Mine de rien, tout est un peu plus lisse, dans cette version allemande.

Voilà pour le jeu des sept différences. Mais Mary reste un film virtuose et passionnant, comme sa version originale. Et c’est une curiosité incontournable pour tout vrai passionné de Sir Hitchcock.

La Clé de verre (The Glass Key) – de Stuart Heisler – 1942

Posté : 16 novembre, 2012 @ 2:18 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HEISLER Stuart, LAKE Veronica | 1 commentaire »

La Clé de verre (The Glass Key) - de Stuart Heisler - 1942 dans * Films noirs (1935-1959) la-cle-de-verre

« J’avais senti ça chez vous : une loyauté bornée »

Les coulisses d’une élection américaine. Un type de l’ombre au bras long, de ceux qui font les élections, et dont les méthodes sont peu recommandables : c’est Brian Donlevy, qui surprend son monde en soutenant un candidat dont les convictions sont à l’opposé de ses propres intérêts, simplement parce qu’il est tombé sous le charme de sa fille. On le comprend : c’est Veronica Lake, sublime, troublante et émouvante à la fois.

Mais le frère de Veronica est assassinée, et Donlevy est le suspect naturel aux yeux de tous. De tous, sauf d’Alan Ladd, fidèle bras droit de Donlevy, prêt à tout, y compris à se fâcher avec son mentor/patron/ami, pour prouver son innocence. Ladd a une loyauté à toute épreuve, et elle va justement être soumise à rude épreuve : difficile d’oublier que Veronica Lake et Alan Ladd resteront pour l’éternité l’un des plus beaux couples de cinéma.

Ce qui se passe entre ces deux-là relève de la magie pure. L’alchimie de ce couple est absolument incroyable. Ils ne disent pas grand-chose, leur jeu est pour le moins minimal, mais il suffit qu’ils soient dans la même pièce pour qu’il se passe quelque chose d’incroyable, une intensité faite de complicité, d’attirance sexuelle et de cette certitude qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Ce miracle qui se renouvelle dans une poignée de chef-d’œuvre à cette époque, du Dahlia Bleu à Tueurs à gages… Que du bon !

Sublime actrice injustement oubliée, Veronica Lake trouve ici l’un de ses très grands rôles. Sensuelle, fragile et forte tout en même temps, elle est le cœur de ce film, ce qui réunit et oppose tous les personnages. A commencer par Brian Donlevy et Alan Ladd, qui peuvent être vus comme deux versions d’un même homme : deux types ambitieux et parfois cruels, mais qui partagent une même loyauté absolue.

Ladd, surtoyt, n’a pas son pareil pour incarner ces « loyaux bornés » (pour reprendre l’expression lancée par Lake), prêts à faire le coup de poins et à défendre l’opposé de ce à quoi il croit par un sens jusqu’au boutiste de la loyauté. Au nom de cette loyauté, il accepte tout : passer pour un traître, supporter de longues tortures, et même renoncer à la femme que, bien sûr, il aime… Un type comme on n’en fait plus, et dont la présence seule impressionne, malgré un physique menu et peu imposant.

Dashiel Hammett, père du roman noir hard-boiled, a souvent été bien servi par le cinéma, il n’y a qu’à se souvenir de L’Introuvable ou Le Faucon Maltais. Son style brut et brutal, précis et laconique, qui ne s’embarrasse pas de psychologie trop lourde, est le matériau idéal pour le grand film noir américain. Son point fort : la force des personnages qui dominent des intrigues complexes à l’extrême, souvent très obscures.

The Glass Key est une transposition parfaite et fascinante de ce style. De l’intrigue quasi-inracontable, on retient surtout les personnages, que Stuart Heisler (qui signe son plus grand classique) fait vivre d’une manière incroyable alors que tous font dans l’économie de moyen. Le moindre second rôle est réussi, qu’il ait le droit à une ou à dix scènes. Mention spéciale, une fois encore, à l’impressionnant William Bendix, side-kick de Ladd dans Le Dahlia Bleu, génial ici dans le rôle d’un gros bras sadique et un peu ahuri.

 

Fort Yuma (id.) – de Lesley Selander – 1956

Posté : 16 novembre, 2012 @ 11:30 dans 1950-1959, SELANDER Lesley, WESTERNS | Pas de commentaires »

Fort Yuma

La première scène aurait pu être géniale. Un chef indien arrive dans un fort US pour signer un accord de paix. Mais un blanc l’abat d’une balle dans le dos, sans que l’on sache pourquoi, réanimant d’un coup la guerre entre les Indiens et les soldats blancs américains… Cet assassinat historique est un acte fort, lourd de conséquences. Il est filmé avec une nonchalance et un manque de puissance qui résume assez bien le film.

Fort Yuma, cela dit, est un western plutôt recommandable. Mais remplacez Lesley Selander, cinéaste à la pauvre réputation, par un réalisateur plus chevronné, et vous obtiendrez sans doute un grand western. On est assez loin du compte. En dépit de toutes les bonnes idées du scénario, le film rate constamment son entrée dans la cour des grands en bâclant toutes les scènes importantes.

La grande séquence d’attache des Indiens surtout, est totalement manquée. Véritable massacre à la Fort Apache, cet affrontement est lui aussi filmé avec un manque cruel d’intensité, malgré tous les enjeux dramatiques.

De la même manière, il y a au cœur du film un sujet fort : les relations complexes entre blancs et indiens, vues à hauteurs d’individus à travers deux couples et une amitié masculine potentiels… Le film est narrativement parlant d’une grande simplicité : il raconte le voyage à haut risque d’une colonne de la cavalerie (avec deux femmes) dirigée par Peter Graves, d’un fort à l’autre, à travers des terres indiennes.

Le danger omniprésent met en valeur ces relations interraciales compliquées : deux couples à des stades différents de leur histoire (l’officier blanc qui veut cacher à tout prix ses sentiments pour une Indienne ; un éclaireur indien et une missionnaire blanche attirés l’un par l’autre malgré tout ce qui les sépare), et deux hommes (l’officier et l’éclaireur) qui affichent une haine réciproque mais finissent par se respecter et s’apprécier. Ce pourrait être passionnant, mais le sentiment que ce sujet n’est qu’ébauché est pour le moins frustrant.

Finalement, c’est dans les longues plages de calme que le film est le plus réussi. Dans la première heure surtout, lente avancée dans le désert, où les personnalités se révèlent peu à peu, et notamment un beau second rôle : un soldat vieillissant, frustré d’être privé de galons à cause de son illétrisme. C’est grâce aux seconds rôles, et à la capacité qu’a Selander de filmer à hauteur d’hommes et de créer une sensation d’intimité, que Fort Yuma, au final, obtient un satisfecit…

Skyfall (id.) – de Sam Mendes – 2012

Posté : 15 novembre, 2012 @ 10:14 dans 2010-2019, James Bond, MENDES Sam | Pas de commentaires »

Skyfall

James Bond a 50 ans, et son gâteau d’anniversaire est sans doute le tout meilleur film de la saga. En un peu plus de deux heures vingt, Sam Mendes (enfin un vrai grand cinéaste aux commandes !) fait bien plus que relever le défi : il signe quelques-unes des cascades les plus impressionnantes de ces dernières années, confirme la nouvelle direction plus sombre donnée au mythe depuis Casino Royale, renoue avec l’humour et les figures bondiennes un peu mises de côté depuis dix ans (eh oui, déjà dix ans que Pierce Brosnan a raccroché le Walter ppk…).

Ce que réussit Mendes avec ce film, c’est rien moins que poser les bases des films à venir. Après le diptyque Casino Royale / Quantum of Solace, Skyfall marque un vrai renouveau que l’on devine durable, avec notamment l’introduction du nouveau Q (le jeune Ben Wishaw — Grenouille du Parfum de Tom Tykwer — aux antipodes de Desmond Llewelyn), de Moneypenny, et d’autres surprises que, pas dégueu, je ne dévoilerai pas ici.

Et puis, demi-siècle oblige, le film rend aussi un bel hommage aux origines de la saga, et notamment au meilleur épisode de la période pré-Daniel Craig : Goldfinger. La mythique Aston Martin avec son fameux siège éjectable est ainsi littéralement sortie du placard pour un retour en Ecosse (d’où Sean Connery est originaire, et où il a tourné une partie de Goldfinger) mémorable. Hommage respectueux, certes, mais le sort réservé à cette voiture d’un autre temps (particulièrement inconfortable, à en croire M, toujours jouée par Judi Dench) ne laisse pas planer le doute : James Bond est bien entré dans une nouvelle ère.

Le film respecte bien le cahier des charges : des Bond Girls belle à damner (c’est même le seul atout de Bérénice Marlohe, dont les talents d’actrice sont assez discutables), quelques gadgets (peu quand même, à la grande déception de Bond…), une chanson imparable (Adele en fait l’une des plus mémorables de la série), des voyages aux quatre coins du monde… et une séquence pré-générique hallucinante. Très inspirée de la saga Jason Bourne (en particulier La Vengeance dans la peau), cette poursuite dans le grand bazar d’Istambul est un petit chef d’œuvre à lui seul, jouant habilement sur l’espace et la vitesse. Ça commence en voiture, ça continue à motos, et ça finit sur un train sans le moindre temps mort. Ebourrifant.

Le film est aussi gorgé de grandes idées de scénario et de mise en scène. Malgré l’emballage et les passages obligés, Skyfall ne ressemble vraiment à aucun autre James Bond. Pas de menace sur le monde ici, mais une « simple » histoire de vengeance. En guise de méchant, on a un type franchement efféminé et visiblement taraudé par une sorte de complexe d’Œdipe, joué avec jubilation par Javier Bardem. Et pour la première fois, toujours cinquantenaire oblige, l’essentiel de l’action se déroule au Royaume Uni : dans les sublimes Highlands d’Ecosse et à Londres. Passionnant, d’ailleurs, de voir James Bond, que l’on a l’habitude de voir dans des décors plus exotiques et plus sauvages, être plongé pour la première fois au cœur du tube, le métro londonien. Voir le mythe James Bond confronté aux « vrais » gens, à un environnement pour une fois très réaliste et quotidien, est une expérience déroutante et fascinante.

L’exotisme n’est pas oublié pour autant, avec des passages par Macau ou encore Shanghaï, Mendes choisissant une esthétique différente et très marquée pour chaque destination : un rouge orangé chaud et mystérieux pour Macau, une brume grise qui rappelle le lourd passé de Bond pour les Highlands, une image plus réaliste pour Londres, une esthétique post-apocalyptique pour la « tanière » du méchant, ou encore une image bleue glacée pour la très moderne Shanghaï, lieu d’une séquence formidable, qui se termine dans un immeuble tout en verre, avec un combat à mains nus dont on ne voit que des ombres chinoises… Et c’est formidable.

Rien à jeter dans ce Bond-là, d’une inventivité et d’une efficacité folles. Vivement la suite…

• Voir aussi : Casino Royale et Quantum of Solace.

Safe in Hell (id.) – de William A. Wellman – 1931

Posté : 8 novembre, 2012 @ 12:00 dans 1930-1939, WELLMAN William A. | Pas de commentaires »

Safe in hell

Film méconnu du grand Wellman, Safe in Hell a été tourné durant cette parenthèse enchantée pour le cinéma américain, entre la fin de la Prohibition et la mise en place du code de censure Hayes, ces quelques mois durant lesquels on pouvait boire et fumer sur grand écran, où la violence physique et psychologique pouvaient aller vraiment loin, et où un cinéaste pouvait se passer d’un happy end artificiel et dire merde à la morale…

Dans cette petite perle noire, romantique mais désespérée, Wellman ne se prive pas d’utiliser au maximum toutes ces possibilités. Son héroïne, interprétée par une Dorothy Mackaill belle et touchante, rayonnant d’érotisme troublant, et au jeu d’une modernité impressionnante, se prostitue parce que son marin de fiancé l’a laissée pour passer de longs mois en mer. Elle passe la moitié du film en nuisette (une habitude pour les comédiennes du début des années 30), se saoule avec d’autres hommes qui meurent tous d’envie de coucher avec la belle, et qui multiplient les allusions ouvertement sexuelles, qui ne sont pas pour lui déplaire… Difficile d’imaginer un tel personnage, quelques mois plus tard !

La belle, donc, laissée seule à la Nouvelle Orléans, croit avoir tué l’un de ses « clients » d’un soir. Son fiancé, enfin de retour, découvre qu’elle vendait ses charmes, mais décide de l’aider malgré tout à fuir. Ils embarquent alors à destination d’une île des Caraïbes, où se réfugient toutes sortes d’hommes recherchés par la justice, et que l’arrivée de cette belle jeune femme va troubler au plus haut point…

Autant dire, et sans dévoiler la fin, que le jeune marin va se mordre les doigts toute sa vie d’avoir choisi cet enfer sur terre pour installer sa belle, que ce grand nigaud à baffer laisse une nouvelle fois seule pour repartir en mer. On peut pas dire qu’il apprenne beaucoup des erreurs du passé, celui-là…

La mise en scène de Wellman (qui signe cette même année L’Ennemi public, avec Cagney) impressionne, notamment lors de la première séquence entre les deux fiancés, où l’utilisation des cadrages, du montage, est brillantissime. Le culot du cinéaste, et le ton libre et cruel qu’il donne à son film, est tout aussi impressionnant. Safe in hell… Un titre douloureusement ironique qui résume parfaitement l’esprit de cette curiosité assez formidable.

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