Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour le 3 octobre, 2012

L’Image vagabonde (Das Wandernde Bild) – de Fritz Lang – 1920

Posté : 3 octobre, 2012 @ 5:19 dans 1920-1929, FILMS MUETS, LANG Fritz | Pas de commentaires »

L'Image vagabonde

La Ville, tentaculaire, habitée par des populations étonnantes et lieu de tous les vices, a souvent été au cœur des films de Lang (de Mabuse à Metropolis, de M le maudit à La Femme au portrait…). A chaque fois qu’il en est sorti, le cinéaste a donné une vision forte et habitée de la nature : la lande de studio baignée dans la brume des Contrebandiers de Moonfleet, les grands espaces vides d’humanité de La Femme sur la lune… Déjà dans Wandernde Bild, cette œuvre de jeunesse méconnue, sa manière de filmer la nature (des décors bien réels, cette fois) est impressionnante.

Rarement Lang aura privilégié à ce point le tournage en extérieur, qui plus est dans des conditions difficiles : le décor qu’il a choisi, pour sa première collaboration avec sa compagne et scénariste Thea Von Harbou, est celui d’une montagne escarpée, où la nature est continuellement menaçante. Peut-être est-ce la raison pour laquelle L’Image vagabonde est son film le plus marqué par la religion, comme si Lang était frappée par la puissance intrinsèque de cette nature sauvage.

Mystique, le film l’est assurément : la délivrance finale, sans entrer dans les détails, est la vision d’une statue de la Vierge, que l’on voit marcher dans la neige, portant un bébé… Quant aux dialogues de ce film muet, ils sont les plus ouvertement mystiques de toute l’œuvre de Lang. « Je cherche le chemin qui me délivrera de ma détresse », lance l’héroïne à celui qu’elle ne sait pas être son mari. « Nul ne peut indiquer un chemin qu’il ignore », rétorque ce dernier.

Ce dialogue obscur intervient après un quart d’heure de film (dans la version qui a survécu en tout cas : il ne reste qu’une version tronquée d’un tiers du métrage, et tout le début semble très fragmentaire), et il faut reconnaître que, comme dans Cœurs en lutte l’année suivante, Lang et Von Harbou ne facilitent pas la tâche du spectateur.
Ce à quoi on a assisté jusqu’alors : une veuve qui fuit le frère de son mari décédé, avec qui elle est également mariée. Pour lui échapper, elle s’enfonce de plus en plus profondément dans une région reculée, d’abord dans un petit village, puis dans la montagne… où le premier type qu’elle rencontre se trouve être son mari qu’elle croit mort, et qu’elle ne reconnaît pas.

Difficile de comprendre la logique des personnages pendant la première moitié du film, mais un long flash-back vient faire toute la lumière, tandis que nos héros sont coincés sous un immense éboulis (joliment filmé, d’ailleurs).

Le destin, la nature, la foi (en l’homme, en Dieu)… Ce Lang-là ne ressemble pas tout à fait aux autres. Les actions des hommes se font sous le couvert de préceptes religieux et moraux. Ils n’auront plus cette excuse dans les grands chef d’œuvre que Lang n’allait pas tarder à enchaîner. Plus il s’éloignera de ce naturalisme mystique, plus il touchera à la réalité trouble de ses personnages.

Miracles à vendre (Miracles for sale) – de Tod Browning – 1939

Posté : 3 octobre, 2012 @ 2:40 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, BROWNING Tod | Pas de commentaires »

Miracles à vendre

C’est un fait : l’arrivée du parlant (et la mort de Lon Chaney) a marqué une rupture forte dans la carrière de Tod Browning. Après Dracula, et surtout Freaks, peut-être le sommet de son œuvre, en tout cas le point culminant de toutes ses névroses de cinéaste, Browning a continué sa carrière avec une poignée de films plus inégaux, plus dispensables, et surtout beaucoup moins marqués par la noirceur et le pessimisme immenses de ses films précédents.

Miracles for sale est ainsi une petite distraction rare dans l’œuvre de Browning, une comédie légère et joyeuse très loin du tragique de L’Inconnu par exemple. Pourtant, Browning retrouve une nouvelle fois le monde du music-hall et ses faux-semblants, qui constituent l’essentiel de son œuvre. Comme Lon Chaney dans West of Zanzibar, Robert Young interprète ici un magicien. Mais le propos est radicalement différent, cette fois.

Ici, Browning s’amuse avec les apparences, les décors de théâtre, les trucages. C’est même tout le fond d’un film basé sur une enquête policière teintée de surnaturelle, extrêmement compliquée à suivre. D’ailleurs, on ne tarde pas à décrocher de cette intrigue tarabiscotée, que je n’essaierai même pas de résumer ici.

Qu’importe : l’intérêt réside dans la frontière, ténue, entre le paranormal et la réalité. Pas comme une interrogation profonde sur les forces de l’au-delà, mais comme un récit très ludique sur l’art de l’illusion. Car le personnage principal n’est pas seulement magicien, c’est aussi un grand septique, qui tente d’expliquer avec toute sa rationalité les phénomènes étranges auxquels on assiste, et qui finissent par convaincre les policiers de l’existence de forces surnaturelles. Après un premier quart d’heure un peu poussif, ce jeu devient même assez brillant, et surtout très entraînant.

Amusant et plutôt enthousiasmant, le film tire continuellement un petit sourire, grâce aussi à une poignée de seconds rôles qu’on aime, comme cet éternel râleur de William Demarest, ou encore le père vaguement grognon et haut en couleur de Robert Young, interprété par Frank Craven.

Browning, qui ne tournera plus aucun film, termine sa carrière sur une œuvre mineure, mais très plaisante.

Le Barrage de Burlington (River Lady) – de George Sherman – 1948

Posté : 3 octobre, 2012 @ 11:50 dans 1940-1949, DE CARLO Yvonne, SHERMAN George, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Barrage de Burlington

Décidément, George Sherman est un réalisateur qui mériterait d’être réévalué, ce que le DVD pourrait bien rendre possible : les récentes sorties de Universal (Bandits de grands chemins, La Fille des prairies et Le Grand Chef), Artus (The Lady and the Monster) et ce River Lady dans la collection Western de Légende de Sidonis contribuent en tout cas à révéler le grand talent de cet artisan très efficace que je considérais jusqu’à présent comme un yes-man sans grande personnalité.

Avec River Lady, c’est une nouvelle fois un western de haute tenue, et très original, que signe Sherman. L’intrigue adapte un thème traditionnel du genre (l’affrontement des riches propriétaires et des modestes fermiers) et le transpose dans un contexte rarement utilisé à l’écran : l’univers dur et viril des bûcherons qui passent huit mois de l’année dans les bois à abattre et débiter les arbres avant de les convoyer au fil de la rivière vers la ville.

Les dix premières minutes du film sont quasi-documentaires (même si l’exactitude historique n’est pas le but de Sherman et de ses producteurs), et passionnantes, avec une très belle photographie qui rappelle l’excellente Fille du Bois maudit d’Hathaway. Les personnages de l’histoire ne sont pas encore introduits, mais déjà on sent la sueur et l’atmosphère virile du film se met en place. Le héros, d’ailleurs, interprété par un Rod Cameron parfait dans un rôle fait pour lui, est un homme taillé dans la pierre : un rude bûcheron aux poings comme mes cuisses, fier et modeste, désireux de vivre sa vie à sa manière, et de ne rien devoir à quiconque.

Pas même la belle Yvonne de Carlo, à tomber par terre évidemment, riche propriétaire d’un tripot qui rêve de devenir une femme puissante et respectée, au côté de son Rod Cameron de fiancé. Le gars n’a pas les mêmes envies qu’elle ? Mais Yvonne sait ce qu’elle veut, et pousse son homme à prendre la direction d’une petite société, dont le président (l’excellent John McIntire) a une fille fort charmante (Helena Carter) qui préférerait séduire le rustre bûcheron plutôt que de mener une vie de petite fille gâtée…

C’est un film d’hommes, avec des coups de poings bien envoyés, des beuveries mémorables, et un « méchant » bien méprisable (Dan Duryea). Pourtant, les personnages les plus forts sont les personnages féminins, qui sont la véritable âme du film. Dans un film aussi efficace dans l’action pure que lorsqu’il aborde des thèmes plus « politiques » (les petites sociétés forcées de créer la première coopérative pour faire face au puissant syndicat), la manière dont ces personnages féminins sont écrits et filmés est étonnamment fine et complexe.

Helena Carter, qui trouve ici l’un de ses plus beaux rôles, donne une profondeur et une vérité inédite à un rôle issu d’une longue lignée : celle des filles de bonne famille qui rêvent de s’encanailler. Elle est à la fois touchante, drôle et séduisante, même si la dernière partie du film semble la mettre un peu de côté. Dommage…

Même un second rôle aussi anecdotique que Ma Dunnington (jouée par ….), tenancière d’un bar peu recommandable, parvient à exister en quelques scènes seulement, et peu de dialogues.

Mais la vraie star du film (la plus grande star Universal de l’époque), c’est bien sûr Yvonne de Carlo, magnifique actrice dans tous les sens du terme, qui trouve ici l’occasion de jouer sur des registres très différents. Arrogante et ambitieuse, Sequin est aussi une romantique à la fois fière et triste. Irrésistible quand elle chante, sublime quand elle réalise ce qu’elle perd, Yvonne de Carlo n’a pas le beau rôle dans l’histoire. Mais elle est filmée magnifiquement, et habite littéralement le film.

 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr