Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour septembre, 2012

Two o’clock courage (id.) – d’Anthony Mann – 1945

Posté : 6 septembre, 2012 @ 1:23 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, MANN Anthony | Pas de commentaires »

Two o'clock courage

Anthony Mann a près de 40 ans lorsqu’il réalise ce Two o’clock courage, mais c’est encore une œuvre de jeunesse : il ne s’agit que de son septième long métrage derrière la caméra, et il faudra attendre Desperate, en 1947, pour qu’il soit enfin le principal auteur de ses films, dont il supervisera désormais les scénarios.

Dans cette petite production RKO, on retrouve tout de même son goût pour la concision et un montage serré, son sens déjà bien acéré du rythme, ainsi que son penchant pour les ambiances nocturnes, tout ce qui sera sa marque de fabrique dans la série de chef d’œuvre du film noir qu’il signera à la fin de cette décennie. Pas encore, toutefois, ces ombres et cette obscurité qu’il filmera mieux qui quiconque avec son chef op John Alton, dans d’autres productions RKO. Pas non plus la sécheresse hyper-percutante de ses plus grands « noirs ».

Ici déjà, en tout cas, Mann ne tergiverse pas, et nous fait entrer directement dans l’action, et d’une manière particulièrement originale. Les premières images nous montrent un homme blessé à la tête, titubant dans la nuit, dans les rues désertes d’une grande ville. Un taxi manque de le renverser. Le chauffeur en descend : c’est une charmante jeune femme (Ann Rutherford, magnifique), qui décide aussitôt de venir en aide à cet inconnu qui a tout oublié de qui il était et ce qui lui est arrivé. La belle est sous le charme de ce grand dadais aux faux airs de George Sanders (normal, c’est Tom Conway, le frère du susmentionné).

Une introduction choc, mais la suite est un peu plus convenue. L’enquête prend de nombreux chemins de traverse. Toute le suspense repose sur l’identité de l’assassin qui a tué un célèbre producteur et évidemment, tout semble désigner Tom Conway. Est-il le véritable coupable ? Ou est-ce l’un des nombreux personnages secondaires qu’il croise sur son chemin au fil de cette nuit pas comme les autres ? Les fausses pistes se succèdent, ce qui finit par lasser et perdre un peu, mais qui donne un gag récurrent assez réjouissant : un journaliste qui suit l’affaire n’en finit plus de donner des infos qui se contredisent à un rédacteur en chef au bord de la crise de nerf…

Mann ne prend visiblement pas trop au sérieux cette intrigue tarabiscotée et sans grand intérêt. Il préfère mettre l’accent sur l’aspect humoristique, quasi parodique des situations. Il faut reconnaître qu’il sera plus à l’aise dans le noir le plus noir… Two o’clock courage n’a pas l’aspect cinglant de ses chef d’œuvre à venir, mais c’est une fantaisie policière légère et finalement réjouissante, qui ne manque ni de charme, ni de rythme.

L’Incendie de Chicago (In old Chicago) – de Henry King – 1938

Posté : 5 septembre, 2012 @ 12:52 dans 1930-1939, KING Henry, WESTERNS | Pas de commentaires »

L'Incendie de Chicago

La première séquence est absolument magnifique. Dans le soleil couchant, sortant de l’immense obscurité du désert, comme venant de nulle part, un chariot tiré par deux chevaux amène une famille vers la toute jeune cité de Chicago, guère plus grande alors que ces villes du Far West qui peuplent les westerns. Mais le père n’y arrivera pas, victime d’un accident stupide, le destin le privant de cette ville pleine d’avenir dont il rêve tant. « Enterrez-moi ici, je n’ai pas réussi à aller jusqu’à Chicago, c’est Chicago qui viendra jusqu’à moi », lance-t-il à sa femme et à ses trois jeunes enfants avant de rendre l’âme…

Cette famille d’immigrés irlandais, les O’Leary, seront les symboles de cette ville américaine en pleine expansion. Car si le film parle de la naissance et de la folie grandissante d’une ville à la fois belle et malsaine, il le fait à travers le destin de cette famille, ce « clan pas comme les autres ». La mère courage, garante de l’esprit américain, fera de ses enfants des stéréotypes du rêve américain. Le plus jeune fondera une famille mixte en épousant une immigrée allemande. Le plus âgé deviendra avocat, puis maire de Chicago. L’autre sera l’homme puissant de l’ombre, du genre à plier la loi à ses intérêts plutôt qu’à se plier à la loi.

Evidemment, entre les frères, on sait que l’entente ne peut pas durer. Surtout quand une femme entre en scène. Suivront magouilles, tricheries, mensonges, déceptions, trahisons… Mais il faudra attendre l’ultime péché du fils perdu (Tyrone Power) pour que le destin se décide à punir la famille, et donc la ville entière : un incendie immense (et historique) qui ravage toute la vieille ville, faisant table rase d’un passé basé sur le vice et le crime.

Le film est typique de la production hollywoodienne de l’époque : l’incroyable savoir-faire de la machine à rêve est au service d’un message biblique qui cristallise les valeurs américaines. Ce que résume le discours final, assez pénible, de la mère O’Leary. Pas de rédemption sans destruction, du passé faisons table rase. Au sens propre.

Mais il y a ce fameux savoir-faire, et le talent immense d’Henry King, qui réussit parfaitement à faire vivre ses personnages, et à faire ressentir le pouls de cette ville séduisante et répugnante à la fois, magnifique reconstitution du Chicago des années 1870. Le grand moment de bravoure est également à la hauteur de l’attente : les vingt-cinq minutes hyper spectaculaires de l’incendie restent d’une force impressionnante.

Le film aurait toutefois gagné à être (beaucoup) plus long : on sent que King et son monteur ont été tenus par les exigences des studios, et que de nombreux épisodes de cette fresque ont dû être supprimés (sans doute jamais tournées), ou écourtés au maximum. Résultat : le film n’a pas ce souffle historique et épique qu’il aurait dû avoir, et certaines ellipses nuisent à la force du film.

Dommage, parce que la rivalité entre les deux frères (Power et Don Ameche) tient toutes ses promesses. C’est de cet affrontement que naît l’émotion, c’est sur cette relation d’amour-haine que King base tout son film : la descente aux enfers et la résurrection de toute une ville…

Welcome in Vienna – Partie 1 : Dieu ne croit plus en nous (Wohin und Zurück. 1 : An Uns glaubt Gott nicht mehr) – d’Axel Corti – 1982

Posté : 4 septembre, 2012 @ 2:35 dans 1980-1989, CORTI Axel | Pas de commentaires »

Welcome in Vienna 1

A Vienne, en 1938, un adolescent juif, Ferry Tobler, parvient à échapper aux rafles de la Nuit de Cristal, mais doit fuir l’Autriche. Il commence alors un long périple au côté de milliers d’autres Juifs qui, comme lui, sont rejetés par ceux-là même qui partageaient leur quotidien il n’y a pas si longtemps…

Avec ce premier volet d’une trilogie consacrée au destin des Juifs autrichiens (dont je vais m’empresser de découvrir les deux autres volets, Santa Fe et Welcome in Vienna), Axel Corti signe un pur chef d’œuvre. Esthétiquement d’abord, le film est une immense réussite. La mise en scène sobre et efficace, le noir et blanc au grain épais, la reconstitution de l’Europe des années 1938 à 1941… Visuellement splendide, d’un réalisme troublant, parce qu’il évoque ces films d’archive qu’on a tous en mémoire, et qui illustrent les grandes dates historiques de cette histoire.

Surtout, Corti propose une vision totalement antispectaculaire de cette période trouble. Plutôt que de chercher à illustrer un épisode tragique de notre histoire récente, plutôt que d’émailler son film de rebondissements spectaculaires et dramatiques, Corti choisit le strict point de vue de ces Juifs forcés de renoncer au monde tel qu’ils l’ont toujours connu, victimes d’une menace et d’une haine aussi absurdes qu’omniprésentes…

De fait, on ne voit que peu de violence physique dans ce film. Mais le regard de l’autre, le rejet systématique que rencontrent ces émigrants malgré eux, suffit à installer le drame, terrible. Le film s’attache au destin d’un petit groupe de personnages (en particulier Ferry, un « père d’adoption », résistant allemand et goy joué par un grand Armin Mueller-Stahl, et une veuve juive qui représente tout à la fois l’image de la mère et de la maîtresse, troublante famille reconstituée, cocon fragile dans un monde hostile), mais c’est le destin tragique de tous ces Juifs européens que l’on ressent dans ce long exode.

Vienne, Prague, Paris, Orléans, Marseille… Chaque étape se prolonge des mois durant, et à chaque fois un semblant de vie se met en place avec les mêmes êtres qui se croisent et se recroisent, avant que les exilés soient de nouveau obligés de reprendre la route.

Dans ce long et terrible exil communautaire, Corti filme des amitié, des inimités, des attirances, des colères, mais toujours avec un sentiment de fraternité exacerbé. Il filme des destins brisés, avec une pudeur parfaite. Il filme aussi la fin de l’innocence, avec cette pathétique arrestation de « Gandhi » (Muller Stahl) par une bande de gamins français charmants et bien sous tous rapports.

Les exilés se croisent au gré de leur voyage sans fin, comme si leur destin commun les menait tous au même endroit (d’ailleurs…). Ils réapparaissent, mais disparaissent aussi pour certains, sans que l’on sache vraiment ce qui leur est arrivé : en n’adoptant que le point de vue de ces « héros » ballottés par l’histoire, Corti nous plonge dans la même confusion qu’eux.

Mais le réalisateur ne laisse planer aucun espoir, aucun optimisme forcé. Lui-même enfant autrichien durant la guerre, il a sillonné les routes d’Europe avant 1945, où il a probablement assisté à des scènes telles que celles qu’il filme ici. Il sait le poids de l’histoire en marche. Son film est bien plus qu’un documentaire. C’est le portrait d’hommes et de femmes sacrifiés par une époque folle et haineuse. Et c’est tout à la fois d’une simplicité et d’une force assez incroyables.

Compte à rebours mortel (D-Tox) – de Jim Gillespie – 2002

Posté : 4 septembre, 2012 @ 1:45 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, GILLESPIE Jim, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Compte à rebours mortel

On peut aimer un acteur en reconnaissant qu’il a une carrière largement dominée par les nanars et les ratages absolus. La preuve : j’aime Stallone. En grande partie pour Rocky bien sûr, mais aussi pour son incontestable présence. Et puis, voir celui qui fut l’une des plus grandes stars du monde tomber aussi bas a quelque chose d’émouvant : les échecs de Daylight et de Copland (deux excellents films, pourtant) au milieu des années 90 ont précipité la chute de Stallone, condamné à faire des apparitions pitoyables dans les troisièmes volets de Taxi et Spy Kids, et à tenir la tête d’affiche de films qui sortent dans l’indifférence générale.

Ce D-Tox, tentative de Stallone de toucher un public plus jeune (c’est le deuxième film du réalisateur de Souviens-toi… l’été dernier), est l’un des plus gros bides de la décennie. Honnêtement, on ne peut pas dire que cet échec soit injuste, tant le film accumule les poncifs et les effets faciles. Stallone y joue un flic (encore) qui enquête sur un tueur de flics (mouais), qui finit par assassiner sa fiancée. Du coup il a l’occasion de jouer les types bouleversés, perd le goût à la vie, se met à boire comme un trou. Bref, rien de bien nouveau.

Sauf que pour se remettre, il va s’isoler dans une ancienne base militaire perdue au cœur d’une nature sauvage et enneigée, et reconvertie en maison de repos pour flics dépressifs. Plutôt original, mais ça ne va jamais plus loin que le stade de l’idée : le film devient alors un film d’épouvante on ne peut plus classique. On sait que l’un des personnages est le fameux tueur, et les morts commencent à s’accumuler. Au lieu de faire front ensemble, les personnages n’en finissent pas de se séparer, et le casting de se décimer. Banal, quoi.

Kris Kristofferson, Charles Dutton, Tom Berenger, Robert Patrick et Stephen Lang cachetonnent. On est content de les voir, on est content de voir Stallone remonter la pente (dans le film), et on n’est pas mécontent que tout ça se termine pas trop lentement…

Bardelys le magnifique (Bardelys the magnificent) – de King Vidor – 1926

Posté : 3 septembre, 2012 @ 4:26 dans 1920-1929, FILMS MUETS, VIDOR King | Pas de commentaires »

Bardelys le magnifique

Il y a à peut près tout ce dont on peut rêver dans ce film muet qui fut longtemps considéré comme irrémédiablement perdu, jusqu’à ce que Serge Bromberg le retrouve au milieu des années 2000 (une version presque complète) : un humour ravageur, une romance passionnée, et des scènes d’action à faire pâlir d’envie Douglas Fairbanks.

L’humour est même omniprésent dans la première partie : dès la première séquence, qui présente un Bardelys (joué par John Gilbert) délicieusement amoral, enchaînant les conquêtes féminines en débitant les mêmes phrases toutes faites qui les font fondre, battant le fer avec un mari cocu à qui il se permet de faire des remontrances. Grand faiseur de cocu, il voit dans ses aventures un véritables intérêt sociologique : c’est lorsqu’elles tombent sous son charme que leurs maris réalisent qu’ils tiennent à elles…

Là, on croit qu’on est parti pour une pure comédie. Mais Vidor s’amuse à varier les tons, et s’évertue à ne jamais être là où on l’attend. Ainsi, le film devient plus noir alors que Bardelys endosse l’identité d’un mort (la scène a disparu, mais a été habilement reconstituée par des photogrammes qui permettent de ne perdre ni le fil, ni le rythme), la farce tournant au film romantique et grave lorsque le même Bardelys tombe sincèrement amoureux de celle qu’il avait fait le pari de séduire.

Prisonnier de son propre mensonge, il souffre pour la première fois, lui qui s’est attiré les faveurs du roi Louis XIII (joué par Arthur Lubin, futur réalisateur moyen, qui sera l’un des premiers à donner sa chance à Clint Eastwood, dans une série de séries B pas terribles : Francis in the Navy, Madame de Conventry, La VRP de choc et Escapade au Japon) grâce à sa totale désinvolture.

Cette romance impossible donne la plus belle scène du film : un flirt d’une beauté sidérante entre Gilbert et Eleanor Boardman sur un canot avançant au fil de l’eau, le visage des deux amoureux barré des branches qui défilent alors que l’embarcation dérive…

Sans révéler tous les secrets de ce film plein de surprises et de rebondissements, signalons encore ce climax totalement délirant et hyper impressionnant, d’un Bardelys tentant d’échapper à la potence dans une cour immense et spectaculaire. John Gilbert virevolte, grimpe, saute, semble voler par-dessus une rangée de soldats, saute à la perche, transforme une hallebarde en toboggan, puis en cheval d’arçon, en perche, et enfin en corde… avant de finir sur le carrosse du roi à l’issue d’un saut en parachute. Une séquence absolument démesurée, déraisonnable, et réjouissante, que même le Doug Fairbanks du Voleur de Bagdad n’égale pas…

Lame de fond (White Squall) – de Ridley Scott – 1996

Posté : 3 septembre, 2012 @ 2:25 dans 1990-1999, SCOTT Ridley | Pas de commentaires »

Lame de fond

Des adolescents un peu perdus, dans l’Amérique trop conservatrice des années 60, trouvent un sens à leur vie grâce à un mentor anti-conformiste. Mais l’expérience tourne au drame… Pas de doute, il y a quelque chose du Cercle des Poètes Disparus dans ce White Squall. Mais Ridley Scott n’est pas Peter Weir, et forcément, il y a du grand spectacle dans cette variation sur un thème qui a connu un gros succès inattendu quelques années plus tôt. Hélas pour Scott, les voies du public sont impénétrables, et alors que l’anti-spectaculaire film de Weir avait triomphé, le souffle du grand large de son propre film n’a pas séduit grand monde : Lame de fond est sans doute le plus oublié de tous ses films (avec Legends, peut-être ?).

C’est bien injuste, parce que Lame de fond supporte largement la comparaison avec d’autres films unanimement salués du plus vieux des frères Scott (Gladiator, pour ne citer que celui-là). Dans ce film certes imparfait, il parvient à ressusciter un esprit d’aventure qui rappelle par moment les films de Raoul Walsh : lorsque le bateau quitte enfin le port après de longs préparatifs, on pense même au moment, magique, où le voilier de Gregory Peck prend enfin le large dans The World in his arms. Peut-être cette ressemblance est-elle fortuite, mais ce souffle épique et cette liberté du grand large appartiennent bien à une époque révolue, celle de l’âge d’or d’Hollywood.

L’aventure de ces adolescents rebelles, qui vivent l’aventure sur le bateau école de Jeff Bridges, est émaillée de rebondissements, anodins ou spectaculaires, qui loin d’être répétitifs, contribuent tous à enrichir les relations entre les personnages. C’est sans doute la grande force du film : raconter la naissance d’un vrai groupe à partir d’individualités très différentes. C’est parfois un peu maladroit (l’apprentissage de la lecture au jeune le plus dur), mais le plus souvent intelligent et fin.

Et bien sûr, la mise en scène de Ridley Scott est ample et d’une efficacité irréprochable. Elle se marie parfaitement avec la présence puissante et magnétique de Jeff Bridges, acteur génial incapable d’être ne serait-ce que moyen. Dans un rôle tout de même un peu stéréotypé, il emporte tout sur son passage, tout en mettant en valeur les jeunes acteurs à ses côtés. Un grand numéro.

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