Play it again, Sam

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Archive pour septembre, 2012

Présumé innocent (Presumed Innocent) – d’Alan J. Pakula – 1990

Posté : 18 septembre, 2012 @ 1:33 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, FORD Harrison, PAKULA Alan J. | Pas de commentaires »

Présumé innocent

Que ce film de tribunal est bavard ! Ce genre très américain implique certes la présence de très nombreux dialogues, mais là… Pakula a beaucoup de mal à sortir de ces diatribes qui n’en finissent plus. C’est d’ailleurs plutôt bien écrit, et assez prenant, mais l’absence d’une vraie vision de cinéaste pèse sur ce film empesé.

Harrison Ford, impeccable, interprète le bras droit d’un procureur général à la veille du scrutin pour sa réélection. Le meurtre d’une collaboratrice de son cabinet, jeune et belle femme de loi ambitieuse avec qui il a eu une liaison passionnée, vient bouleverser la campagne électorale. D’autant plus que tous les indices semblent accuser le pauvre Harrison, qui est bientôt inculpé.

L’histoire est suffisamment intrigante pour qu’on ne s’ennuie jamais, et Ford a un charisme évident. Mais son rôle n’est pas aussi complexe que celui de son épouse, jouée par Bonnie Bedelia. C’est elle qui incarne l’aspect le plus passionnant du film : la frustration sexuelle et ses effets sur leur couple.

Hélas, on a connu Pakula bien plus inspiré. Le réalisateur se contente de poser sa caméra où il le peut, manifestement sans volonté de construire ses cadres. Le résultat n’est pas désagréable, mais frustrant la plupart du temps. Dans la première partie, surtout, le film étonne par sa plastique totalement dénuée d’une quelconque originalité, ou d’identité.

Le film, en fait, est à l’image de son personnage principal : Ford est toujours sur la réserve et contient toutes ses émotions. L’acteur ne hausse jamais le ton, Pakula non plus. En adoptant le strict point de vue de Ford, personnage tout en intériorité, il aurait pu réaliser une œuvre habitée et puissante. Mais la retenue de la mise en scène tient surtout du manque d’inspiration.

Cela dit, encore une fois, on ne s’ennuie pas, et le thème musical de John Williams, envoûtant, est une grande réussite.

Le Jardin du diable (Garden of Evil) – de Henry Hathaway – 1954

Posté : 17 septembre, 2012 @ 3:47 dans 1950-1959, COOPER Gary, HATHAWAY Henry, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Jardin du diable (Garden of Evil) – de Henry Hathaway – 1954 dans 1950-1959 le-jardin-du-diable

Il y a des cow-boys, il y a des Indiens, des coups de feu, un shérif. Et pourtant, on a un peu de mal à qualifier ce film de western, tant Hathaway prend le contre-pied de tout ce qui a été fait dans le genre. Rien n’est attendu, rien n’est « comme d’habitude » dans ce film extraordinairement original.

Original dans le rythme, et dans la construction : le film se résume à un long voyage aller et retour, dans une contrée aride et spectaculaire, sans doute au Mexique. Là encore, rien à voir avec les paysages de western habituels. Entre montagne abrupte et grands plateaux désertiques, nos personnages voyagent sur une corniche étroite à flanc de paroi, découvrent un village enseveli sous la lave d’un volcan, direction les vestiges d’une vieille mine d’or.

C’est pour sauver son mari, coincé par un éboulis, que Susan Hayward est allée chercher de l’aide dans un petit village côtier, où Gary Cooper, Richard Widmark et Cameron Mitchell tuaient le temps, en attendant que l’avarie de leur bateau soit réparée.

Ces trois-là ne se connaissent pas vraiment, mais représentent des « types » incontournables du western (le joueur, le shérif, le chasseur de prime), qui n’ont pourtant rien de caricatures. On ne saura pas grand-chose de leur passé, mais l’humanité de chacun se révélera peu à peu au fil de leur avancée, avec une grande finesse.

Une avancée curieusement dépourvue de rebondissements, en tout cas dans un premier temps. Il ne se passe pas grand-chose, et pourtant c’est passionnant. Les Indiens sont à peu près totalement absents de l’écran jusqu’aux vingt dernières minutes, et pourtant ils sont omniprésents.

Dans ce film curieux et génial, pure œuvre de cinéma qui utilise merveilleusement le cinemascope (quasiment aucun gros plan), Hathaway joue, avec virtuosité, avec ce qui est montré et ce qui est ressenti. Et avec l’ambiguïté des personnages. Quelle est la motivation de chacun ? Difficile à dire, et tout particulièrement pour Susan Hayward, qui interprète formidablement bien un personnage d’une grande force.

Le tandem Gary Cooper/Richard Widmark fonctionne parfaitement bien également, duo mal assorti et complémentaire, uni par une belle amitié virile et taiseuse. Les deux hommes retrouvent le cinéaste qui leur avait déjà offert de grands rôles (Les trois lanciers du Bengale, Peter Ibbetson ou encore Âmes à la mer pour le premier ; Le Carrefour de la mort, premier film tourné par le second). Leur amitié est basée sur le non-dit et le respect, c’est fascinant de voir comment, dans l’adversité, le taciturne Cooper, totalement en retrait dans la première partie, prend le pas sur l’exubérant Widmark. Deux stars comme on n’en fait plus qui, loin de se tirer la bourre, se partagent intelligemment et efficacement la vedette.

Les Nibelungen, 2ème partie : La Vengeance de Kriemhild (Die Nibelungen. Teil II : Kriemhilds Rache) – de Fritz Lang – 1924

Posté : 14 septembre, 2012 @ 11:17 dans 1920-1929, FANTASTIQUE/SF, FILMS MUETS, LANG Fritz | Pas de commentaires »

Les Nibelungen 2

Changement de ton : avec La Mort de Siegfried, on était dans un univers d’heroic fantasy, peuplé de dragons, de créatures difformes et de magie… Cette seconde partie sent la poussière, le sang et la souffrance. Le beau Siegfried est mort, et Kriemhild s’est remariée avec le redoutable (et repoussant) Attila, et ça change beaucoup de choses…

Point de romantisme ici, mais un désir de vengeance qui emporte tout. C’est cette haine qui pousse Kriemhild à épouser le roi des Huns, consciente que son armée sera une arme indispensable pour assouvir sa vengeance. Mais c’est sans compter sur l’honneur, cette notion qui est au cœur de ce second volet, comme la trahison l’était dans le premier.

A la fois règle de vie absolue, et moteur des pires horreurs, cet honneur est typiquement un truc de mecs, dans le film de Lang. Ces hommes qui dirigent le monde selon des règles aussi incontournables qu’absurdes, qui poussent une nation vers sa perte… Difficile de ne pas penser au destin moderne du peuple allemand, à qui le film est d’ailleurs dédié, qui peine alors à se redresser d’une défaite historique, et que l’honneur bafoué allait pousser dans la pire des horreurs.

Ambivalent, le film est toutefois uniformément sombre. Pas de héros, cette fois. Pas de gentils, pas de vrais méchants non plus. Hagen, l’assassin borgne, finit par faire naître la sympathie par sa fidélité à toute éprouve ; tandis qu’Attila, le redoutable Huns, ressemble moins à un exterminateur sans pitié qu’à un vieux romantique gâteux et grotesque. Quant à « l’héroïne » Kriemhild, elle n’a plus grand chose d’humain, pleurant à peine la mort de son fils, et sacrifiant sans ciller ses proches. Noir, noir, noir…

Mais la mise en scène virtuose, pleine de trouvailles géniales, vient donner une bouffée d’air frais bienvenue. On ne peut pas dire que ces Nibelungen, décidés au peuple allemand, leur délivre un grand message d’espoir…

Les Nibelungen, 1ère partie : La Mort de Siegfried (Die Nibelungen. Teil I : Siegfried) – de Fritz Lang – 1924

Posté : 13 septembre, 2012 @ 5:37 dans 1920-1929, FANTASTIQUE/SF, FILMS MUETS, LANG Fritz | Pas de commentaires »

Les Nibelungen 1

Je dois avouer que l’idée de voir cinq heures et demi d’un film (deux, en fait) adapté des légendes fondatrices de la culture germanique ne m’attirait que pour une unique raison : Fritz Lang. Et même là, c’est avec un peu d’appréhension, en même temps que beaucoup de curiosité, que je me suis plongé dans ce monde de reines, d’elfes et de complots… Eh bien la surprise est bonne, pour cette première partie qui évoque le destin de Siegfried, fils de roi devenu héros légendaire après avoir terrassé un dragon.

Il fallait la stature de Lang, qui était alors le cinéaste le plus talentueux et le plus influent d’Allemagne, pour porter à l’écran cette légende spectaculaire dans tous les sens du terme. Après le triomphe de Docteur Mabuse, Lang peut choisir le projet qui lui plaît le plus. Ce sera cette fresque en deux partie de deux et demi chacune… et Metropolis, autre monument colossal qui, lui explorera les affres de la société allemande par le prisme non plus de la légende, mais de la science fiction. Les deux, finalement, ne sont pas si éloignés que cela : dans l’un et l’autre film, c’est de ses semblables que Lang parle, tentant de décrypter leur nature complexe capable des plus belles créations artistiques comme des pires atrocités.

Le film est fragmenté en sept parties, sept « chants » qui racontent les grandes étapes de la légende Siegfried : comment il a terrassé le dragon ; comment il a hérité du trésor des Nibelungen ; comment il a aidé le roi des Burgonds à épouser celle qu’il aimait pour pouvoir, lui, épouser Krimhild, la sœur du roi ; comment il a été trahi par le bras droit du roi…

On voit bien ce qui a attiré Lang dans cette légende, outre le fait de retrouver les racines de cette société dont il n’a cessé d’explorer les failles : la construction proche de l’esprit feuilletonesque qu’il apprécie particulièrement durant sa période muette (Mabuse, Les Espions, La Femme sur la Lune…)

Les Nibelungen n’est certes pas le plus personnel de ses projets, ni le plus passionnant d’ailleurs. Mais la démesure du film (certaines scènes ont demandé des centaines de figurants), et la candeur avec laquelle Lang relève les plus grands défis, emportent l’adhésion. Il y a ici des trucages franchement bluffants : des nains qui se transforment en statues de pierre sous nos yeux, des êtres invisibles, des décors enflammés, et ce fameux dragon croquignolet… Un peu raide de la mâchoire peut-être, mais on imagine bien l’effet qu’il a dû faire sur le public de l’époque…

Surtout, cette première partie, tragique (le film évoque la légende d’Achille), est filmée avec une maestria impressionnante, avec des images d’une beauté frappante, et une modernité surprenante. On se rend compte aussi que le film a fortement inspiré tout un pan du cinéma populaire à venir. Il y a évidemment beaucoup de ces Nibelungen dans la trilogie du Seigneur des Anneaux (Tolkien s’était inspiré de toutes les grandes légendes européennes, et notamment celle des Nibelungen), mais l’influence du film se retrouve dans des productions nettement plus inattendues : Bodyguard par exemple, où la scène du foulard qui se coupe en tombant sur le sabre est un copié collé de la « scène de la plume » de cette première partie. Une filiation étonnante, oui…

• Voir aussi La Vengeance de Kriemhild.

L’Inspecteur Harry (Dirty Harry) – de Don Siegel – 1971

Posté : 12 septembre, 2012 @ 6:59 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, EASTWOOD Clint (acteur), SIEGEL Don | Pas de commentaires »

L'Inspecteur Harry

« I know what you’re thinking : did he fire six shot, or only five ?… »

1971 est une très grande année pour Clint Eastwood. En quelques mois seulement, il trouve l’un de ses plus beaux rôles dans Les Proies (déjà réalisé par Don Siegel), il réalise un vieux rêve en passant derrière la caméra (avec Un frisson dans la nuit, où il confie un petit rôle « porte bonheur » à Siegel – on aperçoit d’ailleurs le titre du film au fronton d’un cinéma dans L’Inspecteur Harry), et il enfile pour la première fois le costume élimé d’Harry Callagan dans ce Dirty Harry qui fait de lui une immense star mondiale. Les westerns spaghettis de Leone l’avaient déjà emmené très haut, mais c’est bien avec ce polar sec et nerveux qu’il confirme son statut définitif de star.

Clint Eastwood a 41 ans, c’est sa quatrième collaboration avec Siegel. Autant dire que les deux hommes se connaissent bien, et cette complicité a sans doute beaucoup fait pour la réussite de Dirty Harry, élément majeur dans la filmographie de l’acteur comme dans celle du réalisateur. Les deux complices ont la même vision du cinéma, loin des sentiers balisés et confortables. Le réalisateur joue, déjà, avec l’image de son acteur. Et Eastwood, lui, comprend parfaitement où Siegel l’emmène.

Ce ne sera pas le cas de tout le monde bien sûr : de nombreux critiques et une partie de la population feront du film et d’Eastwood les symboles d’une frange réactionnaire dure qui prône le sécuritarisme à tout crin, au détriment des droits des accusés. Harry est bel et bien un symbole, c’est vrai, mais bien plus complexe que cela. Car si Don Siegel reprend le même motif que son Police sur la ville, excellent polar tourné trois ans plus tôt (un flic arpente la ville pour retrouver un criminel), l’arrière-plan de son histoire est ici bien plus politique. Son personnage est ainsi un homme ravagé par la cruauté de ses semblables, et par l’absurdité d’une société qui protège davantage les criminels que les victimes.

Oui, la charge est un peu lourde par moments (les supérieurs de Callahan et le maire de Frisco sont caricaturaux), mais le personnage d’Eastwood, lui, est passionnant. Brute au coup de feu facile, poursuivi par une réputation de raciste et de sadique, il est avant tout profondément humain, et sait qu’il fait le sale boulot, parce qu’il faut bien que quelqu’un le fasse (ce qu’il dit clairement dans une séquence mise en scène par Eastwood lui-même, qui remplaçait Siegel cloué au lit). Pas un surhomme, ni un justicier infaillible, mais un type qui prend en pleine gueule les horreurs auxquelles il assiste, à qui la mort d’un gamin (noir) et le destin d’une fillette disparue interdisent toute possibilité de vie normale.

Les suites, inégales, feront un peu oublier la complexité et l’émotion à fleur de peau du personnage, ce vague à l’âme que souligne merveilleusement la mise en scène de Siegel et les moments en creux souvent très émouvants. Mais cette humanité compte pour beaucoup dans la naissance du mythe-Harry Callahan. Autant que les phrases cultes d’Eastwood (« I know what you’re thinking : did he fire six shot or only five… »), sa manière de se tenir droit dans la rue au milieu d’une fusillade tout en mâchant son hot-dog, ou ses mâchoires serrées lorsqu’il torture le tueur (inoubliable Andy Robinson)…

On retient souvent uniquement ces derniers moments, mais la plus belle scène du film est ailleurs. C’est celle, muette et dans le contre-jour du soleil levant, où Harry assiste de loin à l’exhumation d’une adolescente, morte, devant le Golden Gate Bridge. Une scène déchirante et magnifique, qui en dit beaucoup sur la richesse de ce qui reste l’un des meilleurs polars des années 70. C’est aussi l’une des visions les plus criantes de vérité du San Francisco de cette époque, que Siegel nous fait découvrir dans toute sa complexité, notamment dans une longue séquence nocturne dont John McTiernan offrira une variation ludique (à New York cette fois) dans Une Journée en Enfer.

• Le film aura droit à quatre suites très inégales, et toutes inférieures à ce premier volet : Magnum Force, L’Inspecteur ne renonce jamais, Le Retour de l’Inspecteur Harry et La Dernière Cible.

Welcome in Vienna – Partie 3 : Welcome in Vienna (Wohin und Zurück. 3 : Welcome in Vienna) – d’Axel Corti – 1986

Posté : 12 septembre, 2012 @ 1:27 dans 1980-1989, CORTI Axel | Pas de commentaires »

Welcome in Vienna 3

« Pendant toutes ces années, c’est comme si on était loin de sa patrie, mais aussi de ses sentiments »

Suite et fin d’une trilogie indispensable, longtemps invisible chez nous. Freddy Wolff s’est engagé dans l’armée américaine et a combattu en France. Avec un seul objectif : retrouver Vienne, la ville de ses racines, là où sa vie, et celle de tant d’autres Juifs, s’est arrêtée une sombre journée de 1938. Après sept ans d’exil, enfin, il est de retour chez lui. Happy end ? Pas vraiment, non… De sa ville, objets de tous ses fantasmes depuis tant d’années, il ne retrouve qu’un tas de ruines qui abrite des êtres rongés par la guerre, la misère, la fatigue, la culpabilité, la haine, la rancœur…

Axel Corti et son scénariste Georg Stefan Troller ont signé avec cette trilogie une œuvre d’une force rare, d’autant plus puissante qu’elle nous fait ressentir mieux qu’un documentaire la réalité de ces êtres à qui ont a tout pris : les biens matériels et la dignité. Et sans concession. Comme le rêve américain explosait dans Santa Fé, le retour dans cette Europe qui a rejeté ses semblables d’un port à l’autre (voir Dieu ne croit plus en nous) balaye tous les rêves qui nourrissait Freddy dans son exil interminable. Là, il pensait retrouver ses attaches, sa dignité, un foyer… Mais là encore, il est hanté par le manque de sentiments… « Pourquoi personne ne me retient ? » clame-t-il avec un désespoir apparent. Ce manque de sentiment qui est devenu son quotidien, et qui le rend incapable de prendre à bras le corps l’amour que lui offre une jeune comédienne.

Il faut dire que le Vienne de 1945 n’a rien d’un paradis retrouvé. Ce que Freddy y rencontre, c’est le marche noir, la trahison, l’antisémitisme qui n’est pas mort avec Hitler, et même une certaine nostalgie du nazisme qui ne dit pas son nom. Et partout, un cynisme ambiant qui fait une nouvelle fois du candide Freddy un étranger parmi les siens…

Si la première partie de cette trilogie marquait la fin de l’innocence, et la deuxième l’implosion du rêve d’exil, ce troisième volet signe la mort des illusions. Avec l’Ennemi (avec une majuscule) officiellement vaincu, le sentiment qui se dégage de cette conclusion est plus confus, moins clairement tragique que dans les deux films précédents. Mais le malaise constant qui règne n’est guère plus enviable : c’est désormais un sentiment d’irréversible gâchis qui domine. A peine Corti et Troller, qui auront tenu le cap de leur œuvre jusqu’au bout, se permettent-il un ultime plan d’où renaît une (petite) lueur d’optimisme. Peut-être, sur ces ruines et ces êtres brisées, pourra-t-on reconstruire quelque chose…

• La trilogie Welcome in Vienna, présentée pour la première fois dans un circuit restreint de cinémas l’an dernier, paraît enfin en DVD. C’est chez les Editions Montparnasse, dans un coffret absolument indispensable. Avec en bonus un long entretien (chapitré par questions, excellente idée) de Georg Stefan Troller, passionnant et très émouvant.

L’Homme qui en savait trop (The Man who knew too much) – d’Alfred Hitchcock – 1934

Posté : 7 septembre, 2012 @ 5:28 dans * Polars européens, 1930-1939, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

L'Homme qui en savait trop 34

Hitchcock trouve définitivement son créneau avec ce film dont on a tendance à sous-évaluer l’audace : derrière le flegme et la légèreté apparents de ce polar british, au-delà de l’impression que tout est filmé avec une certaine indolence, Hitchcock glisse une noirceur et une violence de propos assez inattendues…

La longue fusillade de fin en est un bon exemple : Hitchcock y souffle le chaud et le froid d’une manière particulièrement audacieuse. A la fois pleine d’humour (le chef de la police qui boit son thé imperturbable tandis que les coups de feu secouent le quartier), grinçante (les policiers qui ne peuvent répliquer au déluge de feu parce qu’ils ne sont pas armés), et d’une violence assez rare. Car cette fusillade est une véritable boucherie qui n’a rien de fun : flics et voyous y meurent sous les balles.

Avec ce mélange des styles, mine de rien, Hitchcock se montre grave et évoque la perte de l’innocence. La petite Nova Pilbeam (qui sera trois ans plus tard une belle héroïne hitchcokienne dans Jeune et Innocent) ne sortira pas indemne de cette histoire dont elle est le moteur passif. Et quand une jeune femme en petite tenue, débordant de vie et d’insouciance, cède sa chambre à des policiers en mission, c’est la mort qu’elle laisse entrer dans son environnement. Comme le Royal Albert Hall, lieu prestigieux des grandes festivités londoniennes, se transforme en théâtre mortel…

L’histoire est strictement la même que dans le remake que signera Hitchcock lui-même deux décennies plus tard (la neige de Saint-Moritz sera remplacée par le soleil du Maroc, et le Français Pierre Fresnay par le Français Daniel Gélin) : un couple en vacances découvre un projet d’attentat, dont les auteurs enlèvent leur enfant pour les pousser à garder le silence. Même trame, et même climax, dans ce Royal Albert Hall où un coup de cymbale doit coïncider avec le coup de feu mortel, avec une même montée en puissance, la même puissance, et le même cri libératoire.

Dans cette première version, la mise en scène d’Hitchcock est moins sophistiquée que dans celle de 1956. Mais elle est tout de même d’une grande inventivité, et regorge de grandes idées. L’apparition de Pierre Fresnay en sauteur à ski par exemple, malgré des transparences très approximatives, est d’une grande originalité, et plonge immédiatement le spectateur au cœur de l’action.

Et si le jeu de Leslie Banks n’a pas la force et les nuances de celui de James Stewart, le couple qu’il forme avec Edna Best ne manque pas non plus de charme. Quant à Peter Lorre, impressionnant en tueur stoïque au milieu des balles, il est inoubliable, dans une composition qui évoque celle de James Cagney dans White Heat (avec une relation trouble avec une femme qui pourrait être sa mère, étonnant parallèle avec le film à venir de Walsh). C’est son premier film hors d’Allemagne, et on sent que Hitchcock est fasciné par l’interprète de M le maudit. Encore un point commun avec Fritz Lang…

Les Grandes Espérances (Great Expectations) – de David Lean – 1946

Posté : 7 septembre, 2012 @ 12:37 dans 1940-1949, LEAN David | 2 commentaires »

Les Grandes Espérances (Great Expectations) - de David Lean - 1946 dans 1940-1949 les-grandes-esperances

Le chef d’œuvre de Dickens a été plusieurs fois porté à l’écran. Cette adaptation, signée Lean (qui reviendra à Dickens dès l’année suivante avec Oliver Twist), est sans doute à la fois la plus fidèle, et la plus réussie.

Avec cette œuvre visuellement somptueuse, Lean signe un magnifique film sur le passage à l’âge adulte, et sur le difficile deuil de l’enfance. Derrière son aspect de conte un peu naïf, le film est d’une richesse impressionnante. Il dresse des liens complexes entre l’adulte et l’enfant qu’il fut. En devenant un homme (un passage difficile marqué par une rupture totale de cadre de vie), Pip, le héros, réalisera que les bonnes fées de son enfance ne sont pas ce qu’il pensait, pas plus que le croquemitaine qu’il avait rencontré par une nuit brumeuse et cauchemardesque.

La bonne fée, alias l’étrange Miss Haversham, n’est qu’une imposture ; le monstre, bagnard évadé, est bien moins monstrueux qu’il en a l’air… C’est tout l’univers imagé, naïf et manichéen de l’enfance qui explose, mine de rien. Et la perte de l’innocence ne se fait pas sans douleur…

L’histoire de Pip est racontée en deux époques : l’enfance d’abord, puis le début de l’âge adulte. Et c’est passionnant de voir les changements visuels et narratifs que Lean adopte d’une époque à l’autre. Pour l’enfance, son style est proche de l’expressionnisme, avec des ombres inquiétantes, des plans désaxés très marqués, et de grands ciels nuageux qui surplombent d’immenses espaces vides et inquiétants; des marais baignés de brumes… On pense à L’Aurore, de Murnau. On pense aussi à l’utilisation des paysages dans Lawrence d’Arabie, que Lean tournera quelques années plus tard. La couleur et le cinémascope en moins.

Cette première partie est du pur Dickens : Pip, jeune orphelin, grandit dans une maison perdue dans un environnement hostile, élevé par une sœur qui ne l’aime pas et le bat à longueur de journées… De la même manière, l’apparition du forçat évadé à qui Pip vient en aide un peu malgré lui évoque les grandes figures machiavéliques dickensiennes, mais aussi la créature de Frankenstein (pas étonnant que De Niro ait joué les deux personnages dans les années 90 – voir le Frankenstein de Branagh).

Changement de style et de ton avec le passage à l’âge adulte. Finies les brumes inquiétantes et les grands paysages : Pip hérite d’un mystérieux donateur (qu’il croit à tort être Miss Havisham), et part apprendre les bonnes manières à Londres… où il apprendra surtout le cynisme, la débauche et la snobinerie, avant d’être rattrapé par son enfance avec une apparition inattendue. Là, l’approche de Lean se veut moins onirique, plus ancrée dans la réalité, et dans ce Londres grouillant de vie.

Comme souvent chez Lean, les personnages, et leur évolution, sont intimement liés aux décors dans lesquels ils évoluent. C’était le cas avec la maison de Heureux mortels, la gare de Brève rencontre ou la chambre de Madeleine ; ce sera évidemment le cas pour ses grandes fresques à venir (du Pont de la Rivière Kwai à La Route des Indes). Ici, peut-être plus encore que dans ses autres films, Lean fait des décors des personnages à part entière. Il oppose le clinquant hypocrite de Londres à l’authenticité simple de la maison du marais, et cela suffit pour montrer les égarements d’un Pip en quête d’identité.

Lorsque Pip retrouve Estella dans le château sans vie de Miss Haversham, il sait que le bonheur n’a pas sa place dans cette demeure vide et figée dans le passé. Et quand il se réveille après une longue maladie qui marque la fin de son « apprentissage », c’est « à la maison » que Joe, son forgeron de père adoptif, l’a ramené…

Beau film sur le deuil de l’enfance, ce Great Expectations est du pur Dickens, et du pur Lean.

Welcome in Vienna – Partie 2 : Santa Fé (Wohin und Zurück. 2 : Santa Fé) – d’Axel Corti – 1985

Posté : 6 septembre, 2012 @ 5:00 dans 1980-1989, CORTI Axel | Pas de commentaires »

Welcome in Vienna 2

« Ils ne nous pardonneront jamais ce qu’ils nous ont fait »

Après un interminable exil de plusieurs années à travers l’Europe, quelques Juifs d’Autriche ont réussi à s’embarquer, direction New York. Arrivés à bon port, certains sont maintenus en détention, faute de papier. D’autres, plus chanceux, sont accueillis sur le sol américain, où ils tentent de créer un semblant de vie…

Ce second volet pourrait être plus optimiste : tout commence par la découverte de la terre promise, avec des personnages qui sont des survivants, et à qui tout semble possible désormais. Mais les apparences sont trompeuses. Superbe vue de loin, la ville de New York se révèle grise et glauque au quotidien. Le romantisme du voyageur ne passe pas l’épreuve du temps… « Ici ils sont gentils, souligne un personnage : s’ils te renvoient, ils le font avec le sourire »

Loin de marquer la fin de ce long exil, loin du tumulte de la guerre en Europe et de la menace omniprésente des Nazis, l’arrivée en Amérique n’est que le prolongement de cet exode. Moins spectaculaire, mais plus pernicieux, mais le poids terrible de cette tragédie est toujours aussi présente.

L’absurdité de cette tragédie est bien là, elle aussi, et éclate de la plus inattendue des manières : dès les premières minutes du film, Ferry Tobler, le « héros » du premier volet Dieu ne croit plus en nous, survivant de tant d’horreurs, se noie bêtement dans le port de New York, à quelques mètres du quai, sans avoir pu fouler le sol américain…

Le personnage principal, ici, à qui le pauvre Ferry passe le relais dans les premières scènes, c’est Freddy Wolff, jeune homme dont on ne saura quasiment rien du passé. Qu’importe : ce survivant partage avec tous les autres Juifs d’Europe le même passé récent, la même fuite sans fin… Lui-même reconnaît qu’il se souvient à peine de sa vie d’avant, entièrement habité qu’il est par la haine, le rejet, l’incompréhension, et cette douleur d’incompréhension lorsqu’il repense à Vienne, cette ville qui est la sienne et où il sent qu’il doit retourner.

A New York, Freddy, comme beaucoup d’autres Juifs, trouve un emploi (dur), un logement (miteux), des amis (tous Juifs exilés). Mais comme beaucoup d’autres, il ne défait pas sa valise. Lui et les autres font bonne figure, affichant un optimiste de rigueur. Freddy rêve même de partir vers l’Ouest, à Santa Fé, loin de cette zone de transit qu’est New York. Là, sûr, une nouvelle vie l’attend, il pourra tourner la page.

Sauf que cet optimisme ne trompe personne. Ni les spectateurs, ni les personnages, qui possèdent tous des fêlures grandes comme le Mississipi. Chacun s’invente un présent glorieux, ou un futur réjouissant, sachant bien que personne n’est dupe. Tous jouent le jeu, conscients que ces masques leur permettent de survivre tant bien que mal.

Freddy réussit son intégration aussi bien que possible. Mais il n’a qu’une obsession : le rejet dont il fait l’objet par son propre peuple. « Ils ne nous pardonneront jamais ce qu’ils nous ont fait », lance un vieil écrivain juif conscient qu’un retour au pays n’est pas envisageable. Ce retour, Freddy sait pourtant qu’il ne peut en faire l’économie. Dans ce deuxième volet aussi beau et cruel que le premier, Axel Corti ne montre aucune image de l’Europe et de la guerre, mais on ne voit que ça dans les regards de ces êtres en transit. Le retour au pays sera au cœur du troisième volet, Welcome in Vienna, de cette trilogie décidément sublime et indispensable.

The Game (id.) – de David Fincher – 1997

Posté : 6 septembre, 2012 @ 3:24 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, FINCHER David | Pas de commentaires »

The Game (id.) - de David Fincher - 1997 dans * Thrillers US (1980-…) the-game

Autant Fight Club est le film le plus surestimé de Fincher, autant The Game est son chef d’œuvre le plus méconnu. Mal aimé, considéré à tort comme mineur et jamais vraiment réévalué depuis sa sortie il y a quinze ans, ce film est forme de trompe-l’œil est celui par lequel Fincher a commencé à remiser ses trucs de clippeur. Son premier film « mature », réalisé avec un classicisme et une élégance qui préfigure ses grandes œuvres à venir, de Zodiac à Social Network.

Faux thriller, faux film de complot, mais vrai film de manipulation, The Game est un pur plaisir de cinéma, une œuvre sur le pouvoir du cinéma et de la mise en scène que n’aurait pas reniée Hitchcock. Et avec un personnage principal magnifiquement écrit, et interprété par un Michael Douglas au sommet de son talent.

Homme d’affaire aussi riche et puissant que profondément seul, Douglas est un sale type, qui vit avec le souvenir d’un père qui s’est suicidé lorsqu’il était enfant. Divorcé, il s’est coupé de tous ses proches à force d’intransigeance et d’égoïsme. Dans son immense bâtisse familiale, où il vit seul, il mène une non-vie sinistre et froide. Jusqu’à ce que son petit frère, interprété par Sean Penn, lui offre un cadeau mystérieux : une sorte de jeu de rôle dont il ignore tout.

Du jour au lendemain, son quotidien change du tout au tout, avec de petits incidents apparemment sans gravité qui s’accumulent, créant une sourde menace. Bientôt, sa vie semble menacée, et un piège machiavélique se referme sur lui.

La force du film est de ne jamais quitter le point de vue de Michael Douglas. Les événements qui surviennent nous semblent aussi incompréhensibles que pour le personnage. David Fincher s’amuse à nous manipuler, comme le personnage de Douglas est manipulé tout au long du film. Ses réactions à lui illustrent nos émotions, et résument la puissance du cinéaste, démiurge tout puissant lorsqu’il maîtrise son art.

Et Fincher le maîtrise parfaitement. Avec ses rebondissements innombrables, son efficacité à toute épreuve et sa belle élégance, The Game rappelle les chef d’œuvre d’Hitchcock, lorsque le cinéaste maîtrisait le moindre détail de ses films, et amenait le spectateur exactement où il voulait. C’est ce miracle que Fincher réédite avec ce petit bijou à redécouvrir d’urgence.

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