Play it again, Sam

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Archive pour le 18 septembre, 2012

Gabbo le ventriloque (The Great Gabbo) – de James Cruze – 1929

Posté : 18 septembre, 2012 @ 5:41 dans * Pre-code, 1920-1929, CRUZE James | Pas de commentaires »

The Great Gabbo

Erich Von Stroheim avait-il déjà tiré un trait définitif sur sa carrière de cinéaste, sabordée après le naufrage de Queen Kelly en 1927 ? Non, bien sûr : il fera une ultime tentative (malheureuse) avec Hello Sister en 1933. D’ailleurs, on sent bien que Von Stroheim n’est pas encore totalement désabusé : son interprétation de Gabbo est à mille lieues de ses prestations à venir, qui seront pour la plupart marquée par un sentiment de désillusion.

Ce n’est pas un hasard si le film est l’un des plus marquants de sa « seconde carrière » : Von Stroheim joue ici avec une palette d’émotions très large, et campe un être malade et autoritaire, comme il le fera souvent, mais habité par une passion qui, le dépit de son génie gâché venant avec les années, se transformera au fil des films en un monolithisme récurrent.

Le rôle est pourtant annonciateur de nombreux autres à venir : artiste de music-hall (il est ventriloque), Gabbo se rêve en haut de l’affiche, mais doit se contenter de salles miteuses. Aigri par l’échec, il se défoule avec froideur et cruauté sur son assistante. Lorsque celle-ci se décide enfin à le quitter, il réalise trop tard qu’il l’aime, et se promet d’atteindre le sommet pour lui prouver ce dont il est capable. Tout en se repliant sur une relation exclusive avec sa marionnette.

La grande idée du film (signée Ben Hecht) est d’avoir personnalisé la double-personnalité de cet être autoritaire qui dissimule son mal-être et sa tendresse derrière ce pantin qui, bien souvent, paraît plus humain que lui. Plus qu’un masque : une extension de lui-même qui oblige les autres à détourner de lui lorsqu’il a quelque chose à dire.

Une autre idée forte, aussi, est de ne pas céder aux attraits du film noi. Le film reste constamment, et jusqu’au bout, sur une note douce-amère, tragique mais d’une simplicité désarmante.

On peut quand même reprocher à James Cruze, cinéaste ambitieux qui aime le grand spectacle, de multiplier à l’envi les numéros de music-hall qui, en particulier dans la dernière demi-heure, finissent par casser totalement le rythme de l’histoire. Surtout qu’ils sont filmés in extenso et assez platement.

La mise en scène, d’ailleurs, est trop souvent symptomatique de ces premiers mois du parlant : la caméra se contente la plupart du temps de filmer la scène comme elle le ferait sur un plateau de théâtre, loin des sommets plastiques des dernières années du muet.

The Great Gabbo n’en reste pas moins une œuvre assez belle, qui révèle un visage inédit de Von Stroheim acteur, et qui marquera durablement sa carrière à venir. Jusqu’à inspirer le titre et le décor de l’excellent The Great Flammarion d’Anthony Mann, dans lequel Von Stroheim jouera un autre artiste de music-hall raide comme la justice, mais ravagé par la passion.

Les Pleins pouvoirs (Absolute Power) – de Clint Eastwood – 1997

Posté : 18 septembre, 2012 @ 1:53 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

Les pleins pouvoirs

« What a stimulating discussion »

J’ai toujours énormément aimé ce film, peut-être le plus « pictural » de tous les Eastwood (avec Minuit dans le jardin du bien et du mal, tourné peu après). Tourné entre deux films « importants » (avant, c’était Sur la route de Madison) qui lui ont valu les faveurs de la critique, ce polar classique sur le fond fait apparemment figure de parenthèse, voire de retour en arrière dans sa filmographie, au cœur d’une décennie particulièrement faste pour l’acteur-réalisateur. A tort.

Les premières images du film, furtive rencontre de Clint et de sa fille Alison reproduisant les œuvres d’art d’un grand musée, donnent le ton d’un film qui donne constamment la sensation d’être un tableau de maître en mouvement. Il y a dans la mise en scène d’Eastwood, dans son sens du cadre, et dans la lumière (signée Jack Green), une beauté et une élégance rares dans le cinéma américain contemporain, une image au grain d’une belle finesse, et un jeu sur les couleurs plutôt rare dans l’œuvre d’Eastwood, qui se détournera de plus en plus de la couleur après ce très beau film.

Mais Absolute Power reste un vrai film de série, un pur suspense d’une belle efficacité avec une intrigue certes un peu tirée par les cheveux, mais captivante. Eastwood lui-même interprète un cambrioleur de haut vol, qui assiste à un crime qui va lui changer la vie : alors qu’il est en pleine action dans une riche demeure, l’arrivée impromptue de mystérieux visiteurs le pousse à se réfugier dans une chambre forte secrète, dotée d’un miroir sans teint. Il ne perd rien de la scène qui suit : le président des Etats-Unis qui maltraite la jeune épouse de son mentor, cette dernière étant finalement abattue par les garde-corps de l’homme le plus puissant du monde.

Traqué par les services secrets, il sait qu’il doit disparaître, et tente de renouer contact avec sa fille, jouée par Laura Liney. Si Eastwood traite l’intrigue policière avec moins de désinvolture  que dans Jugé coupable, on sent qu’il est bien plus intéressé par les relations entre les personnages : entre le cambrioleur et sa fille ; entre le président (Gene Hackman, dans un décalque du rôle qu’il jouait dans Sens unique) et son bras droit (Judy Davis, inquiétante) ; entre l’un des garde du corps (l’excellent Scott Glenn) et sa conscience…

Ma préférée : la relation entre Eastwood et le flic interprété par Ed Harris. Le plaisir manifeste que les deux hommes ont à se retrouver face à face, dans une poignée de scènes bien plus longues que nécessaires, mais qu’on aimerait voir se prolonger encore plus, est particulièrement communicatif. « Plaisir » : c’est ce qui guide visiblement Eastwood dans ce film chaleureux et généreux. Le réalisateur prend plaisir à enrichir sa palette ; l’acteur prend plaisir à partager ses scènes avec des seconds rôles exceptionnels.

« Quelle discussion excitante ! » s’enthousiasme d’ailleurs Clint après un dialogue avec Ed Harris, ponctué par de grands sourires de l’un et de l’autre. Des sourires que l’on partage, et comment, devant ce film totalement décomplexé d’un cinéaste arrivé à un stade où il peut tout se permettre, et qui choisit de rester un artisan à l’ancienne, d’une époque où la richesse des seconds rôles faisait aussi la valeur d’un film.

Présumé innocent (Presumed Innocent) – d’Alan J. Pakula – 1990

Posté : 18 septembre, 2012 @ 1:33 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, FORD Harrison, PAKULA Alan J. | Pas de commentaires »

Présumé innocent

Que ce film de tribunal est bavard ! Ce genre très américain implique certes la présence de très nombreux dialogues, mais là… Pakula a beaucoup de mal à sortir de ces diatribes qui n’en finissent plus. C’est d’ailleurs plutôt bien écrit, et assez prenant, mais l’absence d’une vraie vision de cinéaste pèse sur ce film empesé.

Harrison Ford, impeccable, interprète le bras droit d’un procureur général à la veille du scrutin pour sa réélection. Le meurtre d’une collaboratrice de son cabinet, jeune et belle femme de loi ambitieuse avec qui il a eu une liaison passionnée, vient bouleverser la campagne électorale. D’autant plus que tous les indices semblent accuser le pauvre Harrison, qui est bientôt inculpé.

L’histoire est suffisamment intrigante pour qu’on ne s’ennuie jamais, et Ford a un charisme évident. Mais son rôle n’est pas aussi complexe que celui de son épouse, jouée par Bonnie Bedelia. C’est elle qui incarne l’aspect le plus passionnant du film : la frustration sexuelle et ses effets sur leur couple.

Hélas, on a connu Pakula bien plus inspiré. Le réalisateur se contente de poser sa caméra où il le peut, manifestement sans volonté de construire ses cadres. Le résultat n’est pas désagréable, mais frustrant la plupart du temps. Dans la première partie, surtout, le film étonne par sa plastique totalement dénuée d’une quelconque originalité, ou d’identité.

Le film, en fait, est à l’image de son personnage principal : Ford est toujours sur la réserve et contient toutes ses émotions. L’acteur ne hausse jamais le ton, Pakula non plus. En adoptant le strict point de vue de Ford, personnage tout en intériorité, il aurait pu réaliser une œuvre habitée et puissante. Mais la retenue de la mise en scène tient surtout du manque d’inspiration.

Cela dit, encore une fois, on ne s’ennuie pas, et le thème musical de John Williams, envoûtant, est une grande réussite.

 

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