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L’Inspecteur Harry (Dirty Harry) – de Don Siegel – 1971

Classé dans : * Polars US (1960-1979),1970-1979,EASTWOOD Clint (acteur),SIEGEL Don — 12 septembre, 2012 @ 18:59

L'Inspecteur Harry

« I know what you’re thinking : did he fire six shot, or only five ?… »

1971 est une très grande année pour Clint Eastwood. En quelques mois seulement, il trouve l’un de ses plus beaux rôles dans Les Proies (déjà réalisé par Don Siegel), il réalise un vieux rêve en passant derrière la caméra (avec Un frisson dans la nuit, où il confie un petit rôle « porte bonheur » à Siegel – on aperçoit d’ailleurs le titre du film au fronton d’un cinéma dans L’Inspecteur Harry), et il enfile pour la première fois le costume élimé d’Harry Callagan dans ce Dirty Harry qui fait de lui une immense star mondiale. Les westerns spaghettis de Leone l’avaient déjà emmené très haut, mais c’est bien avec ce polar sec et nerveux qu’il confirme son statut définitif de star.

Clint Eastwood a 41 ans, c’est sa quatrième collaboration avec Siegel. Autant dire que les deux hommes se connaissent bien, et cette complicité a sans doute beaucoup fait pour la réussite de Dirty Harry, élément majeur dans la filmographie de l’acteur comme dans celle du réalisateur. Les deux complices ont la même vision du cinéma, loin des sentiers balisés et confortables. Le réalisateur joue, déjà, avec l’image de son acteur. Et Eastwood, lui, comprend parfaitement où Siegel l’emmène.

Ce ne sera pas le cas de tout le monde bien sûr : de nombreux critiques et une partie de la population feront du film et d’Eastwood les symboles d’une frange réactionnaire dure qui prône le sécuritarisme à tout crin, au détriment des droits des accusés. Harry est bel et bien un symbole, c’est vrai, mais bien plus complexe que cela. Car si Don Siegel reprend le même motif que son Police sur la ville, excellent polar tourné trois ans plus tôt (un flic arpente la ville pour retrouver un criminel), l’arrière-plan de son histoire est ici bien plus politique. Son personnage est ainsi un homme ravagé par la cruauté de ses semblables, et par l’absurdité d’une société qui protège davantage les criminels que les victimes.

Oui, la charge est un peu lourde par moments (les supérieurs de Callahan et le maire de Frisco sont caricaturaux), mais le personnage d’Eastwood, lui, est passionnant. Brute au coup de feu facile, poursuivi par une réputation de raciste et de sadique, il est avant tout profondément humain, et sait qu’il fait le sale boulot, parce qu’il faut bien que quelqu’un le fasse (ce qu’il dit clairement dans une séquence mise en scène par Eastwood lui-même, qui remplaçait Siegel cloué au lit). Pas un surhomme, ni un justicier infaillible, mais un type qui prend en pleine gueule les horreurs auxquelles il assiste, à qui la mort d’un gamin (noir) et le destin d’une fillette disparue interdisent toute possibilité de vie normale.

Les suites, inégales, feront un peu oublier la complexité et l’émotion à fleur de peau du personnage, ce vague à l’âme que souligne merveilleusement la mise en scène de Siegel et les moments en creux souvent très émouvants. Mais cette humanité compte pour beaucoup dans la naissance du mythe-Harry Callahan. Autant que les phrases cultes d’Eastwood (« I know what you’re thinking : did he fire six shot or only five… »), sa manière de se tenir droit dans la rue au milieu d’une fusillade tout en mâchant son hot-dog, ou ses mâchoires serrées lorsqu’il torture le tueur (inoubliable Andy Robinson)…

On retient souvent uniquement ces derniers moments, mais la plus belle scène du film est ailleurs. C’est celle, muette et dans le contre-jour du soleil levant, où Harry assiste de loin à l’exhumation d’une adolescente, morte, devant le Golden Gate Bridge. Une scène déchirante et magnifique, qui en dit beaucoup sur la richesse de ce qui reste l’un des meilleurs polars des années 70. C’est aussi l’une des visions les plus criantes de vérité du San Francisco de cette époque, que Siegel nous fait découvrir dans toute sa complexité, notamment dans une longue séquence nocturne dont John McTiernan offrira une variation ludique (à New York cette fois) dans Une Journée en Enfer.

• Le film aura droit à quatre suites très inégales, et toutes inférieures à ce premier volet : Magnum Force, L’Inspecteur ne renonce jamais, Le Retour de l’Inspecteur Harry et La Dernière Cible.

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