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Archive pour le 23 juin, 2012

Mademoiselle Minuit (Mademoiselle Midnight) – de Robert Z. Leonard – 1924

Posté : 23 juin, 2012 @ 7:53 dans 1920-1929, FILMS MUETS, LEONARD Robert Z. | Pas de commentaires »

Mademoiselle Minuit

Robert Z. Leonard n’est décidément pas un réalisateur bien intéressant. Ce Mademoiselle Midnight, l’un de ses premiers longs métrages, n’est pas désagréable à suivre, mais il semble tout bonnement faire l’impasse sur une décennie d’évolution de l’art cinématographique. Plan-plan, manquant de rythme, réalisé sans inspiration, le film est en plus haché par d’innombrables cartons, qui pourraient tout aussi bien se passer d’images, en tout cas dans la première partie.

Cette première partie échoue sur toute la ligne dans son intention : ancrer une histoire simple mais pleine de suspense, dans un arrière-plan historique important. Alors on croise Louis Napoléon, l’impératrice Eugénie, et même Lincoln, mais on se demande bien pourquoi, car jamais le souffle de l’Histoire en marche ne touche vraiment l’histoire de notre « mademoiselle minuit »…

Mae Murray, starlette de l’époque, pas vraiment passionnante ni sexy, interprète cette jeune femme qui hérite à la fois de la riche propriété mexicaine de son père, victime d’un sinistre complot, et du caractère fêtard de sa grand-mère qui fut en son temps bannie de la cour impériale pour ses penchants nocturnes. Sacré héritage, dont son oncle fourbe a bien l’intention de profiter, faisant passer sa nièce pour folle pour mettre la main sur le domaine.

Heureusement, un agent américain est là pour sauver la belle (mouais…), et le film par la même occasion. Car ce héros en apparence un peu benêt, mais intègre et bon, est interprété par Monte Blue, et que Monte Blue est un acteur aussi atypique que passionnant. Sa dégaine improbable, son air gentiment ahuri, a fait de lui un comédien très en vogue dans les années 20 (notamment dans Comédiennes, de Lubitsch, tourné cette même année et nettement plus recommandable).

Curieusement, son entrée en scène coïncide avec une montée en puissance du film, qui gagne en rythme et en folie, se dégageant de plus en plus de cette ambition historique idiote.

Et puis Leonard réussit quelques belles séquences, comme cette scène de fête de rue dans la nuit mexicaine, fiévreuse et endiablée ; et le morceau de bravoure finale est d’une efficacité imparable.

L’Inconnu du Nord-Express (Strangers on a train) – d’Alfred Hitchcock – 1951

Posté : 23 juin, 2012 @ 8:54 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

L'Inconnu du Nord-Express

C’est l’un des Hitchcock les plus acclamés, et pourtant, cette adaptation d’un bon roman de Patricia Highsmith m’a toujours semblé en deçà des plus grands films du maître. Peut-être parce que l’idée de base, aussi géniale soit-elle, suffit à peine à un long métrage. D’ailleurs, si le début est excellent, et la fin carrément formidable, Strangers on a train souffre d’un long ventre mou qui, malgré de bons moments, enchaîne les rebondissements inutiles dans un rythme un peu lent.

Dommage, car la mise en place de l’histoire est magistrale. La caméra de Hitchcock, brillantissime, introduit la rencontre improbable, dans un train, de deux hommes qui n’auraient jamais dû se rencontrer : un grand joueur de tennis (Farley Granger), et un fils de bonne famille (Robert Walker, probablement le taré le plus authentique de toute la filmographie hitchcockienne).

Face au sportif aux manières parfaites, cet héritier oisif et très prolixe crée d’emblée le malaise, qui ne fait que grandir à mesure que l’on découvre la vie de ce jeune homme qui partage avec une mère étouffante une relation trouble et malsaine. Hitchcock a bien souvent montré des mères possessives et castratrices dans ses films. Mais il est rarement allé aussi loin. Celle-ci est d’autant plus effrayante qu’elle est presque comique, et que l’horreur qu’elle inspire tient à de petits détails (elle fait les ongles de son fils…).

Dans ce train, les deux hommes (enfin, surtout Robert Walker) en viennent à évoquer leurs misères respectives, et les meurtres qui pourraient tout résoudre. Walker évoque même ce qui serait le crime parfait : si les deux hommes échangeaient leurs meurtres, il n’existerait aucun mobile… Les films de Hitchcock sont émaillés de ces discussions autour de crimes de sang, vues comme d’aimables amusements. Mais dans sa folie, Walker prend cette discussion pour un pacte… et assassine bel et bien l’ex-femme de Granger, lors d’un plan mémorable vu par le prisme des lunettes de la victime.

Ce plan exceptionnel marque hélas une rupture de ton dans le film. Car la suite, aussi bien foutue soit-elle, manque cruellement de rythme et se révèle bien trop longue. Les rebondissements inutiles se succèdent, comme s’il avait fallu « allonger la sauce » pour obtenir un long métrage. On a donc droit à une longue demi-heure pas très emballante.

Paradoxalement, c’est cette même limite narrative qui fait la force de la dernière demi-heure du film, magistrale. Le ressors dramatique de cette ultime partie est mince, très mince : il s’agit de mettre la main sur le briquet de Guy-Farley Granger, l’un de ces macguffin qu’affectionne le cinéaste. Hitch réussit la gageure d’étirer le temps au maximum, et de baser le suspense, hyper efficace, sur des choses on ne peut plus banales : l’issue d’un match de tennis, le briquet qui tombe dans un caniveau, le soleil qui tarde à se coucher… même un carrousel de chevaux de bois devient source de terreur, se transformant en une terrible machine de mort.

Rien que pour cette demi-heure, L’Inconnu du Nord-Express est un film important. C’est la virtuosité de Hitchcock, à son meilleur : débarrassé de toute logique narrative, de toute volonté de faire avancer l’histoire, le cinéaste se contente de filmer la peur et le suspense. D’une manière brute, incroyable, et totalement jouissive…

 

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