Play it again, Sam

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Archive pour mai, 2012

Le Fils du Désert (Three Godfathers) – de John Ford – 1948

Posté : 18 mai, 2012 @ 9:29 dans 1940-1949, BOND Ward, FORD John, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Fils du désert

Etrange western que signe Ford, comme une parenthèse au cœur de sa trilogie de la cavalerie (le film est tourné entre Le Massacre de Fort Apache et La Charge héroïque). Il y a bien un braquage de banque, des hommes de loi qui pistent des desperados, et une longue traversée du désert, autant de figures imposés du genre de prédilection de Ford. Pourtant, Three Godfathers est loin, très loin, de tous les westerns que l’on a pu voir.

Passé un vol de banque dont ne voit que la fuite (jamais la caméra ne pénètre dans la banque), le film est curieusement totalement dépourvu de scènes d’action. Pas de fusillade, ni d’empoignade ; pas non plus de course au trésor (d’ailleurs, où donc est passé le butin du braquage ? tout le monde s’en fiche, et les braqueurs les premiers), encore moins d’indiens… Qu’a-t-on à la place ? Trois hommes (John Wayne, Pedro Armendariz et Harry Carey Jr) qui se retrouvent au milieu du désert, sans eau et sans cheval, qui aident une femme à accoucher et adoptent le bébé lorsque cette dernière meurt. Trois hommes qui finissent par se prendre pour les rois mages…

Ford va loin dans la parabole, et n’évite pas une certaine lourdeur. On est à la veille de Noël ; les trois braqueurs découvrent dans un chariot échoué qui évoquent furieusement une certaine étable ; la femme (Mildred Natwick) est filmée comme une pieta, alors que le père est absent (de là à imaginer l’accouchement d’une vierge…) ; les fuyards se dirigent vers… New Jerusalem. Ford n’oublie rien, cite la Bible à longueur de film, et pense même à faire de l’un de ses mages (pardon, braqueurs) un homme de couleur : pas un Maure, western oblige, mais un Mexicain campé par Pedro Armendariz.

Cette charge biblique pourrait être indigeste. Et par moment, c’est vrai qu’on frôle le trop-plein. Mais les autres aspects du film sont tous réjouissants, à commencer par le côté comique : voir John Wayne passer de l’huile d’essieu sur le bébé qui vient de naître vaut largement le détour. Et puis il y a l’histoire d’amitié entre ces trois hommes très différents, qui nous vaut quelques beaux moments très fordiens.

Malgré l’apparition presque miraculeuse de Mildred Natwick, malgré les seconds rôles hauts en couleurs que sont Mae Marsh et Jane Darwell, le film est avant tout un film d’hommes. Ford prend un plaisir communicatif à ne filmer quasiment que des habitués de son cinéma. Les face-à-face entre Wayne et Ward Bond, en vieux shérif malin et sympathique, sont tous de grands moments, qui donnent le ton d’un film étonnamment léger. « Etonnamment », car le propos est plutôt dramatique.

Le film n’est cependant pas exempt d’une certaine nostalgie. Nostalgie donnée par cette magnifique première image du film : un cowboy à cheval dont l’ombre chinoise se dessine sur la lumière d’un soleil couchant, avec ces mots qui apparaissent : « To the Memory of Harry Carey, Bright Star of the early western sky ». Three Godfathers » (titre qui rappelle Three Bad Men, sommet du western muet, époque bénie pour Ford) est le premier film tourné par le cinéaste après la mort de celui qui fut son premier alter-ego dès 1917. C’est aussi le premier rôle important d’un certain Harry Carey Jr, qui deviendra un second rôle incontournable des westerns de Ford. Une page se referme, une autre s’ouvre.

La Lettre du Kremlin (The Kremlin Letter) – de John Huston – 1970

Posté : 17 mai, 2012 @ 8:29 dans 1970-1979, HUSTON John | Pas de commentaires »

La Lettre du Kremlin

Un groupe d’agents secrets américains est envoyé à Moscou pour récupérer une lettre mettant en danger l’équilibre mondial. C’est l’intrigue de base de ce film d’espionnage glaçant signé John Huston, et ça n’a guère d’importance : tout l’intérêt du film, comme d’autres films d’espionnage « réalistes » (The Human Factor par exemple, chef d’œuvre méconnu d’Otto Preminger, au ton relativement proche), réside dans la peinture sans concession des agents secrets. Et il y a effectivement de quoi faire froid dans le dos.

La Lettre du Kremlin n’est pas un film séduisant, ni un film facile à aimer. Le scénario est très complexe (peux pas dire que j’ai compris tous les rouages, même si on ne perd jamais vraiment le fil), les personnages sont tous assez antipathiques, les images ont ce réalisme un peu laid des années 70. Mais tout cela est au service d’un film volontairement froid et désagréable. Parce qu’il décrit un univers machiavélique, qui n’a vraiment rien à voir avec OO7. Pas la moindre once d’héroïsme.

Il y a pourtant un aspect presque parodique : les noms de code des agents sont tellement grotesques, et les consignes reçus par le « héros », Nigel Green, sont tellement étonnants, qu’on se demande parfois si le film doit vraiment se voir au premier degré. La performance surprenante de George Sanders en vieille folle décatie n’arrange rien…

Mais la violence est palpable. Pas dans les images : même si les morts se succèdent, on ne voit pas grand-chose des horreurs quotidiennes de ces espions, qui ne portent pas d’armes et meurent sans héroïsme. Mais dans le ton, d’un cynisme et d’une cruauté assez terribles. Dans cet imbroglio où la vie ne pèse pas lourd, les rares touches d’innocence n’ont pas leur place. Bibi Andersson, sexy en diable et à la fragilité déroutante, en paiera le prix fort. Elle est le personnage le plus émouvant, le seul à dégager une vraie humanité. Tragique, mais humaine.

Le reste du casting est impressionnant : Richard Boone au charisme inquiétant, Max Von Sydow en monstre hanté par ses fantômes, ou encore Orson Welles en ogre d’une froideur extrême.

D’un genre à l’autre, d’un style à l’autre, John Huston continue à creuser un sillon unique dans son genre. Même à l’intérieur d’un genre bien balisé, le cinéaste n’est jamais où on l’attend. La preuve avec ses trois films d’espionnage : pas grand-chose à voir entre le parodique Casino Royale, le glaçant La Lettre du Kremlin et le plus classique Le Piège.

Madame X (id.) – de David Lowell Rich – 1966

Posté : 17 mai, 2012 @ 8:09 dans 1960-1969, RICH Davil Lowell | Pas de commentaires »

Madame X (id.) – de David Lowell Rich – 1966 dans 1960-1969 madame-x

Une horreur. Si David Lowell Rich vise par moments du côté de Douglas Sirk, il tape plutôt dans la collection Arlequin, avec cet énième remake d’une histoire plusieurs fois portée à l’écran depuis les années 20. Son film est l’un des plus vulgaires mélodrames qui soient. Des personnages gnangnan et antipathiques, des rebondissements incroyables, une descente aux enfers comme on en a rarement vu, et un final larmoyant au possible… Alors évidemment l’histoire est pleine d’émotions ; mais le film, lui, porte sur le cœur.

Lana Turner, 20 ans après Le Facteur sonne toujours deux fois, a perdu tout son sex appeal. Elle a 46 ans et en paraît 66 (même quand elle n’est pas maquillée). Autant dire qu’on a un peu mal à y croire lorsqu’elle joue la jeune épouse qui déchaîne la passion. Mais il faut bien reconnaître qu’elle est bien plus convaincante en alcoolique bouffie et hantée par son passé.

Car le film parle d’une descente aux enfers : parce qu’elle a causé malgré elle la mort de son amant, Lana Turner tombe sous la coupe de son affreuse belle-mère (Constance Bennett, star de la fin du muet et du début du parlant, qui faisait son retour sur grand écran et qui devait mourir subitement, à 60 ans, à la fin du tournage), qui l’oblige à abandonner son mari (John Forsythe) et son jeune enfant, à se faire passer pour morte, et à disparaître pour toujours pour éviter la prison, et surtout la honte sur sa famille. D’autant plus que le mari (John Forsythe, héros hitchcockien sans grande envergure mais plutôt sympathique vu dans Mais qui a tué Harry ?) a des ambitions politiques importantes, qu’une femme meurtrière mettrait à mal.

Scusez moi l’expression, mais cette pauvre idiote (oui, elle m’agace !) de Lana accepte de disparaître, et fait ses adieux à son bambin dans une scène qui tirerait des larmes à un poney, mais qui m’a conduit au bord de l’abandon (j’ai failli aller me coucher). Parce qu’elle est vraiment exaspérante cette femme qui cède à la première menace, et accepte de faire de son mari un veuf et de son enfant un orphelin, et qui n’en finit plus de descendre aux enfers. Pas un purgatoire, hein : Un vrai enfer qui durera plus de vingt ans, et qui se terminera par un dénouement tout aussi larmoyant et insupportable.

Pas la peine de se réfugier dans le style : il n’y en a pas. Le réalisateur vient de la télévision, et reprend ici tous les tics malheureux des téléfilms de l’époque, qui n’étaient pas fameux. Allez, on résume : je l’ai vu pour vous, vous pouvez vous en dispenser.

La Volonté du Mort (The Cat and the Canary) – de Paul Leni – 1927

Posté : 16 mai, 2012 @ 11:10 dans 1920-1929, FILMS MUETS, LENI Paul | Pas de commentaires »

La Volonté du mort

Premier film américain de Paul Leni¸ qui fut l’un des grands artisans de l’expressionnisme allemand (on lui doit les décors et la mise en scène du Cabinet des figures de cire), cette adaptation d’une pièce à succès de John Willard peut être vue comme la matrice de tout un courant de films d’horreur, à la fois très américains dans la construction, et très emprunt de l’expressionnisme. Même s’il n’est pas le premier (La Découverte d’un secret, de Murnau, lui est bien antérieur, par exemple), ce film pose aussi les bases, qui ne changeront guère au cours des décennies à venir : celui du « film de maison hantée ».

La « maison » en question est incroyable, bien sûr : une espèce de vieux château qui se découpe au sommet d’une colline balayée par le vent et la pluie, immense bâtisse où ne vit plus qu’une vieille servante, totalement seule depuis la mort de son maître vingt ans plus tôt. Mais ce soir-là, les proches de l’ancien maître des lieues affluent pour la première fois : le testament du vieil homme, enfermé dans un coffre depuis tout ce temps, doit être ouvert (à minuit, évidemment), et dévoiler le nom de l’héritier.

And the winner is… Laura la Plante, vedette de l’époque qui joue ici la jeune ingénue, la petite nièce désintéressée entourée de requins que l’on sent pour le moins envieux. Mais à peine l’enveloppe est-elle ouverte que des phénomènes mystérieux surviennent, à commencer par la disparition soudaine de l’avocat de la famille, comme happé par les murs de la maison.

Portes dérobées, bras crochus et velus qui sortent des murs, visages derrière les fenêtres, rideau qui s’envolent, tableaux qui tombent… Paul Leni s’amuse avec toutes les possibilités que lui offre l’outil cinématographique.
Il filme des visages inquiétants en très gros plans, et utilise l’obscurité d’une manière particulièrement inventive et efficace, en plongeant systématiquement la plus grande partie de ses plans dans les ténèbres. Ce qui a pour effet de mettre en valeur les personnages, et de renforcer le sentiment de menace qui pèse sur eux.

Le film donne des frissons (sans doute moins aujourd’hui qu’en 1927 : tous les trucs qu’il utilise ont tellement été copiés qu’ils nous sont devenus des clichés), mais il s’agit surtout d’un pur plaisir de cinéma. Un plaisir de cinéaste, qui utilise la caméra, l’éclairage et le montage avec une inventivité réjouissante. Et un plaisir de spectateur, tant le second degré et l’humour sont poussés loin. On ne prend pas vraiment au sérieux ce suspens d’un autre temps. Mais on se régale devant les maquillages, les gueules et les vieux trucs. Une porte qui claque par une nuit d’orage, ça n’a pas d’âge…

La Mort aux trousses (North by Northwest) – d’Alfred Hitchcock – 1959

Posté : 11 mai, 2012 @ 9:23 dans * Espionnage, * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

La Mort aux trousses

Difficile d’affirmer que La Mort est aux trousses est le plus grand film d’Hitchcock : de The Lodger à Frenzy en passant par Manxman, Chantage, Les 39 marches, Une femme disparaît, L’Ombre d’un doute, Les Enchaînés, Fenêtre sur cour, Sueurs froides, Psychose et Les Oiseaux, ses chef d’œuvre absolus sont si nombreux qu’il est quasiment impossible d’établir un classement définitif. Pourtant, on peut dire que ce film constitue le sommet de sa carrière, parce qu’il représente le film ultime vers quoi il se tournait depuis plus de trente ans. La Mort aux trousses réunit à peu près tous les thèmes de prédilection du cinéaste, et synthétise, dans une sorte d’apogée impressionnante, tout son cinéma.

Le faux coupable, la traversée du pays, les grands monuments transformés en décor à suspens, les grandes maisons bourgeoises qui cachent de terribles complots, la blonde glacée à l’extérieur et brûlante à l’intérieur, le macguffin, les trains, la passion qui naît dans la fuite… Tous les éléments qu’Hitchcock n’a cessé de décliner film après film sont réunis ici. Mais pas comme dans un vulgaire melting-pot : le moindre de ces éléments est poussé à l’extrême avec une virtuosité de chaque instant.

On a beau connaître le film par cœur, dans le moindre de ses détails, revoir La Mort aux trousses pour la septième ou huitième fois (à vue de nez) procure toujours le même plaisir hallucinant. Dès le générique de début, ces lignes qui se forment et se croisent rythmées par l’inoubliable musique de Bernard Herrmann, et qui se fondent bientôt dans les lignes d’un immeuble de verre qui reflète la foule new-yorkaise. Ce simple générique donne le rythme d’un film qui ne ralentira pas une seconde.

L’histoire elle-même n’est ni meilleure ni moins bonne que n’importe quel autre film de Hitchcock : Cary Grant, alias Roger Thornhill, publicitaire pressé, est pris pour Kaplan,un agent du gouvernement par un groupe d’espions qui l’enlève et tente de le faire disparaître. Il parvient à s’échapper, mais finit par être accusé meurtre, obligé à partir sur la piste de Kaplan pour prouver son innocence. Mais Kaplan n’est qu’un leurre, et n’existe pas vraiment, et Cary Grant croise la belle Eva Marie Saint, chaude comme la braise et bien mystérieuse…

Tout le plaisir réside dans la forme que Hitchcock donne à son film, à sa virtuosité frappante dans la plus petite scène. Cinéaste ayant fait ses débuts à l’époque du muet, Hitchcock a toujours raconté ses histoires d’abord avec les images, refusant systématiquement de tomber dans la facilité d’un film trop dialogué. A sa place, beaucoup se seraient contenté de dialogues ambigus pour que Cary Grant soit pris pour un espion. Lui le fait par la seule magie de sa mise en scène. Et c’est prodigieux.

Avec La Mort aux trousses, Hitchcock s’amuse. Sûr de son art, il se permet toutes les audaces. Celles de faire de Eva Marie Saint, actrice digne et un peu froide, peut-être le plus sexué de tous ses personnages (un demi-siècle plus tard, le face-à-face de l’actrice avec Cary Grant dans le wagon restaurant reste l’un des plus érotiques qui soit). Le sexe est d’ailleurs très présent dans ce film, mais toujours en sous-textes (évidents), à l’image de ce fameux dernier plan du train pénétrant dans le tunnel…

Hitchcock s’amuse aussi à détourner les codes du cinéma. L’exemple le plus frappant est l’ultra-célèbre scène de l’avion. Le réalisateur a expliqué qu’il s’est demandé comment renouveler le motif ultra-rabâché des rendez-vous qui se révèlent être des pièges mortels, vus dans des dizaines de films noirs, et qu’il a décidé de faire l’exact inverse de ce à quoi on a l’habitude. Généralement, le rendez-vous est donné de nuit, dans des ruelles humides et étroites. Ici, c’est en plein jour, dans une région totalement aride et désertique, sans le moindre relief. Ajoutez un champ de maïs, un avion, et un camion citerne, et vous aurez l’une des séquences les plus acclamées de l’histoire du cinéma.

C’est évidemment totalement invraisemblable, mais qu’importe : le film ne fait pas dans la vraisemblance. On se moque des secrets que vend James Mason, on se moque que son jardin donne sur le sommet du Mont Rushmore, on se moque des hasards incroyables qui marquent les rencontres de Eva Marie Saint et Cary Grant… La Mort aux trousses est un pur plaisir de cinéma, l’un des plus grands qui soient. Un bonheur absolument inusable.

Rocky Balboa (id.) – de Sylvester Stallone – 2006

Posté : 10 mai, 2012 @ 2:17 dans 2000-2009, STALLONE Sylvester, STALLONE Sylvester (réal.) | Pas de commentaires »

Rocky Balboa

« Time goes by too fast, Paulie »

Il y en a eu des ricanements, lorsque Stallone a annoncé son intention de redonner vie à son personnage fétiche, seize ans après Rocky 5, trente ans après le premier Rocky… Des ricanements, parce que Stallone est trop vieux : à quelques mois de son soixantième anniversaire, difficile de l’imaginer remonter sur le ring. Et puis Stallone n’était plus repassé derrière la caméra depuis plus de vingt ans (depuis Rocky 4). Et puis depuis une décennie, sa carrière ne cesse de suivre la mauvaise pente : au cours des dernières années, il s’est contenté de jouer les guest stars (y compris dans Taxi 3, si ce n’est pas une déchéance, ça…), les maîtres de cérémonie dans les show télévisés, et les vedettes dans des films de seconds plans dont certains n’ont même pas eu les honneurs d’une sortie au cinéma. Les temps sont durs…

Mais ce sont justement tous ces éléments qui font paradoxalement la force de ce Rocky Balboa, le plus beau film de la série depuis le premier film, dont il parvient à retrouver la magie et l’émotion viscérale.

Avec Rocky Balboa, Stallone renoue avec l’essence de ce qui a fait la force de son personnage. C’est de nouveau l’histoire d’un homme en décalage total avec son environnement, incapable de respecter les règles que la société impose. Un homme qui reproche à son fils d’avoir oublié l’essentiel en chemin : rester fidèle à soi-même, quelles que soient les circonstances. Mais Rocky est un personnage de cinéma, une espèce de fantasme de ce que Stallone aimerait être… et ce dernier reconnaît à mi-mot que personne n’applique vraiment cette règle. Rocky le fait, lui, et il est bien le seul.

Seul face aux clients du restaurant qu’il a ouvert, et qui le voient comme une sorte de clown sympathique dont ils apprécient les vieilles histoires de boxeur. Seul face aux officiels qui refusent de redonner à cet homme vieillissant une licence de boxe. Seul aussi face à ses proches, qui eux se sont tous résignés : son fils devenu un employé respectable de la finance ; et Paulie qui, lorsque Rocky lui lance « Time goes by too fast, Paulie », lui répond « Not fast enough to me »

Le temps qui passe est au cœur de cette renaissance de Rocky. Car si Stallone retrouve la volonté absolue qui était la sienne, et celle de son personnage, en 1976, rien n’est tout à fait pareil. Stallone et Rocky n’ont plus 30 ans, ils en ont presque 60. Et Adrian n’est plus une jeune femme timide à séduire ; elle est morte d’un cancer, laissant Rocky seul face à ses souvenirs et sa nostalgie. Non, rien n’est comme avant. La volonté est là, parce que Rocky ressent toujours cette « bête » dans son ventre, qui ne demande qu’à sortir. Comme Stallone qui sait depuis longtemps qu’il doit retrouver Rocky. Mais en 1976, cette soif de se heurter à la dure réalité était pleine de promesses, pleine d’avenir. En 2006, pour le boxeur vieillissant comme pour le vétéran du film d’action, l’avenir est plutôt derrière…

Stalllone/Rocky sait que c’est la dernière fois de sa vie qu’il monte sur le ring. Et ces adieux sont d’une beauté déchirante, terriblement émouvants. Le plus bel au-revoir que l’on pouvait rêver pour Rocky ; la plus belle renaissance qui soit pour Stallone, qui retrouve sa rage de vaincre et son public.

• Lire aussi : Rocky ; Rocky 2, la revanche ; Rocky 3, l’œil du tigre ; Rocky 4 ; Rocky 5 ; Creed, l’héritage de Rocky Balboa

Rocky 5 (id.) – de John G. Avildsen – 1990

Posté : 10 mai, 2012 @ 2:10 dans 1990-1999, AVILDSEN John G., STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Rocky 5

« My ring’s outside »

Rocky est un baromètre d’une grande justesse pour évaluer l’évolution de la carrière de Stallone. A travers ce personnage, l’acteur (et scénariste) se livre avec une honnêteté manifeste à un travail d’introspection surprenant de la part d’une star dont les choix sont loin d’être tous aussi sympathiques. Et avec ce cinquième volet, Stallone dit haut et fort qu’il est temps pour lui de rompre avec l’image de super-héros qui lui colle à la peau depuis le milieu des années 80, et qui ne font plus autant recette depuis quelques films.

Pour Stallone, cette volonté ne sera ni très intelligente, ni vraiment payante (il cherchera à changer son image avec deux comédies calamiteuses, un remake d’Oscar et Arrête ou ma mère va tirer !). Pour Rocky, par contre, elle est salvatrice. Loin des excès impardonnables de Rocky 4, Rocky 5 marque un retour aux sources pour l’ancien boxeur de seconde zone de Philadelphie, qui retrouve son ancien quartier après avoir perdu toute sa fortune suite aux magouilles de son comptable. Pire : les coups reçus lors de son combat contre Drago dans le précédent film ont des conséquences terribles pour son corps, si bien que les médecins lui interdisent désormais de combattre.

Ruiné, incapable de remonter sur le ring, Rocky doit faire face au ressentiment de son fils lorsqu’il devient l’entraîneur d’un jeune boxeur qui lui permet de vivre sa passion par procuration, et qu’il considère comme son propre fils. Avec ce cinquième film, Stallone revient aux valeurs premières de son personnage. Le vieux quartier n’est qu’un décor, mais il permet de retrouver l’atmosphère populaire et gouailleuse du premier film. Et le choix de laisser les rênes de la réalisation à Avildsen, le réalisateur du premier Rocky en 1976, n’est pas anodin : Stallone veut retrouver la magie du premier film.

Il n’est pas loin d’y réussir. Imparfait, Rocky 5 est bien meilleur que les trois premières suites. Le personnage retrouve son humanité et, c’est un détail qui compte, ses vieux oripeaux. Burgess Meredith, dont le personnage est mort dans Rocky 3, fait même une apparition « fantomatique » et nostalgique. Surtout, soucieux de ne pas laisser les scènes de boxe prendre le dessus sur les personnages, Stallone se permet de ne pas faire monter Rocky sur le ring, concédant juste une bagarre de rue musclée.

Cette audace et cette simplicité ne convaincront pas le public, hélas : Rocky 5 sera, et de loin, le plus gros échec de la saga. Il faudra attendre plus de quinze ans avant qu’il revienne.

• Lire aussi : Rocky ; Rocky 2, la revanche ; Rocky 3, l’œil du tigre ; Rocky 4Rocky Balboa ; Creed, l’héritage de Rocky Balboa

Rocky 4 (id.) – de Sylvester Stallone – 1985

Posté : 10 mai, 2012 @ 2:05 dans 1980-1989, STALLONE Sylvester, STALLONE Sylvester (réal.) | 1 commentaire »

Rocky 4

Alors là, je passe… C’est du grand n’importe quoi que ce quatrième épisode, de loin le plus mauvais de la saga Rocky. Stallone est au sommet de sa gloire en 1985 (cette année, il sort Rambo 2 et Rocky 4, deux de ses plus gros succès), et il enchaînera avec ses plus grosses merdes : Cobra, Over the top et Rambo 3, qui feront de lui la caricature de lui-même, le symbole du capitalisme américain que les Guignols continuent à parodier vingt-cinq ans plus tard.

Rocky 4, en fait, n’est que caricature. Rocky, devenu symbole des Etats-Unis (la preuve : son pote Appolo lui offre un short aux couleurs du drapeau américain), part en Russie pour affronter l’immense Ivan Drago (Dolph Lundgren), géant blond symbole, lui, d’une URSS déshumanisée. Il veut venger la mort d’Appolo, que Drago a exécuté lors d’un combat d’exhibition qui a tourné au drame.

Arrivé en Russie, il s’entraîne, combat, et finira par gagner devant un public russe d’abord hostile à cet Américain arrogant, et qui finira par l’acclamer, conquis par le courage et la générosité de ce petit homme qui terrasse l’immense machine soviétique. Ben oui, c’est aussi simple, aussi caricatural, et aussi débile que cela. Aussi court, aussi : tellement que Stallone a été obligé d’insérer, au milieu du film, un montage interminable (plus de 5 minutes !) des images les plus marquantes des trois précédents films.

Stallone va très, très loin dans la caricature. Il n’y a qu’à voir les entraînements montrés en parallèle des deux boxeurs : Drago dans une salle aseptisée et grouillant d’appareils électroniques ; Rocky luttant contre lui-même dans la nature hostile et couverte de neige. Mouais…

Mais quand on aime, on pardonne tout (ou pas ?), et retrouver ce personnage est toujours un plaisir, même devenu aussi caricatural. Et puis Stallone réussit tout de même à glisser quelques jolis moments plus nostalgiques, évoquant même, à travers le personnage d’Appolo, le temps qui passe inexorablement, et cruellement. Sur le long terme, cela deviendra le sujet principal de cette saga imparfaite, mais profondément humaine.

• Lire aussi : Rocky ; Rocky 2, la revanche ; Rocky 3, l’œil du tigreRocky 5 ; Rocky Balboa ; Creed, l’héritage de Rocky Balboa

Rocky 3, l’œil du tigre (Rocky III) – de Sylvester Stallone – 1981

Posté : 10 mai, 2012 @ 2:01 dans 1980-1989, STALLONE Sylvester, STALLONE Sylvester (réal.) | Pas de commentaires »

Rocky 3

Stallone/Rocky, même combat ? Avec ce personnage dont il maîtrise la destinée (c’est lui qui a écrit les scénarios de tous les films), la star fait preuve en tout cas d’une clairvoyance et d’une sincérité qui poussent au respect.

Dans ce troisième volet, Rocky est devenu une star et se plie aux règles du star-system, jusqu’à devenir une caricature de lui-même : il se ridiculise dans des publicités, participe à des show télévisés, affronte un monstre du catch (Hulk Hogan dans une séquence culte et un peu lourdingue), et finit par perdre sa personnalité, son amour-propre, et son « œil du tigre », cette volonté à toute épreuve qui l’a amené au sommet.

C’est tout le sujet de ce troisième volet, comme si Stallone, dont le statut de star ne cesse de croître, témoignait qu’il n’était pas dupe, et qu’il avait bien l’intention de continuer à se mettre en danger. On ne peut pas dire que les années qui suivront lui donneront raison, mais bon… Les « Rocky » ont toujours été des parenthèses de mise à nu pour la star.

Ce n’est pas le meilleur épisode, loin s’en faut. Stallone envoie fort les violons de l’émotion (Mickey, le vieil entraîneur joué par Burgess Meredith, meurt), et les chansons sont hyperprésentes, aussi cultes que datées. Pourtant, on prend une nouvelle fois un vrai plaisir, un peu régressif cette fois. La vie privée de Rocky passe un peu plus au second plan, ici, en particulier cet enfant, visiblement encombrant pour Stallone, que le scénariste s’arrangera pour éclipser jusqu’à ce qu’il le mette enfin au centre de l’histoire dans Rocky 5.

Cela dit, la boxe aussi passe au second plan. Les deux grands combats contre Mister T. n’ont pas le suspense des deux précédents films : on sait dès le début du premier que Rocky va se prendre une pignée ; et l’issue du second ne fait aucun doute. D’ailleurs, alors que les combats contre Appolo Creed allaient jusqu’au dernier round, ceux-là sont dégagés en deux ou trois reprises. Stallone ne s’intéresse qu’au destin de son personnage : son embourgeoisement, et sa renaissance qui passe par les bas-fonds les plus miteux. Pas très léger, mais efficace.

• Lire aussi : Rocky ; Rocky 2, la revanche ; Rocky 4 ; Rocky 5 ; Rocky Balboa Creed, l’héritage de Rocky Balboa

Rocky 2, la revanche (Rocky II) – de Sylvester Stallone – 1979

Posté : 10 mai, 2012 @ 1:58 dans 1970-1979, STALLONE Sylvester, STALLONE Sylvester (réal.) | Pas de commentaires »

Rocky 2

Trois ans après le formidable premier volet, Stallone a eu tout juste le temps de prouver qu’il était un vrai comédien (avec F.I.S.T. de Norman Jewison), et de s’essayer à la mise en scène (avec La Taverne de l’Enfer). Et le voilà qui revient avec une vraie suite. « Vraie », parce que ce Rocky 2 se contente, d’une certaine manière, de prolonger l’univers et les recettes du premier.

Le résultat est tout à fait honorable, d’autant plus que les scènes de boxe sont encore plus spectaculaires et percutantes que dans le précédent film. Mais à quoi bon ? Pour sympathique qu’elle soit, cette première suite est un peu vaine. Bien sûr, on est heureux de retrouver ce personnage si touchant, et de le voir affronter une nouvelle fois le champion Appolo Creed. On est heureux aussi de revoir ce vieux Burgess Meredith, dans le rôle qui a éclipsé aux yeux du public d’aujourd’hui un demi-siècle d’une carrière prestigieuse. On est heureux, aussi, de revoir Adrian (l’autre rôle de sa vie avec celui de Connie Corleone du Parrain 1, 2 et 3, pour Talia Shire), que Rocky finit par épouse, et à qui elle donne un fils.

Le cocktail est le même que pour le premier film, mais le contexte a changé. Stallone, comme Rocky, n’est plus ce looser qui ne peut compter que sur son étoile et sa volonté pour sortir de l’anonymat. L’enjeu est radicalement différent, et ça fait toute la différence. Pas de quoi bouder son plaisir, d’autant plus qu’il se termine par un combat d’anthologie.

• Lire aussi : Rocky ; Rocky 3, l’œil du tigre ; Rocky 4 ; Rocky 5 ; Rocky Balboa ; Creed, l’héritage de Rocky Balboa

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