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tout le cinéma que j’aime

Archive pour mai, 2012

Bandits de grands chemins (Black Bart) – de George Sherman – 1948

Posté : 31 mai, 2012 @ 11:16 dans 1940-1949, DE CARLO Yvonne, SHERMAN George, WESTERNS | Pas de commentaires »

Bandits de grands chemins (Black Bart) – de George Sherman – 1948 dans 1940-1949 bandits-de-grands-chemins

Décidément, le western est un genre qui réussit à George Sherman, solide artisan qui a l’intelligence de ne pas se prendre pour le génial artiste qu’il n’est pas. Sherman n’est pas Ford, et ce western est une grande réussite, parce qu’il ne se prend pas au sérieux, et ne recherche que l’efficacité. C’est rien de dire que l’objectif est atteint : pas le moindre temps mort dans cette histoire d’amitié, de rivalité, d’amour, dans laquelle on retrouve d’authentiques figures ayant marqué l’histoire de l’Ouest américain, en particulier un voleur gentlemen surnommé Black Bart, et une danseuse et comédienne venue d’Europe nommée… Lola Montez.

Oui, c’est bien le même personnage immortalisé par Martine Carol dans le film de Max Ophüls. Sherman prend bien plus de liberté avec le personnage historique, dans son western, mais Lola ne manque pas non plus de charme, puisque c’est la sublime Yvonne de Carlo qui prête son joli minois à la mythique femme de spectacle, ancienne intrigante de la cour de Bavière tentant une nouvelle carrière en Amérique.

Son chemin croise celui de deux gangsters, anciens complices ayant en apparence tous deux quitté la voie du vol. Ces deux-là sont prêts à s’entretuer, mais ils s’adorent, et c’est tout le sel de ce beau film dont la fin évoque furieusement celle de Butch Cassidy et le Kid. Les deux hommes se retrouvent rivaux sur tous les fronts : dans leurs plans d’enrichissement, et dans le cœur de la belle Lola. Aucun des deux ne reconnaîtrait son amitié pour l’autre, mais qu’importe : cette amitié crève l’écran.

Jeffrey Lynn (sympathique second rôle vu dans Les Fantastiques Années 20 et La Comtesse aux pieds nus) y est un contrepoint parfait au génial Dan Duryea, indispensable second rôle (notamment pour le diptyque de Fritz Lang, La Femme au portrait et La Rue rouge), promu pour une fois tête d’affiche, dans le rôle du fameux Black Bart, sorte de Zorro ne se battant pas pour le bien de la population, mais par appât du gain. Ajoutant à cette belle affiche un autre second rôle qu’on adore : John McIntire. Et si ça ne suffit pas à donner envie, alors j’abandonne…

Cagliostro – de Richard Oswald – 1929

Posté : 29 mai, 2012 @ 10:33 dans 1920-1929, FILMS MUETS, OSWALD Richard | Pas de commentaires »

Cagliostro

Même amputé de la moitié de son métrage, ce Cagliostro reste un sommet du cinéma muet, sorti alors que cet art pourtant à son apogée était condamné à disparaître. Un sommet qui est largement passé inaperçu à sa sortie, boudé par un public tout entier tourné vers les prouesses techniques d’un cinéma qui parlait (souvent pour ne pas dire grand-chose, alors). Et comme le film a été considéré comme perdu pendant des longues décennies, on peut dire que le film de Richard Oswald est consacré par le public d’aujourd’hui…

Et il était temps : même si Oswald n’est pas le cinéaste le plus visionnaire de son temps, même si le décorateur s’est un peu trop inspiré des grands films d’aventures orientales pour certaines parties du film, et même si la version que l’on peut voir depuis 1988 est très différente de celle de 1929, on ne peut que saluer le souffle épique qui porte cette perle rare vers des sommets.

Oswald joue habilement sur les liens étroits entre la petite et la grande histoire. Même s’il est inspiré d’un personnage ayant réellement existé, Joseph Balsamo, Cagliostro tient davantage du mythe que de la réalité. Cet aventurier italien impliqué dans la fameuse affaire du collier de la reine (un scandale qui, en 1785, a ébranlé la monarchie française) a d’ailleurs inspiré de nombreux artistes, Dumas en tête.

Cette affaire du collier de la reine est au cœur du film, en tout cas tel qu’on le connaît (des pans entiers du film ont disparu, et des personnages présents dans le montage original sont totalement absents…). Elle est l’occasion idéale pour Oswald de creuser derrière la façade luxueuse de la cour de Versailles. Et ce qu’il révèle est étonnant : le cinéaste filme sans détour un univers d’intrigues et de traîtrise, mais aussi de luxure.

Car le sexe, plus que les sentiments ou le pouvoir, est au cœur du film, en particulier à travers le personnage fascinant de Jeanne de la Motte, aristocrate ruinée condamnée à vivre avec le peuple parisien, que Cagliostro ramène à la cour, et qui deviendra l’instigatrice de toutes les mesquineries de cette histoire. Dans ce rôle, Illa Meery ne cache pas grand-chose de sa fort jolie anatomie, dévoilant très ostensiblement un sein à un Cagliostro à peine troublé, et se pavanant longuement torse nu, portant le fameux collier de la reine.

Cagliostro lui-même n’est pas un personnage facile à cerner. Aventurier, magicien, voyant, alchimiste, est-il un charlatan ? Le film ne tranche pas, montrant les multiples facettes, parfois antinomiques, d’un homme qui oscille entre la cruauté et la bonté… Tiraillé entre une vie dissolue, aventureuse et intrigante, et l’amour innocent et pur qu’il porte à une femme qu’il ne cesse pourtant de repousser. En tout cas jusqu’à ce que le souffle de la guillotine vienne réveiller ses meilleurs côtés.

Epique et passionnant, le film marque avant tout par la beauté et la richesse de ses jeux de lumière. Dès les premières images, au bord du fantastique, et jusqu’à la dernière séquence, spectaculaire, dans la Bastille, le directeur de la photo Jules Krüger (celui-là même qui avait éclairé le formidable L’Argent de L’Herbier) fait de ce formidable film d’aventure un petit chef d’œuvre.

La Fille des prairies (Calamity Jane and Sam Bass) – de George Sherman – 1949

Posté : 28 mai, 2012 @ 9:20 dans 1940-1949, DE CARLO Yvonne, SHERMAN George, WESTERNS | 2 commentaires »

La Fille des prairies

Après le succès de Black Bart, l’année précédente, George Sherman met une nouvelle fois en scène des figures authentiques de l’Ouest américain : Calamity Jane et Sam Bass. La première a souvent été à l’honneur au cinéma, et souvent sous les traits de jolies actrices, de Jean Arthur dans Une aventure de Buffalo Bill à Ellen Barkin dans Wild Bill. Le film de Sherman ne fait pas exception, puisqu’elle est interprétée par la sublime Yvonne de Carlo, qui réussit la gageure d’être crédible en garçon manqué as de la gâchette et des courses de chevaux, tout en restant hyper sexy.

Sam Bass, par contre, est quasiment inconnu chez nous. Son destin pourtant, en tout cas tel qu’il est raconté dans le film, est extrêmement cinégénique. C’est une histoire de spirale infernale qui touche un brave type qui n’aspire qu’à une vie confortable et tranquille, l’une de ces inexorables descentes aux enfers qu’affectionne particulièrement le film noir. Transposé dans l’Amérique des années 40, le scénario aurait effectivement pu donner un bon film noir, sans quasiment changer la moindre ligne. La fin, d’ailleurs, évoque furieusement un classique du genre : High Sierra.

Pourtant, on est bel et bien dans du pur western du samedi soir, léger et presque joyeux malgré le piège tragique dans lequel notre héros s’enferme peu à peu. Sam Bass, donc, interprété par un Howard Duff peu charismatique, mais plutôt à sa place en brave type sans grande envergure (on se demande juste comment Yvonne de Carlo peut tombe raide dingue de lui aussi vite), arrive dans une petite ville où il n’aspire qu’à trouver un boulot. Il tombe sous le charme d’une commerçante (Dorothy Hart), mais le frère de ce dernier, shérif du bled, le prend en grippe. A la première occasion, il tente de s’en débarrasser et Bass accepte un boulot de convoyeur de bêtes, au côté de ce bon vieux Lloyd Bridges.

Lors d’une étape, il accepte de participer à une course organisée par un homme riche et véreux. Sûr de son cheval, le plus rapide de l’Ouest, Bass joue l’argent confié par les propriétaires des vaches qu’il convoie. Mais son cheval est empoisonné, et Bass est obligé de prendre la fuite. En tentant de récupérer l’argent, il s’enfonce un peu plus dans la vie de hors-la-loi, ne comptant bientôt plus que sur une poignée de fidèles et sur Calamity Jane… jusqu’au point de non-retour.

Passionnant, le film est réalisé avec beaucoup d’inspiration par un George Sherman à son meilleur. Le réalisateur fait pourtant souvent office de sous-Ford, ou de sous-Walsh. Mais La Fille des prairies n’a pas grand-chose à envier à Victime du destin, film comparable réalisé par ce dernier quelques années plus tard. Un rythme trépidant, des grands espaces, des personnages attachants… Rien à jeter dans ce western qui ose des ruptures de ton plutôt culottées. Une vraie réussite…

Les Crimes de Snowtown (Snowtown) – de Justin Kurzel – 2011

Posté : 25 mai, 2012 @ 2:16 dans 2010-2019, KURZEL Justin | 1 commentaire »

Les Crimes de Snowtown

Bienvenue à Glauque City, petite banlieue australienne peuplée d’alcooliques, de drogués, de pédophiles… où l’avenir est une notion aussi désespérante que le présent ou le passé, où les habitants se contentent de traverser tant bien que mal une non-existence sans joie, sans émotion, sans espérance, sans horizon…

C’est dans ce contexte sordide et terrifiant d’inhumanité que l’Australien Justin Kurzel pose ses caméras, pour ce premier film choc, inspiré de la véridique histoire du pire tueur en série de l’histoire de l’Australie (c’est le dossier de presse qui le dit). On pourrait croire à une variation australienne du Memories of Murder de Bong Joon-ho, film-dossier consacré au premier tueur en série de l’histoire de la Corée du Sud, mais le parti-pris de Kurzel est aux antipodes. Là où le Coréen optait pour une approche très esthétique, Kurzel préfère une vision frontale sans fard.

Le film, d’ailleurs, est d’une laideur visuelle marquante. Dans ce plat pays sans beauté, sans le moindre relief qui pourrait retenir l’attention, les rues sont désespérément vides, les maisons carrées et dépouillées de toute décoration, les jardins d’affreux terrains vagues jonchés de jouets brisés… Un tombereau à ciel ouvert pour l’innocence…

Contrairement au film de Bong Joon-ho, le « héros » du film n’est pas un flic qui se perd dans la quête sans issue d’un monstre. Non : ce que filme Kurzel ici, c’est la naissance d’un monstre. Et le plus horrible, c’est qu’il sort de l’être le plus innocent du film : Jamie, un ado de 16 ans, sur le point d’entrer dans la vie adulte, et qui n’attend qu’une main tendue qui pourrait lui offrir cette enfance à laquelle il n’a pas eu droit.

Privé de père, il doit se contenter des petits amis de sa mère, qui se succèdent à la maison. Mais le dernier en date a abusé de lui, dans un silence assourdissant. Alors quand la môman ramène à la maison un type séduisant, attentionné et passionné, notre héros se raccroche à cet ultime espoir avec l’énergie du désespoir… Serait-ce lui, le père qu’il attend depuis si longtemps ? Pas vraiment…

Dans un premier temps, Jamie est séduit par cet homme bien décidé à en finir avec les pédophiles. Mais au fil du temps, il réalise que les virées nocturnes contre les pédophiles se transforment en chasse au pédés, que les passages à tabac ne se terminent plus à l’hôpital, mais au fond d’un trou, et que le plaisir infini de tuer à petit feu finit par prendre le dessus, reléguant bientôt toute notion d’auto-défense ou de justice… En guise de père aimant, c’est un véritable gourou de la monstruosité qui l’a pris sous son aile.

Glaçant, dérangeant à l’extrême, Snowtown (pour le blanc immaculé, on repassera !) est une bombe dont on ne sort pas indemne. C’est un film dur, absolument pas séduisant, qui bouscule, qui donne la nausée… Pas pour la violence visuelle : la grande partie des tortures et des exécutions se déroulent hors-champs. Mais pour la manière clinique avec laquelle le réalisateur filme Jamie, dont le terrible regard enfantin en quête désespérée de joie et d’innocence (« Ne gâche pas ça, maman », lance-t-il pour retenir ce père de substitution), va se perdre inexorablement dans la plus horrible barbarie.

C’est terrifiant, et traumatisant…

Le Monde lui appartient / Capitaine courageux (The World in his arms) – de Raoul Walsh – 1952

Posté : 24 mai, 2012 @ 10:53 dans 1950-1959, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

Le Monde lui appartient

Après Capitaine sans peur, chef d’œuvre et triomphe en salles, Walsh retrouve la mer, Gregory Peck, et un grand souffle épique pour un nouveau grand film d’aventures au moins aussi passionnant que le précédent.

Il y a évidemment des points communs entre les deux films, mais Capitaine courageux (un titre français un peu pourri qui n’a pour but que d’attirer des spectateurs conquis par avance) n’est pas un Capitaine sans peur au rabais. Il y a dans ce film une euphorie, une ambition mêlée de simplicité, et un ton original qui en font l’une des très grandes réussites de Walsh.

Un grand film maritime ? Oui, sans conteste. Pourtant, il faut attendre près d’une heure pour que les personnages embarquent vraiment, et pour que le souffle du grand large souffle sur le film. Dans toute la première partie, Walsh installe son action dans les rues d’un San Francisco encore jeune, symbole d’un pays qui se construit et se « civilise », et dans lequel la comtesse russe (jouée par Anne Blythe) voit un pays idéal, loin de cette Russie tsariste vieillissante et étouffante où un mariage de raison et une vie sans joie ni liberté lui sont promis.

A San Francisco, la belle tombe évidemment sous le charme d’un Gregory Peck au sommet de sa gloire. Bel aventurier à la réputation sulfureuse, chasseur de phoques (mais un gentil, hein : pas comme ces salauds de Russes qui tuent toutes les pauvres bêtes qui se retrouvent sur leur chemin), et visionnaire qui rêve d’acheter aux Russes l’Alaska qui ne deviendra américain que quelques années plus tard, et dont le gouverneur n’est autre que le tonton de la belle comtesse. Est-ce nécessaire de préciser que notre aventurier va tomber lui aussi raide dingue de la belle ?

Choc des deux mondes que tout oppose (la rigidité d’un vieil empire guindé, la folie d’un jeune pays avide de liberté), la première partie est à la limite de la comédie : un tourbillon irrésistible peuplé de seconds rôles hauts en couleurs (Anthony Quinn en capitaine sans morale mais attachant, qui n’aime rien tant qu’une bonne bagarre avec Peck, son adversaire favori ; John McIntire en vieux briscard qui cite la bible et les grands auteurs à la moindre occasion…), d’une liberté totale.

Et puis soudain, le ton se fait plus grave. L’aventurier séducteur se transforme en amoureux transi, et l’heure n’est plus à la rigolade. En quelques secondes, finies les rues foisonnantes de San Francisco… Nos héros se retrouvent en pleine mer. L’atmosphère devient plus pesante, Walsh renoue avec le grand air, avec le large, avec la grande aventure qui nous conduit dans des contrées peu connues : les terres sauvages du Labrador, et les ports d’Alaska encore sous domination russe.

En même temps que ces découvertes, c’est le grand Hollywood de l’Âge d’Or que Walsh nous offre : cet univers romanesque en technicolor dont les jours étaient comptés. Humour et amour, aventures et sentiments, bagarres dantesques et suspense oppressant… C’était quand même quelque chose !

Alfred Hitchcock présente : C’est lui (Alfred Hitchcock presents : Revenge) – d’Alfred Hitchcock – 1955

Posté : 23 mai, 2012 @ 11:39 dans 1950-1959, HITCHCOCK Alfred, MILES Vera, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente : C’est lui (Alfred Hitchcock presents : Revenge) – d’Alfred Hitchcock – 1955 dans 1950-1959 alfred-hitchcock-presente-cest-lui

Hitchcock est le réalisateur le plus célèbre du monde lorsqu’il accepte une proposition qui va constituer une sorte de séisme dans le monde du cinéma. Alors qu’il tourne L’Homme qui en savait trop, Hitchcock devient le premier cinéaste important à signer un contrat au long cours avec une chaîne de télévision : CBS, qui lui proposait de produire une série anthologique nommée Alfred Hitchcock présente, qui réunirait des courts métrages de suspense, et dont le réalisateur serait l’hôte, introduisant chacun des épisodes hebdomadaires. Cette série lui a valu une fortune immense, et a renforcé sa popularité déjà extrême.

Hitchcock a également assuré la réalisation de quelques-uns des 266 films de cette série, et des autres séries dérivées qui vont suivre. Ce Revenge est le tout premier épisode. Tourné en trois jours, diffusé le 2 octobre (quelques jours avant la sortie en salles de La Main au collet), ce court métrage d’une petite demi-heure pose les bases de ce que sera cette formidable série. Le scénario, basé sur une histoire classique de vengeance, se termine par une révélation finale qui laisse un goût amer et fait froid dans le dos. La vie d’un couple fraîchement marié installé dans une caravane est bouleversée lorsque la jeune épouse est agressée par un mystérieux représentant de commerce, et plonge dans une sorte de catatonie. Le mari est bien décidé à retrouver l’agresseur et à le tuer. Déambulant dans les rues de la ville, la femme sort soudain de son silence et pointe le doigt vers un homme en disant « c’est lui »

Charmant portrait d’un couple qui se découvre encore jour après jour, ce petit film très inspiré est une vraie réussite. Hitchcock y dirige Ralph Meeker (tête d’affiche cette même année de En quatrième vitesse, le chef d’œuvre de Robert Aldrich), et surtout Vera Miles, qu’il venait de prendre sous contrat et dont il pensait faire la nouvelle Grace Kelly…

Alfred Hitchcock présente : Jour de pluie (Alfred Hitchcock presents : Wet Saturday) – d’Alfred Hitchcock – 1956

Posté : 23 mai, 2012 @ 11:33 dans 1950-1959, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente : Jour de pluie (Alfred Hitchcock presents : Wet Saturday) – d’Alfred Hitchcock – 1956 dans 1950-1959 alfred-hitchcock-presente-jour-de-pluie

Cinquième réalisation d’Hitchcock pour “sa” série (dont il constitue le quarantième épisode), ce court métrage est un étonnant huis clos qui reprend un thème que le cinéaste a souvent abordé : la demeure d’un notable qui cache de noirs secrets. Mais cette fois, c’est un ton légèrement parodique que le cinéaste adopte.

Le film a quelque chose de théâtral : l’essentiel de l’action se résume à un dialogue entre les personnages dans une unique pièce. Et on n’en sort que rarement, pour aller dans une grange qui ne s’ouvre pas non plus sur l’extérieur.

Sir Cedric Hardwicke, qui avait joué les victimes pour Hitchcock dans La Corde et L’Inconnu du Nord Express, interprète ici un chef de famille d’une dignité à toute épreuve, dignité qu’il est bien décidé à conserver intacte, en dépit de la débilité apparente de son fils, et de la folie pas si douce de sa fille, qui vient de tuer l’homme qu’elle pensait pouvoir aimer. Et pour la conserver, il est prêt à faire porter le chapeau à un autre acteur hitchcockien, l’excellent John Williams (Le Crime était presque parfait, La Main au collet). Sans sourciller.

Le sel du film repose d’ailleurs essentiellement sur Hardwicke, qui n’en finit pas de soliloquer avec un flegme très british, échafaudant les plans les plus retors et condamnant son prochain avec une froideur réjouissante. Une drôle de curiosité.

Excuse my dust (id.) – de Sam Wood – 1920

Posté : 22 mai, 2012 @ 1:05 dans 1920-1929, FILMS MUETS, WOOD Sam | Pas de commentaires »

Excuse my dust

Le succès de The Roaring Road, en 1919, a conduit à la mise en chantier d’une suite qui reprend les mêmes personnages et le même esprit. Toodles (Wallace Reid)¸ génial pilote de course, a pris sa retraite automobile pour se consacrer à sa femme (Ann Little) et à leur fils de 2 ans (joué par le propre fils de Wallace Reid). Il observe d’un œil envieux le travail de son beau-père J.D. « The Bear » (Theodore Roberts, la véritable âme de ces films), grand constructeur automobile, tandis que les concurrents de ce dernier mettent sur pied un plan machiavélique pour lui voler ses secrets de fabrication…

Humour et  courses automobiles sont une nouvelle fois au cœur d’un film qui, pourtant, se démarque très nettement de son prédécesseur. Plus spectaculaire, plus rythmée, plus amusante, cette séquelle est une franche réussite au scénario particulièrement abracadabrant, mais qui procure un grand plaisir de spectateur. Tout particulièrement lors des séquences de courses sur route qui, filmées d’une manière très plan-plan dans le précédent film, sont ici réjouissantes et inventives (en particulier la grande scène « d’accident », assez spectaculaire).

Toujours en retrait par rapport à Theodore Roberts, la star Wallace Reid gagne également en épaisseur : condamné pendant la plus grande partie du film à ronger son frein et à jouer les pères de famille rangés, ce pilote automobile émérite est aussi drôle qu’attachant.

Finalement, la grande idée des producteurs aura été de remplacer l’honnête artisan James Cruze, réalisateur du premier épisode, par Sam Wood, cinéaste autrement plus inspiré, qui signe là l’un de ses premiers films, et qui tournera notamment l’excellent Beyond the rocks deux ans plus tard, ainsi que l’une des versions de Madame X, dont le remake calamiteux avec Lana Turner a fait l’objet d’une chronique tout récemment sur ce blog.

The Roaring Road (id.) – de James Cruze – 1919

Posté : 22 mai, 2012 @ 11:35 dans 1895-1919, CRUZE James, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

The Roaring Road

C’est l’un des grands succès de Wallace Reid, acteur qui connut son heure de gloire au temps du muet, le plus souvent avec des films se déroulant dans l’univers des courses automobiles, avant de connaître la déchéance à cause de son addiction aux médicaments, suite justement à un accident de voiture (il mourra d’ailleurs prématurément en 1923, à l’âge de 32 ans).

Prototype de ce genre de films, The Roaring Road suit les aventures d’un pilote de seconde zone qui rêve de conduire l’une des voitures de course de son grand constructeur de patron, tout en convoitant la fille de ce dernier. Il finira par remporter une prestigieuse course sur piste, puis à battre le record de vitesse sur route entre Los Angeles et San Francisco, doublant un train sur le fil, dans ce qui reste la meilleure scène du film.

Et de loin : pour sympathique qu’il soit, le film souffre quelque peu d’une réalisation plan-plan sans grande inspiration, et d’un manque de rythme. Embêtant pour un film qui parle de l’amour de la vitesse… Seule cette grande séquence de la course entre le train et la voiture est réellement mémorable, en particulier ces plans où le grand patron, joué par Theodore Roberts, encourage du geste son pilote qui pulvérise un record sans même s’en rendre compte.

Wallace Reid est très sympathique dans ce rôle de pilote grande gueule et sûr de lui, personnage qu’il connaît par cœur et que le public adorait. Pourtant, c’est bien Theodore Roberts, en ancien coureur devenu patron surnommé « The Bear », qui lui vole la vedette. Bourru mais attachant, il livre une performance légère et pleine d’humour, comme on les aime.

Le film rencontrera un franc succès, à tel point que les acteurs se retrouveront l’année suivante pour une suite, plus réussie encore : Excuse my dust.

Les 5 Gentlemen maudits – de Julien Duvivier – 1931

Posté : 21 mai, 2012 @ 11:59 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Les 5 gentlemen maudits

Cinq amis occidentaux se retrouvent dans une ville sainte de Tunisie, et son maudits par un sorcier local lorsque l’un d’eux bouscule une jeune femme dont il voulait ôter le voile. Le sorcier leur assure qu’ils mourront tous l’un après l’autre, avant la prochaine pleine lune. Le lendemain, l’un d’entre eux se noie accidentellement. Quelques jours après, un deuxième meurt dans un accident d’avion. Puis, un troisième est assassiné. Les deux derniers, un Français devenu millionnaire par héritage, et son ami Anglais, finissent par prendre au sérieux la malédiction, et partent à la recherche du sorcier…

Disons-le tout de suite : Julien Duvivier ne prend absolument pas au sérieux son histoire de malédiction, qui n’est qu’une excuse à peine déguisée pour filmer sa toile de fond. En l’occurrence les rues bondées de monde et baignées de soleil de Moulay-Indriss, cité traditionnelle de Tunisie où les rites vont bon train, et où les vieilles traditions sont toujours en vigueur en ce début des années 30.

On n’est pas loin du documentaire déguisé, mais le film est un témoignage peut-être plus fascinant encore. Parce que rares sont les films de fiction populaire dont la toile de fond est à ce point criants de vérité. Normal : Duvivier tourne sur le vif, avec des acteurs qui se mêlent à la population. Et pourtant, les images sont d’une beauté assez époustouflante. Rien à voir avec les traditionnelles images volées que l’on voit souvent dans les films de fiction. Ici, le cinéaste soigne le moindre de ses plans, jouant avec les « gueules » des autochtones, avec les couchers de soleil, avec la foule en mouvement, avec les champs infinis, ou avec le mystère qui se dégage des ruines.

D’ailleurs, Les 5 Gentlement maudits est avant tout un film visuel. Est-ce l’effet du temps sur la copie ? Est-ce une volonté de Duvivier ? La plupart des dialogues sont difficiles, voire impossibles, à comprendre (seul Harry Baur, dans un rôle qui n’est utile que pour assurer une tête d’affiche au film, est vraiment audible ; à l’exception de Robert Le Vigan, dont la diction est bien plus claire que celle des autres comédiens). Mais qu’importe : le plaisir est de chaque instant dans ce film que Hergé a sans aucun doute vu à sa sortie (on en retrouve des plans entiers dans les cases du Crabe aux pinces d’or).

Un film qui est l’ultime cri d’amour au cinéma muet d’un cinéaste qui a eu du mal à accepter le passage au parlant. Au bonheur des dames était déjà un film muet tardif (tourné par Duvivier en 1930)… Les 5 Gentlemen maudits, le deuxième « talkie » du cinéaste après David Golder, est essentiellement tourné comme un film muet. Avec toute la richesse visuelle que cela implique.

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