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Archive pour le 30 avril, 2012

Au bonheur des dames – de Julien Duvivier – 1930

Posté : 30 avril, 2012 @ 6:35 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Au bonheur des dames Duvivier

C’est l’un des derniers films français muets, alors que le parlant s’était déjà généralisé. Et il fallait du courage à Duvivier, pour imposer cette technique considérée alors comme archaïque, pour un film aussi ambitieux que cette adaptation du roman de Zola. Un roman où la foule et le bruit jouent un rôle primordial. Et pourtant, le muet restitue parfaitement ce vacarme d’un nouveau monde : celui des grands magasins qui se développent en condamnant les petites boutiques d’antan. Une époque qui disparaît, une autre qui commence… Un peu comme le cinéma muet, à qui Duvivier offre un dernier soubresaut, mais qui disparaissait déjà au profit du parlant qui remisait les artisans d’hier, aussi talentueux soient-ils, au rang de dinosaures inutiles. Un bel adieu en signe de chant d’amour.

Car cette année-là, l’immense majorité des films français n’étaient rien d’autre que du théâtre filmé (souvent platement), et mal dialogués. Qu’importe la forme pourvu qu’on ait le son. Ici, la caméra de Duvivier se substitue parfaitement au style de Zola pour transcrire ce monde grouillant. Le cinéaste filme remarquablement la foule et son mouvement perpétuel : le bruit omniprésent est clairement tangible, par la seule force des images… Un art narratif qui atteint une sorte de perfection.

Paradoxalement, le son (le bruit, plutôt) est au cœur de ce film muet, qui se fait de plus en plus assourdissant, jusqu’à l’apogée du film, avec un montage alterné ahurissant qui souligne d’une manière incroyable la folie et la rage grandissantes du petit commerçant, Baudu, qui voit son magasin courir à sa perte, sa fille malade mourir de chagrin, et sa nièce (Denise, jeune orpheline jouée par Dita Parlo) tomber amoureuse du patron du grand magasin installé jusqu’en face de chez lui (Pierre de Guingand apporte son charme et son élégance à Mouret, le faux méchant de l’histoire).

Et curieusement, le moment le plus calme du film, ce film où cette cohue semble enfin s’effacer le temps d’un court instant, comme si le monde retenait son souffle, est aussi celui où Dita Parlo prononce l’unique réplique parlée du film : après avoir giflé gentiment un Mouret un peu trop entreprenant, elle s’exclame : « Pardon, je ne l’ai pas fait exprès », réplique douce et désuète qui souligne joliment cette parenthèse enchantée. C’est aussi dans cette scène que Dita Parlo parvient enfin à s’extirper de la ville tentaculaire : son visage se dessine pour la première fois sur un ciel ensoleillé et pur, que ne vient pas perturber le bitume, la foule ou les immeubles. Seule, enfin.

Au bonheur des dames est l’une des plus belles adaptations d’un roman de Zola, bien plus passionnante, par exemple, que le Nana de Renoir. Duvivier, s’il prend quelques libertés, retrouve l’esprit du roman, en évitant tout manichéisme, et en soulignant la mesquinerie des hommes et leur vision étriquée. Du patron du grand magasin ou du petit commerçant de quartier, lequel est le plus coupable ? « Le seul responsable, c’est le progrès », conclut finalement Dita Parlo (et Duvivier), avec une pointe d’amertume, mais en regardant enfin vers l’avenir. Non sans de cruels sacrifices : le progrès est incontournable, mais il a un prix.

Pandora (Pandora and the Flying Dutchman) – d’Albert Lewin – 1951

Posté : 30 avril, 2012 @ 10:38 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, LEWIN Albert | Pas de commentaires »

Pandora

Dans la brève carrière de cineaste d’Albert Lewin (six longs métrages entre 1942 et 1957), ce Pandora constitue le point d’orgue. Après deux magnifiques adaptations de classiques de la littérature (Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde et Bel-Ami de Maupassant), Lewin s’inspire d’un mythe qu’il met au goût du jour : celui du « Hollandais volant », noble condamné à errer éternellement sur les mers après avoir tué la femme qu’il aimait. Il en tire une sorte de miracle de film, qui ne ressemble à aucun autre (si ce n’est, visuellement, avec Le Narcisse noir, dont il partage le chef opérateur, Jack Cardiff).

Le moindre plan est un chef d’œuvre : le cinéaste, qui s’était taillé une réputation de grande culture en tant que scénariste comme derrière la caméra, semble avoir travaillé chaque détail de ses images. Pas uniquement en filmant son couple vedette : dès la séquence d’introduction, le miracle s’installe. Dans un plan aussi discret qu’envoûtant, la caméra enveloppe Geoffrey, le narrateur du film, et semble le prendre dans ses filets pour l’envoyer vers cette fenêtre derrière laquelle tout un pan de son passé va ressurgir.

C’est ce passé qui nous est raconté : quelque temps plus tôt, dans ce port espagnol, le narrateur menait une vie de farniente avec une bande d’oisifs dont la belle Pandora représentait une sorte de phare. Langoureuse et passive, Pandora avait les hommes à ses pieds. Mais elle traversait la vie avec une sorte d’ennui et de dépression que le suicide de l’un de ses prétendants avait à peine fait vaciller. Car Pandora rêvait de l’amour ultime, celui pour lequel on est prêt à sacrifier ce qu’on a de plus cher. Ce que les hommes prenaient au mot : fou de voiture, un autre prétendant a ainsi fait faire à la voiture qu’il construisait depuis deux ans le grand plongeon du haut d’une falaise…

C’est alors que Pandora (Ava Gardner) a mis le pied sur ce mystérieux yacht, et qu’elle a fait la rencontre de l’étrange Hendrick van der Zee (James Mason), un Hollandais au secret incroyable. A son contact, la belle se met à nu pour la première fois. Au sens propre : jusqu’alors, Lewin a filmé Ava Gardner drapée des tenues les plus incroyables, tel le véritable mythe hollywoodien qu’elle est devenue cette année-là. Tellement belle, mais tellement inaccessible. Mais là, sur ce pont de bateau où elle met le pied dans son plus simple appareil, c’est l’émotion de la femme qui l’emporte pour la première fois sur la beauté de la star.

Lewin oppose constamment les excès et la vacuité de ce microcosme de bord de mer, à la profondeur des sentiments qui unissent Ava Gardner et James Mason, Sur terre, hommes et femmes tuent le temps ; sur ce yacht, le couple se place hors du temps. Ces deux-là ont plus qu’une attirance commune : ils ne font qu’un. En se rencontrant, la belle qui tuait le temps et le maudit qui voulait mettre un terme à son éternité ont trouvé l’âme sœur : deux fantômes qui se sont enfin débarrassés du temps…

Pandora vient de sortir en DVD, dans un beau coffret chez les Editions Montparnasse.

Rédemption (The Claim) – de Michael Winterbottom – 2000

Posté : 30 avril, 2012 @ 9:14 dans 2000-2009, WESTERNS, WINTERBOTTOM Michael | Pas de commentaires »

Rédemption

Il y a de la vie dans ce « western » enneigé et mélancolique, signé par un Michael Winterbottom particulièrement inspiré. Capable du meilleur (Jude) comme du beaucoup moins bon (Code 46), le cinéaste réussit là l’un de ses plus beaux films, à la fois spectaculaire, d’une justesse incroyable, et profondément émouvant.

Le décor évoque celui de John McCabe, le film de Robert Altman : même ville de pionniers isolée du monde par une nature d’un blanc immaculé, et régie par sa propre loi ; même réalisme dans la peinture du quotidien de ses habitants… Mais la comparaison s’arrête là, et The Claim a sa propre vie. C’est d’ailleurs ce qui frappe, dans ce film : l’impression de vie et de quotidien qui s’en dégage.

Loin des poncifs du genre, et délaissant toute figure imposée, Winterbottom place sa caméra au cœur de la population de cette petite ville. Il filme les visages comme autant de parties d’une foule et met en scène un joyeux (ou pas) bordel qui ne donne pas l’impression d’être maîtrisé. Résultat : le moindre figurant donne le sentiment d’être dans son élément, filmé à un moment impromptu de son existence.

La lumière, chaude dans les intérieurs éclairés à la bougie, immaculée dans les extérieurs couverts de neige, ne fait que renforcer ce réalisme si frappant.

Mais The Claim est aussi un beau film romanesque, fort et poignant. C’est le portrait d’une ville créée de toute pièce par un pionnier (Peter Mullan, extraordinaire), et qui attend de savoir si elle va prospérer, ou si elle va mourir. Pas d’entre-deux : tout dépend d’un seul homme, Wes Bentley, ingénieur des chemins de fer qui doit décider si le premier train transcontinental (celui-là même au cœur de grands westerns comme Le Cheval de Fer ou Pacific Express) passera ou non par la ville de Kingdome Come.

C’est l’histoire tous ces personnages qui se rencontrent à une époque charnière de la construction d’un pays. Ce jeune ingénieur en perpétuel mouvement, qui tombe amoureux d’une jeune femme (Sarah Polley), qui arrive à Kingdome Come avec sa mère mourante (Nastassja Kinski) pour découvrir ce père (Mullan) qui les a vendus il y a si longtemps contre un filon d’or, et qui vit désormais avec une tenancière de saloon, jouée par Milla Jovovich à une époque où elle était actrice (et plutôt bonne, qui plus est).

C’est l’histoire de ces êtres qui illustre ce monde qui disparaît, et cet autre qui apparaît. La construction de l’Amérique s’est faite par des actes de bravoure incroyables, mais aussi par une cruauté parfois inimaginable. Le personnage de Peter Mullan représente tout cela à la fois. A la fois monstrueux et charismatique, repoussant et attachant. Dans tous les cas, profondément émouvant. Un pur personnage de tragédie, bouleversant.

 

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