Play it again, Sam

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Archive pour le 9 avril, 2012

Régénération (Regeneration) – de Raoul Walsh – 1915

Posté : 9 avril, 2012 @ 4:56 dans * Films de gangsters, 1895-1919, FILMS MUETS, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

Regeneration

Bon sang, quel rythme ! On est en 1915, et Raoul Walsh est un jeune cinéaste qui n’a à son actif qu’une poignée de courts métrages (tous perdus), lorsqu’il signe ce petit miracle, considéré comme le premier film de gangster de long métrage. Régénératon peut en effet être vu comme la matrice de nombreux films du genre, qui se tourneront dans les décennies à venir (et dont Walsh sera d’ailleurs l’un des spécialistes, notamment avec James Cagney), et jusqu’à Il était une fois en Amérique.

Le film de Walsh, comme beaucoup plus tard celui de Leone, suit le destin d’un gangster de son enfance à sa vie d’adulte. Le héros est un orphelin qui grandit dans les bas-fonds, devient chef de gang, et trouve la rédemption grâce à sa rencontre avec une jeune femme de bonne famille qui consacre son temps et son argent pour aider les laissés-pour-compte.

C’est le premier long métrage de Walsh, mais son extraordinaire sens du rythme, qui sera sa marque tout au long de sa carrière, est déjà là. Le film est une espèce de chef-d’œuvre d’une modernité incroyable. Sans doute plus que n’importe quel autre cinéaste de son époque, Walsh maîtrise l’art de la mise en scène et le tourne tout entier vers le public.

L’utilisation du montage alterné met en valeur le contraste entre la haute société et la lie de l’humanité, et avec quelle efficacité ! Il sert aussi à accélérer toujours plus le rythme, jusqu’à une longue séquence finale d’une brutalité extrême, et d’une virtuosité totale.

Entre temps, on aura eu droit à quelques bagarres mémorables, à des voitures lancées à pleine vitesse, et surtout à l’incendie d’un bateau qui, près d’un siècle plus tard, reste l’un des plus impressionnants qu’on ait pu voir.

Les moments « en creux » sont tout aussi réussis, en partie grâce à l’acteur principal, l’incroyable Rockcliffe Fellowes, sorte de Brando avant l’heure dont le jeu détaché est lui aussi d’une troublante modernité. Autour de lui, quelques gueules improbables qui semblent avoir inspiré Chester Gould pour son « bestiaire » de Dick Tracy.

Cinéaste déjà maître d’un art dont il sera l’un des meilleurs représentants pendant un demi siècle, Walsh est aussi convaincant dans les séquences spectaculaires que dans la direction d’acteur ou dans les scènes de transition. Son utilisation de la caméra est merveilleuse. Le film contient notamment quelques travellings à montrer aujourd’hui encore dans les écoles de cinéma : la caméra qui s’approche d’un enfant, passant entre les gueules déformés d’un couple d’adultes qui se déchire ; ou encore ce travelling arrière qui part d’un groupe de musiciens pour dévoiler peu à peu l’effervescence qui règne au sein d’un music-hall mal fâmé…

Régénération, spectaculaire, humain et émouvant, est une suite presque ininterrompue de grands moments de cinéma. Un chef d’œuvre ? Oui. Et l’un des tout premiers, encore…

Cœur d’Apache / Les Détrousseurs de Pig Alley (The Musketeers of Pig Alley) – de D.W. Griffith – 1912

Posté : 9 avril, 2012 @ 11:57 dans * Films de gangsters, 1895-1919, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, GRIFFITH D.W. | Pas de commentaires »

Cœur d'apache

Film historique, considéré comme le tout premier film de gangsters, The Musketeers of Pig Alley est aussi l’un des premiers films qui tente de dépeindre avec réalisme et sans complaisance les bas-fonds mal famés des grandes villes américaines.

Et malgré quelques effets encore un peu théâtraux, Griffith y parvient plutôt bien. Sans atteindre la perfection de Régénération, le long métrage que tournera Raoul Walsh trois ans plus tard, Griffith ouvre une brèche et pose les bases d’un genre qui marquera l’histoire du cinéma. Des bases toujours actuelles, tout juste cent ans après le tournage de ce court métrage.

De braves gens pris malgré eux dans la violence de leur environnement : c’est ce que montrer le film. Lilian Gish est une pauvrette dont la mère vient de mourir, et dont le fiancé se fait détrousser par une bande peu recommandable alors qu’il revenait après une longue absence. Il jure alors de récupérer son argent, et se retrouve bientôt au cœur d’une guerre des gangs sanguinaires.

Quelques passages un peu statiques ne gâchent en rien l’art déjà consommé du montage, dont Griffith perfectionne les règles. The Musketeers… est ainsi l’un des premiers films qui réussit à faire monter la pression aussi efficacement, jusqu’à une soudaine explosion de violence libératrice, dans la ruelle qui donne son titre au film. Aussi bref qu’explosif…

C’est d’ailleurs dans le décor de cette ruelle que Griffith se montre le plus inspiré. Qu’il filme une population de miséreux qui tentent d’oublier leur pauvre condition dans la débauche ; ou qu’il filme dans un plan devenu culte le chef de gang (Elmer Booth, dont le personnage échappe à tout stéréotype) longeant un mur en briques et se dirigeant lentement vers la caméra, son visage occupant bientôt tout l’espace dans un plan génial et impressionnant.

A l’arrière-plan, on aperçoit alors un second rôle nommé Harry Carey (on peut s’amuser à reconnaître d’autres silhouettes bien connues : Dorothy Gish croisant sa sœur dans une courte scène, ou Lionel Barrymore en ami du héros). Jouant les gros bras sans grande nuance, il n’a pas le meilleur rôle du film, loin s’en faut. Mais on a plaisir à découvrir l’acteur quelques années avant sa rencontre avec le jeune John Ford, dont il sera l’acteur fétiche à partir de 1917 (Straight Shooting…). Pour lui, le meilleur est à venir…

Escadrille Lafayette (Lafayette Escadrille) – de William A. Wellman – 1958

Posté : 9 avril, 2012 @ 8:01 dans 1950-1959, EASTWOOD Clint (acteur), WELLMAN William A. | Pas de commentaires »

Lafayette Escadrille

William Wellman s’est souvent inspiré de son propre passé d’aviateur (notamment pour Wings, en 1929), mais jamais autant que dans ce Lafayette Escadrille, le plus autobiographique de tous ses films, comme s’il pressentait que ce serait son tout dernier long métrage. Ce n’est pas un hasard s’il offre à son fils, William Wellman Jr, un petit rôle discret, mais qui a son importance : celui d’un certain Bill Wellman Sr, jeune aviateur de la célèbre escadrille Lafayette qui observe les événements au cœur du film…

Les événements en question, ce sont les mésaventures d’un jeune apprenti-aviateur de la célèbre Escadrille Lafayette, durant la Grande Guerre, qui tombe amoureux d’une jeune prostituée parisienne et refuse l’autorité de son formateur (Marcel Dalio, dans un rôle stéréotypé et peu convaincant). Condamné pour acte de violence, il s’évade grâce à ses camarades et se réfugie dans la petite chambre de bonne de sa charmante fiancée qui s’est rachetée une conduite. Mais une nouvelle chance s’offrira à lui…

Lafayette Escadrille est un film mineur dans l’immense carrière de Wellman. Mais il y a dans ce film une sincérité qui touche au cœur : celle d’un vieil homme qui se penche sur son passé et boucle une boucle commencée plus de quarante ans plus tôt. D’ailleurs, on sent Wellman bien moins inspiré par la romance du film que par la camaraderie qui unit les jeunes aviateurs. Le plus beau moment du film ne se passe ni dans cette petite chambre de bonne, ni même dans les airs (il y a pourtant des scènes de combats aériens assez impressionnants), mais dans l’obscurité d’un dortoir : tous les apprentis aviateurs sont allongés, côte à côte, la caméra passant de l’un à l’autre tandis qu’une voix off (celle de Bill Wellman) dévoile leur destin, pour la plupart fatal. Chacun d’eux, endormi, semble reposer dans son linceul…

Ce moment de grâce mérite à lui seul que l’on voit le film, même si le reste n’est franchement pas au niveau. Si Wellman met beaucoup de passion dans sa peinture de l’univers très masculin des aviateurs (ce qui donne quelques scènes tantôt drôles, tantôt émouvantes), il se montre bien moins inspiré par son charmant couple formé par le falot Tab Hunter et par la frenchie Etchika Choureau. Un couple loin d’égaler les grands couples de l’Âge d’Or d’Hollywood, âge d’or dont la fin coïncide à peu près avec ce film.

Le film représente d’ailleurs l’unique lien tangible entre un tout jeune Clint Eastwood et le grand Hollywood classique qui ne cessera de l’inspirer dans ses propres réalisations. Sans grande expérience, Clint a 27 ans et trouve ici l’un de ses rôles les plus « visibles » de ses premières années. Très présent à l’écran dans la première moitié du film, il se contente toutefois de faire de la figuration, dans le rôle d’un grand dadais au regard un peu vide qui sait très bien se placer dans l’axe de la caméra derrière le héros. Sans doute aurait-il aimé un rôle un peu plus conséquent pour son unique collaboration avec un grand maître hollywoodien, mais tout de même…

 

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