Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour janvier, 2012

La Souris part en guerre (The Yankee Doodle Mouse) – de Joseph Barbera et William Hanna – 1943

Posté : 26 janvier, 2012 @ 12:05 dans 1940-1949, BARBERA Joseph, COURTS MÉTRAGES, DESSINS ANIMÉS, HANNA William | Pas de commentaires »

La Souris part en guerre

La guerre fait rage entre Tom et Jerry. Les deux belligérants utilisent toutes les armes à leur disposition dans la maison, et se rendent coup pour coup…

En 1943, la guerre est omniprésente dans le cinéma hollywoodien, qui participe ainsi à l’effort de guerre. Dans les cartoons aussi, les producteurs montrent régulièrement les horreurs de la guerre. Ce Tom et Jerry transforme une nouvelle altercation entre le chat et la souris en un véritable champ de bataille : le moindre objet familier est transformé en arme de guerre. C’est la grande idée qui fait de ce cartoon un petit chef d’œuvre, qui a décroché l’Oscar du meilleur court métrage d’animation.

La Voie lactée (The Milky Way) – de Rudolf Ising (1940)

Posté : 26 janvier, 2012 @ 12:03 dans 1940-1949, COURTS MÉTRAGES, DESSINS ANIMÉS, ISING Rudolf | Pas de commentaires »

La Voie lactée

Trois petits chatons ont perdu leurs mitaines, et sont envoyés au lit sans dîner. De leur chambre, ils voient la voie lactée et cherchent à l’atteindre, utilisant un panier et des ballons gonflés à l’hélium. Ils y découvrent un véritable paradis où le lait coule à flot.

Rudolf Ising a réussi un véritable exploit avec ce dessin animé de la MGM : The Milky Way est le premier cartoon non produit par Walt Disney à avoir décroché l’Oscar du meilleur court métrage d’animation, mettant ainsi fin à une domination sans faille de « l’oncle Walt ». Et cet Oscar est pour le moins mérité : charmant, drôle et très original, le film est une totale réussite, un conte de Noël plein de magie qui présente une vision de la voie lactée qui a fait rêver plus d’une génération d’enfants…

Le Mécano de la « General » (The General) – de Buster Keaton et Clyde Bruckman – 1927

Posté : 25 janvier, 2012 @ 7:11 dans 1920-1929, BRUCKMAN Clyde, FILMS MUETS, KEATON Buster, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Mécano de la General

Combien de fois ai-je vu ce bijou ? Des tas, et à chaque vision, ce chef d’œuvre de Keaton est un enchantement absolu. Le sommet, déjà, d’une carrière qui n’allait pas tarder à décliner : dès 1929, ce sera la chute inexorable, avec son arrivée à la MGM et l’avènement du parlant. Difficile à imaginer tant ce film approche la perfection…

Dix ans après ses débuts au côté de Fatty Arbuckle, Keaton peut alors faire ce qu’il veut, avec les moyens dont il a besoin. Le Mécano de la « Général » est sans doute le plus ambitieux de ses films, inspiré d’un épisode apparemment authentique de la Guerre de Sécession : en 1830, des soldats nordistes, déguisés en Sudiste, avaient détourné un train en le « volant » en plein territoire ennemi. Le conducteur du train les avait poursuivi pour tenter de reprendre sa locomotive.

On comprend bien ce qui a pu attirer Keaton dans cette histoire : à la fois l’ampleur du contexte historique, et les possibilités comiques offertes par ce petit conducteur de train qui affronte l’armée ennemie à lui seul. La force du film est d’ailleurs de ne pas choisir entre ces deux aspects. Ce conducteur, appelé Johnnie Gray dans le film, est un personnage en or pour Keaton, à qui la locomotive, cadre principal de l’histoire, inspire des dizaines de gags géniaux (inoubliable, l’air ahuri de Keaton lorsqu’il voit apparaître et disparaître comme par magie le wagon devant sa locomotive…).

Quant à la toile de fond historique, elle est d’une précision et d’un réalisme étonnants. Ce n’est pas un hasard : Keaton a tenu à tourner le film sur les lieux même de la véritable histoire, en Georgie. Quand on lui demandait comment il avait fait, avec ce qui est pourtant une comédie et pas un film historique, pour montrer une guerre civile qui fasse plus vraie que Naissance d’une Nation, film pourtant très sérieux, Keaton répondait : « Ils se sont référés à un roman pour leur scénario. Moi je le suis référé à l’Histoire. »

Le cinéaste souhaitait également utiliser la véritable locomotive. Mais n’ayant pas eu l’autorisation, il a fidèlement maquiller trois autres trains pour reconstituer une General plus authentique que nature. L’un de ces trains a été « sacrifié » pour tourner ce qui reste l’un des plans les plus spectaculaires du cinéma muet : l’effondrement d’un pont qui entraîne la locomotive au fond d’un torrent (où la légende veut qu’elle soit toujours). C’est aussi le plan le plus coûteux de tout le muet : il a coûté 42 000 dollars.

Plus que les moyens énormes dont a disposé Keaton (et qui figurent bel et bien à l’écran), ce qui frappe d’abord, c’est le mouvement perpétuel : en collant au plus près de son train, Keaton donne un rythme effréné à son film. Alors que le paysage défile constamment, Keaton lui-même  semble incapable de se poser, courant sur son train, sautant du wagon à la locomotive. Pas la moindre pause, et c’est tout simplement ébouriffant.

Le Général est mort à l’aube (The General died at dawn) – de Lewis Milestone – 1936

Posté : 25 janvier, 2012 @ 2:31 dans 1930-1939, COOPER Gary, MILESTONE Lewis | Pas de commentaires »

Le Général est mort à l'aube

Gary Cooper a un petit côté Indiana Jones avant l’heure dans ce chef d’œuvre méconnu qui a pourtant tout de la machine à créer un mythe ! Un sujet en or, un couple plus glamour tu meurs (Cooper et Madeleine Carroll), un cinéaste exceptionnel (Lewis Milestone, incroyablement inspiré)… Résultat : un film extraordinaire où les petits drames humains et le souffle de la grande histoire sont inexorablement liés.

Les premières minutes évoquent curieusement le Shanghai Express de Josef Von Sternberg : mêmes personnages occidentaux impliqués dans une guerre civile chinoise qui n’est pas la leur, même importance d’un train, même vision de la ville traditionnelle et baignée dans la brume. Pourtant, le film de Milestone s’éloigne bien vite du chef d’œuvre de Sternberg. Le thème lui-même n’est pas le même : ce qui intéresse le cinéaste, c’est ce personnage de mercenaire au grand cœur tiraillé par ses contradictions, que joue merveilleusement Cooper.

Aventurier décidé à mettre sa vie au profit d’une grande cause, Cooper est aussi tiraillé par sa petite condition d’homme. Seul au milieu d’une société qui n’est pas la sienne, il ne peut résister à l’attirance irrépressible qu’exerce sur lui Madeleine Carroll (on le comprend), attiré sans doute autant par elle que par la société occidentale qu’elle représente à ses yeux.

Mais il y a un piège derrière cette tentation trop belle : la douce Madeleine attire (sans le vouloir vraiment, mais un peu quand même) le beau Gary dans un piège qui pourrait lui être fatal, mais qui pourrait sauver la vie de son père, un traître sans scrupule qui n’est salaud que pour pouvoir se payer le voyage qui lui permettra de vivre ses derniers mois dans SON Amérique. Un déraciné, comme le personnage de Cooper.

C’est ce qui fait le sel de ce grand film d’aventures étonnamment intimiste : l’Histoire est là, en marche, mais la caméra ne quitte jamais vraiment les êtres humains, des personnages que l’Histoire retiendra sans doute, qui réalise sans aucun doute leur destinée, mais qui donnent pourtant l’impression de ne pas être à leur place. C’est aussi le cas du grand méchant du film, un général chinois sanguinaire (interprété par Akim Tamiroff) qui dissimule, de plus en plus mal, des fêlures qui tranchent avec le côté absolu de sa tyrannie.

Le Général est mort à l’aube (quel beau titre !) est ainsi parsemé de séquences impressionnantes et bouleversantes : au-delà du suspense, il y a surtout le malaise et le mal-être des personnages, incapables de trouver leur place dans un monde complètement fou. Dans ce chaos en marche, la romance potentiellement mortelle entre Madeleine Carroll et Gary Cooper fait figure de refuge bien peu réconfortant…

Le Traître du Texas (Horizons West) – de Budd Boetticher – 1952

Posté : 25 janvier, 2012 @ 10:18 dans 1950-1959, BOETTICHER Budd, RYAN Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Traître du Texas

La rivalité entre le gentil frère et le méchant frère est l’un des thèmes récurrents du western : le genre est pratiquement propice à ce type d’histoire, avec l’opposition classique entre la vie familiale et rangée (le travail au ranch) et la tentation de la grande vie facile (le banditisme). De La Vallée de la Vengeance de Richard Thorpe au Survivant des Monts lointains de James Neilson, cette opposition revient très régulièrement, avec des variations plus ou moins importantes. Le Traître du Texas, western « pre-Randolph Scott » de Budd Boetticher, fait peut-être figure de film de jeunesse dans sa filmographie, loin des films de la maturité qu’il tournera avec Scott, mais il aborde ce thème avec une sensibilité rare.

Résultat : ce petit western tourné pour la Universal est un film épatant, touchant, émouvant, et passionnant. La première grande idée est d’avoir inscrit cette histoire de guerre fratricide dans un contexte historique fort : l’après guerre civile. Les personnages principaux du film sont trois Sudistes de retour dans leur ville natale après des années de guerre : deux frères et le palefrenier travaillant dans leur ranch. Ils reviennent vaincus, mais heureux d’être en vie et de retrouver leurs racines. Tous, sauf le frère aîné, Robert Ryan. Pas un méchant homme, non : un type banal broyé par ces années sacrifiées pour rien, ou si peu. Un homme à qui les années passées sous le drapeau ont enlevé toute envie de retrouver une vie de labeur, où une génération de souffrances ne suffit pas à effacer toutes les dettes…

C’est l’autre grande idée du film : faire du « méchant » non pas un ambitieux sans scrupule, mais un homme aussi attachant qu’inquiétant, une victime de son époque. Le pire ennemi de ce fils d’un fermier modèle, ce n’est pas le riche propriétaire réellement sans scrupule (Raymond Burr, éternel salaud de cette époque) qui l’accule et le pousse à passer du mauvais côté de la barrière ; ce n’est pas non plus cette femme trop belle dont il tombe amoureux (Julie Adams, joli personnage très complexe) : c’est lui-même, frère et fils aimant, mais trop désireux de rattraper trop vite des années sacrifiées. Qu’importe les horreurs qu’il finit par commettre : jamais le personnage de Robert Ryan ne devient totalement antipathique. Pathétique, oui.

Face à Ryan, le personnage du petit frère, joué par Rock Hudson, paraît bien fade, mais le jeune acteur s’en tire avec les honneurs. Révélé la même année dans le Victime du Destin de Raoul Walsh, il retrouvera Boetticher l’année suivante avec L’Expédition du Fort King, autre western très réussi dans lequel il aura un rôle bien plus conséquent.

Le Pigeon d’argile (The Clay Pigeon) – de Richard Fleischer – 1949

Posté : 24 janvier, 2012 @ 6:49 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Le Pigeon d'argile

Belle histoire cauchemardesque que Fleischer filme avec cette œuvre de jeunesse très réussie. Tournée un an après le sec et efficace Bodyguard, The Clay Pigeon est un film plus complexe et ambitieux : son héros est un vétéran de la guerre qui se réveille dans un hôpital, sans le moindre souvenir de ce qui l’a amené là. Autour de lui, tous se comportent comme s’il était un traître, qui n’avait pas hésité à causé la mort de son meilleur ami… Il lui reste une seule solution : s’échapper pour prouver son innocence et échapper à la condamnation qui l’attend.

Le film nous place très exactement dans la situation du héros : on n’en sait jamais plus que cet ancien soldat persuadé de ne pas être un traître, interprété par Bill Williams (cherchez pas, c’est son rôle le plus remarquable – au cinéma en tout cas, puisqu’à la télévision, il a interprété le fameux trappeur Kit Carson pendants quatre ans, de 1951 à 1955). Bon… Fleischer ne mise pas vraiment sur l’ambiguïté du personnage : on ne croit jamais réellement à la culpabilité du fugitif.

D’ailleurs, le cinéaste ne tarde pas à nous dévoiler le vrai méchant, de la même manière que la veuve de l’homme que notre héros est censé avoir tué (interprétée par Barbara Hale, future adjointe de Perry Mason dans la série télé, et femme de Bill Williams dans la vraie vie) ne tarde pas à se convaincre de son innocence. C’est un parti-pris assez curieux de Fleischer, qui semble prendre son histoire avec une grande désinvolture. Ce qui l’intéresse visiblement, c’est uniquement la mise en scène et la possibilité de créer une atmosphère paranoïaque – ce qu’il réussit d’ailleurs parfaitement.

Mais l’intrigue à proprement parler est traitée par-dessus la jambe. Visiblement, Fleischer avait envie de tourner dans un quartier chinois. Alors il fait du méchant que recherche le fugitif un officier japonais retourné à la vie civile. A peine s’est-il installé dans le premier bar chinois rencontré qu’il tombe nez-à-nez… avec ledit officier. C’est énorme, mais qu’importe : le film, hyper-concis et mené à toute allure (à peine plus d’une heure), est passionnant.

Le Grand Sam (North to Alaska) – de Henry Hathaway – 1960

Posté : 24 janvier, 2012 @ 4:08 dans 1960-1969, HATHAWAY Henry, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Grand Sam (North to Alaska) – de Henry Hathaway – 1960 dans 1960-1969 le-grand-sam

La bagarre qui ouvre le film donne le ton : ce « western » du grand Henry Hathaway ne se prend pas au sérieux. L’esprit slapstick n’est pas loin, avec ses bruitages cartoonesques, ces chapeaux qui s’envolent, ces corps qui glissent comme sur de la glace… D’ailleurs, faites le compte : fait rarissime dans un film de John Wayne, on ne compte pas le moindre mort dans North to Alaska. Pas le moindre assassinat, pas la moindre flèche fatale, pas le moindre poignard meurtrier, pas même une crise cardiaque à l’horizon… à peine a-t-on à déplorer une balle logée dans une épaule ; rien de bien grave.

Rien de sérieux non plus, on est ici dans une immense bulle de légèreté. Hathaway, immense cinéaste dont la filmographie est pourtant plutôt avare en comédies, privilégiant le noir, quel que soit le genre, se tourne donc tardivement vers la comédie. Papy Hathaway (il a 62 ans, et entame l’ultime partie de sa carrière) s’en tire plutôt très bien : cette bluette à très grand spectacle est un vrai plaisir de cinéma.

C’est du très grand spectacle : le vétéran fait partie de ces « monstres » à qui on peut confier de gros budgets. Et celui du Grand Sam est conséquent : il en faut de l’argent pour reconstituer l’une de ces villes champignons du Nord de l’Alaska de la fin du XIXème siècle. A l’écran, on voit bien que l’argent confiée à Hathaway et à son équipe est bien utilisée : les décors sont grandioses, les figurants nombreux et les espaces immenses. Pourtant, ce film chaleureux et joyeux dégage un sentiment d’intimité étonnant.

Peut-être parce qu’Hathaway s’intéresse bien plus à ses comédiens qu’au côté grand spectacle de l’entreprise : la caméra n’est jamais bien loin de Wayne, parfait dans un beau numéro d’autodérision. A ses côtés, Stewart Granger est bien sympathique en meilleur ami idéal, et la frenchy Capucine est belle à croquer…

Les Amants passionnés (The Passionate Friends) – de David Lean – 1949

Posté : 23 janvier, 2012 @ 6:36 dans 1940-1949, LEAN David | Pas de commentaires »

Les Amants passionnés

Après ses deux adaptations de Dickens (Les Grandes Espérances et Oliver Twist), Lean revient à un genre qui lui avait bien réussi avec Brève rencontre, quatre ans plus tôt. D’ailleurs, la présence en tête d’affiche de Trevor Howard rend la comparaison entre les deux films inéluctables : Les Amants passionnés serait une version « high society » de Brève rencontre, dont il reprend l’un des thèmes principaux, le personnage principal féminin étant tiraillé entre son mari et le jeune homme (Howard dans les deux films) dont elle est tombée amoureuse.

Mais Les Amants passionnés est bien plus qu’une simple variation sur le même thème. La construction, pour commencer, est bien plus complexe, faite de flash-backs qui s’imbriquent les uns dans les autres, pour donner une densité immense à ce mélodrame bouleversant. Brève rencontre était une épure absolue. Les Amants passionnés pousse beaucoup plus loin les ficelles du mélo, en faisant intervenir le destin implacable (les deux amants d’autrefois se retrouvent par hasard dans un hôtel près du Lac de Genève), en mettant en scène un mari que l’on prend plaisir à haïr (Claude Rains, qui révèle une humanité de plus en plus touchante), ou encore en plantant l’histoire dans des décors typiques du genre.

Aucun conformiste dans ce film, pourtant : les personnages sont complexes et fascinants, et la construction gigogne donne tout le poids de cet amour clandestin d’une vie, un sentiment de gâchis et d’inéluctabilité qui prend aux tripes. Car dès le début, on sait que le personnage de Mary (Ann Todd, qui était alors la femme de Lean) a fait le choix de sacrifier son amour au profit d’une ambition à l’issue forcément malheureuse. Cette détresse dans laquelle plonge Mary au fil des années est attendu, il n’en est que plus bouleversant.

Lean joue avec les codes du genre, faisant du mari le stéréotype du mari cocu (la scène où il comprend que sa femme le trompe est un modèle de mise en scène), pour mieux surprendre le spectateur. Finalement, c’est peut-être lui la vraie victime du film, le plus grand amoureux aussi, celui capable d’attendre des années que l’amour qu’il donne lui soit rendu.

Plus complexe que Brève Rencontre, Les Amants passionnés appartient indubitablement à la même famille. On y retrouve de nombreuses images jumelles : les petits moments de bonheur au bord de l’eau, les rendez-vous au spectacle (le cinéma dans le film de 1945, le théâtre ici), et bien sûr la tentation de se jeter sous un train, dans une scène qui là encore, prend le contre-pied de la retenue de rigueur dans Brève rencontre. L’approche est différente, mais l’émotion tout aussi immense.

Captain America : First Avenger (Captain America : The First Avenger) – de Joe Johnston – 2011

Posté : 23 janvier, 2012 @ 4:57 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, JOHNSTON Joe | Pas de commentaires »

Captain America

Voir Captain America peu de temps après avoir vu Dans la brume électrique permet de prendre conscience de la dure condition du métier d’acteur ! Après avoir trouvé un rôle en or, complexe et fascinant, dans le film de Bertrand Tavernier, Tommy Lee Jones remplit son compte en banque, mais vide ses neurones avec ce film de super-héros qui n’a rien de honteux en soi, mais qui lui donne l’un des rôles les plus inintéressants de sa longue carrière : un officiel de l’armée américaine, raide et exigeant avec ses hommes, sans émotion et sans la moindre complexité. La comparaison est rude…

Soyons honnête, le rôle de Tommy Lee Jones est très secondaire dans ce film pas mal fichu, avec même quelques passages réjouissants. Joe Johnston (réalisateur de Jurassic Park 3 notamment) lorgne visiblement sur Watchmen et Hellboy 2, deux adaptations de comics autrement plus ambitieuses et intéressantes. Son film n’est pas vraiment plus conventionnel, mais il est réalisé avec nettement moins d’inspiration : il manque à ce Captain America l’ampleur et le romantisme des grands films du genre.

L’histoire, pourtant, ne manque pas d’ampleur : le film raconte l’incroyable destin d’un gringalet qui veut combattre le nazisme, qui est constamment refoulé de l’armée à cause de sa carrure et de sa santé fragile, et qui est choisi contre toute attente comme cobaye d’une expérimentation révolutionnaire, qui le transforme en colosse aux capacités physiques hyper-développées.

Un « super-héros » que l’armée utilise pour faire la mascotte costumée, afin d’inciter les Américains à acheter les fameux « liberty bonds ». Belle idée déjà au cœur du Mémoire de nos pères de Clint Eastwood, qui est ici trop rapidement évacuée. Mais la manière dont Johnston filme les grosses bastons qui suivent cette première partie n’est pas inintéressante, loin de là. De manière plutôt inattendue, le réalisateur choisit de laisser hors-champs plusieurs moments-clés de l’affrontement avec les forces du mal : visiblement plus intéressé par les sentiments de ses personnages.

Quelques morceaux de bravoure sont également franchement bien foutus, en particulier lorsque le souffle de la grande Histoire vient clairement enrichir l’histoire de super-héros. Mais à trop vouloir aller trop loin, le film tombe dans le grand-guignol un peu saoûlant : le super-méchant, interprété par un Hugo Weaving qui singe sa propre performance dans les Matrix, est assez insupportable, et s’apparente d’avantage au méchant d’un James Bond qu’à une menace plus grande encore que Hitler lui-même.

Plutôt sympathique, le film, comme son final réussi qui évite adroitement le happy-end de rigueur, prépare aussi LA grosse production que les fans de super-héros attendent avec impatience : The Avengers, qui rassemblera quelques-uns des personnages ayant cartonné au cinéma ces dernières années, de Iron Man à Hulk en passant par Thor, et Captain America, donc.

El Dorado – de Marcel L’Herbier – 1921

Posté : 23 janvier, 2012 @ 2:53 dans 1920-1929, FILMS MUETS, L'HERBIER Marcel | Pas de commentaires »

El Dorado

Eh ben voilà, bouleversé, que je suis, les larmes aux yeux, le nœud au ventre et la boule à la gorge… La totale, quoi. Il faut dire que le grand L’Herbier n’hésite pas à pousser très loin le bouchon du mélodrame avec cette pure merveille qui, comme L’Homme du Large un an plus tôt, a enthousiasmé la foule et les critiques de l’époque de sa sortie. En ce temps-là (le début des années 20, donc), on annonçait clairement la couleur : « mélodrame de Marcel L’Herbier », peut-on lire sur l’affiche d’El Dorado. Mais pas n’importe quel mélodrame : un chef d’œuvre qui a bouleversé l’art cinématographique de la narration.

Comme il avait magnifiquement porté à l’écran la nature sauvage de la côte bretonne dans L’Homme du large, L’Herbier plonge au cœur de l’Andalousie avec ce film tourné en grande partie en décors naturels. Un choix qui renforce l’aspect véridique d’un film qui joue constamment avec la réalité concrète des lieux : l’action se déroule notamment en partie dans la mythique Alhambra. Mais on n’est pas dans le documentaire : les décors réels ne sont qu’un élément parmi bien d’autres utilisés par un L’Herbier en constante recherche formelle.

Et son film est bourré de trouvailles d’autant plus géniales qu’elles tranchent avec à peu près tout ce qui a été fait auparavant au cinéma, y compris par les grands pionniers comme Griffith à qui on a trop vite attribué tout le langage cinématographique. Dès la première séquence – très longue – la réussite d’El Dorado est éclatante.
Dans L’Homme du large, L’Herbier avait glissé une scène osée pour l’époque, se déroulant dans un bar glauque abritant à peu près tous les vices et toutes les tentations. Mais les envies du cinéaste avait été bridées par la censure. Il va plus loin cette fois avec cette séquence qui se prolonge durant plus de quinze minutes, et au cours de laquelle L’Herbier multiplie les gros plans de visages très marqués, qui renforcent le côté « lieu de perdition » de ce cabaret qui donne son titre au film.

L’héroïne, danseuse vedette du cabaret, est un personnage complexe. La manière dont L’Herbier la présente au spectateur est à la fois brillante, inspirée, et d’une audace incroyable. Il y a d’abord ce flou qui l’isole du reste du cabaret. Et puis il y a surtout ce montage alterné, qui nous montre tour à tour la danseuse, Sibilla, arborant un large sourire sur scène, et son fils alité, malade, appelant sa mère avec le cri du désespoir… Mère indigne ? La réalité est bien complexe, et plus pathétique, encore.

Sibilla danse parce que c’est sa seule manière de gagner le peu d’argent qui pourrait sauver la vie de son garçon. Elle se souvient du père de l’enfant, un riche Espagnol qui les a abandonnés à la naissance du bébé, et qui refuse obstinément et froidement de les aider. Un pur monstre d’égoïsme, contrepoint parfait de la figure tragique de Sibilla. Cette tragédie en marche est renforcée par la présence de la fille du monstre, une jeune femme amoureuse d’un ami de Sibilla, et qui sera l’instrument de la vengeance de la mère bafouée.

Tragédie moderne, qui fait de L’Herbier (réalisateur et scénariste), l’un des grands auteurs du début du XXème siècle, El Dorado est un film bouleversant. Est-ce un hasard ? C’est dans ce film et Le Kid de Chaplin, sorti cette même année 1921, que l’on trouve les deux cris d’enfants (muets évidemment) les plus mémorables et insoutenables de l’histoire du cinéma. Deux films qui jouent à fond la carte du mélodrame, qui font pleurer à tous les coups, mais qui sont pourtant d’une pudeur extrême…

Cette pudeur, c’est à la réalisation de L’Herbier qu’on la doit. L’intelligence de la mise en scène, son sens du cadrage et du montage, l’utilisation des décors (un seul exemple, célèbre : Sibilla marchant au pied d’un immense mur qui renforce le sentiment d’accablement de la jeune femme). Il n’y a, dans El Dorado, pas la moindre image qui soit ne serait-ce que banale. L’Herbier utilise le montage, les clair-obscurs, les déformations de l’image, les travellings… avec une modernité exceptionnelle. Quatre-vingt-dix ans plus tard, ils ne sont pas nombreux à maîtriser à ce point le langage cinématographique !

El Dorado est une date dans l’histoire du cinéma pour une autre raison, encore : c’est pour ce film que la première bande originale a été composée. Jusqu’alors, les musiciens improvisaient dans les salles, au gré de leur inspiration. Pour El Dorado, Marcel L’Herbier a commandé une partition originale à Marius-François Gaillard. Une partition qui, aujourd’hui encore, est considéré comme l’une des plus belles de l’histoire. Elle pose en tout cas les bases de près d’un siècle de musiques de film.

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