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Archive pour le 25 janvier, 2012

Le Mécano de la « General » (The General) – de Buster Keaton et Clyde Bruckman – 1927

Posté : 25 janvier, 2012 @ 7:11 dans 1920-1929, BRUCKMAN Clyde, FILMS MUETS, KEATON Buster, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Mécano de la General

Combien de fois ai-je vu ce bijou ? Des tas, et à chaque vision, ce chef d’œuvre de Keaton est un enchantement absolu. Le sommet, déjà, d’une carrière qui n’allait pas tarder à décliner : dès 1929, ce sera la chute inexorable, avec son arrivée à la MGM et l’avènement du parlant. Difficile à imaginer tant ce film approche la perfection…

Dix ans après ses débuts au côté de Fatty Arbuckle, Keaton peut alors faire ce qu’il veut, avec les moyens dont il a besoin. Le Mécano de la « Général » est sans doute le plus ambitieux de ses films, inspiré d’un épisode apparemment authentique de la Guerre de Sécession : en 1830, des soldats nordistes, déguisés en Sudiste, avaient détourné un train en le « volant » en plein territoire ennemi. Le conducteur du train les avait poursuivi pour tenter de reprendre sa locomotive.

On comprend bien ce qui a pu attirer Keaton dans cette histoire : à la fois l’ampleur du contexte historique, et les possibilités comiques offertes par ce petit conducteur de train qui affronte l’armée ennemie à lui seul. La force du film est d’ailleurs de ne pas choisir entre ces deux aspects. Ce conducteur, appelé Johnnie Gray dans le film, est un personnage en or pour Keaton, à qui la locomotive, cadre principal de l’histoire, inspire des dizaines de gags géniaux (inoubliable, l’air ahuri de Keaton lorsqu’il voit apparaître et disparaître comme par magie le wagon devant sa locomotive…).

Quant à la toile de fond historique, elle est d’une précision et d’un réalisme étonnants. Ce n’est pas un hasard : Keaton a tenu à tourner le film sur les lieux même de la véritable histoire, en Georgie. Quand on lui demandait comment il avait fait, avec ce qui est pourtant une comédie et pas un film historique, pour montrer une guerre civile qui fasse plus vraie que Naissance d’une Nation, film pourtant très sérieux, Keaton répondait : « Ils se sont référés à un roman pour leur scénario. Moi je le suis référé à l’Histoire. »

Le cinéaste souhaitait également utiliser la véritable locomotive. Mais n’ayant pas eu l’autorisation, il a fidèlement maquiller trois autres trains pour reconstituer une General plus authentique que nature. L’un de ces trains a été « sacrifié » pour tourner ce qui reste l’un des plans les plus spectaculaires du cinéma muet : l’effondrement d’un pont qui entraîne la locomotive au fond d’un torrent (où la légende veut qu’elle soit toujours). C’est aussi le plan le plus coûteux de tout le muet : il a coûté 42 000 dollars.

Plus que les moyens énormes dont a disposé Keaton (et qui figurent bel et bien à l’écran), ce qui frappe d’abord, c’est le mouvement perpétuel : en collant au plus près de son train, Keaton donne un rythme effréné à son film. Alors que le paysage défile constamment, Keaton lui-même  semble incapable de se poser, courant sur son train, sautant du wagon à la locomotive. Pas la moindre pause, et c’est tout simplement ébouriffant.

Le Général est mort à l’aube (The General died at dawn) – de Lewis Milestone – 1936

Posté : 25 janvier, 2012 @ 2:31 dans 1930-1939, COOPER Gary, MILESTONE Lewis | Pas de commentaires »

Le Général est mort à l'aube

Gary Cooper a un petit côté Indiana Jones avant l’heure dans ce chef d’œuvre méconnu qui a pourtant tout de la machine à créer un mythe ! Un sujet en or, un couple plus glamour tu meurs (Cooper et Madeleine Carroll), un cinéaste exceptionnel (Lewis Milestone, incroyablement inspiré)… Résultat : un film extraordinaire où les petits drames humains et le souffle de la grande histoire sont inexorablement liés.

Les premières minutes évoquent curieusement le Shanghai Express de Josef Von Sternberg : mêmes personnages occidentaux impliqués dans une guerre civile chinoise qui n’est pas la leur, même importance d’un train, même vision de la ville traditionnelle et baignée dans la brume. Pourtant, le film de Milestone s’éloigne bien vite du chef d’œuvre de Sternberg. Le thème lui-même n’est pas le même : ce qui intéresse le cinéaste, c’est ce personnage de mercenaire au grand cœur tiraillé par ses contradictions, que joue merveilleusement Cooper.

Aventurier décidé à mettre sa vie au profit d’une grande cause, Cooper est aussi tiraillé par sa petite condition d’homme. Seul au milieu d’une société qui n’est pas la sienne, il ne peut résister à l’attirance irrépressible qu’exerce sur lui Madeleine Carroll (on le comprend), attiré sans doute autant par elle que par la société occidentale qu’elle représente à ses yeux.

Mais il y a un piège derrière cette tentation trop belle : la douce Madeleine attire (sans le vouloir vraiment, mais un peu quand même) le beau Gary dans un piège qui pourrait lui être fatal, mais qui pourrait sauver la vie de son père, un traître sans scrupule qui n’est salaud que pour pouvoir se payer le voyage qui lui permettra de vivre ses derniers mois dans SON Amérique. Un déraciné, comme le personnage de Cooper.

C’est ce qui fait le sel de ce grand film d’aventures étonnamment intimiste : l’Histoire est là, en marche, mais la caméra ne quitte jamais vraiment les êtres humains, des personnages que l’Histoire retiendra sans doute, qui réalise sans aucun doute leur destinée, mais qui donnent pourtant l’impression de ne pas être à leur place. C’est aussi le cas du grand méchant du film, un général chinois sanguinaire (interprété par Akim Tamiroff) qui dissimule, de plus en plus mal, des fêlures qui tranchent avec le côté absolu de sa tyrannie.

Le Général est mort à l’aube (quel beau titre !) est ainsi parsemé de séquences impressionnantes et bouleversantes : au-delà du suspense, il y a surtout le malaise et le mal-être des personnages, incapables de trouver leur place dans un monde complètement fou. Dans ce chaos en marche, la romance potentiellement mortelle entre Madeleine Carroll et Gary Cooper fait figure de refuge bien peu réconfortant…

Le Traître du Texas (Horizons West) – de Budd Boetticher – 1952

Posté : 25 janvier, 2012 @ 10:18 dans 1950-1959, BOETTICHER Budd, RYAN Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Traître du Texas

La rivalité entre le gentil frère et le méchant frère est l’un des thèmes récurrents du western : le genre est pratiquement propice à ce type d’histoire, avec l’opposition classique entre la vie familiale et rangée (le travail au ranch) et la tentation de la grande vie facile (le banditisme). De La Vallée de la Vengeance de Richard Thorpe au Survivant des Monts lointains de James Neilson, cette opposition revient très régulièrement, avec des variations plus ou moins importantes. Le Traître du Texas, western « pre-Randolph Scott » de Budd Boetticher, fait peut-être figure de film de jeunesse dans sa filmographie, loin des films de la maturité qu’il tournera avec Scott, mais il aborde ce thème avec une sensibilité rare.

Résultat : ce petit western tourné pour la Universal est un film épatant, touchant, émouvant, et passionnant. La première grande idée est d’avoir inscrit cette histoire de guerre fratricide dans un contexte historique fort : l’après guerre civile. Les personnages principaux du film sont trois Sudistes de retour dans leur ville natale après des années de guerre : deux frères et le palefrenier travaillant dans leur ranch. Ils reviennent vaincus, mais heureux d’être en vie et de retrouver leurs racines. Tous, sauf le frère aîné, Robert Ryan. Pas un méchant homme, non : un type banal broyé par ces années sacrifiées pour rien, ou si peu. Un homme à qui les années passées sous le drapeau ont enlevé toute envie de retrouver une vie de labeur, où une génération de souffrances ne suffit pas à effacer toutes les dettes…

C’est l’autre grande idée du film : faire du « méchant » non pas un ambitieux sans scrupule, mais un homme aussi attachant qu’inquiétant, une victime de son époque. Le pire ennemi de ce fils d’un fermier modèle, ce n’est pas le riche propriétaire réellement sans scrupule (Raymond Burr, éternel salaud de cette époque) qui l’accule et le pousse à passer du mauvais côté de la barrière ; ce n’est pas non plus cette femme trop belle dont il tombe amoureux (Julie Adams, joli personnage très complexe) : c’est lui-même, frère et fils aimant, mais trop désireux de rattraper trop vite des années sacrifiées. Qu’importe les horreurs qu’il finit par commettre : jamais le personnage de Robert Ryan ne devient totalement antipathique. Pathétique, oui.

Face à Ryan, le personnage du petit frère, joué par Rock Hudson, paraît bien fade, mais le jeune acteur s’en tire avec les honneurs. Révélé la même année dans le Victime du Destin de Raoul Walsh, il retrouvera Boetticher l’année suivante avec L’Expédition du Fort King, autre western très réussi dans lequel il aura un rôle bien plus conséquent.

 

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