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Archive pour le 23 janvier, 2012

Les Amants passionnés (The Passionate Friends) – de David Lean – 1949

Posté : 23 janvier, 2012 @ 6:36 dans 1940-1949, LEAN David | Pas de commentaires »

Les Amants passionnés

Après ses deux adaptations de Dickens (Les Grandes Espérances et Oliver Twist), Lean revient à un genre qui lui avait bien réussi avec Brève rencontre, quatre ans plus tôt. D’ailleurs, la présence en tête d’affiche de Trevor Howard rend la comparaison entre les deux films inéluctables : Les Amants passionnés serait une version « high society » de Brève rencontre, dont il reprend l’un des thèmes principaux, le personnage principal féminin étant tiraillé entre son mari et le jeune homme (Howard dans les deux films) dont elle est tombée amoureuse.

Mais Les Amants passionnés est bien plus qu’une simple variation sur le même thème. La construction, pour commencer, est bien plus complexe, faite de flash-backs qui s’imbriquent les uns dans les autres, pour donner une densité immense à ce mélodrame bouleversant. Brève rencontre était une épure absolue. Les Amants passionnés pousse beaucoup plus loin les ficelles du mélo, en faisant intervenir le destin implacable (les deux amants d’autrefois se retrouvent par hasard dans un hôtel près du Lac de Genève), en mettant en scène un mari que l’on prend plaisir à haïr (Claude Rains, qui révèle une humanité de plus en plus touchante), ou encore en plantant l’histoire dans des décors typiques du genre.

Aucun conformiste dans ce film, pourtant : les personnages sont complexes et fascinants, et la construction gigogne donne tout le poids de cet amour clandestin d’une vie, un sentiment de gâchis et d’inéluctabilité qui prend aux tripes. Car dès le début, on sait que le personnage de Mary (Ann Todd, qui était alors la femme de Lean) a fait le choix de sacrifier son amour au profit d’une ambition à l’issue forcément malheureuse. Cette détresse dans laquelle plonge Mary au fil des années est attendu, il n’en est que plus bouleversant.

Lean joue avec les codes du genre, faisant du mari le stéréotype du mari cocu (la scène où il comprend que sa femme le trompe est un modèle de mise en scène), pour mieux surprendre le spectateur. Finalement, c’est peut-être lui la vraie victime du film, le plus grand amoureux aussi, celui capable d’attendre des années que l’amour qu’il donne lui soit rendu.

Plus complexe que Brève Rencontre, Les Amants passionnés appartient indubitablement à la même famille. On y retrouve de nombreuses images jumelles : les petits moments de bonheur au bord de l’eau, les rendez-vous au spectacle (le cinéma dans le film de 1945, le théâtre ici), et bien sûr la tentation de se jeter sous un train, dans une scène qui là encore, prend le contre-pied de la retenue de rigueur dans Brève rencontre. L’approche est différente, mais l’émotion tout aussi immense.

Captain America : First Avenger (Captain America : The First Avenger) – de Joe Johnston – 2011

Posté : 23 janvier, 2012 @ 4:57 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, JOHNSTON Joe | Pas de commentaires »

Captain America

Voir Captain America peu de temps après avoir vu Dans la brume électrique permet de prendre conscience de la dure condition du métier d’acteur ! Après avoir trouvé un rôle en or, complexe et fascinant, dans le film de Bertrand Tavernier, Tommy Lee Jones remplit son compte en banque, mais vide ses neurones avec ce film de super-héros qui n’a rien de honteux en soi, mais qui lui donne l’un des rôles les plus inintéressants de sa longue carrière : un officiel de l’armée américaine, raide et exigeant avec ses hommes, sans émotion et sans la moindre complexité. La comparaison est rude…

Soyons honnête, le rôle de Tommy Lee Jones est très secondaire dans ce film pas mal fichu, avec même quelques passages réjouissants. Joe Johnston (réalisateur de Jurassic Park 3 notamment) lorgne visiblement sur Watchmen et Hellboy 2, deux adaptations de comics autrement plus ambitieuses et intéressantes. Son film n’est pas vraiment plus conventionnel, mais il est réalisé avec nettement moins d’inspiration : il manque à ce Captain America l’ampleur et le romantisme des grands films du genre.

L’histoire, pourtant, ne manque pas d’ampleur : le film raconte l’incroyable destin d’un gringalet qui veut combattre le nazisme, qui est constamment refoulé de l’armée à cause de sa carrure et de sa santé fragile, et qui est choisi contre toute attente comme cobaye d’une expérimentation révolutionnaire, qui le transforme en colosse aux capacités physiques hyper-développées.

Un « super-héros » que l’armée utilise pour faire la mascotte costumée, afin d’inciter les Américains à acheter les fameux « liberty bonds ». Belle idée déjà au cœur du Mémoire de nos pères de Clint Eastwood, qui est ici trop rapidement évacuée. Mais la manière dont Johnston filme les grosses bastons qui suivent cette première partie n’est pas inintéressante, loin de là. De manière plutôt inattendue, le réalisateur choisit de laisser hors-champs plusieurs moments-clés de l’affrontement avec les forces du mal : visiblement plus intéressé par les sentiments de ses personnages.

Quelques morceaux de bravoure sont également franchement bien foutus, en particulier lorsque le souffle de la grande Histoire vient clairement enrichir l’histoire de super-héros. Mais à trop vouloir aller trop loin, le film tombe dans le grand-guignol un peu saoûlant : le super-méchant, interprété par un Hugo Weaving qui singe sa propre performance dans les Matrix, est assez insupportable, et s’apparente d’avantage au méchant d’un James Bond qu’à une menace plus grande encore que Hitler lui-même.

Plutôt sympathique, le film, comme son final réussi qui évite adroitement le happy-end de rigueur, prépare aussi LA grosse production que les fans de super-héros attendent avec impatience : The Avengers, qui rassemblera quelques-uns des personnages ayant cartonné au cinéma ces dernières années, de Iron Man à Hulk en passant par Thor, et Captain America, donc.

El Dorado – de Marcel L’Herbier – 1921

Posté : 23 janvier, 2012 @ 2:53 dans 1920-1929, FILMS MUETS, L'HERBIER Marcel | Pas de commentaires »

El Dorado

Eh ben voilà, bouleversé, que je suis, les larmes aux yeux, le nœud au ventre et la boule à la gorge… La totale, quoi. Il faut dire que le grand L’Herbier n’hésite pas à pousser très loin le bouchon du mélodrame avec cette pure merveille qui, comme L’Homme du Large un an plus tôt, a enthousiasmé la foule et les critiques de l’époque de sa sortie. En ce temps-là (le début des années 20, donc), on annonçait clairement la couleur : « mélodrame de Marcel L’Herbier », peut-on lire sur l’affiche d’El Dorado. Mais pas n’importe quel mélodrame : un chef d’œuvre qui a bouleversé l’art cinématographique de la narration.

Comme il avait magnifiquement porté à l’écran la nature sauvage de la côte bretonne dans L’Homme du large, L’Herbier plonge au cœur de l’Andalousie avec ce film tourné en grande partie en décors naturels. Un choix qui renforce l’aspect véridique d’un film qui joue constamment avec la réalité concrète des lieux : l’action se déroule notamment en partie dans la mythique Alhambra. Mais on n’est pas dans le documentaire : les décors réels ne sont qu’un élément parmi bien d’autres utilisés par un L’Herbier en constante recherche formelle.

Et son film est bourré de trouvailles d’autant plus géniales qu’elles tranchent avec à peu près tout ce qui a été fait auparavant au cinéma, y compris par les grands pionniers comme Griffith à qui on a trop vite attribué tout le langage cinématographique. Dès la première séquence – très longue – la réussite d’El Dorado est éclatante.
Dans L’Homme du large, L’Herbier avait glissé une scène osée pour l’époque, se déroulant dans un bar glauque abritant à peu près tous les vices et toutes les tentations. Mais les envies du cinéaste avait été bridées par la censure. Il va plus loin cette fois avec cette séquence qui se prolonge durant plus de quinze minutes, et au cours de laquelle L’Herbier multiplie les gros plans de visages très marqués, qui renforcent le côté « lieu de perdition » de ce cabaret qui donne son titre au film.

L’héroïne, danseuse vedette du cabaret, est un personnage complexe. La manière dont L’Herbier la présente au spectateur est à la fois brillante, inspirée, et d’une audace incroyable. Il y a d’abord ce flou qui l’isole du reste du cabaret. Et puis il y a surtout ce montage alterné, qui nous montre tour à tour la danseuse, Sibilla, arborant un large sourire sur scène, et son fils alité, malade, appelant sa mère avec le cri du désespoir… Mère indigne ? La réalité est bien complexe, et plus pathétique, encore.

Sibilla danse parce que c’est sa seule manière de gagner le peu d’argent qui pourrait sauver la vie de son garçon. Elle se souvient du père de l’enfant, un riche Espagnol qui les a abandonnés à la naissance du bébé, et qui refuse obstinément et froidement de les aider. Un pur monstre d’égoïsme, contrepoint parfait de la figure tragique de Sibilla. Cette tragédie en marche est renforcée par la présence de la fille du monstre, une jeune femme amoureuse d’un ami de Sibilla, et qui sera l’instrument de la vengeance de la mère bafouée.

Tragédie moderne, qui fait de L’Herbier (réalisateur et scénariste), l’un des grands auteurs du début du XXème siècle, El Dorado est un film bouleversant. Est-ce un hasard ? C’est dans ce film et Le Kid de Chaplin, sorti cette même année 1921, que l’on trouve les deux cris d’enfants (muets évidemment) les plus mémorables et insoutenables de l’histoire du cinéma. Deux films qui jouent à fond la carte du mélodrame, qui font pleurer à tous les coups, mais qui sont pourtant d’une pudeur extrême…

Cette pudeur, c’est à la réalisation de L’Herbier qu’on la doit. L’intelligence de la mise en scène, son sens du cadrage et du montage, l’utilisation des décors (un seul exemple, célèbre : Sibilla marchant au pied d’un immense mur qui renforce le sentiment d’accablement de la jeune femme). Il n’y a, dans El Dorado, pas la moindre image qui soit ne serait-ce que banale. L’Herbier utilise le montage, les clair-obscurs, les déformations de l’image, les travellings… avec une modernité exceptionnelle. Quatre-vingt-dix ans plus tard, ils ne sont pas nombreux à maîtriser à ce point le langage cinématographique !

El Dorado est une date dans l’histoire du cinéma pour une autre raison, encore : c’est pour ce film que la première bande originale a été composée. Jusqu’alors, les musiciens improvisaient dans les salles, au gré de leur inspiration. Pour El Dorado, Marcel L’Herbier a commandé une partition originale à Marius-François Gaillard. Une partition qui, aujourd’hui encore, est considéré comme l’une des plus belles de l’histoire. Elle pose en tout cas les bases de près d’un siècle de musiques de film.

La Femme du Vème (The Woman in the Fifth) – de Pawel Pawlikowski – 2011

Posté : 23 janvier, 2012 @ 12:23 dans 2010-2019, PAWLIKOWSKI Pawel | Pas de commentaires »

La Femme du Vème

Un choc ! En adaptant le roman de Douglas Kennedy, Pawel Pawlikowski fait son entrée, d’emblée, dans la cour des grands cinéastes à suivre. De ces réalisateurs qui peuvent se permettre de laisser des tas de questions en suspens, tout en conduisant le spectateur exactement là où il le voulait. En l’occurrence, dans le cœur à vif et l’esprit foutraque de Ethan Hawke, Américain à Paris qui trimballe une douleur et des démons insondables.

Que s’est-il passé exactement dans la vie de cet homme à qui tout devrait sourire ? Auteur d’un unique roman salué unanimement, professeur d’université qui menait visiblement une vie très confortable, il débarque à Paris « pour rejoindre sa femme et sa fille», comme il l’annonce d’entrée à un douanier soupçonneux. Sauf que cette femme n’attendait pas ce mari, dont elle s’est séparée à la suite d’un épisode apparemment douloureux, qui a conduit à une décision d’éloignement de la part de la justice. Et que leur fille le croit en prison.

Quel est son problème ? Est-il schizophrène ? Sort-il réellement de prison, ou d’une maison de santé ? On n’aura jamais de réponse claire à ces questions. Une seule chose compte : Ethan Hawke va très mal, il lutte contre ses démons, et ne vit que dans l’espoir, que l’on sait chimérique, de retrouver ce qu’il a perdu : sa famille.

Mais à Paris, il est constamment ballotté entre le fantasme et la réalité, entre un Paris de carte postale (cette terrasse à la vue incroyable d’où on peut quasiment toucher le pied de la Tour Eiffel, symbole absolu d’un Paris de rêve aux yeux des Américains), et un Paris bien plus tangible : ce quartier populaire inquiétant dans lequel il se retrouve sans argent, sans papiers, sans vêtements, et où il s’installe dans le premier hôtel miteux.

Dans le premier Paris, il rencontre une femme, belle et étrange, dont l’élégance et le port paraissent d’un autre temps. C’est Kristin Scott-Thomas, apparition presque irréelle qui guide Ethan Hawke vers un semblant d’espoir de retrouver sa vie perdue.

Dans le second, notre écrivain côtoie une faune interpole qui le tire vers le bas. C’est le personnage le plus charnel du film qui résume le mieux le film, en racontant un rêve : « j’ai rêvé de vous, vous étiez un peintre et vous vous enfonciez de plus en plus profondément dans la boue ». C’est la serveuse du café-hôtel, une immigré incarnée par Joanna Kulig, jeune actrice  polonaise pulpeuse et terriblement émouvante. Elle est LE personnage qui ancre le film dans la réalité, qui résume tout un pan du message de Pawlikowski : la réalité de Paris, quelque part entre l’espoir d’une vie meilleure, liée aux stéréotypes véhiculés notamment par le cinéma américain, et la froide désillusion des quartiers pauvres de la capitale. Ce tiraillement (ce double visage de la capitale) a-t-il déjà été mieux décrit que dans La Femme du Vème ? Pas sûr…

Dans ce film, la notion de réalité est d’ailleurs toujours contrebalancée par un doute. La rencontre avec Kristin Scott-Thomas n’est-elle pas trop belle pour être vraie ? Le « boulot » qu’Ethan Hawke accepte pour payer sa chambre n’est-il pas trop caricatural pour être authentique ? Il en va de même pour tous les ressors dramatiques a priori traditionnels du film : l’attente d’un nouveau roman de l’écrivain, la disparition de sa fille…

Tous les éléments qui semblent rapprocher La Femme du Vème d’un film de genre sont trompeurs. Tout ce qui semble vouloir apporter des réponses ne fait qu’accentuer le mystère. Mais qu’importe : plus les rebondissements deviennent nébuleux, plus le mystère s’épaissit, et plus la réalité du film devient flagrante. C’est le portrait intime (intérieur, même), d’un homme tiraillé entre ses rêves et ses démon ; un homme qui cherche simplement la meilleure manière de se dire que pour lui, le seul espoir est de trouver la paix intérieur, d’accepter la perte de son bonheur…

Pour porter un tel sujet, il fallait un grand acteur. Ethan Hawke est à la hauteur : vingt ans après Le Cercle des poètes disparus, le jeune ado mal dans sa peau semble toujours planer sur sa tête. Son interprétation, sensible et bouleversante, est inoubliable.

The Mystery of the leaping fish (id.) – de John Emerson – 1916

Posté : 23 janvier, 2012 @ 10:21 dans 1895-1919, COURTS MÉTRAGES, EMERSON John, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

The Mystery of the leaping fish

Ecrit par Tod Browning, mais réalisé par John Emerson (cinéaste qui dirigera Douglas Fairbanks dans plusieurs longs métrages à la fin des années 10), ce court métrage culte est une curiosité dans la filmographie de Fairbanks, qui incarne un détective alcoolique et cocaïnomane, constamment sous l’emprise de substances illicites. Près d’un siècle plus tard, cette espèce de parodie des Sherlock Holmes (autre célèbre cocaïnomane) de Conan Doyle fait figure d’OVNI cinématographique : l’outrance des personnages, l’absurdité de l’humour et les rebondissements incroyables sont absolument sans équivalents.

Fairbanks est presque méconnaissable, constamment grimé et le visage dissimulé derrière d’épaisses moustaches. On ne le reconnaît vraiment que dans la première image et l’épilogue du film, décalé et inattendu, qui donne un éclairage nouveau sur la folie à laquelle on vient d’assister : cette improbable histoire de détective complètement loufoque est le fruit de l’imagination de Douglas Fairbanks qui, las de son statut de star de l’écran, veut se lancer dans une carrière de scénariste…

Avant cette conclusion, le moins que l’on puisse dire est que le trio Browning – Fairbanks – Emerson se lâche totalement dans ce film. On a ainsi droit aux déguisements les plus improbables, à une curieuse voiture à carreaux qui se transforme en pleine filature en un échiquier géant ; à une poursuite à dos de poissons gonflables (l’intrigue se dénoue dans une baraque de locations de poissons gonflables en bord de mer, d’où le titre curieux : « le mystère du poisson gonflable »)…

Super détective, malgré ses addictions multiples (il s’appelle Coke Ennyday, soit phonétiquement « de la coke chaque jour »), le personnage de Fairbanks sort une photographie de son maillot de bain alors qu’il est dans l’eau, transforme son chapeau en longue vue, saute hors de l’eau comme par magie, et réalise comme ça toutes sortes de prouesses, venant à bout d’une bande de malfaiteurs à lui seul… sans oublier de se shooter régulièrement à tout ce qu’il trouve…

Cultissime, ce petit film d’une demi-heure ne ressemble décidément à rien de connu. C’est un pur délire évidemment d’une autre époque, mais à consommer (comme toutes les drogues de Coke Ennyday) sans la moindre modération…

 

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