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Archive pour le 20 janvier, 2012

J. Edgar (id.) – de Clint Eastwood – 2011

Posté : 20 janvier, 2012 @ 6:56 dans 2010-2019, EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

J Edgar

De film en film, Eastwood trace son chemin avec une force tranquille et une cohérence qui forcent le respect. Depuis quelques films déjà (depuis sa « mort » dans Gran Torino, disons), on sent bien que les dernières velléités qu’il avait à donner au public ce qu’il attendait avaient totalement disparu. Son cinéma n’en est que plus passionnant, attachant, et unique dans le paysage actuel. Loin de toutes les modes, Eastwood fait le cinéma qu’il veut. Ni plus, ni moins. Et il le fait avec un classicisme qui frôle parfois l’académisme, mais qui ressuscite au final l’esprit des grands maîtres qui ont raccroché quand lui faisait de pénibles débuts devant la caméra, au milieu des années 50.

Avec J. Edgar, fresque colossale et pourtant intimiste, Eastwood renoue d’ailleurs une nouvelle fois avec une époque qui lui est chère. Car même si le film raconte l’histoire du FBI et de son créateur de 1919 à 1972, l’une des périodes charnières est bien l’Amérique de la Grande Dépression : ces années 30 qui lui avaient déjà inspiré deux de ses plus beaux films, Honkytonk Man et L’Echange (son film récent le plus sous-estimé). Une décennie qui fut celle de son enfance (il est né en 1930), mais aussi celle d’un cinéma qui continue à le nourrir, en particulier à travers James Cagney, acteur dont le parcours au cours de ces années d’avant-guerre illustre bien le chemin parcouru par Hoover.

Le parallèle est joliment montré dans le film : Hoover a définitivement réussi à imposer « son » FBI lorsque Cagney incarne enfin l’un de ces « G-Men » (les hommes du gouvernement), et non plus l’un de ces gangsters qui ont fait sa gloire. Bref : quand le peuple américain considère que les héros sont les agents du FBI, et plus les gangsters romantiques comme Dillinger, qui fut l’une des premières « proies » du « bureau ». Mine de rien, cette place donnée au cinéma dans le film d’Eastwood n’est pas anodine : elle illustre bien l’une des obsessions de Hoover, qui était son combat du bien contre le mal.

Le Bien étant la sécurité et la survie de l’Amérique, il lui fallait un Mal à la hauteur : les attentats « bolcheviks » de 1919 (un épisode méconnu de l’histoire américaine du XXème siècle, qu’Eastwood utilise avec intelligence) offrent au jeune Hoover à la fois un ennemi tangible, une mission quasi-sacrée, et un point de départ inespéré pour le projet d’agence gouvernementale dont il deviendra le père et l’âme maudite durant un demi-siècle. Ce Mal qu’il n’aura de cesse de retrouver au fil des décennies et des bouleversements politiques, sous les traits du « communiste », cette menace directe face à laquelle le crime organisé n’a que peu d’importance.

Sans jamais en rajouter, et avec une reconstitution historique d’un réalisme incroyable, c’est cette obsession d’une vie qu’Eastwood raconte dans cette biographie qui dépasse largement le cadre souvent réducteur et gonflant du biopic. J. Edgar est le portrait d’un homme habité et malade, passionné et manipulateur, ambitieux et complexé. Il offre aussi une vision éclairée et passionnante de la naissance du FBI, et à travers elle de la partie la plus controversée de l’histoire américaine, faite de mensonges, d’assassinats, de coups-bas et d’écoutes illégales.

Il vaut mieux avoir quelques connaissances de base de cette période pour bien apprécier le film : les allers-retours continuels entre les différentes époques ne facilitent pas vraiment les choses. Mais Eastwood choisit de mettre en avant quelques épisodes particulièrement fondateurs, comme l’enlèvement tragique du petit Lindbergh, ou le comportement « inapproprié » de Mme Roosevelt, qui illustrent efficacement les grandes étapes du FBI et de son patron historique.

Cette construction complexe, sous forme de puzzle, est l’un des aspects les plus réussis du film : mieux qu’avec un film chronologique, la complexité de Hoover s’enrichit de ces époques qui se répondent, dressant le portrait d’un homme qui, toute sa vie, a répondu aux mêmes obsessions. Eastwood présente un homme qui fut sans doute le plus puissant du monde, mais qui pourtant vivait la plus rangée et la plus monotone des vies, mangeant toujours au même endroit, avec la même personne, aimant séduire mais terrorisée par les femmes ou le sexe, et n’étant entouré que d’une poignée de personnes avec lesquelles il entretenait des rapports pour le moins ambigus.
Sa relation homosexuelle mais visiblement platonique avec son bras droit Clyde Tolson (joué par un Arnie Hammer tout en séduction trouble) ; celle avec une mère castratrice (Judi Dench) ; celle encore avec sa fidèle secrétaire (Naomi Watts) qu’il aurait pu épouser… La vie privée de ce « grand homme corrompu », selon Eastwood en tout cas, ne dépasse jamais le cadre de ce triangle qui tourne exclusivement autour de sa mission, son FBI.

Très inspiré, Eastwood signe son meilleur film depuis longtemps. Encore fallait-il trouver un interprète à la hauteur du rôle, monstrueux. Di Caprio, qui décidément ne cesse de gagner en épaisseur, est totalement à la hauteur de l’enjeu. Immense, sans jamais cabotiner, il se glisse dans la peau de Hoover sans le singer, et son interprétation est d’une force assez hallucinante. Plus encore que sous la direction de Scorsese (notamment pour Aviator, où il interprétait un Howard Hughes déjà très obsessionnels), l’ex-jeune premier de Titanic prouve qu’il est devenu l’un des très grands acteurs d’aujourd’hui.

Mission : Impossible – le protocole fantôme (Mission : Impossible – Ghost Protocole) – de Brad Bird – 2011

Posté : 20 janvier, 2012 @ 6:49 dans 2010-2019, BIRD Brad, CRUISE Tom | Pas de commentaires »

Mission Impossible 4

Après trois petites merveilles du cinéma d’action, ce quatrième volet des aventures d’Ethan Hunt, le super espion qui a ringardisé James Bond (jusqu’à l’arrivée de Daniel Craig, en tout cas), avait tout de la mauvaise idée. Pire, même : les premières images qui semblaient recycler, en moins bien, tout ce qu’on avait déjà vu dans les films précédents, semblaient enfin donner raison aux détracteurs de Tom Cruise, ceux qui annoncent la fin de sa carrière depuis le milieu des années 90. Mais voilà, une fois encore, celui qui restera à jamais la plus grande star de sa génération prouve qu’il faut encore compter sur lui. Ce M : I 4 est bien plus qu’un baroud d’honneur, et certainement pas un bâton de maréchal qui assurerait à l’acteur les derniers éclats d’une gloire vacillante.

Le Protocole fantôme n’est pas tout à fait aussi enthousiasmant que les trois films précédents, c’est vrai. Mais il y a dans ce pur film d’action un parti-pris aussi fort et abouti que l’élégance classique de De Palma (ici), le romantisme maniéré de John Woo (ici), ou le rythme télévisuel trépidant de JJ Abrams (ici). Le choix de Brad Bird, réalisateur jusqu’alors spécialisé dans l’animation (Ratatouille et Les Indestructibles) pouvait paraître très étonnant ; c’est un nouveau pari réussi pour la star-producteur, amateur de signatures fortes (il n’y a qu’à voir les noms qui marquent sa filmographie : Kubrick, Stone, Scorsese, Spielberg, Crowe, Anderson…).

Car Mission Impossible 4 est un cartoon. On le voit dès la toute première séquence (avec un acteur venu de Lost, la série de JJ Abrams…), le réalisateur et son producteur n’ont pas l’intention de se laisser contraindre par les limites des prises de vue réelles. Bird vient du dessin animé ? C’est exactement pour ça que Tom Cruise l’a choisi : pour faire du quatrième volet de sa franchise l’une de ces folies que seule l’animation permet généralement.

Le film évoque souvent les premiers films de la série (l’intrusion dans le Kremlin qui remplace le siège de la CIA à Langley dans le film de De Palma, ou le Vatican dans celui d’Abrams ; l’entrée par une bouche d’aération comme dans tous les précédents films…), et plus encore les vieux James Bond par la démesure de l’intrigue (c’est rien moins qu’une guerre nucléaire totale que Hunt et ses comparses doivent éviter) et par l’absurdité des rebondissements. Mais il fait aussi très souvent penser aux folies de Tex Avery…

Lorsque les personnages, bon ou mauvais, se lancent dans le vide, s’accrochent à une façade (celle du Burj Khalif à Dubai, le plus grand immeuble du monde, dans une séquence qui file le vertige) ou disparaissent par des trous dans le sol, on ne serait pas étonner de voir apparaître Will Coyotte ou Bugs Bunny. Cette tendance trouve son apogée avec l’extraordinaire poursuite dans une tempête de sable, ou dans l’hallucinante dernière scène de baston de Cruise, dans une usine automobile où Hunt et sa nemesis passent constamment d’un niveau à l’autre, grâce à un improbable va-et-vient de plate-formes qui rappellent, pour prendre un exemple très récent, les rouages de Big Ben dans Cars 2

Les personnages ne sont pas oubliés dans ce divertissement irréel, avec des seconds rôles particulièrement réussis : Jeremy Renner en alter ego de Cruise (lorsque la star peinait à convaincre les producteurs de le suivre sur ce nouveau volet, Renner avait été envisagé pour le remplacer), ou Simon Pegg (déjà présent plus brièvement dans MI3) en caution humoristique assez irrésistible. Ethan Hunt lui-même a évolué, comme il le fait film après film. Il semble ici revenir de l’enfer… Mais la noirceur que Bird laisse poindre ne dure pas vraiment. S’il réussit à nous convaincre que les personnages sont hantés par leurs fantômes, et que la survie du monde est en jeu, c’est aussi pour mieux nous rappeler à la fin que tout ça était pour rire, et qu’au cinéma on peut tout se permettre : y compris ressusciter des personnages que l’on croyait mort ou disparu. Comme Tom Cruise, que l’on nous dit fini depuis une demi-douzaine d’années, et qui renaît de ses cendres film après film.

Singapour (Singapore) – de John Brahm – 1947

Posté : 20 janvier, 2012 @ 6:34 dans 1940-1949, BRAHM John | Pas de commentaires »

Singapour (Singapore) – de John Brahm – 1947 dans 1940-1949 singapour

Fred MacMurray, aventurier par goût du risque, revient à Singapour cinq ans après son départ pour la guerre. Revient-il pour retrouver les perles de contrebande qu’il avait planquées dans sa chambre d’hôtel à la veille de la guerre ? Revient-il pour retrouver une trace de son bonheur passé au bras de la belle Ava Gardner, disparue la veille de son départ ? Un peu tout ça à la fois, sans doute. Dès son arrivée, les surprises se suivent : ses anciens complices sont toujours sur la piste des perles, la police locale le surveille de près… et Ava réapparaît comme par miracle, sans le moindre souvenir de leur idylle passée.

On pourrait croire qu’il y a beaucoup de choses dans Singapour. Mais à vrai dire, il n’y a rien, ou si peu… Aucune atmosphère, un scénario minimaliste qui hésite continuellement entre une piste et une autre : film romantique ? film d’aventure ? film noir ? le film ne va au bout d’aucune de ses pistes. Le sentiment qui s’en dégage est celui d’un grand vide. Pas un ratage, non : il n’y avait visiblement à l’origine de ce projet pas l’ombre d’une bonne idée. Rien à rater, donc…

Le film est court – 75 minutes – mais l’ennui a bien le temps de s’installer tout au long de cette production proprette et sans relief. Même les comédiens sont agaçants : Ava Gardner qui minaude et fait de grands yeux de diva ; et Fred MacMurray qui se contente d’afficher un petit sourire même pas carnassier, quelle que soit la situation. Il est bien loin d’un Gary Cooper qui aurait peut-être apporté un peu d’âme à cette série B sans intérêt.

Brahm, pourtant, n’est pas un manchot. Quelques plans, d’ailleurs, sont plutôt jolis : MacMurray à la proue d’un bateau ; une scène de rue nocturne dans un quartier humide de Singapour ; un temple sous le feu d’un bombardement… Des plans fugitifs qui rappellent que le réalisateur a à son actif de beaux films noirs d’atmosphère (Jack l’Eventreur et Hangover Square, en particulier). L’atmosphère, c’est ce qui fait le plus cruellement défaut ici…

Time Out (id.) – de Andrew Niccol – 2011

Posté : 20 janvier, 2012 @ 6:28 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, NICCOL Andrew | Pas de commentaires »

Time Out (id.) – de Andrew Niccol – 2011 dans 2010-2019 time-out

Dire qu’on attendait le nouveau film d’Andrew Niccoll avec impatience relève de l’euphémisme. Scénariste de Truman Show, réalisateur de Bienvenue à Gattacca et Simone, Niccoll s’est imposé depuis plus de dix ans comme l’auteur de SF le plus percutant, le plus intelligent et le plus passionnant de sa génération. Mais depuis Lord of War, son chef d’œuvre absolu (dans un autre genre), plus de nouvelle. Encensé par une partie de la critique, le cinéaste ne rencontre en salles qu’un succès d’estime, sans commune mesure avec ses ambitions. Time Out, qui nous arrive cinq ans après son précédent film, a tout du projet de rechange…

L’idée de départ, cela dit, est passionnante : dans un futur indéfini, l’argent est remplacé par du temps. Après 25 ans, chaque homme et chaque femme ont en poche un an de vie, qui s’échappe seconde après seconde. Leur salaire (minable dans les petits quartiers) leur apporte du temps supplémentaire, tandis que la moindre de leur dépense (hors de prix dans les petits quartiers) réduit leur capital comme peau de chagrin. Ce concept, typique de la SF, permet de symboliser jusqu’à l’extrême le fossé entre les riches exploiteurs et les pauvres laborieux. Pendant un temps (la première demi-heure, disons), cela donne lieu à quelques séquences fortes et bouleversantes qui laissent augurer du meilleur pour la suite.

Mais la suite, hélas, n’est jamais au niveau. Le scénario n’évite pour ainsi dire jamais les stéréotypes les plus éculés. D’un côté, le quartier des riches quasi-immortels, qui construisent leur fortune sur l’exploitation-du-petit-peuple-qui-mène-une-vie-de-con. De l’autre, le quartier populaire où les gens crèvent (littéralement) de misère, mais où tous se serrent les coudent. Voler le temps d’autrui est on ne peut plus simple, mais cela ne viendrait à l’esprit de personne dans ce quartier où tout le monde aime tout le monde. Si le film se veut le symbole du monde actuel, la pilule a un peu de mal à passer, faut reconnaître…

Cette naïveté n’est rien à côté de l’impression de gâchis qui règne sur l’ensemble du film. Niccoll ne manque pas d’idées, c’est même le principal problème du film : les idées qui auraient pu être géniales s’accumulent, mais pas la moindre d’entre elles n’est exploitée correctement. Le héros (Justin Timberlake, très bien), qui jure de renverser ce système injuste avec l’aide d’une fille de riche dans une sorte de remake futuriste de Bonnie and Clyde, est le fils d’un homme dont il ignore tout et qui cachait bien des secrets. Ces secrets donnent-ils lieu à des révélations tonitruantes ? Ben non, pas plus que la mélancolie du riche las de vivre n’est exploité, pas plus que la théorie du complot, pas plus que le terrible rapport père-fille entre la rebelle et le milliardaire, pas plus que les effets ravageurs d’une richesse trop subite…

Même les personnages les plus troubles (celui du gardien du temps, interprété par l’excellent Cillian Hinds) sont traités par-dessus la jambe… Comme si les scénaristes s’étaient dit, en plein milieu de l’écriture : « Oh, et puis merde, on arrête là ! » Reste une petite série B qui aurait été réjouissante si, justement, il n’y avait pas autant de bonnes idées qui ne laissaient cet arrière-goût persistant d’inachevé.

L’Homme du large – de Marcel L’Herbier – 1920

Posté : 20 janvier, 2012 @ 3:28 dans 1920-1929, FILMS MUETS, L'HERBIER Marcel | Pas de commentaires »

L'Homme du large

Henri Langlois, qui avait vu quelques films, considérait L’Homme du large comme « le premier exemple d’écriture cinématographique ». Un commentaire qui suffit à souligner l’importance de ce film dans l’histoire du cinéma en tant qu’art ; l’importance, aussi, de Marcel L’Herbier, immense réalisateur français qui signe ici son cinquième long métrage, et dont on ne vantera jamais assez la richesse de ses films, en particulier de sa période muette (son dernier film muet, L’Argent, peut d’ailleurs être considéré comme le sommet de sa carrière).

Adapté d’un roman méconnu de Balzac (Un drame au bord de la mer), ce splendide mélodrame rompt en effet de manière flagrante avec la production des années 10, en multipliant notamment les effets de caméra : une utilisation savante des caches ; des dialogues qui s’écrivent directement sur l’image, soulignant ainsi les sentiments des personnages et évitant les ruptures de rythme ; des parties de l’image floues pour mettre un personnage en valeur ou pour accentuer le malaise… Il y a chez L’Herbier la même richesse de construction que chez les glorieux cinéastes des années 10, mais le Français va bien plus loin : la moindre de ses images est évocatrice, et ne se contente pas d’illustrer les intertitres.

D’ailleurs, L’Homme du large aurait pu se passer d’intertitres : sa force inouïe réside dans les images, dans ce qu’elles racontent de plus, dans les sentiments et les émotions qu’elles éveillent chez le spectateur. Raconté « platement », le film aurait sans doute été un mélo un peu imbuvable. L’histoire elle-même, en effet, utilise des ficelles qui ne sont pas de la plus grande finesse.

Le film est en fait un long flash-back : les souvenirs d’un marin vieillissant qui a fait vœu de silence, et qui se remémore ses heureuses années. Il y a bien longtemps, Nolff (Roger Karl) était marié et avait une fille et un fils. Ce fils (interprété par la vedette de la plupart des films muets de L’Herbier, Jaque-Catelain), qu’il destinait à devenir un fier marin comme lui, grandit avec la haine de la mer, et une attirance trouble pour les plaisirs coupables de la ville, attirance que son meilleur ami (interprété par un tout jeunôt Charles Boyer, encore loin de ses années de gloire) est là pour attiser…

A l’opposée de son frère fainéant et égoïste, la fille de Nolff (Marcelle Pradot, la femme de L’Herbier) fait tout pour ramener son petit frère à la raison. Mais lorsque le jeune homme se laisse aller à la luxure dans un cabaret glauque où tous les vices sont permis et pratiqués, alors que sa mère (Claire Prélia, la véritable mère de Marcelle Pradot) est sur son lit de mort, la famille atteint le point de non-retour…

On pourrait s’amuser des personnages souvent caricaturaux, ou de l’épilogue miraculeux (dans le sens premier du terme)… Mais non, la mise en scène de L’Herbier est d’une beauté telle que ces caricaturent deviennent terriblement touchants, voire inquiétantes quand le jeune homme se laisse dominer par ses démons. L’interprétation exceptionnelle de tous les comédiens fait aussi beaucoup pour la force du film.

Fiction magnifique, L’Homme du large est aussi l’un des films qui illustrent le mieux la Bretagne des pêcheurs (avec l’impressionnant Finis Terrae de Jean Epstein, peut-être) : L’Herbier a choisi de tourner en décors naturels, sur les côtes bretonnes et dans la campagne alentour, et ce choix lui inspire des plans d’une beauté rude et familière à la fois. C’est cette manière de mêler un réalisme extrême à une stylisation toujours inspirée qui fait de ce film l’un des chef d’œuvre du cinéaste, et du cinéma du début des années 20.

Sunshine Dad (id.) – de Edward Dillon – 1919

Posté : 20 janvier, 2012 @ 3:21 dans 1895-1919, COURTS MÉTRAGES, DILLON Edward, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Sunshine Dad

Des individus patibulaires qui convoitent un objet inestimable, des course-poursuites, des quiproquos, des va-et-vient dans un parc… On pourrait être dans un court métrage de Charlot, mais non : même s’il ne se prend pas vraiment au sérieux, ce court métrage penche plutôt vers le mystère. Encore scénariste à tout faire, pas encore cinéaste, Tod Browning donne l’impression de s’être débarrassé de pleins d’idées dont il ne savait que faire en écrivant ce film.

On trouve donc, pêle-mêle, des voleurs, une caste mystérieuse et mystique, un détective vieillissant qui tombe sous le charme d’une jeune femme superstitieuse… et des tas de rebondissements qui s’enchaînent sans que le réalisateur (Edward Dillon, qui avait commencé sa carrière hollywoodienne en jouant de petits rôles dans les courts métrages de D.W. Griffith) parvienne à créer un semblant de logique.

Inutilement confus, ce petit film sans grande ambition finit par lasser. Heureusement, il y a la sympathique et imposante silhouette de Dewolf Hopper, dont le fils William, qui fait sa première apparition dans ce court métrage du haut de ses 4 ans, aura une solide carrière de second rôle, interprétant notamment le père de Natalie Wood dans La Fureur de Vivre.

Détour (Detour) – de Edgar G. Ulmer – 1945

Posté : 20 janvier, 2012 @ 3:04 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

Détour (Detour) – de Edgar G. Ulmer – 1945 dans * Films noirs (1935-1959) detour

C’est le film le plus célèbre d’Ulmer, mais aussi la quintessence du film noir. Qui mieux que l’anti-héros de Détour incarne mieux le poissard absolu qui, de Fred MacMurray dans Assurance sur la mort à Nicolas Cage dans Red Rock West, est au cœur de nombreux films du genre ? Pas de suspense : dès les premières images, montrant notre héros le visage hagard, visiblement résigné, battu, déjà mort… on sait que l’histoire se termine mal, et que ce personnage de pianiste fauché mais plein d’avenir, que l’on découvre alors dans un long flash-back, se dirige vers un destin fatal.

Le périple qu’il entreprend à travers le pays pour rejoindre sa fiancée à Los Angeles, lui sera fatal.
Cette Amérique qui ressemble à celle des Raisins de la Colère, c’est en stop que le personnage (interprété par Tom Neal, déjà vu dans un épisode de la série L’Introuvable : Nick joue et gagne) veut la traverser. Et aller de New York à L.A. en autostop quand on est un homme, cela peut être très, très long. Et quand la chance semble enfin tourner pour lui, lorsqu’il tombe sur un automobiliste prêt à l’emmener jusqu’à la Côte Ouest, c’est en fait pour lui le début d’une série de malchances comme on en a rarement vu au cinéma…

L’automobiliste providentiel se transforme en ange maudit, lorsqu’il meurt pour une raison mystérieuse. En plein milieu de nulle part, Tom Neal prend la pire des décisions. Convaincu que personne ne croira la vérité, et qu’il sera inévitablement accusé de meurtre, il cache le cadavre et prend l’identité de son bienfaiteur, avant de reprendre la route… L’histoire aurait pu s’arrêter là, s’il ne proposait pas à une autostoppeuse de monter à ses côtés. Destin, encore… cette jeune femme reconnaît la voiture qui l’avait prise en stop quelque temps avant, et accuse aussitôt Tom Neal d’avoir tué le chauffeur, avant de le faire chanter… Et le coup de grâce, pour le personnage, n’est pas encore arrivé…

Allure de monsieur tout le monde, version un peu cheap de John Garfield (même colère renfermée, même propension à enchaîner les mauvaises décisions, que le héros du Facteur sonne toujours deux fois), Tom Neal trouve évidemment le rôle le plus marquant de sa vie. Il est excellent en pauvre type un peu lâche, victime idéale tyrannisée par une « vamp » incroyable, jouée par Ann Savage, la révélation du film. Visage ingrat, regard méchant, Ann Savage n’a rien en commun avec les Lana Turner ou Barbara Stanwyck qui peuplent les films noirs. Elle est une femme détestable que l’on prend plaisir à détester (comme on prend plaisir à la voir martyriser ce pauvre Tom Neal), mais qui cache une détresse et une solitude insondables. Son humanité effleure par moments, dans les rares moments où une issue heureuse paraît possible.

Mais l’illusion ne dure jamais bien longtemps. On est dans le noir absolu, et même le « héros » en a conscience dès les premiers instants. Pas d’issue possible à ce détour fatal, et génial.

Super 8 (id.) – de J.J. Abrams – 2011

Posté : 20 janvier, 2012 @ 2:58 dans 2010-2019, ABRAMS J.J., FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Super 8

Avec ses séries télé (en particulier Lost), on devinait depuis longtemps la fascination qu’exerçait Spielberg sur JJ Abrams. Le troisième long métrage du jeune prodige ne laisse plus planer le moindre doute : Abrams est bien le fils spirituel du réalisateur des Dents de la Mer. Avec Super 8, le jeune cinéaste revendique clairement cette paternité, en même temps qu’il est officiellement adoubé par son aîné. Spielberg est en effet le producteur de ce film qu’il aurait pu réaliser lui-même dans les années 80.

Avec cette histoire située à mi-chemin entre E.T. et, surtout, Rencontre du 3ème type, Abrams signe sans doute le plus personnel de ses projets, télé et cinéma confondus. Ces adolescents américains de la fin des années 70 qui passent tout leur temps libre à tourner des films en super 8, c’est un peu lui et ses potes, notamment Larry Fong (directeur de la photo sur le film) et Bryan Burk (co-producteur), ses amis d’enfance. Ados, ils faisaient leurs armes avec d’autres (dont Matt Reeves, le réalisateur de Cloverfield), tournant des films d’horreurs ou de SF avec les moyens du bord, comme le faisait un certain Steven Spielberg trente ans avant eux.

Ce n’est donc pas un hasard si l’action de Super 8 se déroule en 1979. Cette année-là, JJ Abrams avait 13 ans, à peu près l’âge de ses héros. Et paradoxalement, la première demi-heure du film est sans doute la plus passionnante : c’est la chronique douce-amère d’un groupe d’ados comme les autres, un été comme les autres, dans une petite ville comme les autres. C’est simple, étonnamment juste, et très beau. Il faut dire que ces ados qui passent leur été à tourner un film de zombie idiot et rigolo, et incidemment à flirter gentiment, sont interprétés par de tout jeunes comédiens qui sont d’une justesse rare. C’est la grande force du film, qui aurait pu être totalement insupportable pour les mêmes raisons : le choix des acteurs principaux. Inconnus, ils sont d’une justesse inattendue, et n’ont jamais ce côté tête-à-claque qui plombe la plupart des films dont les héros sont des enfants.

La scène-pivot du film (le déraillement d’un train en pleine nuit, avec l’évasion d’une mystérieuse créature) tient également toutes ses promesses : on assiste sans doute à la catastrophe ferroviaire la plus spectaculaire de l’histoire du cinéma. La suite est hyper efficace, mais un peu plus classique et attendue. Les rebondissements ne manquent pas (la révélation du secret¸ l’enlèvement de la jeune héroïne, l’état de siège de la petite ville), mais le film manque parfois de vie. C’est efficace, visuellement splendide et très inventif, mais on garde trop souvent un simple regard de spectateur étranger à l’action.

Dommage, parce que le film avait tout pour atteindre le niveau d’un Rencontre du 3ème type, justement, référence omniprésente tout au long du film. Ce n’est d’ailleurs pas la seule référence. JJ Abrams lorgne aussi ouvertement du côté de X-Files, LA série qui a révolutionné la télévision au début des années 90, et dont il est également l’héritier direct. Ce sentiment de déjà-vu que l’on ressent bien souvent tout au long du film tient au moins autant aux emprunts à la « mythologie » x-filienne (les fans sauront de quoi je parle, les autres auront le plaisir de se plonger dans les neuf saisons du show) qu’aux films de Spielberg.

Ces références multiples sont la principale signature de JJ Abrams. Celui qui a révolutionné la série télé (avec Chris Carter pour X-Files, quand même) en utilisant les ficelles du cinéma pour ses différentes créations, avait en retour donné un sérieux coup de fouet au cinéma d’action en utilisant les mêmes recettes augmentées des contraintes de rythmes, pour Mission : Impossible 3. Avec Super 8¸ il dresse le pont ultime entre ses deux mamelles absolues : Spielberg et X-Files.

Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin (Big Trouble in Little China) – de John Carpenter – 1986

Posté : 20 janvier, 2012 @ 1:12 dans 1980-1989, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin (Big Trouble in Little China) – de John Carpenter – 1986 dans 1980-1989 les-aventures-de-jack-burton

Curieux que le grand John Carpenter face son entrée sur ce blog avec cette fantaisie complètement folle, qui me laissait déjà un peu de marbre dans les années 80 (j’étais très, très jeune). Très sympathique, ce film parodique a certes un côté jouissif, mais il a aussi pris un sacré coup de vieux. Hommage aux films hong-kongais (ceux de Tsui Hark, que les cinéphiles occidentaux découvraient avec enthousiasme à l’époque), Jack Burton s’apparente aussi à un caprice du réalisateur et de son acteur fétiche, Kurt Russell. Toujours auréolés du succès de The Thing et de New York 1997, les deux compères se font plaisir en tournant ce film d’aventures parfois inspiré des Aventuriers de l’arche perdue, mais qui n’hésite pas à verser dans le grand-guignol et le n’importe quoi.

Alors on rit franchement, en particulier devant l’air ahuri de Kurt Russell, génial en gros bras très courageux, et parfois bas du plafond, grande gueule qui, au moment d’affronter les grands méchants, est bêtement assommé par une pierre tombée du plafond. Qu’importe l’histoire, qu’importe les méchants sortis tout droit des légendes chinoises, qu’importe aussi la pseudo-romance avec Kim Cattral (on n’en retiendra que la dernière réplique : « Vous ne m’embrassez  pas ?… » « Non »)… C’est bien Jack Burton qui est le principal intérêt du film.

La patte de Carpenter est bien là, tout particulièrement dans les scènes d’exposition, d’une élégance qui est la signature de l’auteur d’Halloween. Mais on est ici dans l’outrance absolue. Une outrance qui fleure bon les années 80¸ mais qui n’a pas franchement bien passé l’épreuve du temps : les effets spéciaux et les maquillages font sourire ; la musique elle-même, signée Carpenter, est aujourd’hui franchement pénible.

Cela dit, le culte qui entoure aujourd’hui encore le film n’est pas totalement usurpé. Le plaisir que Carpenter et Russell ont eu à le tourner se ressent clairement à l’écran. On ne peut que conseiller, une fois n’est pas coutume, de revoir le film avec le commentaire audio rigolard des deux hommes. Conseiller, aussi, de revoir les films suivants de Carpenter : après l’échec de Jack Burton, le réalisateur reviendra à un cinéma plus minimal qui lui va parfaitement bien : Prince des Ténèbres et Invasion Los Angeles.

Frenzy (id.) – d’Alfred Hitchcock – 1972

Posté : 20 janvier, 2012 @ 12:19 dans * Polars européens, 1970-1979, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Frenzy

Non, décidément, le talent d’Hitchcock n’a pas irrémédiablement décliné après Les Oiseaux. Frenzy, son avant-dernier film, est un chef d’œuvre de plus (son dernier ? il faut que je revoie Family Plot). Après une série d’échecs (Pas de printemps pour Marnie, Le Rideau déchiré et L’Etau), ils n’étaient pas nombreux, au début des années 70, à croire en l’avenir cinématographique d’une cinéaste unanimement salué, mais à la santé déclinante. Et pourtant, en retrouvant le quartier londonien de son enfance, celui de Covent Garden, l’émigré qui vivait avec un sentiment de culpabilité sa nationalisation américaine, retrouve l’enthousiasme et l’inspiration qui l’on caractérisé dès ses débuts.

Quarante-cinq ans après The Lodger, autre film de tueur en série dans les rues de Londres, Hitchcock renoue avec un thème qu’il a visité tout au long de sa carrière (de l’oncle Charlie de L’ombre d’un doute au Norman Bates de Psychose, les tueurs en série reviennent régulièrement dans son œuvre, toujours pour le meilleur). A première vue, c’est un nouveau Hitchcock que l’on découvre : plus cru, plus brutal, enfin débarrassé des limites du code Hayes. Mais à mieux y regarder, Frenzy est un film totalement hitchcockien, que le cinéaste mène sur deux fronts en parallèle : d’un côté, le parcours, une nouvelle fois, d’un faux coupable ; de l’autre, le portrait d’un criminel aux allures de monsieur tout le monde.

Entre les deux, Hitchcock fait rapidement son choix : son faux coupable (interprété par Jon Finch, peu charismatique, mais convaincant) passe très vite au second plan, Hitch privilégiant son tueur, incarné par le rouquin Barry Foster, avec lequel le cinéaste s’est particulièrement bien entendu sur le tournage. C’est lui qui a les scènes les plus marquantes du film : les séquences de meurtre (la première, dont on ne rate rien, dépasse en cruauté celle du Rideau déchiré ; la seconde est un chef d’œuvre d’abstraction), mais aussi la scène incroyable dans laquelle le tueur, à l’arrière d’un camion en marche rempli de sacs de pommes de terre, se bat avec un cadavre qu’il a balancé là pour tenter de retrouver un objet qui pourrait le démasquer.

Ce qui marque aussi dans le film, c’est la crudité des images et la laideur des visages. Les gros plans, nombreux, ne mettent pas en valeur les gueules atypiques de ces personnages qui sont tous soit victimes, soit bourreau. Seul (et c’est aussi une quasi première chez Hitchcock), le personnage du flic est séduisant et sympathique. Alec McGowen, qui interprète ce policier qui doute peu à peu de ces propres déductions, apporte une petite touche d’humour bienvenue au film, grâce au couple qu’il forme avec sa femme dans le film, Vivien Merchant, adepte de la nouvelle gastronomie au grand dam de son mari…

Si le film est visuellement si différent des films anglais d’Hitchcock, c’est aussi que Londres a changé depuis son départ pour Hollywood, plus de trente ans auparavant. Covent Garden est toujours là (ce marché géant joue d’ailleurs un rôle primordial dans le film), mais l’atmosphère londonienne n’est plus la même, comme l’a souvent dit le cinéaste. Frenzy ne pouvait clairement pas ressembler à The Lodger, malgré la similarité des deux histoires… Entre temps, Hitchcock a aussi réalisé une cinquantaine de films, dans lesquels il n’a cessé de vouloir se dépasser.

La toute dernière scène en est un exemple frappant : conscient, peut-être, que le long discours du psychiatre à la fin de Psychose gâchait un peu l’effet que laissait le film au spectateur, Hitchcock conclut Frenzy brusquement, en réunissant pour la première fois ses trois personnages masculins principaux : le faux coupable (encore une fois le moins bien servi par le réalisateur), le flic et l’assassin. Après avoir étirer le suspense jusqu’aux derniers instants, laissant planer la possibilité d’une issue tragique pour le faux coupable, Hitchcock délivre ses personnages et les spectateurs par un sourire surpris du tueur, et une réplique lapidaire du flic. C’est anti-spectaculaire au possible, mais c’est pourtant l’une des meilleures conclusions de toute l’œuvre de Hitchcock. Brillant…

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