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Soupçons (Suspicion) – d’Alfred Hitchcock – 1941

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1940-1949,HITCHCOCK Alfred — 19 janvier, 2012 @ 18:50

Soupçons

Toute sa carrière durant (en Amérique, en tout cas), Hitchcock a dû jouer avec la censure et le politiquement correct, jouant avec délectation avec des sous-entendus (le train pénétrant dans le tunnel à la fin de La Mort aux trousses, pour ne citer qu’un exemple), ou s’accommodant de décisions prises par les producteurs à l’encontre de ses propres envies. Soupçons est l’exemple le plus frappant de ce combat permanent du cinéaste à Hollywood. En devant se plier aux dictats du studio (la RKO), et faire avec une fin qui est l’opposée de ce qu’il avait imaginer, Hitchcock signe un film qui dit le contraire de ce qui est initialement prévu. Résultat : encore un chef d’œuvre.

Finalement, c’est « malgré » Hitchcock que Soupçons est l’un des films les plus sensibles et complexes de sa filmographie. Le cinéaste imaginait un thriller conjugal, qui aurait pu être comparé avec L’Ombre d’un doute, autre chef d’œuvre qu’il réalisera cinq ans plus tard : son héroïne est une jeune ingénue (Joan Fontaine¸ jolie comme c’est pas permis, dans un rôle très semblable à celui qu’elle tenait dans Rebecca, le premier film hollywoodien d’Hitchcock), qui épouse un riche séducteur qu’elle imagine bientôt être un tueur calculateur décidé à l’éliminer pour profiter de sa fortune.

Dans la version souhaitée par le réalisateur, le mari était effectivement un tueur. Mais en confiant le rôle à Cary Grant, qui sera pour lui, pendant vingt ans, l’acteur-idéal par excellence, l’incarnation fantasmée de la plupart de ses héros masculins, Hitchcock réussit à la fois un coup de maître, et un véritable suicide artistique. Coup de maître, parce que le cinéaste joue merveilleusement avec l’image très positive et légère de la star : cette image est très précisément ce qu’arbore Johnnie, le héros du film, mais elle cache une vérité beaucoup moins romantique, celle d’un homme hanté par ses démons et par son incapacité à assumer son rôle d’homme dans une société encore à l’ancienne, où l’homme se doit d’être d’une solidité à toute épreuve.

Mais ce choix d’acteur, s’il enrichit considérablement le personnage du mari, condamne paradoxalement le projet du réalisateur. Inimaginable, pour les producteurs, de laisser Cary Grant, l’une des plus grandes stars de l’époque, jouer le rôle d’un tueur (même si lui-même le voulait). En changeant la dernière scène en fin de tournage, la production modifie totalement le film, donnant à toutes les scènes déjà tournées un sens radicalement différent : on n’est plus dans un thriller psychologique (l’idée première était de montrer une Joan Fontaine déterminée à se laisser tuer par amour pour son mari/assassin), mais dans le portrait dérangeant d’une femme qui se persuade, à tort, d’avoir épousé un Barbe-Bleue en puissance.

Ce sentiment plonge le spectateur dans la psychée de la mariée, et donne lieu à quelques séquences d’anthologie. La plus fameuse est celle où Cary Grant monte lentement l’escalier de la maison (encore une scène extraordinaire située dans un escalier, élément incontournable de la filmographie du maître), apportant à sa femme malade un verre de lait qu’Hitchcock éclaire de l’intérieur, le mettant ainsi en valeur et suggérant la présence d’un poison dans le liquide…

C’est aussi la (petite) faiblesse du film, qui donne parfois le sentiment d’être manipulé éhontément : en jouant son rôle, Cary Grant était convaincu qu’il était un meurtrier, ce qui donne lieu à quelques facilités dramatiques qui, a posteriori, sonnent faux. D’autant plus que cette interprétation est soulignée par la caméra d’un Hitchcock lui-même persuadé que son acteur est un assassin…

Mais ce sentiment ne gâche pas le film, et Joan Fontaine est décidément magnifique et incroyablement touchante dans son rôle d’ultime romantique, prête à tout accepter pour celui qu’elle aime : rompre avec des parents aimants, vivre dans un dénuement auquel elle n’est pas habituée, cohabiter avec l’ami un peu benêt de son mari (l’excellent Nigel Bruce), admettre le démon du jeu qui habite ce dernier, et même se laisser assassiner… Il fallait bien le regard de biche de l’actrice pour faire avaler ce dévouement absolu…

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