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Archive pour le 19 janvier, 2012

Psychose (Psycho) – d’Alfred Hitchcock – 1960

Posté : 19 janvier, 2012 @ 7:29 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, HITCHCOCK Alfred, MILES Vera | Pas de commentaires »

Psychose (Psycho) – d’Alfred Hitchcock – 1960 dans * Polars US (1960-1979)

Tout a été dit, souvent et bien, sur ce chef d’œuvre indépassable, l’un des films les plus commentés, les plus admirés, les plus copiés de l’histoire du cinéma : combien de classiques ont eu droit, comme Psycho, à quatre suites pas si mal (voir Psychose 2), un remake plan par plan, et des dizaines d’hommages ou parodies plus ou moins inspirées ? Alors forcément, tout cinéphile connaît par cœur le moindre plan du film, et peut s’imaginer sans difficulté l’enchaînement parfait de séquences toutes mythiques.

Dès les premières images : la caméra survolant Phoenix et pénétrant par la fenêtre dans une chambre d’hôtel où Janet Leigh, sculpturale, et John Gavin, sans grande envergure mais convaincant, viennent visiblement de consommer un amour clandestin. En les filmant presque nus, Hitchcock fait un pied de nez grandiose à la censure, avec laquelle il s’est battu tout au long de sa carrière, emportant bien souvent des victoires inattendues. Avec Psycho¸ il va plus loin que jamais, transgressant ostensiblement la plupart des tabous.

Hitchcock ne se moque d’ailleurs pas que de la censure : il transgresse également tous les codes narratifs, tous les codes et genres du cinéma. Film d’horreur, thriller ? Bien sûr, mais il faut attendre la fameuse scène de la douche, la musique stridente de Bernard Herrmann et ct inoubliable plan arrêté sur l’œil de Janet Leigh, pour que le vrai sujet du film se dévoile. Nous sommes alors à la moitié du film… Jusque là, on assiste à l’histoire, racontée à la première personne, d’une jeune femme qui se laisse tenter à dérober l’argent qui lui a été confié par son patron, et qui prend la fuite à travers le pays. Un road movie simple et passionnant, centré sur un personnage très attachant interprété par la star du film.

Sauf qu’avec cette fameuse séquence de douche, bien sûr, Hitchcock prend tout le monde à contre-pied et change radicalement le point de vue et le ton de son film. Il en change la star, aussi : aujourd’hui, pour tout le monde, Psychose c’est avant tout Anthony Perkins, jeune acteur qui trouve évidemment le rôle de sa vie. Un rôle miraculeux qui a paradoxalement détruit la carrière brillante qui s’ouvrait à lui. Hanté à jamais par le personnage de Norman Bates, il y reviendra même trente ans plus tard pour une série de suites évidemment très loin du film d’Hitchcock, mais pas sans qualités.

Personnage profondément attachant et d’autant plus déstabilisant, il est sans doute l’un des psychopathes les plus célèbres de l’histoire du cinéma. Ses rapports avec sa mère (je reste vague au cas où un internaute débarquerait de Mars et tomberait sur ce texte avant de voir le film) sont aussi l’une des clés de l’œuvre du cinéaste, peuplée de ces mères dévorantes.

Impossible de dire quoi que ce soit du film sans avoir l’impression de répéter ce qui a déjà été dit. J’ajouterai juste que la scène de l’escalier avec Arbogast est aussi traumatisante et virtuose que la scène de la douche ; que l’apparition du motard de la police vers le début du film est peut-être la plus brillante illustration de la « peur du gendarme » qu’on a pu voir ; ou encore que Hitchcock démontre définitivement avec une scène apparemment secondaire qu’il est bien le maître du suspense. Grâce à la seule magie de sa mise en scène (pas de musique dans cette scène), le spectateur retient son souffle lorsque le tueur tente de faire disparaître la voiture de sa victime dans un marais, et que la voiture refuse de s’enfoncer dans l’eau. Faire partager les émotions du « méchant » pour le seul plaisir de donner le frisson… c’est tout Hitchcock qui est résumé là.

Au sommet de sa gloire, de son art et de sa carrière, Hitchcock réussit aussi avec ce film le trait d’union parfait entre ses films et sa série TV. Après La Mort aux trousses, chef d’œuvre en cinémascope, road movie spectaculaire à travers l’Amérique, le cinéaste prend le contre-pied total, signant un petit budget en noir et blanc, sans grande star, et avec son équipe de Alfred Hitchcock présente. Résultat : un film exceptionnel, presque sans défaut.

Presque, parce qu’il y a quand même la toute dernière scène qui, pour être tout à fait honnête, gâche un peu le cauchemar ! Après avoir vu le film une demi-douzaine de fois (en l’aimant de plus en plus), je continue à me poser la question : pourquoi Hitchcock a-t-il gardé cette interminable tirade du psy qui explique lourdement ce qui se passe dans la tête de Norman Bates ? Le film aurait nettement gagné à s’arrêter cinq minutes plus tôt.

La Source des Femmes – de Radu Mihaileanu – 2011

Posté : 19 janvier, 2012 @ 7:25 dans 2010-2019, MIHAILEANU Radu | Pas de commentaires »

La Source des femmes

Le nouveau film du réalisateur de Va, vis et deviens m’a laissé un sentiment plutôt mitigé. Une très belle histoire, ambitieuse et audacieuse, un beau sens de l’image, et pourtant tout cela m’a laissé un peu de marbre. Du style : « C’est un très beau film, vraiment… si, si. C’est tout ? Ben oui, c’est tout… » Et je suis totalement incapable de dire pourquoi ce film ne m’a pas ému aux larmes, pourquoi cette histoire proche d’une fable n’atteint jamais une dimension supérieure. Rien à reprocher au travail de Radu Mihaileanu: le réalisateur va au bout de son sujet, gonflé et fort. Mais voilà, la magie n’opère pas vraiment.

Le plus international des cinéastes choisit pourtant un thème passionnant : dans un pays indéfini, quelque part entre l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, la vie d’un petit village rural et traditionnel est perturbée lorsque les femmes décident de faire la grève de l’amour pour convaincre leurs maris d’aller chercher l’eau à la source à leurs places. Ce sujet, bien sûr, n’est qu’un prétexte pris par Mihaileanu pour filmer un peuple qui arrive à un carrefour où il devra faire des choix : quelque part entre la tradition et la modernité, entre l’intégrisme et l’humanisme, entre le repli sur soi et l’ouverture sur le monde…

Le cinéaste a clairement choisi son camps, bien sûr, et il y a quelque chose de l’idéalisme naïf d’un Capra, dans le scénario. Mais hélas, ce souffle humaniste ne fait qu’effleurer le film, dont on se dit constamment qu’il est intelligent, beau et important, mais qui ne parvient pas à nous emporter comme un grand film sait le faire.
Dommage, parce que ce symbole de la source est plutôt bien exploité, que les femmes de ce village sont touchantes, et que la beauté de Leïla Bekhti irradie littéralement sur le film.

Les cinq secrets du désert (Five graves to Cairo) – de Billy Wilder – 1943

Posté : 19 janvier, 2012 @ 7:10 dans 1940-1949, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Les cinq secrets du désert

Billy Wilder devra attendre son film suivant, Assurance sur la mort, pour être reconnu comme le grand cinéaste qu’il est. Mais ses films de jeunesse sont loin d’être de simples brouillons. Après la réjouissante comédie Uniforme et jupons courts, Les cinq secrets du désert est un film de guerre et d’aventure sur fond de guerre qui a, a priori, tout du film de commande, mais que Wilder tire vers le haut grâce à une mise en scène virtuose quasiment sans la moindre faute de goût.

Ce film de guerre sans scène de guerre se déroule intégralement (exceptés deux courtes scènes ou début et à la fin du film) dans une espèce d’hôtel perdu au milieu du désert, à quelques dizaines de kilomètres du Caire, alors que les Alliés viennent de perdre Tobrouk. Seul rescapé d’un char transformé en cercueil roulant, comme animé d’une troublante force propre, un soldat anglais trouve refuge dans cet hôtel déserté, uniquement habité par le propriétaire, rondouillard et sympathique (l’excellent Akim Tamiroff), et par une serveuse immédiatement hostile à ce soldat perdu, pour une raison qu’on ne connaîtra que bien plus tard (Anne Baxter, actrice tombée dans l’oubli, qui a tourné pour quasiment tous les grands maîtres dans des films souvent méconnus : La Loi du Silence pour Hitchcock, La Ruée vers l’Ouest de Mann, La Ville abandonnée de Wellman…).

Peu après l’arrivée du Britannique, c’est toute l’armée allemande qui débarque et prend ses quartiers dans l’hôtel, armée dirigée par Rommel en personne, auquel Erich Von Stroheim (à qui Wilder donnera un autre rôle mémorable quelques années plus tard, dans Boulevard du crépuscule) apporte une impressionnante stature, qui rappelle ses propres films du muet. Film de guerre, Five graves to Cairo se transforme alors en un génial jeu du chat et de la souris entre le soldat qui se fait passer pour un agent double, et les Allemands. Brillant, le film utilise merveilleusement bien cet étrange décor de l’hôtel isolé : le désert qui l’entoure apparaît comme des obstacles nettement plus contraignants que les barreaux d’une prison.

Curieusement, Wilder, l’Autrichien ayant fui le nazisme au début des années 30, évite consciencieusement toute approche manichéenne. On est en pleine guerre, alors que tout Hollywood se mobilise pour participer à l’effort de guerre. Wilder aussi, bien sûr, mais il instille dans son propos un sous-texte humaniste assez osé, en faisant des soldats allemands des hommes avec leurs défauts, mais aussi leurs qualités, des êtres somme-toute sympathiques. Même le terrifiant Rommel a des bons côtés, et respecte ses ennemis, partageant même un repas on ne peut plus cordial avec des officiers anglais prisonniers. Sans même parler de l’officier-ténor italien, sans doute le personnage le plus avenant, qui apporte une touche d’humour bien agréable à ce film de jeunesse à découvrir.

La Belle ensorceleuse (The Flame of New Orleans) – de René Clair – 1941

Posté : 19 janvier, 2012 @ 7:06 dans 1940-1949, CLAIR René, DIETRICH Marlene | Pas de commentaires »

La belle ensorceleuse

Premier film américain de René Clair (après un passage en Angleterre où il a notamment réalisé l’excellent Fantômes à vendre), The Flame of New Orleans est une légèreté enthousiasmante, qui s’apparente à une savoureuse bulle de bière (comme les films de Lubitsch ressemblent à des bulles de champagne). Un film qui affiche clairement la couleur dès la première scène, avec une voix off qui enlève d’emblée toute velléité de se prendre au sérieux. C’est un pur spectacle que Clair signe avec sa première réalisation hollywoodienne, et l’unique recherché est le plaisir du spectateur.

Pari totalement réussi : on prend un plaisir fou à suivre les aventures de cette fausse comtesse qui tente de se faire épouser par un riche homme d’affaires (Roland Young) dans la Nouvelle Orléans du milieu du XIXème siècle, tout en tombant amoureuse d’un aventurier sans le sou (Bruce Cabot, le héros de King Kong). Parce que Clair donne à son film un souffle d’insouciance qui n’est pas si courant, et qui fait mouche. Et parce que la belle ensorceleuse qui donne son titre français au film est interprétée par Marlene Dietrich, qui se fait visiblement elle-même plaisir avec ce rôle de manipulatrice qui tombe dans le piège du romantisme.

Le film est parfois émouvant (lorsque l’aventurier nettoie son bateau pour accueillir la belle dont il est tombé amoureux), parfois impressionnant (le « duel » qui se termine bien entre les deux prétendants), parfois à suspense (la filature dans la nuit)… Mais c’est toujours une grande légèreté qui domine, et un humour ravageur qui fonctionne parfaitement bien. Il ne faut pas s’attendre à être surpris par l’histoire : les personnages sont très classiques, et on sait d’emblée comment le film se terminera. Mais on s’en moque bien : seul compte le plaisir de cette bluette réjouissante.

Il y a, quand même, une belle idée de scénario : pour ne pas que son « fiancé » découvre son passé trouble (ce n’est pas dit clairement, bien sûr, mais elle a sans doute vendu ses charmes en Russie), la belle s’invente une cousine qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau (forcément) mais qui traîne dans les bouges les plus mal famés… L’occasion pour Marlene de livrer une interprétation mémorable, souvent proche de la caricature mais toujours dans le ton du film.

Dès ses premiers pas, René Clair tire le meilleur du système hollywoodien. Tournant intégralement en studio (dans de très beaux décors d’intérieurs, et surtout de rues), avec des acteurs habitués des productions américaines (notamment d’excellents seconds rôles, comme le fordien Andy Devine), Clair pose son empreinte sur chaque plan de cette petite fantaisie sans prétention, mais tellement plaisante…

Sueurs froides (Vertigo) – d’Alfred Hitchcock – 1958

Posté : 19 janvier, 2012 @ 7:02 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred, STEWART James | Pas de commentaires »

Sueurs froides

Rien à jeter, rien à critiquer, aucun superlatif à modérer en ce qui concerne ce chef d’œuvre absolu et ultime du grand Hitchcock, alors au sommet de sa gloire et de son génie (il allait enchaîner avec La Mort aux trousses, Psychose et Les Oiseaux… difficile de faire mieux). Pourtant, ce monument maintes fois copié (son influence se ressent constamment dans Basic Instinct, pour ne citer qu’un film) a été un échec commercial, et même critique, cinglant lors de sa sortie : il faudra la postérité pour en révéler l’infinie richesse, l’intelligence de la construction, et l’atmosphère presque onirique.

Hitchcock dirige James Stewart pour la quatrième fois, lui offrant le plus complexe de ses rôles : celui d’un ancien flic ayant démissionné après avoir causé involontairement la mort d’un autre policier. C’est alors qu’un vieil ami fait appel à lui pour lui demander de suivre sa femme : cette dernière a un comportement étrange, perdant par moments le contrôle d’elle-même, comme si une femme au destin tragique ayant vécu quelques décennies plus tôt prenait le contrôle de son esprit…

Hitchcock rompt avec son éternelle thématique du faux coupable, mais ne délaisse pas pour autant les faux semblants, bien au contraire : jusqu’à la toute dernière image, le cinéaste s’évertue à brouiller les pistes et à nous faire croire le contraire de ce qu’il nous montre. Et il le fait avec un style exceptionnel. Hitchcock est au sommet de son talent, et il fait preuve d’une maîtrise hallucinante de son art, enchaînant des scènes inoubliables, alternant plans larges sublimes et gros plans fascinants, réussissant même les plus beaux fondus-enchaînés de toute l’histoire du cinéma (lorsque James Stewart sort Kim Novak de l’eau).

Surtout, Hitchcock donne à son film un nombre incroyable de niveaux de lecture. Au premier degré, Vertigo est un formidable thriller basé sur la manipulation, une enquête obsessionnelle et fascinante dans les rues et les alentours d’un San Francisco transformé en décor fantasmé.

A cette intrigue hitchcockienne exceptionnelle s’ajoute le portrait d’un homme hanté par ses souvenirs qui, peu à peu, se dégage des événements traumatisants de son passé pour se laisser vamper par une beauté presque irréelle dont il tombe réellement amoureux après sa mort (une variation sur le même thème que Laura, de Preminger ?).

La mort, elle-même, est omniprésente dans le film, les liens les plus forts semblant se tisser au-delà de la tombe. La jeune femme « hantée » par le spectre de sa grand-mère, le détective qui sort la jeune femme des bras du fleuve mais n’en tombe réellement amoureux que lorsqu’elle meurt sous ses yeux. Pour les bienheureux qui n’ont pas encore vu le film, mieux vaut ne pas en dire plus, mais ces thèmes de la mort, de l’obsession et des faux-semblants restent étroitement liés jusqu’à la conclusion du film, aussi inattendue que terriblement sombre.

Dans la construction du scénario, dans l’approche visuelle (un voile troublant donne un sentiment irréel aux apparitions de la belle), dans la force avec laquelle Hitchcock rend perceptibles les obsessions de ses personnages, le film est une immense réussite, l’un des sommets de la carrière du cinéaste, et l’un des plus beaux films du monde, tout simplement.

C’est aussi l’un des plus grands rôles de James Stewart, qui est de toutes les scènes et que le spectateur voit sombrer de plus en plus profondément dans une obsession proche de la folie, dont on sait qu’il ne sortira jamais plus tout à fait, d’autant plus qu’Hitchcock, à mi-film, donne au spectateur une « clé » importante que Stewart lui-même n’aura pas avant la fin du métrage, lorsqu’il sera trop tard. Et qui donnera lieu à une ultime image d’une force inouïe, l’une des plus marquantes du cinéma hitchcockien.

Mon pire cauchemar – d’Anne Fontaine – 2011

Posté : 19 janvier, 2012 @ 6:55 dans 2010-2019, FONTAINE Anne | Pas de commentaires »

Mon pire cauchemar

Isabelle Huppert en bourgeoise glaciale, sèche et cassante, vivant dans un superbe appartement donnant sur le jardin du Luxembourg. Benoît Poelvoorde en beauf sans le sou, à l’humour gras et vulgaire. On ne peut pas dire qu’Anne Fontaine offre à ses deux acteurs des rôles à contre-emploi, dans cette comédie douce-amère. Bien au contraire : le film a visiblement été écrit en pensant à eux, leur image étant le cœur même de l’entreprise. Anne Fontaine ne se contente pas de jouer avec l’image radicalement différente de ses deux acteurs, elle en fait le sujet de son film, poussant chacun d’eux jusqu’à la limite du stéréotype pour mieux dévoiler leurs fêlures et leurs improbables points communs.

D’un côté, nous avons donc la patronne d’une galerie d’art très prout-prout, remplie de gens qui trouvent ce que vous faites incroyablement novateurs devant vous avant de vous débiner dès que vous avez le dos tourné. Mariée avec un éditeur très sympa (André Dussolier, forcément formidable), avec lequel elle n’a plus eu de rapport sexuel depuis au moins quinze ans.

De l’autre, un quasi-SDF vivant seul avec son fils entre une camionnette vaguement aménagée, et un minuscule logement coincé sous un escalier. Vulgaire, porté sur le cul (« je ne paye pas d’impôt, mais je fourre du boudin !»), bricoleur, aux antipodes de cette pimbèche dont il n’aurait jamais croisé la route si leurs fils respectifs n’étaient pas les meilleurs amis du monde : parce que dans l’univers gentiment idéaliste de la cinéaste, la mixité sociale existe réellement, et les enfants de très riches fréquentent les enfants de très pauvres à l’école…

Alors ces deux-là se rencontrent finalement, et malgré eux. La bourgeoise ne tolère le prolo que parce qu’il a sympathisé avec son mari, lui ouvrant de nouveaux horizons loin de son quotidien de bourgeois un peu hypocrite (y compris des horizons sexuels, Dussolier se prenant de passion pour une connaissance de Poelvoorde, joué par Virginie Efira, irréprochable mais loin du génie de ses trois partenaires). Le prolo ne supporte les réflexions de la pétasse que parce qu’ils hébergent son fils…

Pourtant, bien sûr, la pétasse et le prolo vont finir par se trouver, se révélant leurs vraies natures cachées. Du mépris et de la haine surgira une sublime histoire d’amitié (et d’amour, dont on se serait bien passé), totalement improbable et bouleversante. Le procédé est vieux comme le cinéma : Anne Fontaine n’est ni la première, ni la dernière à associer deux caractères radicalement différents. Mais ils ne sont pas nombreux à être allé aussi loin, en utilisant les deux acteurs qui symbolisent le mieux ces différences.

Et la réalisatrice tire le meilleur de ses acteurs : Isabelle Huppert n’a pas été aussi émouvante, juste (et belle, et sexy) depuis des années ; et Benoît Poelvoorde confirme définitivement que, bien dirigé, avec un bon rôle à jouer, il est un comédien immense. Dussolier est excellent, mais c’est bien le « couple » vedette qui fait tout le sel du film, aussi bien dans la comédie, souvent très drôle, que dans l’émotion, qui prend aux tripes. Le film aurait sans doute gagné à se terminer vingt minutes plus tôt, la fin n’apportant rien à cette rencontre aussi improbable que séduisante. Mais qu’importe : Mon pire cauchemar est l’une des comédies françaises les plus intelligentes et séduisante que l’on ait vu depuis des années.

Soupçons (Suspicion) – d’Alfred Hitchcock – 1941

Posté : 19 janvier, 2012 @ 6:50 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Soupçons

Toute sa carrière durant (en Amérique, en tout cas), Hitchcock a dû jouer avec la censure et le politiquement correct, jouant avec délectation avec des sous-entendus (le train pénétrant dans le tunnel à la fin de La Mort aux trousses, pour ne citer qu’un exemple), ou s’accommodant de décisions prises par les producteurs à l’encontre de ses propres envies. Soupçons est l’exemple le plus frappant de ce combat permanent du cinéaste à Hollywood. En devant se plier aux dictats du studio (la RKO), et faire avec une fin qui est l’opposée de ce qu’il avait imaginer, Hitchcock signe un film qui dit le contraire de ce qui est initialement prévu. Résultat : encore un chef d’œuvre.

Finalement, c’est « malgré » Hitchcock que Soupçons est l’un des films les plus sensibles et complexes de sa filmographie. Le cinéaste imaginait un thriller conjugal, qui aurait pu être comparé avec L’Ombre d’un doute, autre chef d’œuvre qu’il réalisera cinq ans plus tard : son héroïne est une jeune ingénue (Joan Fontaine¸ jolie comme c’est pas permis, dans un rôle très semblable à celui qu’elle tenait dans Rebecca, le premier film hollywoodien d’Hitchcock), qui épouse un riche séducteur qu’elle imagine bientôt être un tueur calculateur décidé à l’éliminer pour profiter de sa fortune.

Dans la version souhaitée par le réalisateur, le mari était effectivement un tueur. Mais en confiant le rôle à Cary Grant, qui sera pour lui, pendant vingt ans, l’acteur-idéal par excellence, l’incarnation fantasmée de la plupart de ses héros masculins, Hitchcock réussit à la fois un coup de maître, et un véritable suicide artistique. Coup de maître, parce que le cinéaste joue merveilleusement avec l’image très positive et légère de la star : cette image est très précisément ce qu’arbore Johnnie, le héros du film, mais elle cache une vérité beaucoup moins romantique, celle d’un homme hanté par ses démons et par son incapacité à assumer son rôle d’homme dans une société encore à l’ancienne, où l’homme se doit d’être d’une solidité à toute épreuve.

Mais ce choix d’acteur, s’il enrichit considérablement le personnage du mari, condamne paradoxalement le projet du réalisateur. Inimaginable, pour les producteurs, de laisser Cary Grant, l’une des plus grandes stars de l’époque, jouer le rôle d’un tueur (même si lui-même le voulait). En changeant la dernière scène en fin de tournage, la production modifie totalement le film, donnant à toutes les scènes déjà tournées un sens radicalement différent : on n’est plus dans un thriller psychologique (l’idée première était de montrer une Joan Fontaine déterminée à se laisser tuer par amour pour son mari/assassin), mais dans le portrait dérangeant d’une femme qui se persuade, à tort, d’avoir épousé un Barbe-Bleue en puissance.

Ce sentiment plonge le spectateur dans la psychée de la mariée, et donne lieu à quelques séquences d’anthologie. La plus fameuse est celle où Cary Grant monte lentement l’escalier de la maison (encore une scène extraordinaire située dans un escalier, élément incontournable de la filmographie du maître), apportant à sa femme malade un verre de lait qu’Hitchcock éclaire de l’intérieur, le mettant ainsi en valeur et suggérant la présence d’un poison dans le liquide…

C’est aussi la (petite) faiblesse du film, qui donne parfois le sentiment d’être manipulé éhontément : en jouant son rôle, Cary Grant était convaincu qu’il était un meurtrier, ce qui donne lieu à quelques facilités dramatiques qui, a posteriori, sonnent faux. D’autant plus que cette interprétation est soulignée par la caméra d’un Hitchcock lui-même persuadé que son acteur est un assassin…

Mais ce sentiment ne gâche pas le film, et Joan Fontaine est décidément magnifique et incroyablement touchante dans son rôle d’ultime romantique, prête à tout accepter pour celui qu’elle aime : rompre avec des parents aimants, vivre dans un dénuement auquel elle n’est pas habituée, cohabiter avec l’ami un peu benêt de son mari (l’excellent Nigel Bruce), admettre le démon du jeu qui habite ce dernier, et même se laisser assassiner… Il fallait bien le regard de biche de l’actrice pour faire avaler ce dévouement absolu…

 

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