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Brève rencontre (Brief Encounter) – de David Lean – 1945

Classé dans : 1940-1949,LEAN David — 24 novembre, 2011 @ 11:08

Brève rencontre

C’est la quatrième et dernière collaboration entre le jeune David Lean et le dramaturge Noel Coward, qui lui avait donné ses premières chances en lui demandant de co-réaliser avec lui Ceux qui servent en mer, puis en lui confiant les adaptations de deux de ses pièces : Heureux mortels et L’Esprit s’amuse. Brève rencontre est aussi le sommet de cette riche collaboration, et l’un des plus grands classiques du cinéma anglais d’après-guerre. Des quatre films, c’est aussi celui que Lean a su le mieux faire sien, faisant d’une pièce qui se déroulait exclusivement dans un café de gare une œuvre intime, mais lyrique, l’une des plus belles (et déchirantes) histoires d’amour que l’on ait pu voir.

D’une délicatesse infinie, le film raconte la brève passion d’une jeune femme bien mariée avec un médecin qu’elle rencontre par hasard sur un quai de gare, et qu’elle revoit semaine après semaine. Lorsqu’ils se déclarent enfin leur amour, c’est déjà le début de la fin : l’un comme l’autre sont rongés par la culpabilité, et par les mensonges qu’ils doivent faire à leurs conjoints respectifs, pour la première fois de leur vie.

Le film ne laisse pas planer le suspense : on sait dès le début que leur histoire se termine par une rupture, grâce à une scène d’adieu déchirante où l’émotion redouble avec l’intrusion d’une commère intarissable qui vole aux deux amants leurs ultimes minutes ensemble. Une main délicate posée sur une épaule, et les grands yeux bouleversants de Celia Johnson… il n’en faut pas plus à Lean pour réussir l’une des plus belles scènes d’adieux de l’histoire du cinéma, tout simplement.

Les yeux de Celia Johnson… Il faudrait écrire un livre sur ce regard immense et triste, qui passe de la gêne au rire, de la résolution aux pleurs, en un clin d’œil… merveille d’actrice à qui Lean a été l’un des seuls à savoir mettre en valeur, dans Heureux mortels et surtout dans ce Brève rencontre, évidemment le rôle de sa vie. Loin des canons de beauté habituels, Celia Johnson incarne mieux que quiconque l’Anglaise moyenne, avec son visage sans attrait particulier, mais qui en devient beau tant il est émouvant. Dommage qu’elle n’ait pas fait une plus grande carrière par la suite…

Face à elle, Trevor Howard trouve son premier grand rôle au cinéma. Lui qui avait jusqu’à présent privilégié le théâtre (depuis une vingtaine d’années) est absolument formidable, avec un jeu d’un naturel assez sidérant. La réussite de ces deux personnages fait évidemment beaucoup pour la force du film, qui peut se résumer platement : c’est l’histoire on ne peut plus banale de deux êtres on ne peut plus banaux. C’est simple, et c’est sublime.

Les seconds rôles sont également particulièrement réussis. Le mari de Celia Johnson pour commencer, un peu ennuyeux certes, mais profondément bon et sensible. Lean lui offre d’ailleurs quelques belles scènes, en particulier la toute dernière du film. On aimerait pouvoir détester ce mari trompé, histoire de se donner bonne conscience. Mais ce n’est bien sûr pas aussi simple. Et ce sentiment de culpabilité, Laura (Celia Johnson) le paiera au prix fort.

Même si le film se déroule la plupart du temps loin du café de la gare, le décor unique de la pièce originale reste le lieu autour duquel l’histoire s’articule. Sa « faune » donne également une caution non pas comique, mais plus légère au film, avec cette romance inattendue et enthousiasmante entre la très élégante tenancière au passé un peu mystérieux (Joyce Carey, figure de la scène londonienne), et le chef de gare bonhomme et jovial (le très sympathique Stanley Holloway, qui était lui aussi dans Heureux mortels, dans le rôle du voisin).

Quant à la mise en scène de Lean, elle est rien moins que brillante, tout comme la construction du film, Celia Johnson imaginant (en voix off) qu’elle raconte à son mari son histoire d’amour, dans une longue série de flash backs. Dans un noir et blanc somptueux, avec des allers et retours incessants des trains qui donnent au film un mouvement presque ininterrompu et le sentiment que cette passion ne pourra pas s’installer, le cinéaste signe une œuvre qui évoque la beauté du « réalisme poétique » du cinéma français des années 30.

Et comme les films de Carné ou Grémillon, ce réalisme poétique s’inscrit parfaitement dans son époque : celle de l’Angleterre de l’immédiat après-guerre. Cette toile de fond est discrète, mais elle ne fait que souligner l’aspect tristement anecdotique de cette romance sans lendemain, mais inoubliable. Comme ce chef d’œuvre absolu.

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