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Archive pour le 13 septembre, 2011

Au seuil de la vie (Nära livet) – d’Ingmar Bergman – 1958

Posté : 13 septembre, 2011 @ 8:53 dans 1950-1959, BERGMAN Ingmar | Pas de commentaires »

Au seuil de la vie

Une chambre de maternité, trois femmes et leur infirmière… Il n’en faut pas beaucoup plus pour que Bergman signe l’un de ses films les plus beaux, et les plus dépouillés. Dépouillés, parce que le cinéaste, fidèle à son habitude, filme avant tout les visages, dans des gros plans d’une force immense, qui révèlent le meilleur des actrices (Bibi Andersson, Ingrid Thlin, Eva Dahlbeck et Barbro Hiort Af Ornäs ont d’ailleurs obtenu le Prix d’interprétation féminine à Cannes) aussi bien que de celui qui les filme (et Prix de la mise en scène au même festival).

Cette chambre d’hôpital, où se retrouvent pour une nuit trois femmes très différentes mais réunies par leur grossesse, n’est pas à proprement parler un condensé de la société. Mais ce lieu confiné, et l’imminence de la vie, permettent à Bergman d’aborder de nombreux thèmes qui le hantent (la vie, le couple, la difficulté de communiquer…) en exacerbant les émotions et les sentiments de ses personnages.

C’est d’ailleurs la cohabitation de ces trois femmes qui n’auraient eu aucune chance de se connaître dans la « vraie » vie, que le film trouve sa force : il commence alors que la dernière des trois arrive dans la maternité, et se termine au moment où la première s’en va. Entretemps, on n’aura paradoxalement assisté à aucune naissance : c’est l’idée de l’enfant et de la maternité qui est le moteur du film, pas l’enfant lui-même. Mais on aura découvert un véritable condensé des émotions humaines, à travers quelques heures de la vie de ces trois femmes.

Il y a d’abord la joie de vivre presque insolente d’un couple heureux de devenir parents (Eva Dahleck et Max Von Sydow) ; les tourments d’une femme-enfant, future mère célibataire hospitalisée pour avoir tenté en vain de se faire avorter (Bibi Andersson) ; la douleur d’une femme qui vient de faire une fausse-couche (Ingrid Thulin) et qui réalise la mesquinerie de son mari, froidement cruel (Erland Josephson) ; sans oublier la compassion d’une infirmière dont la présence rassurante est presque irréelle, tant elle semble avaler comme un buvard les tourments qui l’entourent (Barbro Hiort Af Ornäs)…

Dépouillé (peu de décors, pas vraiment d’intrigue), le film n’a évidemment rien de froid : Bergman (qui fait ici une entrée tardive dans ce blog) est un cinéaste d’une sensibilité à fleur de peau, qui a toujours su filmer mieux que quiconque l’âme (disons plutôt les tourments) de ses personnages, en explorant leurs visages dans de longs plans d’une beauté sidérante. C’est particulièrement vraie ici : avec une grande économie de dialogues, le cinéaste rend palpable les émotions, les douleurs, les espoirs, les frustrations…

Au seuil de la vie est un film sur la vie et ses mystères. Sur l’attirance et la répulsion mêlées de cet acte de donner la vie (magnifique plan de Bibi Andersson partagée entre l’incompréhension et l’attendrissement en observant des nouveaux-nés). Sur le mystère qu’il représente, un mystère lié aussi à l’absence de toute notion de justice ou de logique, et autour duquel l’insouciance et la cruauté ne sont pas toujours très éloignés l’un de l’autre.

Tout en prolongeant le thème des Fraises sauvages, autre chef d’œuvre tourné l’année précédente, Au seuil de la vie marque une nouvelle étape dans l’art de Bergman, de plus en plus tourné vers la force évocatrice des visages. Une thématique qu’il explorera de nouveau dans son film suivant, justement appelé Le Visage.

 

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