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Pris au piège (Cornered) – d’Edward Dmytryk – 1945

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1940-1949,DMYTRYK Edward — 11 août, 2011 @ 9:44

Pris au piège

Bruce Willis était déjà une star en 1945 ? Incroyable comment Dick Powell, dans l’un de ses rôles les plus sombres et durs, évoque avant l’heure (il n’était même pas né, le Bruce) la future star de Die Hard. La mâchoire serrée, les cernes aux coins des lèvres, l’air de pouvoir encaisser des coups pendant toute une nuit sans rien lâcher, il est impressionnant. Impassible bloc de détermination, il contribue pour beaucoup à l’impression de violence latente qui se dégage de ce film noir à la fois très classique (un dur à cuire recherche l’homme qui a tué sa femme) et à part dans l’histoire du genre : tourné peu après la fin de la guerre, il prend pour cadre un monde fortement marqué par les six ans de conflit.

Cette particularité donne d’ailleurs tout le sel du film ; car l’intrigue en elle-même est franchement tirée par les cheveux. Juste un petit exemple : dans un  petit village français en ruines, le héros est à la recherche de l’assassin, un ancien collabo qui se fait passer pour mort. La maison où il pensait trouver une piste vient tout juste de brûler, détruisant tous les documents qui s’y trouvaient… sauf un petit bout de papier qui contient justement une adresse. Sacré coup de bol… Comme ça, notre héros, vétéran anglais qui a épousé sa femme en France pendant la guerre, et qu’il pensait retrouver à la libération, suit sa piste indice après indice. Une piste qui le conduit, avec une facilité confondante, en France, puis en Suisse, et enfin en Argentine. C’est en Amérique du Sud que le film devient vraiment passionnant. Pas pour l’histoire, mais pour le portrait qu’il donne des exilés, Français pour la plupart, dont beaucoup ont trouvé là-bas un refuge, après des années de collaboration avec les Allemands.

Cette bourgeoisie honteuse (ou pas, d’ailleurs) n’est jamais présentée ouvertement comme ce qu’elle est. Mais la vie de bacchanales que mènent ces exilés n’en est que plus dérangeante : on devine chez ces grands bourgeois des années de connivence avec les Nazis. D’ailleurs, aucun de ces étrangers n’aborde ouvertement le problème de leur nationalité. Français ou Allemands, demande-t-on à l’un d’eux ? « Je suis un gastronome, répond ce dernier. Mon sang est un mélange d’excellents vins européens. » Dmytryk, dont la carrière serait interrompue deux ans plus tard à cause de la Chasse aux sorcières (condamné, exilé, il retrouvera sa place dans les studios en 1951 après avoir accepté de collaborer avec la commission), signe l’un des premiers films qui abordent l’exil des criminels de guerre. Visiblement, il ne se faisait guère d’illusion sur une issue rapide à cette chasse aux nazis…

Cornered n’est pas un film sur un monde qui renaît enfin, mais sur un monde qui restera profondément traumatisé par ces années de guerre, qui ont révélé la part la plus sombre des hommes.

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