Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour mai, 2011

Open Range (id.) – de Kevin Costner – 2003

Posté : 22 mai, 2011 @ 2:32 dans 2000-2009, COSTNER Kevin, COSTNER Kevin (réal.), WESTERNS | Pas de commentaires »

Open Range

Mais qu’attend-on pour réhabiliter Kevin Costner, pour lui redonner l’importance qui était la sienne au début des années 90… OK, sa carrière n’est pas irréprochable, mais elle n’en est pas moins d’une grande cohérence (on appelle ça une œuvre, et on finira pas s’en rendre compte, sûr…), et souvent passionnante. Et puis Costner a quand même réalisé deux des trois meilleurs westerns de ces trente (ou quarante ?) dernières années (l’autre, c’est Impitoyable, of course). Plus simple, mais tout aussi beau que Danse Avec les Loups, Open Range reste à ce jour sa dernière réalisation (qui aurait pu ne jamais voir le jour : il faut absolument regarder le making-of de l’édition double-DVD, l’un des plus passionnants que j’ai pu voir). Le moins qu’on puisse dire, c’est que le cinéma américain passe totalement à côté de l’un de ses meilleurs représentants…

Costner aime le western, et il signe avec Open Range un film d’un classicisme absolu. Le thème, d’abord, est l’un de ceux qui ont fabriqué la légende de l’Ouest. Comme dans Danse Avec les Loups, c’est l’imminence d’un nouveau monde qui est au cœur du film : ici, c’est la fin annoncée des grands espaces ouverts (les « open ranges » du titre), avec la puissance grandissante des grands propriétaires de ranchs, qui voient d’un mauvais œil les convois de bétails venir paître sur leurs terres. Cet affrontement est presque aussi vieux que le genre lui-même, mais Costner le traite avec un premier degré rafraîchissant, et une pointe de nostalgie qu’on devine sincère : Costner aime les grands espaces et la liberté de la vie au contact de la nature.

Mais d’un autre côté, il n’est pas dupe, et a conscience que les changements sont inéluctables. Ainsi, son personnage, et celui campé par Robert Duvall, aspirent à une vie plus bourgeoise, à dormir sous un vrai toit. C’est dans l’affrontement avec ce grand propriétaire qui veut leur imposer sa façon de voir les choses, qui bafoue les fondements-même de l’Amérique, en dictant sa conduite au représentant de la justice, que les deux hommes vont pouvoir changer de vie. En réaffirmant, armes au poings, leur libre-arbitre. Open Range est en cela un film profondément américain, qui pointe du doigt les limites et les grandeurs du pays, inextricablement liés.

Au côté de Duvall, vieux briscard menant un petit convoi de bétail à travers le pays, Costner symbolise aussi le droit à une deuxième chance. Son personnage de cow-boy taiseux cache un passé trouble (qu’il finira par révéler lors d’une scène de nuit qui n’est pas sans rappeler une très belle séquence d’Impitoyable), gagnera le droit à une deuxième chance. Hommes libres, qui préfèrent la mort à la soumission, les deux cow-boys révélent à la population soumise de la petite ville qu’ils traversent la voie de la révolte, qui éclatera dans une longue séquence de réglement de compte qui figure parmi les toutes meilleures du genre de toute l’histoire du western. Brutale et violente, cette longue fusillade dans les rues de la petite ville glace nous fait ressentir chaque impact de balle, et glace le sang lorsque la population finit par intervenir, libérant des années de frustration et de soumission…

Avant ce grand moment de bravoure, malgré la tension constante, le film est curieusement avare en action, plus contemplatif qu’explosif. Et on ne s’en plaint pas : Costner filme la nature, les grands, les chevaux, les ciels comme personne. J’écrivais que le film est d’un grand classicisme, mais il faut ajouter qu’il n’y a pas dans le film le moindre plan filmé par-dessus la jambe : Costner réussit un film visuellement superbe, mais dont les images ne prennent jamais le dessus sur l’histoire.

Quant à l’histoire d’amour, elle est tout simplement bouleversante. Comme Mary McDonnell dans Danse Avec les Loups, Costner fait le choix de filmer une actrice dont le visage est beau, certes (très beau même : Annette Benning n’a jamais été aussi séduisante que dans ce film), mais marqué par le temps et les épreuves. La rencontre entre Annette Benning et Kevin Costner, et l’attirance qui naît entre ces deux êtres solitaires et un peu maladroits, sont d’une délicatesse (et d’une drôlerie, souvent) absolue.

Open Range est un chef d’œuvre, qui semble se bonifier avec les années. Il serait temps qu’on le redécouvre, et que les studios laissent enfin Costner repasser derrière la caméra.

L’Incroyable homme invisible (The Amazing Transparent Man) – de Edgar G. Ulmer – 1960

Posté : 21 mai, 2011 @ 7:52 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

L'Incroyable homme invisible

Un homme mystérieux organise l’évasion d’un braqueur de banque qu’il ne connaît pas. Il souhaite en faire le cobaye d’une machine inventée par un scientifique ayant travaillé malgré lui pour les nazis, et qui peut rendre invisible n’importe qui. Le commanditaire espère bien profiter de cette invention pour vider toutes les banques du pays…

Des histoires d’hommes invisibles, on en a vu des tonnes depuis le classique de James Whale (L’Homme invisible, 1933). Et celle-ci commence plutôt bien par une scène d’évasion à la fois classique, mais dépouillée et dense, qui laisse augurer du meilleur pour ce film à petit budget, dans lequel Ulmer semble alors retrouver l’inspiration visuelle qui était la sienne une quinzaine d’années plus tôt, à l’époque de Barbe-Bleue, ainsi que son goût pour la nuit, ses mystères et sa poésie morbide.

ais autant le dire tout de suite : le désenchantement n’est pas loin. Dès que le jour se lève sur le film (au sens propre), c’est-à-dire au bout d’à peine plus de cinq minutes, les illusions s’envolent. Mise en scène plan-plan, décors minimalistes jamais mis en valeurs, acteurs dénués de talent et de charisme, personnages mal dessinés (entre un génie du crime aux allures de promeneur du dimanche, et une brute mal dégrossie qui en rajoute des tonnes), et on en passe… Ulmer signe un film paresseux, qui devait déjà être ringard en 1960…

A la décharge du réalisateur, on peut arguer que le film a été tourné en une dizaine de jours seulement, et en même temps que Le Voyageur du Temps ; mais on rappellera que Schoedsack a tourné King Kong et La Chasse du Comte Zaroff en même temps, et que ça ne l’a pas empêché de signer deux chef d’œuvre intemporels. Ce qui, de toute évidence, est loin d’être le cas ici. On peut aussi ajouter que Ulmer a dû faire avec un budget ridicule ; mais on rappellera cette fois que ce genre de contraintes ne l’a pas empêché de réaliser Barbe-Bleue ou Détour… Bref, pas d’excuse pour le p’tit gars vieillissant qui, en fin de carrière, semble bien avoir perdu le cap.

Rien à sauver dans ce petit film fantastique ? Si, bien sûr : des trucages rigolos, et des scènes de laboratoire (dominées par des motifs triangulaires omniprésents, très futuristes à l’époque) qui peuvent amuser à condition d’accepter l’hypothèse d’un troisième ou d’un quatrième degré. Mais là, franchement, il faut y mettre du sien… On peut quand même reconnaître une vraie qualité au film : celle de ne durer que 58 minutes…

Drame passionnel – d’Albert Capellani – 1906

Posté : 20 mai, 2011 @ 4:46 dans 1895-1919, CAPELLANI Albert, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Drame passionnel

Un homme et une femme se rencontrent dans un parc de Paris, et tombent amoureux l’un de l’autre. Quatre ans plus tard, ils ont une petite fille, mais l’homme s’ennuie et décide de rompre. Il disparaît, mais la femme le retrouve par hasard, alors qu’il est sur le point de faire un mariage d’argent. Elle prépare sa vengeance…

Tombé dans l’oubli, Albert Capellani fut pourtant l’un des pionniers du cinéma français ‘‘primitif’’. Avant de tourner une série d’adaptations littéraires prestigieuses du patrimoine, le réalisateur a signé une longue série de courts métrages dont ce Drame passionnel est l’un des plus anciens à nous être parvenus. Les qualités cinématographiques, plus d’un siècle plus tard, peuvent être jugées sommaires, mais ce drame assez conventionnel en quatre actes bien définis (par des panneaux qui dévorent l’écran) ne manque pas d’un certain charme, en particulier grâce aux quelques plans d’extérieurs qui nous donnent un aperçu du Paris de l’époque.

Il y a aussi un charme certain à voir ce très court film (à peine plus de six minutes) interprété par des comédiens qui, visiblement, n’ont pas l’habitude des plateaux de cinéma. L’actrice, en particulier, dont je ne connais pas le nom, mais qui ne peut s’empêcher de regarder vers la caméra, cherchant sans doute l’approbation du réalisateur ou de l’opérateur. Evidemment, c’est une erreur de mise en scène (qui se répète tout au long du film), mais ce détail nous donne par moments l’impression d’être sur le plateau, et d’assister au tournage. Un petit voyage dans le temps, ça ne se refuse pas…

Pour l’amour du jeu (For love of the game) – de Sam Raimi – 1999

Posté : 20 mai, 2011 @ 9:43 dans 1990-1999, COSTNER Kevin, RAIMI Sam | Pas de commentaires »

Pour l'amour du jeu

Passons rapidement sur le titre, qui a pour seul mérite de résumer le cahier des charges (on a donc de l’amour et du sport). Passons aussi sur la réputation peu flatteuse de ce film qui n’a d’ailleurs connu qu’un succès d’estime. Passons encore sur les films suivants de Sam Raimi, qui assoiront définitivement sa réputation (parfois un peu usurpée) et son compte en banque… Passons, parce que résumer le film comme une histoire d’amour sur fond de base-ball par le réalisateur de Spiderman risquerait d’en faire fuir plus d’un. Et moi le premier.

Sauf que dans le rôle principal, on retrouve la star la plus malmenée de ces vingt dernières années, et aussi la plus passionnante qui soit : Kevin Costner en personne, qui boucle une espèce de triptyque sur le base ball, inaugurée plus de dix ans plus tôt avec Duo à trois (film culte aux States, plutôt sympathique), et poursuivie avec Jusqu’au bout du rêve (magnifique fable à la Capra).

Et Costner est bien plus que l’acteur principal du film : il en est l’âme. Il est sans doute le plus Américain des acteurs actuels, mais « Américain » dans un sens que n’aurait pas renié John Ford. Costner le clame depuis longtemps (y compris dans ses films) : il aime le western, la country, les grands espaces… et le base ball. Quoi de plus Américain… Loin de nous exclure, nous autre Français, cette identité bien marquée, cet amour pour une culture qui n’est pourtant pas la nôtre, font de Costner un homme de cinéma profondément attachant. Une espèce de garant de valeurs qui n’existent plus guère sur grand écran.

Alors Pour l’amour du jeu n’est pas un film moderne, non. Cette histoire d’amour a déjà été filmée mille fois : c’est l’histoire du champion qui doit choisir entre la femme de sa vie et la passion de sa vie, en l’occurrence le base-ball, dont il est une véritable star. C’est un film bourré de bons sentiments aussi, mais il n’y a vraiment rien de péjoratif, dans cette expression : ce sont ces mêmes bons sentiments que Capra, Curtiz, et même Walsh et Ford plaçaient au cœur de leurs films, et qui continuent à réjouir les cinéphiles du monde entier. Il y a dans ce film un côté rétro et « en dehors du coup » que je trouve réjouissant, comme dans tous les meilleurs films de Costner.

Pour l’amour du jeu est cela dit très original dans sa forme : le film raconte, presque en temps réel, une rencontre de base-ball qui pourrait être à la fois le match de sa vie et son ultime défi sportif pour Billy Chapel, joueur en fin de carrière. Le défi, pour Sam Raimi, était de taille : nous faire partager les sentiments du joueur au cœur du stade : ses interrogations, ses doutes, ses ambitions, l’excitation qui manque, sa manière de faire abstraction de l’ambiance dans les tribunes… et ses souvenirs qui se bousculent, alors qu’il joue ce qui pourrait bien être son dernier match, souvenirs de celle qu’il n’a pas su retenir…

L’histoire d’amour entre Costner et la très belle Kelly Preston (dans le rôle de sa vie) est ainsi raconté en une longue série de flash-backs qui viennent ponctuer le match. Cette construction pourrait sembler batarde, voire casse-gueule. Il n’en est rien : on se passionne autant pour l’histoire d’amour, pourtant bourrée de poncifs, que pour le match lui-même,  et même si on ne comprend pas toutes les subtilités du base-ball…

Les Révoltés / La Révoltée (Outside the law) – de Tod Browning – 1920

Posté : 19 mai, 2011 @ 9:43 dans * Films de gangsters, 1920-1929, BROWNING Tod, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Les Révoltés

Après un vol qui leur a rapporté une fortune, un couple se fait oublier durant quelques semaines en s’enfermant dans un appartement… L’histoire évoque étrangement celle de White Tiger, que le même Tod Browning tournera trois ans plus tard. Le cinéaste creusera souvent le même sillon, se renouvelant pourtant toujours pour aller de plus en plus loin. C’est déjà le cas avec ses films de jeunesse, moins traumatisants que des chef d’œuvre comme L’Inconnu ou L’Oiseau Noir, mais déjà passionnants.

Loin du morbide qui fera sa réputation, Browning signe un film de gangsters qui n’a rien de classique. Tout commence dans un Chinatown filmé d’une manière extraordinairement vivante par Browning, qui nous plonge au cœur des arrière-boutiques et de cette vie nocturne entre violence et mystères. Et comme dans White Tiger, c’est dans ces bas-fonds qu’une grande figure du gangstérisme est trahie, à la suite d’une séquence de fusillade ébouriffante. Après son arrestation, sa fille (Priscilla Dean, l’actrice fétiche de Browning à cette époque) est bien décidée à le venger.

Pourtant, c’est bien un film sur la rédemption, et non sur la vengeance. Et c’est un film qui évite les sentiers balisés : alors que l’intrigue est bien en place, les deux héros se retrouvent enfermés dans un appartement (tout confort, loin de la cabane rustique de White Tiger), où ils n’ont rien d’autre à faire que de se regarder dans le blanc des yeux, faire des plans d’avenir, et décider de tirer un trait sur leur passé de criminels… C’est a priori le passage le plus austère du film, et c’est pourtant le plus abouti, et de loin. Ce huis-clos soudain bulle de légèreté dans un univers inquiétant, est fascinant. Avec l’arrivée d’un gamin pas tête-à-claque du voisinage, il fait même basculer le film dans une espèce de comédie de mœurs très émouvante.

On est décidément bien loin des grands classiques de Browing des années à venir. Pourtant, Outside the law marque la deuxième collaboration (après The Wicked Darling) du réalisateur avec celui qui symbolisera son cinéma pour l’éternité : Lon Chaney. Ce dernier apparaît d’ailleurs déjà dans un double rôle, comme il le fera à plusieurs reprises à l’avenir. Il interprète à la fois le traître impitoyable Black Mike, et un Chinois aux yeux très (très, très) bridés, Ah Wing.

Barbe-Bleue (Bluebeard) – de Edgar G. Ulmer – 1944

Posté : 18 mai, 2011 @ 5:20 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, CARRADINE John, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

Barbe-Bleue (Bluebeard) - de Edgar G. Ulmer - 1944 dans * Films noirs (1935-1959) barbe-bleue

C’est la période la plus glorieuse d’Ulmer, celle où il enchaîne quelques-uns de ses meilleurs films : Détour, Strange Illusion et Le Démon de la Chair sont tournés en l’espace de deux ans seulement. Dans cette série prestigieuse, Barbe-Bleue trouve sa place sans discussion possible : dans un Paris fantasmé, qui évoque les ruelles sombres et humides de White Chapel, Ulmer signe ce qui, s’il avait choisi de placer son intrigue à Londres, aurait été sa version du mythe « Jack l’Eventreur ». L’une des meilleures versions, même.

On est d’ailleurs vraisemblablement vers la même période. A Paris, les femmes n’osent plus sortir seules depuis qu’un mystérieux tueur, que la vox populi a vite fait de surnommer « Barbe-Bleue », assassine les jeunes femmes blondes et belles, que l’on retrouve quelques jours plus tard flottant dans la Seine. Déjà vu ? Oui, mais qu’importe, Ulmer assume et transcende tous les poncifs.

Le décor de carte postale, pour commencer. Ulmer l’assume tellement bien qu’il en est le seul responsable : homme à tout faire de ses minuscules productions, le réalisateur a peint lui-même les tableaux qui servent de décor au film. C’est évidemment du bricolage, mais le talent d’Ulmer rend le résultat fascinant et presque poétique. Paris devient un endroit inquiétant, mais attirant, où les habitants aiment se retrouver dans les parcs, peuplé d’artistes qui vivent dans leurs vastes ateliers en mansardes avec vue sur les toits et la Seine.

Inquiétant, mais attirant, c’est aussi ce qui caractérise le marionnettiste interprété par John Carradine, dont l’héroïne tombe amoureuse, mais que la caméra d’Ulmer a tôt fait de nous présenter comme le tueur en série qui ensanglante la capitale. Un Barbe-Bleue du XIXème siècle qui tue les femmes qu’il aime et qu’il peint. Oui, parce que c’est l’acte de peindre ces femmes qui fait naître chez lui cette pulsion meurtrière. L’art, l’amour et la mort, liés de manière tragique.

Mais notre héroïne est différente, et le marionnettiste a bien l’intention de l’aimer pour de bon, totalement et surtout pour longtemps. Alors il décide de ne plus peindre, jusqu’à ce qu’il y soit contraint de nouveau. Et pas de chance, son nouveau modèle n’est autre que la sœur de l’élue de son cœur… « Paris est tout petit pour ceux qui, comme nous, s’aiment d’un si grand amour », clamerait Garance…

Au-delà du suspense, d’une efficacité absolue ; au-delà de ce Paris fascinant et oppressant ; il y a une grande audace dans ce film à petit budget. Ulmer fait de son tueur un homme certes dangereux, mais presque enfantin, qui confesse ses crimes avec un tel naturel qu’il ne comprend pas que son aimée lui en tienne rigueur. Devant sa caméra, le personnage le plus léger du film (la sœur de l’héroïne), jeune femme bravache au sourire conquérant, plonge en un dixième de seconde dans le tragique. Le cinéaste n’hésite pas à arrêter l’action de longues minutes pour filmer le spectacle de marionnettes du tueur…

Formellement, Barbe-Bleue est l’un des meilleurs Ulmer, aussi. Dans une nuit qui semble permanente (les budgets ridicules poussent décidément à débrider l’imagination), le réalisateur crée une atmosphère de cauchemar qui nous hante durablement…

Le Diabolique Docteur Mabuse (Die 1000 Augen des Dr. Mabuse) – de Fritz Lang – 1960

Posté : 5 mai, 2011 @ 9:35 dans * Polars européens, 1960-1969, LANG Fritz | Pas de commentaires »

Le Diabolique Docteur Mabuse

Fritz Lang boucle la boucle en renouant avec sa personnification préférée du Mal : le docteur Mabuse, qui lui a inspiré deux chef d’œuvre absolus, l’un muet (Docteur Mabuse le joueur, en 1922), l’autre parlant (Le Testament du Docteur Mabuse, son ultime film allemand avant son départ précipité, en 1933). Près de trente ans plus tard, et après une série incroyable de grands films, Lang est revenu en Europe, et signe ce qui sera son ultime film.

Renouer avec Mabuse n’est pas un hasard : derrière l’influence « serial » de ces films, Lang a fait de cette série une métaphore gonflée et ouvertement politique des troubles de son époque. En 1922, c’était la misère et la violence de la République de Weimar ; en 1933, c’était évidemment la menace nazie… En 1960, l’Allemagne se reconstruit, certes, et la menace n’est plus aussi évidente, mais le pays est coupé en deux, et les tensions s’accentuent. Pourtant, la métaphore est moins évidente ici que dans les deux précédents films : Lang semble plutôt faire un retour sur sa propre œuvre.

Le premier crime du film (un homme est tué au volant de sa voiture par le passager d’une autre voiture) est d’ailleurs un copié-collé très fidèle d’une scène fameuse. Et Le Diabolique Docteur Mabuse est en quelque sorte un remake du Testament…, même si cette fois le vrai Mabuse est évidemment mort et enterré, et que le cadre est différents. Le personnage du policier, interprété ici par Curt Jurgens, ressemble ainsi étrangement à Lohmann, le commissaire joué par Otto Wernicke dans Le Testament… (et dans M le maudit). Toute ressemblance…

On retrouve aussi les codes du grand cinéma populaire d’autrefois, avec ce grand hôtel mystérieux autour duquel toutes les victimes du nouveau Mabuse semblent évoluer, et où chacun a quelque chose à cacher. Il y a cette jeune femme suicidaire (Dawn Addams, découverte dans Un Roi à New York), que sauve in extremis un richissime homme d’affaires, et que poursuit son mari tyrannique. Il y a cet assureur, trop jovial pour être tout à fait honnête. Il y a ce voyant aveugle qui évoque lui aussi d’autres personnages des précédents films. Il y a aussi quantité d’autres personnages dans cet hôtel qui n’est rien d’autres que le château hanté des vieux films à mystère.

Le film n’est pas aussi réussi que les deux précédents, certes. Esthétiquement, Lang n’est pas tout à fait aussi inspiré. Mais le cinéaste nous livre un film testament qui résume parfaitement son cinéma : à la fois populaire et d’une grande intelligence.

Meurtre en musique (Song of the Thin Man) – de Edward Buzzell – 1947

Posté : 4 mai, 2011 @ 10:02 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BUZZELL Edward | Pas de commentaires »

Meurtre en musique

Succédant à W.S. Van Dyke, qui avait signé les quatre premiers volets (1, 2, 3, 4), assez inégaux, et au faiblard Richard Thorpe (5), le méconnu Edward Buzzell donne un coup de fouet à la longue série The Thin Man : ce sixième (et dernier) épisode est aussi le meilleur depuis Nick gentleman détective, sorti onze ans plus tôt. Buzzell retrouve cet heureux mélange de comédie et de suspense sombre qui avait marqué les deux premiers films. Avec, quand même, un penchant nettement prononcé pour la parodie : on rit bien plus qu’on ne frémit devant cette enquête bien menée par notre couple préféré de détectives du dimanche.

Des détectives qui s’embourgeoisent dangereusement, film après film. « Tu t’encroutes », lance même Nora à Nick. Et le regard mi-moqueur, mi-accusateur de Myrna Loy fonctionne toujours aussi bien avec l’air éternellement surpris et amusé de William Powell. Ces deux-là étaient décidément faits pour se donner la réplique. Détectives et couple bien installé, les Charles doivent plus que jamais conciliés leurs deux vies. D’autant plus que, pour la première fois, leur fils Nick Jr joue un vrai rôle dans le film (né à la fin du deuxième film, il avait soigneusement été mis de côté par les scénaristes des films suivants, qui ne savaient visiblement pas quoi en faire).

Ici, le p’tit gars d’une dizaine d’années est même au cœur d’une séquence particulièrement angoissante et émouvante, l’une des rares de la série au cours de laquelle les Charles font tomber leur masque d’éternelle ironie. Nick Jr est joué par Dean Stockwell, enfant star à l’époque (qui sera l’année suivante Le Garçon aux cheveux verts), que ma génération redécouvrira dans les années 80 en loufoque Al dans Code Quantum. Si c’est pas une carrière, ça… (Cela dit, le destin des enfants stars est parfois surprenant, quand on se souvient que le Kid Jackie Coogan est devenu l’oncle Fenster de la série La Famille Addams, ou que Roddy McDowall, gamin au cœur de Qu’elle était verte ma vallée, jouera un chimpanzé dans La Planète des singes et ses suites.)

Le film commence lors d’une soirée donnée sur un bateau (très chic à l’époque), et à laquelle participent Nick et Nora. Comme dans tout bon « whodunit » classique, cette mise en place nous présente consciencieusement tous les (nombreux) personnages, et la future victime, type odieux que, bien sûr, la majeure partie de la distribution a une bonne raison de tuer. L’enquête est bien plus passionnante que dans les films précédents, peut-être parce que, pour une fois, le coupable ne saute pas aux yeux.

Peut-être aussi parce que Buzzell crée une vraie atmosphère à son film, qu’il situe dans le monde nocturne de la musique : on va des coulisses d’un grand orchestre aux soirées privées et un peu clandestines des amateurs de jazz, là où, loin du public qui les fait vivre, les musiciens commencent enfin « à faire de la vraie musique » (dixit un clarinettiste qui assiste Nick dans son enquête).

C’est donc sur une très belle note que se conclut cette série qui s’étend sur treize ans, et qui garde tout son charme.

A really important person (id.) – de Basil Wrangell – 1947

Posté : 4 mai, 2011 @ 10:02 dans 1940-1949, COURTS MÉTRAGES, WRANGELL Basil | Pas de commentaires »

A really important person

C’est-ti-pas mignon, ce court métrage de la série Passing Parade, produite en complément de programme par la MGM, dans les années 40. Celui-ci est un sommet de bons sentiments, mais traité sans trop de mièvrerie. En tout cas, on s’attache franchement à ce gosse qui doit écrire une dissertation mettant en scène « un homme important » de son choix, et qui cherche désespérément un homme qui l’inspirerait…

Par hasard, il réalisera que l’homme le plus important dans sa vie, c’est son père, brave policier en uniforme, qui veille avec bienveillance sur le quartier populaire de New York où ils vivent, et où il aide tout le monde à longueur de journée. C’est frais et joliment réalisé. Et le petit gars en question est interprété par l’enfant-star Dean Stockwell, qui joue la même année le fils de Myrna Loy et William Powell dans Meurtre en Musique, le dernier épisode de la série L’Introuvable.

Ce court métrage est d’ailleurs proposé en bonus du film sur le DVD édité par Warner.

Slap Happy Lion (id.) – de Tex Avery – 1947

Posté : 4 mai, 2011 @ 10:02 dans 1940-1949, AVERY Tex, COURTS MÉTRAGES, DESSINS ANIMÉS | Pas de commentaires »

Slap Happy Lion

Très inspiré, Tex Avery, pour ce petit cartoon tout simple, mais d’une inventivité folle. Le film commence dans un cirque, avec un lion visiblement complètement dépressif, pris de tremblements irrépressibles, qui enchaîne alcool et cigarettes… Pourtant, il n’y a pas si longtemps, il était encore le roi de la jungle, semant la terreur sur son passage. Mais qu’a-t-il pu bien lui arriver ? C’est une souris qui nous l’explique. Figurez-vous que ce brave lion a rencontré… une souris, justement, qui, à l’instar d’un Droopy avec le loup, l’a rendu fou.

Rien de bien nouveau dans l’histoire, donc : Même si la ‘‘victime’’ est un lion, Tex Avery développe une nouvelle fois le thème inépuisable du chat et de la souris. Le film est d’ailleurs estampillé « Tom and Jerry cartoon ».

Mais les gags s’enchaînent à un rythme incroyable, et le maître Tex fait très, très fort. Le film ne dure que sept minutes, mais il a le temps de sortir une trentaine de gags inédits (j’ai compté) dont certains sont à mourir de rire, comme l’autruche qui s’enfuit avec son trou, ou le kangourou qui se cache dans sa propre poche. C’est un petit chef d’œuvre.

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