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Archive pour avril, 2011

La Castagne (Slap Shot) – de George Roy Hill – 1977

Posté : 8 avril, 2011 @ 9:36 dans 1970-1979, HILL George Roy, NEWMAN Paul | Pas de commentaires »

La Castagne (Slap Shot) - de George Roy Hill - 1977 dans 1970-1979 la-castagne

Sur la jaquette du DVD, on peut lire « l’un des dix meilleurs films jamais réalisés sur le sport ». Il est vrai que cette citation est tirée d’un magazine américain de sport, et non pas d’une revue consacrée au cinéma : le jugement porte sans doute davantage sur la représentation du sport que sur les qualités intrinsèques du film. Mes connaissances sur le hockey-sur-glace se limitant à un (mauvais) film des années 80 avec Kevin Bacon, Rob Lowe et Patrick Swayze (dont j’ai oublié le titre, honte sur moi), et aux souvenirs d’adolescence que racontait Roch Voisine à la fin des mêmes années 80 (j’étais jeune, et je lisais Star Club), et ce blog étant consacré au cinéma, et non au sport, je me contenterais de prendre pour acquis que, côté sports, La Castagne fait sérieux.

Ce postulat est d’autant plus crédible que les trois frères Hanson, au cœur de l’histoire, sont d’authentiques hockeyeurs, et qu’ils jouent leurs propres rôles dans ce film à leur gloire. Il faut d’ailleurs le savoir pour le croire : ces hockeyeurs binoclards adeptes du coup de poing et du coup de cross, plus que du beau jeu, ressemblent à des caricatures tout droit sorties d’un dessin animé de Tex Avery, qui ne font rien, mais vraiment rien, pour la beauté du sport. Une chose est sûre : La Castagne (qui est pour pendre celui qui a pondu le titre français ?) est loin, bien loin, des films de sport plus classiques comme Rocky, sorti quelques mois plus tôt seulement.

Le film a pris un sale coup de vieux, avec des images franchement laides, un mélange d’humour lourdingue, de fond social, d’amours contrariés et d’amitiés vaches qui ne tient pas toujours la route, et des fringues pas possibles portées par Paul Newman. Pourtant, il y a quelque chose d’original et de touchant dans ce film plus cynique qu’il n’y paraît. Le personnage de Newman, pour commencer, est le prototype même du sale type. Derrière la belle gueule de la star se cache un looser complet, sportif professionnel (largement) atteint par la limite d’âge, vaguement reconverti en (mauvais) entraîneur, dont l’équipe va être dissoute pour cause de résultats calamiteux et de chômage galopant dans leur petite ville ouvrière, et dont la femme est partie depuis longtemps.

Et on la comprend. Ce dragueur invétéré n’hésite pas à profiter que son meilleur joueur traverse une crise personnelle pour séduire la femme éplorée de celui-ci. Il ment à ses joueurs quant à leur avenir professionnel. Et il n’hésite pas à bafouer toutes les valeurs du sport, en imposant un jeu « sale » à son équipe, pour engranger des points et s’attirer les faveurs d’un public avide de batailles rangées. Quand, enfin, il semble retrouver le goût du beau jeu et des vraies valeurs sportives, c’est un regain de fierté qui ne dure pas plus longtemps qu’un feu de paille…

Cynique, le film est aussi particulièrement réussi dans sa peinture froide et miteuse des coulisses du sport professionnel  « underground », des tournées interminables en bus, des soirées de beuverie dans les mauvais bars, des blagues de potache… Ce n’est pas vraiment nouveau (dans le style, Rocky, encore, était aussi une vraie réussite), mais ça mérite qu’on voit ce Slap Shot resté culte dans le milieu du hockey. A tel point que les frères Hanson reviendront avec quelques rides en plus et quelques cheveux en moins dans une suite que je ne suis pas bien pressé de voir.

 

Le Testament du Docteur Mabuse (Das Testament des Dr. Mabuse) – de Fritz Lang – 1933

Posté : 6 avril, 2011 @ 6:01 dans * Polars européens, 1930-1939, LANG Fritz | Pas de commentaires »

Le Testament du Dr Mabuse

Dix ans après Le Docteur Mabuse, chef d’œuvre du muet, Lang signe une première « suite » qui n’en est pas vraiment une, même si on retrouve bel et bien le personnage maléfique du premier opus, toujours interprété par Rudolf Kleine-Rogge, qui n’apparaît cependant que dans quelques courtes scènes. Pour Lang, Mabuse représente surtout l’essence même du mal qui ronge la société. Dans le premier film, le personnage était une manière pour le cinéaste de donner une forme humaine à la crise économique (entre autre) qui rongeait l’Allemagne de l’après Grande-Guerre. Ici, Mabuse est de retour pour symboliser un mal plus insidieux encore, un Mal absolu, que ne vient même pas justifier l’appât du gain ou du pouvoir : c’est le mal pour le mal que Lang met en scène dans ce qui sera son dernier film allemand avant son exil américain (via la France). Et ce qu’il représente n’est pas difficile à deviner : nous sommes en 1933, l’année où Hitler prend le pouvoir…

Film politique ? Evidemment, et d’une force inouïe. Pourtant, le contexte historique de l’Allemagne n’est jamais abordé frontalement : tout passe par le langage du « serial », que le cinéaste porte à un niveau exceptionnel. C’est d’ailleurs ce qui fait la force de ce chef d’œuvre, et aussi son côté intemporel et indémodable : la charge politique n’est portée que par sous-entendus, par des voies détournées et des dialogues à double-tranchants. Jamais directement. Le Testament… se regarde aussi comme un pur spectacle de divertissement. Et là aussi, la réussite est absolue.

Même si le côté « serial » est un peu tempéré par rapport au premier film, qui profitait de sa durée (plus de 4 heures) pour multiplier à l’envi les scènes à suspenses, les rebondissements ne manquent pas ici : ni les meurtres, ni les situations désespérées desquelles les héros doivent se sortir malgré tout, ni le méchant insaisissable, ni les guet-apens machiavéliques… Du pur cinéma de genre, mais filmé par un pur génie.

Dès la scène d’ouverture, le génie de Lang est éclatant : une pure scène de suspense, sans le moindre dialogue (qui permet de faire le lien avec le premier film, muet), dans une cave inquiétante, avec un homme dont on ne sait encore rien, mais qu’on comprend être littéralement dans la gueule du loup. Il ne faut que quelques secondes à Lang pour nous prendre aux tripes, et nous plonger au cœur d’un nouveau gang de malfaiteurs.

Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Qui les dirigent ? Quel lien ont-ils avec le docteur Mabuse, enfermé en hôpital psychiatrique (et dans sa bulle) depuis dix ans, mais qui semble dicter leurs agissements à distance ? C’est ce que tentent de découvrir une poignée de personnages passionnants : le super flic Lohmann, déjà vu dans M le maudit du même Lang, l’ex flic Fofmeister devenu fou de terreur, et le petit truand Thomas Kent, le lien le plus tangible avec le contexte historique de l’Allemagne : c’est parce qu’il est victime de la crise économique qu’il a rejoint les rangs du gang, comme de nombreux Allemands se sont laissés séduire par le parti nazi. Mais les méthodes expéditives du mystérieux leader le mettent face à ses principes et sa conscience d’être humain.

Comme Lang, sans doute, qui quittera le pays sitôt le film terminé. Un film qui restera invisible jusque dans les années 50, allez savoir pourquoi…

L’Aventure, c’est l’aventure – de Claude Lelouch – 1972

Posté : 6 avril, 2011 @ 10:03 dans 1970-1979, LELOUCH Claude | Pas de commentaires »

L'Aventure, c'est l'aventure - de Claude Lelouch - 1972 dans 1970-1979 laventure-cest-laventure

Ce film de bande fait figure de modèle indépassable pour beaucoup de cinéphiles (en tout cas, pour ceux qui ne sont pas allergiques à Lelouch). A le revoir, je dois me montrer beaucoup plus tempéré : oui, c’est un film très sympathique, dominé par un sentiment de liberté bienvenu. Mais le film est surtout la matrice imparfaite de tout un pan de la filmographie du cinéaste. Comme Toute une vie est l’ébauche du côté romanesque de Lelouch (qui sera perfectionné jusqu’à La Belle Histoire), L’Aventure c’est l’aventure est une ébauche du côté « gentil voyou » du réalisateur, déjà abordé dans l’indigeste Une fille et des fusils, et qui trouvera son apothéose avec Tout ça pour ça

Tout ça pour dire que L’Aventure, c’est l’aventure est loin d’être le plus enthousiasmant des Lelouch. Les thèmes sont là, mais de style point, ou si peu. A vrai dire, les images sont même d’une platitude étonnante, au regard de quelques films précédents (Un homme et une femme, pour ne citer que celui-là) et des grandes œuvres à venir. Bref, sur la forme, rien de bien excitant, à part quelques scènes inspirées, et particulièrement les séquences se situant en Amérique du Sud.

Du film, on retient généralement la bande de copains, et c’est bien là le principal intérêt : Lelouch a réuni une bande de pieds nickelés inédite, improbable et réjouissante. Autour de Lino Ventura, parfait dans son numéro d’autodérision, il rassemble Jacques Brel (sans doute le rôle le plus ingrat des cinq), Aldo Maccione (c’est dans ce film qu’il apprend à ses comparses sa fameuse démarche de dragueur), et surtout le fidèle Charles Gérard et Charles Denner, irrésistible.

L’ombre de ces cinq petits truands qui enchaînent les arnaques et braquages autant pour le plaisir que pour l’argent, et qui se retrouvent plongés plus ou moins malgré eux dans l’Histoire (avec un grand H) en marche, hantera une grande partie de la filmographie à venir de Lelouch, de Le Bon et les Méchants à Une pour toutes, en passant bien sûr par Tout ça pour ça.

L’Ombre d’un doute (Shadow of a doubt) – d’Alfred Hitchcock – 1943

Posté : 5 avril, 2011 @ 12:54 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

L'Ombre d'un doute

Il y a souvent derrière les films d’Hitchcock une envie précise, voire un défi. Dans L’Ombre d’un doute, le défi est d’instiller la terreur dans une parfaite famille américaine (présentée comme telle), vivant dans une maison idéale, au cœur d’une petite ville typiquement américaine elle aussi, où il fait bon vivre, où le policier municipal connaît tout le monde personnellement, où les magasins font crédits sans problème, où les clients n’ont pas besoin de demander ce qu’ils veulent au barman, qui les connaît par cœur… Bref, l’une de ces petites villes qui participent au rêve américain depuis la création d’Hollywood.

ien sûr, Hitchcock parvient parfaitement à ses fins, dans ce film qu’il affirmait être son préféré de toute sa riche filmographie. Et il y parvient à instillant la terreur par petites touches, par le point de vue de l’innocente Charlie, qui découvre peu à peu que son oncle Charlie, le bon tonton adoré qu’elle a toujours considéré comme… (comme quoi ? son double ? son amour ? une espèce de jumeau ?), n’est pas exactement ce qu’il prétend être. La terreur domestique ? Hitchcock nous avait déjà fait le coup avec Soupçons, mais il va plus loin avec L’Ombre d’un doute, où il enferme sa jeune héroïne (excellente Teresa Wright) dans un cadre parfaitement quotidien (la famille, la maison, les voisins, la ville) qui se transforme peu à peu en prison dorée oppressante à ses yeux, en même temps que l’oncle Charlie se révèle à ses yeux tel qu’il est vraiment, et alors que lui s’intègre de plus en plus dans cette ville où il était étranger.

L’Ombre d’un doute fonctionne sur un ressort différent, d’ailleurs : alors que Soupçons repose sur le doute (on ne sait qu’à la toute fin du film si Cary Grant est ou non un tueur), Hitchcock ne laisse planer aucun doute sur la culpabilité de l’oncle Charlie (Joseph Cotten, très inquiétant), présenté dès la première séquence comme un criminel (un tueur de veuves) acculé par la police, qui le pousse à se « mettre au vert » quelque temps dans la famille de sa sœur aînée, où il est accueilli comme le messie. Au sens propre, d’ailleurs : l’annonce de son arrivée coïncide avec une prière faite par la jeune Charlie, qui rêvait de le voir arriver pour rompre la monotonie du quotidien.

Tout sonne juste dans ce film au très beau noir et blanc, même et surtout les stéréotypes, qu’Hitchock parvient à rendre terriblement vivants : le plus petit des seconds rôles participe à la fois au bon-vivre de la ville, et au sentiment d’oppression qui grandit tout au long du film. C’est, comme souvent dans le cinéma d’Hitchcock, dans les petits détails que le film trouve sa grandeur. C’est d’ailleurs par minuscules touches que la jeune Charlie prend conscience de l’horreur de la situation : une petite phrase innocente, un silence à peine souligné, un regard silencieux, un escalier plus lourd à gravir, un autre qui se dérobe, une embrasure de porte qui devient menaçante…

Le paradis terrestre se transforme en menace absolue. Rien de bien étonnant dans l’Amérique post-Pearl Harbor. Mais Hitchcock s’attaque ici aux valeurs rassurantes de l’Américain moyen (comme Joe Dante quarante ans plus tard avec Gremlins, dans un tout autre genre). Ils ne sont pas si nombreux à avoir oser ce sacrilège absolu. Surtout avec une réussite aussi absolue.

Le Survivant des Monts lointains (Night Passage) – de James Neilson – 1957

Posté : 4 avril, 2011 @ 9:28 dans 1950-1959, MURPHY Audie, NEILSON James, STEWART James, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Survivant des Monts lointains (Night Passage) - de James Neilson - 1957 dans 1950-1959 le-survivant-des-monts-lointains

Pour un peu, lorsque le mot « fin » apparaît sur l’écran large (très, très large), on s’attendrait à voir Eddy Mitchell se retourner vers la caméra, dans une salle de cinéma très fifties… C’est du pur cinoche que ce western à grand spectacle auquel ne manque qu’un véritable auteur derrière la caméra, pour en faire l’une des réussites majeures du genre. La réalisation de l’obscur James Neilson est soignée (très appliquée, même), et totalement au service du grand spectacle. C’est un artisan dénué d’une personnalité affirmée, mais très à l’aise pour remplir, et bien, le cahier des charges.

Et si on doit rappeler le cahier des charges des films hollywoodiens de l’époque, précisons que la télévision faisait son apparition dans les foyers ricains, et que les producteurs rivalisaient d’imagination pour faire venir les spectateurs en masse dans les salles obscures. C’est donc la décennie où les écrans s’élargissent considérablement (celui-ci est tourné en « technirama », pour ceux que ça intéresse), où les couleurs se font plus vives, et où les décors spectaculaires font leur retour.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Night Passage remplit parfaitement son contrat. Dès le générique, lorsque le nom de James Stewart dévore l’écran (on imagine l’effet que ça devait faire dans les salles immenses aujourd’hui disparues), et que des dizaines de figurants apparaissent dans des décors (naturels) grandioses et magnifiques, on sait qu’on va être transporté dans un cinéma hollywoodien de haute volée. Et on n’est pas déçu…

Les ingrédients de l’histoire sont hyper-rabachés dans l’histoire du cinéma, et plus particulièrement du western : c’est l’éternel affrontement de deux frères ayant choisi chacun un côté différent de la loi, et qui vont devoir choisir à nouveau entre leur famille d’adoption et leur famille de sang ; un affrontement qui se déroule sur fond de construction de chemin de fer, thème lui aussi éculé dans le western, qui symbolise à merveille la confrontation entre deux mondes, les terres encore sauvages et la civilisation en marche.

L’histoire elle-même passe rapidement au second plan, même si les rebondissements sont suffisamment nombreux pour nous tenir en haleine. James Stewart est excellent en ancien agent des chemins de fer contraint à gagner sa vie en jouant de l’accordéon, et qui ne rêve que de reprendre du service. Mais le tandem qu’il forme avec son très jeune frère Audie Murphy ne fonctionne pas tout à fait : à aucun moment on ne se dit que ces deux-là vont s’entre-déchirer, ce qui enlève beaucoup du suspense qui aurait dû planer sur le film.

Mais les séquences impressionnantes se succèdent : des scènes de bagarres ou de gunfights bien sûr, mais ce sont curieusement les moments plus calmes qui se révèlent les plus magistraux. Cette scène muette où, après avoir rencontré un personnage à la Calamity Jane (interprété par Olive Carey), James Stewart traverse la montagne par un tunnel de mineurs ; celle encore où Stewart calme (temporairement) les esprits des ouvriers en improvisant un bal en plein air ; et surtout celle où le même Stewart voyage avec son jeune protégé (Brandon de Wilde, le p’tit gars de L’Homme des Vallées perdues) sur le wagon ouvert d’un train, surplombant un paysage de montagne absolument sublime. C’est cette image qui reste en tête bien longtemps après le mot fin…

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