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Archive pour le 14 février, 2011

Je n’ai pas tué Lincoln (The Prisoner of Shark Island) – de John Ford – 1936

Posté : 14 février, 2011 @ 11:31 dans 1930-1939, CARRADINE John, FORD John | Pas de commentaires »

Je n'ai pas tué Lincoln (The Prisoner of Shark Island) - de John Ford - 1936 dans 1930-1939 je-nai-pas-tue-lincoln

J’aime Ford plus qu’aucun autre cinéaste, et je dois dire que j’ai toujours eu un faible particulier pour ce Ford un peu méconnu, que je revois très régulièrement avec un plaisir qui ne se dément pas. C’est un film de commande, mais on y retrouve pourtant la plupart des obsessions de Ford, à commencer par cette manière qu’il a, en particulier dans les années 30, de parler de la grande histoire de l’Amérique par le biais d’un cinéma de genre purement populaire. Et puis il y a la figure de Lincoln, que Ford considérait comme le personnage le plus important de la construction de l’Amérique, qui est au cœur de trois de ses films (avec Le Cheval de Fer, et surtout Vers sa destinée), et qui apparaît dans la première séquence comme une figure quasi-christique.

Lincoln disparaît rapidement, et pour cause : le film raconte l’histoire d’un médecin accusé  d’avoir participé à son assassinat, assassinat par ailleurs magnifiquement filmé. Mais il est pourtant omniprésent durant tout le film, par l’intermédiaire du regard accusateur que les personnages portent continuellement sur le docteur Samuel A. Mudd.

Ford, d’ailleurs, s’inspire d’une histoire vraie : les grandes lignes de ce qui arrive au docteur Mudd dans le film sont authentiques (arrêté pour avoir soigné John Wilkes Booth dans sa fuite, il est condamné à l’exil à vie dans une île-prison, mais sera gracié cinq ans plus tard après avoir sauvé des centaines de gardiens et de prisonniers d’une épidémie de fièvre jaune). Le film ne laisse aucune ambiguïté : Mudd est bel et bien innocent, victime de la vindicte populaire et de l’inhumanité de la foule (à ce stade, on n’est pas si loin du Furie de Lang). Aucun doute sur son innocence, même si le personnage est à l’image de Ford : complexe. Présenté comme un homme bon et totalement désintéressé, il est aussi entouré de travailleurs noirs qui, même s’ils sont visiblement heureux de leur sort, ressemblent fort à des esclaves. De toute l’œuvre de Ford, ce docteur Mudd est peut-être le personnage le plus proche du cinéaste, tantôt présenté comme un réac, tantôt comme un défenseur des minorités, grand tueur d’Indiens (à l’écran) et réalisateur des Cheyennes… Un homme complexe et passionnant, tout comme ce personnage interprété par un Warner Baxter qui trouve là le rôle de sa vie.

Visuellement, le film est une splendeur : l’intérêt de Ford pour l’expressionnisme, qui était particulièrement visible dans Le Mouchard, l’année précédente, est toujours présent ici. Il le sera aussi dans Vers sa destinée, en 1939, qui sera consacré à la jeunesse de Lincoln, et qui prolonge l’esprit de ce film.

Le scénario, signé Nunally Johnson, est éblouissant, mélangeant avec un bonheur rare la grande et les petites histoires, les purs rebondissements et le portrait d’un pays en crise. Un portrait original, puisqu’il s’applique sur des laissés pour compte : une colonie pénitentiaire perdue au milieu du golfe du Mexique. Cette prison très esthétique est habitée par deux visages qui, plus que celui de Warner Baxter, hantent le film : celui de John Carradine, qui n’a jamais paru si blafard et émacié que dans ce personnage de gardien, et celui de Harry Carey, qui ajoute au film une pointe de nostalgie et lui donne une valeur toute particulière.

Carey et Ford avaient, à la fin des années 10, tourné ensemble des dizaines de westerns. The Prisonner of Shark Island est leur première collaboration depuis quinze ans. C’est aussi leur ultime film en commun. Et c’est l’une des très nombreuses raisons de considérer ce film comme l’un des plus beaux de la décennie. Si, si…

L’Adieu aux armes (A Farewell to arms) – de Frank Borzage – 1932

Posté : 14 février, 2011 @ 11:27 dans 1930-1939, BORZAGE Frank, COOPER Gary | Pas de commentaires »

L'Adieu aux armes

Frank Borzage pouvait-il passer à côté du roman d’Hemingway ? Sans doute pas : l’histoire semble avoir été écrite pour le réalisateur de L’Heure suprême et Lucky Star, deux films sublimes où l’amour dépassait tout, et sauvait les personnages des horreurs de la guerre. Les thèmes de L’Adieu aux armes ne sont vraiment pas éloignés. Pourtant, dès la première image, on voit bien que le Borzage de 1932 n’est plus tout à fait le même que celui qu’il était cinq ans plus tôt. En ouvrant son film sur un plan (magnifique) d’un cadavre reposant, tel le Dormeur du Val, dans un paysage grandiose, Borzage montre qu’il est peut-être un peu plus désenchanté qu’auparavant.

Je ne m’étendrai pas sur les qualités visuelles du film, qui m’ont l’air assez exceptionnelles, mais j’ai vu le film dans une édition DVD absolument calamiteuse (chez Aventi), qui ne permet d’en avoir qu’un jugement parcellaire, hélas… Mieux vaut guetter une autre édition.

En tout cas, le film est dans sa construction, vraiment remarquable, destin parallèle de deux êtres rapprochés par la guerre (lui est un jeune Américain engagé dans l’armée italienne ; elle est une infirmière militaire), et séparés par celle-ci… C’est d’ailleurs ce qui différencie d’abord L’Adieu aux armes de ses chef d’œuvre du muet cités plus tôt : ce couple-là, joliment interprété par Helen Hayes et Gary Cooper, n’est pas seulement séparé par la guerre. Il est aussi un produit de la guerre. Et le ton du film s’en trouve radicalement changé : l’amour est toujours le moteur incontournable des personnages, mais ce qui naît avec la guerre doit mourir avec elle…

Bref, on ne rigole pas des masses devant ce film porté par un Gary Cooper très jeune, et très bien. Il forme un duo pour le moins inattendu avec Adolphe Menjou, dans un rôle très, très éloigné de ceux d’éternel dandy qu’il interprétait durant le muet, notamment dans L’Opinion publique, le magnifique film de Chaplin.

La Piste des Géants (The Big Trail) – de Raoul Walsh – 1930

Posté : 14 février, 2011 @ 11:19 dans 1930-1939, BOND Ward, WALSH Raoul, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Piste des géants

Encore un Walsh de très haute tenue, que ce western hyper ambitieux, l’une des plus grosses productions des premières années du parlant. L’autre grand pionnier borgne de Hollywood (il a perdu son œil quelques mois seulement avant de tourner cette Piste des Géants, sur le tournage de In old Arizona) semble ici répondre à son confrère John Ford, qui avait dirigé un western tout aussi ambitieux et sur un thème comparable, à l’époque du muet : l’excellent Cheval de Fer. On pense souvent au film de Ford en voyant cet autre film consacré aux pionniers de l’Ouest américain. Ford lui-même signera avec Le Convoi des Braves un film très comparable à cette Piste des Géants. Et la boucle sera bouclée…

Toujours dans la filiation Walsh/Ford, il ne faut pas oublier que c’est dans ce film de Walsh que John Wayne, à qui Ford avait déjà confié quelques petits rôles, trouve son premier grand rôle. Rien que pour ça, le film a une valeur évidente. Mais il faut bien reconnaître : il est un peu jeunôt, le Duke, et il n’a pas encore la carrure qu’il gagnera au cours des années 40. Après ce coup d’éclat, la carrière de Wayne se résumera d’ailleurs à des westerns de série B (au mieux) très oubliables, qu’il enchaînera jusqu’à ce que Ford le lance pour de bon dans La Chevauchée fantastique, en 1939.

Ici, Wayne, manque un peu de profondeur, et même de charisme, ce qui est quand même un comble. Il n’y a pas grand-chose à lui reprocher cela dit, mais c’est vrai qu’il se laisse porter par le film, plus qu’il ne le porte vers le haut, comme il le fera au moment de sa grandeur, dans ses chef d’œuvre comme dans ses nanars…

Walsh, en tout cas, est très inspiré par cette grande épopée, cette histoire d’un groupe de colons qui traverse une bonne partie de l’Amérique encore vierge, dans le but de s’installer dans une vallée verdoyante qui apparaît comme un paradis presque inatteignable. Le cinéaste, comme Ford avant lui, signe une grande fresque vantant le pur esprit de l’Amérique : avec des hommes et des femmes prêts à laisser derrière eux leur petite vie pour participer à la construction du pays, et trouver leur place dans l’histoire.

La Piste des Géants, dans le fond, n’a rien de très original. Mais la forme, elle, est assez étonnante : après un début plutôt classique, la caravane se met en marche (et cela donne des images absolument magnifiques, plus calmes, mais tout aussi spectaculaires que la fameuse course de Trois Sublimes Canailles, de Ford). Et le film se transforme alors en une espèce de recueil qui, chapitre après chapitre, illustre tous les dangers rencontrés par la caravane, chaque chapitre étant introduit par un carton explicatif, comme au temps du muet.Tout y passe : l’attaque des Indiens, la longue marche dans le désert, la tempête de neige, la traversée d’un fleuve, le déluge… Mais le plus impressionnant est peut-être cette séquence au cours de laquelle les colons doivent faire descendre leurs chariots le long d’une falaise abrupte.

Il y a bien sûr un fil conducteur : personnage de Wayne recherche les assassins de son ami, dont on devine tout de suite qu’il s’agit du conducteur de la caravane et de son aide mexicain. Mais le suspense tourne court : ces deux « méchants » sont des lâches qui font tout pour ne pas affronter Wayne. Ils font d’ailleurs appel à un troisième larron, qui sera le rival de Wayne auprès de la belle du film (Marguerite Churchill). Mais là encore, Walsh se débarrassera vite de ce rival encombrant, pour se concentrer sur la belle aventure humaine, qui l’intéresse bien davantage. Et nous aussi, ça tombe bien…

Charlot mitron (Dough and dynamite) – de Charles Chaplin – 1914

Posté : 14 février, 2011 @ 11:15 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot mitron

• Titre alternatif (VO) : The Cook, The Doughnut designer, The New Cook

• Titres alternatifs (VF) : Charlot pâtissier, Pâte et dynamite

Ce « deux-bobines » est à la fois très important, et mineur. Mineur, parce que Chaplin manque parfois d’inspiration pour les gags, et parce que le film est largement basé sur l’humour « tarte à la crème », en l’occurrence pâte à pain. Important, parce qu’il a été un très gros succès populaire, mais parce qu’il est en partie la matrice de films autrement plus importants que Chaplin tournera dans les années et les décennies à venir, en particulier des Temps Modernes.

Bon, la filiation est un peu lointaine, et Charlot mitron reste une œuvre assez brouillonne. Mais c’est la première fois que Chaplin filme un « mouvement social » : la manière dont il montre les boulangers en grève rappelle parfois les grévistes des Temps Modernes, mais aussi de Charlot machiniste, tourné pour la Mutual. Une espèce de brouillon sympathique, très rythmé, mais perfectible…

Charlot rival d’amour (Those love pangs) – de Charles Chaplin – 1914

Posté : 14 février, 2011 @ 10:58 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot rival d'amour

• Titre alternatif (VO) : The Rival Mashers, Busted Hearts, Oh you girls !

• Titres alternatifs (VF) : Charlot supplanté par Joseph, Joseph rival de Charlot, Charlot et Joseph rivaux d’amour, Bonnes fortunes

On sent que ce film d’une bobine fait partie des comédies largement improvisées de Chaplin. Contrairement à sa précédente réalisation, le très construit (et très réussi) Charlot concierge, Chaplin se base ici sur une trame très mince : Charlot et Chester Conklin rivalisent d’imagination pour séduire des jeunes femmes. Et contre toute attente, c’est Chester qui emporte la mise.

C’est en grande partie un film de parc de plus, pour Chaplin. Mais contrairement à Charlot et Fatty font la bombe, qui fonctionnait parfaitement sur le couple Chaplin-Arbuckle, ce Charlot rival d’amour se révèle assez décevant. Chaplin lui-même est excellent, d’autant plus que ces « petits riens » qui font du personnage de Charlot le plus mémorable de l’histoire du cinéma (l’utilisation de la canne, notamment), gagnent ici en finesse. Mais le duo qu’il forme avec Chester Conklin, un acteur qu’il retrouvera souvent au cours de sa carrière, est inégal : Chaplin est génial ; Conklin est juste bon. Le déséquilibre est flagrant.

Les Experts : Jusqu’au dernier souffle 1 & 2 (CSI : Grave Danger 1 & 2) – de Quentin Tarantino – 2005

Posté : 14 février, 2011 @ 10:44 dans 2000-2009, CURTIS Tony, TARANTINO Quentin, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Les Experts : Jusqu’au dernier souffle 1 & 2 (CSI : Grave Danger 1 & 2) – de Quentin Tarantino – 2005 dans 2000-2009 les-experts-jusquau-dernier-souffle

Grand fan de la série, Tarantino accepte de passer derrière la caméra pour clore la cinquième saison, avec ce double épisode particulièrement tendu. On a vu des cinéastes perdre leur personnalité en se mettant au service d’un show bien installé. Pas Tarantino : il respecte bel et bien tous les codes de la série, mais y ajoute une touche très personnelle, qui n’est pas sans surprendre, surtout au début de la première partie. On y retrouve le goût du réalisateur pour les conversations un peu vaines autour de la contre-culture, un ton décalé, et un penchant pour les longues loghorées verbales… Voir des personnages que l’on connaît par cœur, comme Gil Grisson (génial William Petersen) évoquer le cow-boy Roy Rogers peut étonner, mais on est rapidement séduit par cette Tarantino’s touch dans un univers aussi familier.

Le cinéaste de Kill Bill nous refait le coup de l’enterré vivant. Et c’est une nouvelle fois très réussi. Il faut dire que George Eads, l’interprète de Nick Stokes, révèle une puissance insoupçonnée jusqu’à présent. Tous les acteurs, d’ailleurs, sont à leur avantage : ils prennent visiblement un immense plaisir à se faire diriger par Tarantino himself. Et franchement, on les comprend.

Fidèle à son habitude, aussi Tarantino ressuscite quelques gloires passées, pour des apparitions tantôt anecdotiques (Tony Curtis en vieil ami de Sam Brown, pour un clin d’œil assez jubilatoire à Certains l’aiment chaud, sans aucun rapport avec l’intrigue), tantôt cruciales (John Saxon en père colère explosif).

Ce double épisode n’ajoute rien à la gloire de Tarantino, et ne révolutionne pas non plus le déroulement du show. Mais il marque indéniablement l’histoire de cette décidément excellente série.

Charlot concierge (The New Janitor) – de Charles Chaplin – 1914

Posté : 14 février, 2011 @ 10:21 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot concierge

• Titre alternatif (VO) : The New Porter, The Blundering Boob, The Porter

• Titre alternatif (VF) : Charlot portier

Après Charlot et Fatty en bombe, déjà une belle réussite, malgré son extrême simplicité, Chaplin fait un nouveau pas en avant dans son évolution. Et un pas de géant : The New Janitor est un petit film d’une bobine seulement, mais c’est sans doute le mieux construit de tous ses courts métrages à la Keystone. Celui où l’intrigue tient la plus grande place. Celui, aussi, où l’émotion commence à pointer le bout de son nez. Timidement, c’est vrai, mais quand même…

Ce film, dont Chaplin signera un remake à la Essanay (The Bank), est basé sur une histoire qui aurait pu constituer la trame d’un long métrage dramatique : Charlot est l’homme à tout faire d’une banque. Un soir, il surprend un employé menaçant une secrétaire, qui l’avait surpris forçant le coffre du patron de la banque. Charlot, qui venait d’être renvoyé par ce même patron, sauve à la fois l’argent, la secrétaire et son emploi, et gagne sans doute le cœur de la belle.

C’est la première fois que Chaplin accorde un tel soin au montage d’un film. Visiblement inspiré par les courtes bandes de Griffith du début des années 10, il opte pour un montage alterné très efficace. C’est aussi dans ce film que Chaplin signe l’un des premiers plans spectaculaires du cinéma burlesque (un aspect que d’autres, et notamment Keaton, développeront par la suite) : Charlot, sur le rebord d’une fenêtre au sommet d’un gratte-ciel, manque de tomber. C’est simple, filmé sans fioriture, mais c’est à la fois très drôle, et vraiment impressionnant…

 

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