Play it again, Sam

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Archive pour le 7 février, 2011

La Maison des otages (Desperates Hours) – de Michael Cimino – 1990

Posté : 7 février, 2011 @ 2:12 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, CIMINO Michael | Pas de commentaires »

La Maison des otages

Un remake d’un polar des années 50 (de Wyler, avec Bogart), réalisé par un cinéaste certes génial, mais au fond du trou… On pouvait avoir peur. Et les premières scènes ne rassurent pas vraiment. Bien sûr, il y a un métier évident, et on retrouve la patte du réalisateur de Voyage au bout de l’enfer dans sa manière de filmer l’homme (enfin, la femme ici) dans les immenses étendues sauvages d’Amérique… Alors le film sent bon la bonne série B efficace et distrayante, mais on ne s’attend pas vraiment à grand-chose d’autre.

Desperate Hours, d’ailleurs, est un pur film de genres, qui reprend des recettes vieilles comme le film noir ou comme le film de gangster. Et avec des personnages qui ne sont pas loin d’être des stéréotypes : la femme fatale blonde aux jambes interminables (qui montre ses seins dans une scène sur deux, allez savoir pourquoi…), le méchant sans pitié qui se rêve en homme du monde (Cagney ou Robinson n’auraient pas craché sur un tel rôle), le flic plus malin que les autres prêt à enfreindre les règles, la pure famille américaine.

Sauf que ces stéréotypes cachent des fêlures profondes comme le Grand Canyon. La femme fatale, jouée par Kelly Lynch, est d’une complexité immense, et ressemble plus à une victime, terrorisée par son gangster de mec. Le gangster, donc (Mickey Rourke, encore beau, qui s’apprêtait à chuter tout au fond du trou au niveau personnel et professionnel), est un dur qui tue de sang froid, certes, mais c’est aussi un type bien moins malin qu’il ne l’imagine, et aussi bien moins courageux (il n’y a qu’à voir cette scène mémorable où il s’accroche à la jambe de son ancienne victime pour ne pas voir ce qui l’attend). Et entouré de deux crétins assez gratinés (Elias Koteas, et surtout David Morse, qui se lance en solo dans une cavale qui durera deux secondes et demi, juste à cause de sa bêtise, et qui s’achèvera dans une sorte de communion très belle avec la nature…).

Quant à la pure famille américaine, elle prend un sacré coup dans son image. Ce n’est d’ailleurs plus vraiment une famille puisque monsieur (Anthony Hopkins) a quitté femme (Mimi Rogers) et enfants pour une jeunette à peine plus vieille que sa fille. Et s’il tente de retrouver grâce aux yeux de sa femme, c’est parce que sa maîtresse l’a quitté à son tour. On ne croit pas une seconde à sa sincérité quand il lance à sa femme des grandes déclarations style « je me suis rendu compte que je ne pouvais pas vivre sans toi ». Sans « toit », oui…

Il y a un vrai côté cynique dans ce film, qui raconte en fait la renaissance de cette famille qui, incapable de parler sincèrement et sans masque, ne peut se reformer que par un événement extrême et extérieur. Catalyseur malgré lui de cette réconciliation, Mickey Rourke impose à Mimi Rogers et Anthony Hopkins une cohabitation qu’ils n’étaient plus capables d’envisager par eux-mêmes. Mieux encore : il tue de sang froid, et sans raison apparente, le brave agent immobilier chargé de la vente de cette maison, symbole de la désunion du couple… Il y a des conseillers matrimoniaux un brin moins expéditifs…

Cimino fait de son film une satire, mais il n’oublie ni le récit, ni le rythme : son film est aussi, et surtout, un suspense hyper efficace, où la tension monte constamment jusqu’à l’explosion finale, et la libération (dans tous les sens du mot). Et Anthony Hopkins qui referme la porte criblée de balles sur le cadavre du geôlier (et sauveur) de sa famille…

* Le film est sorti en DVD dans une édition simple chez Carlotta, au printemps 2016.

A nous deux – de Claude Lelouch – 1979

Posté : 7 février, 2011 @ 2:06 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, LELOUCH Claude | Pas de commentaires »

A nous deux - de Claude Lelouch - 1979 dans * Polars/noirs France a-nous-deux

Dès le générique, très beau comme toujours chez Lelouch, le réalisateur nous met de son côté : il a décidément un don presque infaillible pour nous faire glisser directement dans son univers si marqué, dès les toutes premières images, les toutes premières notes de ses films. Et ici, c’est encore le cas, surtout qu’on est en terrain connu : le prologue peut même nous faire croire qu’on est dans une sorte de suite de Le Bon et les Méchants, qu’il avait tourné, déjà avec Jacques Dutronc, en 1975. Même époque (l’après-guerre), mêmes personnages (deux gangsters, Dutronc et Villeret), même couleur sépia…

Mais le sépia laisse vite la place à la couleur, le passé (qui restera très présent tout au long de ce film inhabituellement nostalgique) au présent, et le grand gangster Dutronc à son fils, toujours joué par Dutronc, qui a suivi la même voie que son père, et qui s’apprête à purger une longue peine de prison. Les chats ne font pas des chiens, donc, et un fils de voleur, selon Lelouch, a toutes les chances de suivre la même voie. Je ne commenterai pas cette hypothèse sur ce blog purement cinématographique…

Il y a en tout cas une filiation évidente entre Le Bon et les Méchants et ce A nous deux, qui n’est pas un remake, mais au contraire une sorte de double négatif : après l’entrée difficile dans le banditisme, c’est l’entrée encore plus difficile dans l’honnêteté qui est le sujet principal du film. Parce que c’est ce chemin que suivront Simon (Drutronc) et Françoise (Catherine Deneuve), deux jeunes gens réunis dans une même cavale, tous deux victimes à leur manière de la société : lui par son hérédité, elle parce qu’elle a été violée alors qu’elle menait une vie bourgeoise.

Le poids du passé, le poids de l’hérédité, le poids des préjugés, son omniprésents. Et Lelouch dévoile une facette qu’il cache le plus souvent : un profond pessimisme. Pour ses deux compagnons de route, il n’y a pas de réhabilitation possible. Pas dans cette société en tout cas, pas dans ce pays, pas dans cet environnement qui est le leur. Pour avoir une chance, aussi infime soit-elle, de pouvoir vivre honnêtement, il leur faudra traverser l’Atlantique, et vivre leur rêve américain, dont on ne verra rien qu’une vue lointaine de New York, entourée d’un no man’s land franchement glauque.

Le film est aussi l’un des plus linéaires de Lelouch (et donc celui que je recommanderais en priorité à ses si nombreux et excessifs détracteurs), qui ne sort quasiment pas de son scénario. Peu de digressions, pas d’envolées lyriques… On est pourtant bel et bien dans l’univers du cinéaste, dont le style est bien là. Lelouch (dans un excellent entretien présenté en bonus du DVD) raconte lui-même que son film l’a frustré, que la rencontre entre Catherine Deneuve et Jacques Dutronc n’a pas été à la hauteur de ses attentes. « Il y avait trop de respects entre eux », explique-t-il, regrettant de ne pas avoir réussi à créer ces petits moments de magie « en marge » qui peuplent ses films.

Cher monsieur Lelouch, sachez que vous êtes bien sévère avec vous-même : votre film est un pur moment de cinéma, beau, triste, et en même temps plein d’espoir…

John McCabe (McCabe and Mrs Miller) – de Robert Altman – 1971

Posté : 7 février, 2011 @ 11:45 dans 1970-1979, ALTMAN Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

John McCabe

Un western signé Altman ? Je demandais à voir… Dès les premières images, on se rend compte que la mythologie de l’Ouest américain va en prendre un coup. Bon, pour être précis, il ne s’agit pas de l’Ouest sauvage, ici, puisqu’on est au nord-est de l’Amérique, qu’on est au début du XXème siècle, et qu’il n’y a pas trace d’Indien. Pourtant, on est bel et bien dans un western. Altman en respecte scrupuleusement tous les codes : l’étranger solitaire qui arrive en ville, les saloons poisseux, les putes, le whisky et le poker, les villes-champignons, et l’éternelle guerre entre les petits propriétaires et les grands industriels…

Tout est là, donc. Et pourtant, le film s’évertue à démystifier cette époque, lui enlevant toute trace d’héroïsme. Les glorieux pionniers que l’on voit depuis les premiers temps du cinéma sont ici des hommes et des femmes d’une banalité totale. Des bouseux, mais sans excès. Des grandes gueules, mais qui préfèrent s’occuper de leurs petites affaires plutôt que de chercher la bagarre.

Quant à l’étranger, il arrive précédé d’une réputation de tueur, mais il ne faut pas bien longtemps pour comprendre (comme le tueur qui sera envoyé plus tard dans le film pour l’abattre) qu’il n’a jamais eu à tirer sur un homme. Et s’il n’est pas un lâche, il est littéralement habité par la peur, ce qu’on voit quand même rarement dans un western… Warren Beatty, dans le rôle de cet étranger nommé John McCabe, est formidable : il apporte mine de rien beaucoup de nuances à son personnage, miné par sa frustration de ne pas être assez intelligent, et par son incapacité à déclarer son amour pour cette femme dont il est visiblement dingue.

Cette femme, c’est donc Julie Christie, alias Mrs Miller, pute de luxe venue dans cette petite ville perdue de mineurs proposer à McCabe de gérer pour lui un bordel. Femme dure, bute, mais heureuse de faire son métier. Leur partenariat va faire des étincelles, mais on est pas bête, on sait bien que ces deux-là s’aiment déjà. C’est par bravade, pour faire le beau, que McCabe refuse ‘‘l’offre qu’il ne pouvait pas refuser’’ que lui fait une grande compagnie aux méthodes expéditives pour acheter son établissement. Un refus qui lui vaudra d’être condamné à mort.

Ce qui est beau, dans ce film, c’est la manière dont Altman s’évertue à rendre son western réaliste. Mieux : à plonger le spectateur au cœur de cet environnement certes beau, mais hostile. La nature est palpable, comme le froid, la solitude, la puanteur des gens, et la peur qui s’installe. Et puis il y a les chansons de Leonard Cohen, sublimes et lancinantes, qui illustrent à merveille le film (ou est-ce le contraire ?), ponctuant l’histoire de bout en bout.

Il y a aussi cette magnifique déclaration d’amour d’un McCabe qui se sait condamné, et qui se décide enfin à parler à Mrs. Miller, tournant le dos à la belle (et à la caméra), et parvenant simplement à s’excuser…

A cette scène d’une infinie délicatesse succède un autre passage obligé du western : le duel dans les rues de la ville. C’est presque un film dans le film. Cette longue séquence dans la neige, sans la moindre note de musique, utilise parfaitement le très beau décor : chaque maison, chaque rue, chaque recoin est mis à profit pour cette partie de cache-cache mortel entre McCabe et les trois tueurs venus pour lui.

Altman souligne la solitude extrême dans laquelle se retrouve alors son héros, en rassemblant tout le reste de la population autour d’un autre problème : tous se mobilisent pour éteindre un incendie qui s’est déclenché dans l’église, à peine terminée, dans un grand élan de fraternité et d’enthousiasme. McCabe, lui, est à quelques mètres, défendant sa peau sans que personne ne le remarque. Julie Christie, elle, est déjà partie…

 

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