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Archive pour le 11 janvier, 2011

Les Aventures de Robin des Bois (The Adventures of Robin Hood) – de Michael Curtiz et William Keighley – 1938

Posté : 11 janvier, 2011 @ 6:01 dans 1930-1939, CURTIZ Michael, KEIGHLEY William | Pas de commentaires »

Les Aventures de Robin des Bois

Mais comment diable Curtiz et Keighley ont-ils pu rendre ce film à ce point indémodable ? Parce que, quand même, c’est pas possible de porter des collants aussi moulants, et aussi verts que ça… même pour Robin des Bois. Les costumes, les décors en carton-pâte… Y’a pas moyen, on ne peut pas y croire. Et pourtant, il faut bien reconnaître : presque trois quarts de siècles après sa sortie, cette version de la légende reste la meilleure, la plus passionnante, la plus enthousiasmante, celle qui possède le charme le plus éclatant. Et je serais bien incapable d’expliquer pourquoi…

C’est un pur produit de studio : la Warner a convoqué ses stars maison, avec Curtiz derrière la caméra (difficile de dire ce qu’on doit à Curtiz et ce qu’on doit à Keighley, mais vu le niveau de leurs filmographies respectives, on se dit que le rôle du premier a été prépondérant), et Errol Flynn devant, déjà une immense star grâce à des succès comme Capitaine Blood et La Charge de la bigade légère, deux films signés Curtiz). Ajoutez à ça des seconds rôles d’anthologie : Claude Rains en prince Jean, Olivia de Havilland en Lady Marian, Eugene Palette en frère Tuck, Patrick Knowles en Will Scarlett, et surtout Basil Rathbone en Guy de Gisbourne. Et vous obtiendrez une production hollywood indémodable, comme on les aime.

Il y a bien sûr cette petite touche de magie en plus, ce souffle que Curtiz a su insuffler à tous ses meilleurs films, grâce à une mise en scène soignée et dynamique, mais aussi à l’attention apportée au plus petit des seconds rôles : aucun personnage ne vient affaiblir le rythme du film, qui file comme une flèche en vol.

Flynn, plus athlétique et sautillant que jamais, porte le film vers le haut. On le sent capable de se tirer de toutes les situations, de gravir le mur le plus lisse, de sauter du haut d’un château. Un vrai héros, quoi… Mais un héros dont le sourire éclatant et l’apparente insouciance s’accompagnent parfois d’une colère mal dissimulée, qui rappelle que Flynn n’est pas seulement une star bondissante, c’est aussi un sacré bon acteur.

Et Curtiz est un excellent réalisateur. On lui a parfois reproché de signer des réalisations plan-plan, sans grande recherche formelle. C’est un peu trop vite oublier le duel final entre Robin et Gisboune, l’un des plus beaux de la riche histoire du cinéma d’aventures, qui ne rougit pas de la comparaison avec celui de Scaramouche. Curtiz utilise à merveille son gigantesque décor, alternant plans serrés et plans très larges, les grandes salles vides et les escaliers circulaires, faisant soudain sortir ses duellistes du cadre alors que le combat nous reste visible grâce à un jeu d’ombre somptueux. C’est du grand art, et c’est du grand spectacle.

Fenêtre sur cour (Rear Window) – d’Alfred Hitchcock – 1954

Posté : 11 janvier, 2011 @ 5:49 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred, STEWART James | Pas de commentaires »

Fenêtre sur cour

Qu’est ce qu’il y a de si exceptionnel dans le cinéma d’Hitchcock ? Réponse : absolument tout, et ce Rear Window en est l’une des preuves les plus éclatantes. Qu’on soit bien clair : le film est un pur exercice de style, les ficelles sont grosses comme une corde à nœuds, et toutes les intentions du maître sont dissécables à l’envie (ce n’est pas pour rien que les films d’Hitchcock sont parmi les plus étudiés en école de cinéma : tout y est explicable, compréhensible, clair)… Bref, de n’importe quel autre cinéaste, on se dirait que tout est trop voyant, tiré par les cheveux, réfléchi, qu’il manque la magie du moment, l’impromptu, le délire. Sauf que chez Hitchcock, il ne manque rien. Sa maîtrise totale de la mise en scène ne réduit par la portée de son œuvre, bien au contraire : elle en constitue l’essence même. Et Hitchcock a ce petit plus qui manque à la plupart des réalisateurs, et qu’un esprit scientifique pourrait qualifier ainsi : la « magic touch ».

Ici, ce doigté magique fonctionne à plein. Hitch est dans sa période la plus créatrice, et Rear Window est l’un des sommets de sa filmographie (qui en compte tellement…). Pourtant, il ne choisit pas la facilité en enfermant strictement sa caméra dans une pièce assez étroite, d’où elle ne sortira jamais, pas plus que le personnage principal, L.B. Jeffries, un photographe cloué sur une chaise roulante après un accident, et condamné à observer à la dérobée la vie de ses voisins par la fenêtre, alors que la canicule exacerbe les sentiments de chacun.

Dès le générique de début, qui se déroule sur les stores de l’appartement qui se lèvent comme le rideau sur l’écran d’un cinéma, Hitchcock annonce son intention : son thriller est une mise en abîme du cinéma lui-même, qui fait du personnage principal un spectateur (voyeur) comme les autres. Malin : en plaçant son héros dans la même situation que le spectateur lambda, y compris au moment le plus tendu, Hitchcock renforce de manière étourdissante le suspense qui plane sur le film.

Hitchcock ne s’évite aucun écueil, mais ne commet pas la moindre faute de goût, pas la plus petite baisse de tension. A son personnage de photographe aventurier (James Stewart, qui est de chaque scène, est génial), il associe une gravure de mode (Grace Kelly, à se damner, et particulièrement touchante) ? On flirte avec les lieux-communs, mais Hitchcock transcende cette relation impossible, en faisant de la future princesse une quasi-victime du fossé social qui les oppose. Il faut voir la beauté de chacun des plans qui réunit les deux stars : tous semblent sortir d’un tableau d’un grand maître de la Renaissance…

On pourrait disséquer longuement chaque détail du film : la présentation du personnage de James Stewart grâce à un plan montrant quelques objets personnels ; les toilettes sublimes de Grace Kelly ; l’apparition prémonitoire d’Alfred (en réparateur d’horloge, dans le dernier plan des appartements voisins avant le fameux crime supposé)… On peut aussi souligner à quel point Hitchcock parvient à donner de l’épaisseur aux voisins, qu’on ne voit pourtant que de loin, à la dérobée, sans entendre ce qu’ils disent. Madame « cœur brisée », solitude déchirante sauvée de la mort par la musique, est franchement émouvante, comme le cri de cette femme qui, après la mort de son chien, reproche à tous ses voisins de vivre dans l’indifférence la plus totale.

Cela faisait pas mal de mois que je ne m’étais pas plongé dans l’univers d’Hitchcock, et Fenêtre sur cour constitue une bien belle porte d’entrée.

 

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