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Archive pour le 20 octobre, 2010

White Material – de Claire Denis – 2008

Posté : 20 octobre, 2010 @ 1:15 dans 2000-2009, DENIS Claire | Pas de commentaires »

White Material - de Claire Denis - 2008 dans 2000-2009 white-material

Claire Denis est quand même l’une des rares réalisatrices (ou « teurs ») françaises du moment à savoir créer une atmosphère. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de ses films, qui fuient la plupart du temps tous les effets spectaculaires trop ostentatoires. C’était déjà frappant dans son magnifique Vendredi Soir, où elle créait un climat troublant et délicieusement inquiétant. Ça l’est tout autant dans ce film oppressant et angoissant, qui réussit la double gageure de nous plonger à l’intérieur de l’âme humaine jusqu’à la frontière de la folie, et de nous placer, à hauteur d’homme, au cœur d’un pays d’Afrique (dont on ne connaîtra pas le nom) où des forces rebelles tentent de prendre le pouvoir, créant une insécurité permanente.

Jamais la cinéaste n’est tentée de prendre de la hauteur, et de proposer au spectateur une sorte de regard omniscient. Ce qui l’intéresse dans ce conflit, c’est l’effet qu’il a sur les gens. Sur les indigènes, surtout sur le personnage principal, la propriétaire d’une grande exploitation de café (Isabelle Huppert), installée dans ce pays depuis plusieurs générations, et qui refuse de voir la vérité en face. Malgré le départ de ses ouvriers, malgré les annonces de l’armée française qui quitte le pays, elle s’accroche obstinément à son univers, au-delà duquel elle n’existe pas. Qu’importe pour elle le comportement de plus en plus étonnant et violent de son fils (Nicolas Duvauchelle), qu’importe les tentatives raisonnées de son compagnon (Christophe Lambert, étonnant) qui tente de la convaincre de fuir…

Isabelle Huppert traverse cette période troublée avec une froideur et une insensibilité apparentes très dérangeantes, et que la réalisation vient mettre en valeur. La violence est omniprésente dans White Material, mais on n’en voit quasiment rien, si ce n’est des corps filmés froidement, et que le personnage côtoie sans ciller. Ce pourrait être l’histoire d’un pays qui rend fou, mais c’est tout simplement l’histoire d’une femme qui marche sur les cimes de la folie, prête à chaque instant à y plonger. A travers ce portrait de femme, Claire Denis signe un film pas réellement engagé, mais politiquement inconfortable : impossible de ne pas s’interroger sur les relations entre la France et l’Afrique.

Surtout, Claire Denis signe un film à la beauté lancinante et inconfortable. Une œuvre forte qui, au-delà du plaisir étrange instantané (il y a une vraie grâce qui se dégage de ce film), vous hante durablement.

L’Ange de la Rue (Street Angel) – de Frank Borzage – 1928

Posté : 20 octobre, 2010 @ 12:40 dans 1920-1929, BORZAGE Frank, FARRELL Charles, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

L'Ange de la Rue (Street Angel) - de Frank Borzage - 1928 dans 1920-1929 lange-de-la-rue

Les premières images de ce mélo magnifiques sont trompeuses : on songe alors immanquablement à une version italienne de L’Heure suprême, tourné l’année précédente par Frank Borzage, avec le même couple d’acteurs, Janet Gaynor et Charles Farrell. On retrouve un personnage féminin étonnamment proche, pauvre jeune femme vivant dans une mansarde insalubre, et victime d’une injustice policière. On retrouve aussi un grand décor hollywoodien : une version fantasmée des bas-fonds de Naples, comme le décor du film précédent était une vision fantasmée du Paris de 1914.

La comparaison est d’autant plus incontournable que L’Ange de la rue est une « conséquence » directe de L’Heure suprême : la Fox et Borzage cherchaient un sujet qui pouvait permettre de retrouver l’esprit (et les acteurs) du film, qui a connu un succès immense en salles, le choix se portant finalement sur une pièce de théâtre italienne.

Le film, magnifique, est pourtant très différent : alors que Diane, dans le précédent film, était l’innocence incarnée, Angela, ici, est une jeune femme au regard dur, prête à se prostituer pour trouver l’argent dont elle a besoin, et bien décidée à ne pas tomber dans le piège de l’amour. Dur, volontaire, et parfois impitoyable… Mais tout cela, bien sûr, n’est qu’une façade que la belle a dressé pour se protéger, et qui s’effondrera grâce à un jeune peintre aussi pauvre que talentueux, qui saura découvrir sa vraie personnalité. C’est lorsqu’elle découvre le portrait qu’il a fait d’elle, et où il la présente comme une vision angélique, que le masque tombe, et que les deux jeunes solitaires se trouvent enfin…

L’Ange de la Rue, curieusement, est peut-être plus dur que L’Heure suprême, même si le spectre de la guerre ne plane pas sur ce Naples d’opérette. Alors que Diane et Chico étaient mus par une foi à toute épreuve, que même la mort ne pouvait pas venir remettre en question, Angela et Gino sont séparés par le mensonge, les non-dits, et la difficulté de croire en l’autre les yeux fermés. Mais chez Borzage, l’amour est plus fort que tout, et la rédemption arrive au moment où on l’attend le moins… dans une église, dans une scène qui évoque furieusement L’Aurore de Murnau, dont Borzage était un proche, les deux hommes ne cachant pas leur admiration l’un pour l’autre.

Mélange très heureux de légèreté et de gravité, L’Ange de la Rue est un mélo sublime, porté par l’un des plus beaux couples de cinéma de l’histoire. L’alchimie parfaite qui existe entre Janet Gaynor et Charles Farrell est sublimée par la manière dont Borzage filme les séquences intimes. Elle trouve son apogée dans deux scènes extraordinaires : le dîner déchirant où Angela fait ses adieux, sans lui dire, à Gino ; et les retrouvailles douloureuses, dans la brume du port, où les deux amoureux marchent longuement, deux solitudes rongées par la rancœur ou le remord, qui se dirigent lentement l’un vers l’autre. C’est visuellement somptueux, et d’une immense force émotionnelle…

 

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