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Archive pour le 3 septembre, 2010

Seven Swords (Chat gim) – de Tsui Hark – 2004

Posté : 3 septembre, 2010 @ 2:45 dans 2000-2009, TSUI Hark | Pas de commentaires »

Seven Swords

Les premières images, dans une sorte de bichro assez laide, font craindre le pire : Tsui Hark s’est-il laissé débordé par ses ambitions (énormes) dans ce qui est à ce jour son film le plus énorme ? Heureusement, non : après cette première séquence très violente et un peu déroutante, le grand Tsui Hark, celui qui a signé quelques-uns des plus beaux films des années 90 (Ah ! Green Snake… Aaahhhhh ! The Lovers…) est toujours digne de sa légende : l’un des plus grands cinéastes de Hong Kong, si ce n’est « le » plus grand, n’a pas perdu son âme lors de sa double expérience Van Dammienne, et Time and Tide, extraordinaire film de gangsters au début des années 2000, n’était pas un dernier sursaut.

Qu’on se le dise : en renouant avec le Wu Xia Pian (le film de sabre), genre qu’il avait modernisé, et même révolutionné avec la saga Il était une fois en Chine, le cinéaste signe une œuvre presque aussi forte que The Blade, son chef d’œuvre insurpassable. Tsui Hark retrouve la même rage hallucinante dans les (nombreuses) scènes de bataille, et la même inspiration lorsqu’il s’agit de filmer les paysages, magnifiques, et les personnages dans les scènes apaisées. Les femmes, en particulier, ont toujours été magnifiées par la caméra de Tsui : Maggie Cheung dans L’Auberge du Dragon ou Valerie Chow dans The Blade, étaient simplement sublimes. C’est encore le cas ici, avec Charley Young (déjà vue dans The Lovers et Dans la Nuit des Temps, de Tsui Hark), ou la Coréenne So-yeun Kim, l’un des plus rôles du film.

Les femmes jouent d’ailleurs un rôle central dans ce film pourtant riche en testostérones. Parce que l’un des « sept sabres » du titre est utilisé par une femme (l’un des pires méchants est aussi une méchante), mais aussi parce que tous les ressorts dramatiques reposent sur les personnages féminins, à commencer par la décision de sauver l’étranger du lynchage. Bref, il y a bien un cœur romantique qui bat derrière cette façade de brute.

L’histoire se déroule vers 1660, dans une contrée reculée de Chine, alors que l’Empereur a interdit toute pratique du kung-fu, sous peine de mort. Une armée impitoyable est envoyée pour décimer des villages entiers (femmes et enfants compris), soupçonnés de pratiquer encore cet art ancestral. Un étranger leur vient en aide, mais est condamné par la population qui reconnaît en lui un ancien tortionnaire. Grâce à une jeune villageoise et au futur beau-fils du chef du village, il parvient à s’échapper et va demander l’aide d’un vieux sage au sommet d’une montagne, qui demande à quatre grands guerriers de sortir de leur retrait… Le groupe de sept revient pour sauver le village, menacé par des centaines d’hommes.

Le film est adapté d’une nouvelle chinoise, mais l’influence des Sept Samouraïs est évidente : les rebondissements sont différents, mais la toile de fond est la même. Avec Les Sept Mercenaires, John Sturges avait signé un remake purement américain, mais très imprégné de l’influence du film de Kurosawa. Avec Seven Swords, Tsui Hark boucle la boucle : le film a quelque chose de westernien, qui évoque le film de Sturges, mais n’en est pas moins une œuvre purement chinoise, où les traditions sont respectées. Sept Samouraïs, sept mercenaires, sept sabres… le mythe n’a cessé de s’enrichir en changeant de continent. Contrairement à Ang Lee, qui avait un peu perdu l’âme des wu xiao pang avec Tigre et Dragons (qui singeait les films chinois plus qu’il ne s’en inspirait), Tsui Hark a su enrichir son style (et le genre) en s’imprégnant de cultures étrangères, tout en restant fidèle à un cinéma dont il reste l’un des plus grands représentants.

Furie (Fury) – de Fritz Lang – 1936

Posté : 3 septembre, 2010 @ 1:04 dans 1930-1939, LANG Fritz, SIDNEY Sylvia | Pas de commentaires »

Furie (Fury) - de Fritz Lang - 1936 dans 1930-1939 furie-lang

Premier film américain de Fritz Lang, Furie est un film immense, probablement celui qui décrit le mieux le comportement inhumain d’une foule, comment des hommes et des femmes, aussi bons soient-ils individuellement, peuvent s’influencer les uns les autres et devenir de véritables bêtes sauvages. Lang plonge au cœur de la population, au cœur de la foule, pour ne rien perdre de ce processus, mais il le fait sans appuyer le trait, sans jamais s’appesantir. D’ailleurs, en à peine plus de 90 minutes, le cinéaste a le temps de faire non pas un, mais deux films, autour de cette histoire d’un homme arrêté par erreur, et que la population d’un petit village tentera de lyncher parce qu’elle le prend pour le kidnappeur qui terrorise la région.

Le premier de ces « films » décrit le mécanisme implacable de la foule, et Lang utilise tous les outils du ciné-reportage (ce n’est d’ailleurs pas un hasard si on voit des caméras filmer le lynchage), avec une alternance de gros plans et de plans larges, de plongées et contre-plongées, et un montage sec et nerveux, qui mettent littéralement le spectateur au cœur de l’action, au milieu de cette foule qui avance. Le « second film » s’intéresse aux conséquence, terribles, du lynchage, et emprunte au « film de procès », sous-genre qui a toujours été très populaire en Amérique, et que Lang utilise ici pour poser le débat . Les deux parties du film, radicalement différentes dans leur ton, s’équilibrent parfaitement : Lang décrit, sans concession, et sans atténuer ni la gravité des faits, ni l’horreur du comportement de ces citoyens au-dessus de tout soupçon ; mais il se garde bien de tout jugement, et c’est bien ce qui rend le film aussi passionnant, et aussi dérangeant.

Dérangeante aussi : la prestation de Spencer Tracy, dont la métamorphose est impressionnante. Du Mr. Nice Guy qui montre le bon exemple à ses frères, et choisit de travailler d’arrache-pied loin de sa fiancée durant de longs mois pour pouvoir fonder un foyer, à l’inquiétant bloc de haine qui le pousse à la plus terrible des vengeances, le fossé est incroyablement large, et l’interprétation de Tracy d’une grande force. Peut-être Victor Fleming a-t-il pensé à la métamorphose de l’acteur dans Furie, lorsqu’il a pensé à lui pour interpréter Docteur Jeckyll et Mister Hyde, cinq ans plus tard…

Parfait contrepoint de la haine trimballée par Tracy, la douce Sylvia Sidney, muse incontournable de Lang pour ses débuts hollywoodiens (le cinéaste la dirigera de nouveau dans J’ai le droit de vivre en 1937, et dans le méconnu Casier judiciaire, en 1938), incarne la raison et l’empathie. C’est elle qui pose la vraie question soulevée par le film : peut-on juger individuellement les membres d’une foule ? Ne comptez pas sur Lang pour donner une réponse tranchée à cette question. Les responsables du lynchage regrettent-ils leur geste ? Peut-être, mais ces regrets ne deviennent évidents que lorsqu’ils découvrent qu’eux-mêmes encourent la plus lourde des peines…

Lang réussit là des débuts éclatants à Hollywood, et montre dès ce premier film ses ambitions, énormes. Il filme comme peu de cinéastes avant lui (on peut citer le Eisenstein du Cuirassé Potemkine, et surtout de La Grève, sans doute une référence pour Lang), l’âme de la foule : non pas comme une masse informe, mais comme une accumulation de visages déformés par la colère et la soif de sang. Ces visages restent longtemps en mémoire, notamment ce petit plan furtif montrant une mère, son enfant dans les bras, les yeux écarquillés et le sourire sadique, attendant avec envie de voir le pauvre Spencer Tracy brûler dans sa cellule…

 

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