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Archive pour le 29 août, 2010

Tueur à gages (This Gun for hire) – de Frank Tuttle – 1942

Posté : 29 août, 2010 @ 4:39 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DE CARLO Yvonne, LAKE Veronica, TUTTLE Frank | Pas de commentaires »

Tueur à gages (This Gun for hire) - de Frank Tuttle - 1942 dans * Films noirs (1935-1959) tueur-a-gages

Il y a un petit détail, dans ce film, qui me remplit de bonheur, allez savoir pourquoi. Une petite scène où Veronica Lake découvre le vrai visage de son employeur, le gros Laird Cregar, lorsque ce dernier lui offre un bonbon à la menthe. C’est tout. Il n’y a rien de plus dans cette scène : juste la proposition de Cregar, puis le regard de Lake qui s’illumine… C’est naïf et daté évidemment : on n’imagine pas le méchant se trahir par un bonbon à la menthe, aujourd’hui. Eh bien c’est dommage ! Parce que cette naïveté faisait le charme de ces films noirs des années 40, qui, même s’ils étaient produits à la chaîne, gardent une fraîcheur incomparable. C’est un détail minime, infime, mais qui, allez savoir pourquoi, vraiment, m’a tiré un sourire de bien-être aussi large que la chevelure de Veronica Lake est blonde…

Il y a pourtant bien d’autres choses à dire sur cette excellente adaptation d’un (excellent) roman de Graham Greene. Dire, par exemple, que le personnage du tueur a très largement inspiré celui d’Alain Delon dans Le Samouraï : le début du film de Melville est un copier-coller de celui de Tuttle. On découvre ici le tueur (Ladd), seul dans un petit meublé, menant une vie sans joie et sans d’autre compagnie que celle d’un chat de gouttière (un oiseau en cage pour Delon). Le début de Tueur à gages est plus percutant encore, peut-être, marqué par un accès de violence du personnage de Ladd, qui frappe une femme de chambre sans retenue parce que cette dernière  avait donné un coup de pied au chat. En quelques images seulement, Tuttle introduit le personnage principal, dont on a déjà compris qu’il était un tueur à gages, coupé de la vie en société, violent et ému par les chats (et les enfants, comme on le verra dans la scène suivante), seuls êtres encore innocents à ses yeux. Bref, pas un rigolard.

On pourrait dire aussi que le film est historique. Pas parce qu’on y trouve le carton « introducing Alan Ladd » : l’acteur est déjà apparu dans de nombreux films depuis une dizaine d’années, et notamment celui d’un journaliste dans Citizen Kane. Mais parce qu’il marque la première rencontre de Ladd avec Veronica Lake, avec qui il tournera sept films (dont les chef d’œuvre La Clé de Verre et Le Dahlia Bleu). Et quelle rencontre : dans un train de nuit, où la belle surprend le dur en flagrant délit de chapardage. Dès le premier regard, l’alchimie est présente, totale : ces deux-là sont faits pour jouer les couples de cinéma. Elle, sublime mélange de force et de fragilité, que l’on sent capable de toutes les audaces, mais qui semble en même temps totalement inadaptée à la violence qui l’entoure. Lui, bloc de virilité absolue, au regard à la fois dur et étrangement enfantin.

Ils sont faits l’un pour l’autre, c’est une évidence. Et elle sera d’ailleurs l’ange qui lui permettra, sinon de se racheter (aussi charismatique soit-il, Raven, le personnage de Ladd est tout de même un tueur impitoyable, qui n’hésite pas à tuer des femmes innocentes de sang froid, ou de jeunes policiers qui cherchent à l’arrêter), au moins de connaître un état fugace d’apaisement (ah ! ce sourire d’Alan Ladd ! ne cherchez pas, il ne dure qu’une demi-seconde, et il n’y en a pas d’autres dans le film). Un baiser de Veronica Lake, même sur la joue, c’est peut-être bien une raison suffisante d’avoir vécu…

Le « couple » Veronica Lake/Alan Ladd (couple de rêve, mais le « vrai » couple du film est celui incarné par Veronica et le sympathique Robert Preston, qui jouera le pote de Ladd qui tourne mal dans l’excellent Smith le Taciturne) vampe littéralement le film, mais on pourrait dire aussi énormément de bien du travail réalisé par Frank Tuttle, qui réussi à instaurer un vrai climat dans son film, grâce à de nombreuses séquences mémorables : la scène d’ouverture, donc, mais aussi celle, moins spectaculaire mais tout aussi tendue de la première rencontre entre Alan Ladd et Laird Cregar. Ou encore la séquence où Ladd se cache dans une cabine téléphonique (mouais, là, franchement, pas bien malin…). Troublante aussi, cette scène où le tueur est sur le point d’abattre la belle… A vrai dire, on pourrait presque toutes les citer, jusqu’à cette formidable course-poursuite finale.

Tuttle signe là son chef d’œuvre sans aucun doute : il ne retrouvera jamais un tel état de grâce, et ne signera plus de films aussi mémorables. Curieuse coïncidence : en 1935, Tuttle avait réalisé une adaptation de La Clé de Verre, de Dashiell Hammett. Sept ans plus tard, juste après le tournage de Tueur à gages, c’est dans une nouvelle adaptation du roman que Veronika Lake et Alan Ladd allaient déjà se retrouver, cette fois devant la caméra de Stuart Heisler. Mais ça, ça fera l’objet d’une autre chronique.

Le Voyage de la peur (The Hitch-Hiker) – de Ida Lupino – 1953

Posté : 29 août, 2010 @ 3:16 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, LUPINO Ida | Pas de commentaires »

Le Voyage de la peur

Soixante-dix minutes, pas une de plus : Ida Lupino, pour son unique incursion dans le film noir (derrière la caméra en tout cas, parce que devant, la belle est une habituée, de Une Femme dangereuse à La Femme aux cigarettes en passant par High Sierra), signe un film dépouillé, et tranchant comme une lame de rasoir. Aussi tranchant que le visage hallucinant du méchant interprété par un William Talman inoubliable, sorte d’incarnation du mal absolu, visage cauchemardesque orné d’un œil paralysé qui ne se ferme jamais… Un « détail » apparemment authentique (en tout cas d’après ce grand malade passionnant qu’est Stéphane Bourgoin, qui évoque le film dans un bonus du DVD édité chez Bach Films ; le film est en tout cas inspiré d’une histoire vraie, qui s’est déroulée au tout début des années 50), mais qui se révèle très cinématographique : il donne surtout lieu à une scène mémorables de nuit, durant laquelle les deux héros (Frank Lovejoy et surtout Edmond O’Brien, formidable) sont incapables de savoir si leur bourreau dort ou les observe… Une idée géniale formidablement utilisée.

L’histoire est très simple : deux hommes en virée prennent un inconnu en stop. Leur passager se révèle vite être un tueur en série que toutes les polices recherchent, et qui assassine froidement les automobilistes qui ont le malheur de s’arrêter… Ce contexte est exposé en quelques plans de nuit extraordinaires, au début du film, sans aucun dialogue et avec la caméra fixée sur les pieds du tueur. Une entrée en matière nerveuse et percutante, soulignée par la musique de Leith Stevens, compositeur surtout connu pour sa partition écrite pour The James Dean Story, le film de Robert Altman). Le film ne se pose un peu que lorsque le visage du tueur apparaît enfin, vision d’horreur sortant de l’ombre à l’arrière de la voiture des deux héros. Ce qui suit est un long huis-clos étouffant, dans des paysages de désert pourtant immenses.

Ida Lupino, star d’Hollywood depuis 1940, rêvait d’indépendance, et a fondé sa propre société de production avec son compagnon Collier Young, avec l’objectif de remettre le réalisateur au cœur du processus de création cinématographique. C’est au sein de cette société qu’elle a réalisé tous ses films, débarrassée des contraintes imposées par les studios. Le Voyage de la Peur est sans doute le moins engagé de ses films (c’est sa seule incursion dans le cinéma de genre, la réalisatrice optant généralement pour des thèmes sociaux à contre-courant). C’est aussi le seul de ses films sans personnage féminin à l’écran (même si la présence des épouses des deux héros est importante dans leur comportement et leurs choix), Lupino s’étant fait une spécialité des personnages de femmes blessées.

A part dans sa filmographie, le film est pourtant représentatif de son approche sans concession du cinéma, et de sa recherche de la liberté artistique. Dur et violent, ce métrage est certes court, mais il est éprouvant : la menace est toujours palpable sur la tête des deux « héros », personnages de messieurs tout le monde, hommes mariés vaguement tentés de s’encanailler, mais retenus par des valeurs matrimoniales assez rares dans le cinéma de genre. Ces deux hommes tranquilles ne sont pas des héros quand le film commence, et ils ne le sont pas plus lorsqu’il se termine.

La fin, aussi, est formidable. Après une petite chute de tension au début du dernier tiers, la conclusion du film est une nouvelle fois loin des conventions habituelles du genre. Tournée dans une nuit profonde, où on devine parfois l’action plus qu’on ne la voit, cette conclusion révèle en quelques plans seulement une fêlure profonde chez tous les personnages, et même une humanité inattendue chez ce méchant qui semblait jusqu’alors dénué de tout sentiment.

North Face, duel au sommet (Nordwand) – de Philipp Stölzl – 2008

Posté : 29 août, 2010 @ 11:54 dans 2000-2009, STÖLZL Philipp | Pas de commentaires »

North Face

Bon, c’est vrai qu’il est difficile de ne pas filer le vertige avec un « film de montagne » : même dans les films les plus approximatifs, les réalisateurs réussissent toujours au moins une scène ou deux en utilisant les vieux trucs : un piton qui se décroche, une avalanche qui menace, une corde qui menace de rompre… Des trucs aussi usés qu’efficaces, qui sont à la portée du premier vidéaste amateur venu. Mais là il faut bien le dire : c’est le film de montagne (un genre en soi, donc) le plus traumatisant qu’il m’ait été donné de voir. D’un réalisme absolu, le film n’use des effets de suspense classiques que pour mieux souligner la psychologie des personnages, et la cruauté de leur destin. Et parce qu’on s’attache aux personnages, parce qu’on suit de près tous leurs choix, on marche comme dans aucun autre film du genre, et les images continuent à nous hanter longtemps après la fin du générique…

Les images sont très belles, d’ailleurs. Il faut dire que Philippe Stölzl a eu les moyens de ses ambitions. Cette très grosse production allemande est pourtant restée inédite dans les salles françaises. Mais heureusement, une fois encore, le DVD est là pour rattraper cette erreur, et découvrir ce film inspiré d’une histoire vraie : en 1936, pour le troisième Reich d’Hitler, pour prouver au monde entier la valeur de l’Allemagne nazie, à la veille des JO de Berlin, pousse deux militaires sans grade, amateurs d’alpinisme, à s’attaquer à la face Nord de l’Eiger, encore inviolée, et réputée être la plus dangereuse d’Europe… Le film suit la préparation, et toutes les étapes de cette aventure, dont on taira la fin ici pour garder le suspense entier.

Le réalisateur n’évite pas toutes les facilités, il faut bien le reconnaître. Il y a notamment, durant la partie la plus difficile de l’escalade, un montage qui alterne les plans montrant les héros braver le froid et les éléments déchaîner, et les plans montrant les observateurs confortablement attablés dans un hôtel autour d’un énorme repas. Et ça dure, ça dure, histoire de bien nous faire comprendre que ces observateurs sont un brin cyniques, tout de même. Franchement, on avait compris en trois secondes…

Mais on passe vite sur cet aspect un peu lourdingue du film. Tout le reste est brillamment réussi : la reconstitution des années 30 d’abord, grâce à un beau travail sur les costumes et les décors, mais aussi sur la photographie. L’image, tirant sur le sépia, est remarquable. Et puis il y a les personnages, surtout, l’un fougueux, l’autre plus tempérée, mais qui se retrouvent autour d’une même passion pour laquelle ils sont prêts à tout risquer. Il y a aussi le personnage féminin, journaliste débutante ballotée entre son ambition et son amour pour l’un des deux héros. Johanna Vokalek, qui l’interprète, est particulièrement touchante, l’émotion passant essentiellement par son beau regard à la fois perdu et combattif.

La force de Stölzl, c’est la manière avec laquelle il réussit à filmer le destin en marche. Sans jamais forcer le trait (ou presque : il y a tout de même une scène un peu lourdement appuyée où l’un des deux décide de récupérer une corde qu’il avait tendue entre deux rochers), le réalisateur nous fait ressentir le poids énorme de la moindre décision prise par les alpinistes. C’est éprouvant, et sacrément efficace.

C’est un détail, mais je suis aussi bien reconnaissant à Stölzl d’avoir résolu un mystère qui me hantait depuis des années. Je ne suis pas spécialiste en montagnes, et je n’avais jamais compris comment, après une longue chute, le personnage de Clint Eastwood dans La Sanction pouvait pendre au bout d’une corde… juste devant l’entrée d’un tunnel qui semble sortir de la montagne. Dans North Face, Philippe Stölzl, qui maîtrise parfaitement l’espace, réussit à nous faire savoir à tout moment où se trouvent les personnages les uns par rapport aux autres… et à m’expliquer par la même occasion ce qu’est ce fameux tunnel.

 

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