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Archive pour le 19 août, 2010

La Femme infidèle – de Claude Chabrol – 1968

Posté : 19 août, 2010 @ 4:43 dans 1960-1969, CHABROL Claude | Pas de commentaires »

La Femme infidèle - de Claude Chabrol - 1968 dans 1960-1969 la-femme-infidele

Etrange… Ce bon vieux Chabrol m’avait laissé le souvenir d’une atmosphère un peu langoureuse, voire sulfureuse. Il n’en est rien. Stéphane Audran est belle à damner (comme toujours devant la caméra de son compagnon d’alors, qui la filme comme s’il la caressait), mais elle est bien le seul élément de séduction de ce film ostensiblement froid et austère. De cette époque-là, celle de ses grands classiques (il enchaîne avec Que la bête meure et Le Boucher), La Femme infidèle est sans doute le film qui rappelle le plus que Chabrol fut l’un des pères-fondateurs de la Nouvelle Vague. Il filme ses personnages avec beaucoup de distance et une absence totale de passion, ce qui peut paraître un peu déroutant pour une histoire qui tourne autour d’un crime passionnel.

Mais c’est cette austérité qui rend le film si troublant, et la critique de cette fameuse bourgeoisie de province (la grande obsession du cinéaste, avec la bouffe, de A double tour à La Fille coupée en deux) si puissante. En évitant consciencieusement tous les effets cinématographiques qui auraient pu rendre sa critique trop évidente, Chabrol nous montre une famille parfaite, qui mène une vie parfaite et sans histoire, dans une maison de campagne baignée de soleil et agréablement ombragée. Une famille modèle, quoi, mais qui fait froid dans le dos, comme font froid dans le dos les relations du père avec son fils, ou les déclarations d’amour de Michel Bouquet à Stéphane Audran. Rarement on aura entendu un « Je t’aime » déclamé avec une aussi flagrante absence de passion.

Parce qu’il est rapidement évident que ce qu’aime le personnage de Bouquet, c’est l’image qu’ils donnent du bonheur, plutôt que le bonheur lui-même. Incapable de passion, il voit dans le personnage de Maurice Ronet une menace qui pèse sur l’équilibre si parfait de sa vie, plutôt qu’un rival dans le cœur de sa belle épouse. La longue séquence du meurtre, et surtout de l’après-meurtre, montre bien le sang-froid naturel de cet homme incapable d’éprouver le moindre  sentiment, ou le moindre remords.

Bouquet est formidable. Mais Stéphane Audran l’est tout autant. Contrairement à son mari dans le film, elle laisse transparaître quelques bribes d’émotion tout au long du film. De pulsions de femme, aussi. Les larmes qu’elle se laisse aller à verser après avoir appris la mort de son amant relèvent d’ailleurs sans doute plus de la frustration de voir sa « soupape » disparaître, plutôt que de la douleur de perdre son amour. Au fond, son personnage tient tout autant à cette vie d’apparence que le couple a sans doute mis des années à construire. Lorsqu’elle comprend que son mari a tué son amant (mais ne l’a-t-elle pas su tout de suite ?), sa décision est naturellement prise : pas question de le dénoncer à la police. Cette histoire ancienne qu’elle a déjà oubliée n’a aucun poids face au vernis qui recouvre sa vie, et qui s’apprête pourtant à craquer.

Chabrol fera encore mieux (notamment avec Juste avant la Nuit, qui reformera trois ans plus tard le même couple Stéphane Audran-Michel Bouquet), mais en signant un film totalement dépassionné, il plonge le spectateur dans l’état d’esprit de ses personnages, et signe avec La Femme infidèle l’un de ses films les plus dérangeants.

Tempête sur l’Asie (Potomok Chingis-Khana) – de Vsevolod Poudovkine – 1928

Posté : 19 août, 2010 @ 1:55 dans 1920-1929, FILMS MUETS, POUDOVKINE Vsevolod | Pas de commentaires »

Tempête sur l'Asie (Potomok Chingis-Khana) - de Vsevolod Poudovkine - 1928 dans 1920-1929 tempete-sur-lasie

Son visage et son regard sont opaques, presque imperméables, mais on n’est pas prêt d’oublier la prestation de Valery Inkijinoff, extraordinaire bloc de fureur retenue, qui habite ce film fascinant de Poudovkine, sans doute le chef d’œuvre du (grand) réalisateur de La Fin de Saint-Petersbourg. Dans le rôle d’un trappeur modeste, venu des steppes les plus reculées de Mongolie, que les Anglais voudront placer à la tête du pays lorsqu’ils le prendront pour « le descendant de Genghis Khan » (c’est la traduction littérale du  titre original), Inkishanov symbolise tout le peuple mongol opprimé de ces années 1920.

Avec Tempête sur l’Asie, Poudovkine a bel et bien signé un film symbolique. Le destin de ce jeune trappeur semble difficile à croire sur le papier ; mais à l’écran, il représente le destin d’un pays à la botte des Anglais (représentés d’une manière particulièrement odieuse), humilié et presque anéanti, jusqu’à ce que la fierté du peuple et sa volonté de rester libre ne finisse par entraîner une réaction qu’il semblait incapable d’avoir. C’est vrai du peuple mongol, et c’est vrai du personnage principal qui, après une première réaction violente (pour s’être fait volé une magnifique peau de renard), et après un bref passage au sein d’un groupe de résistant, se laisse juger, se laisse exécuter, ne doit la vie sauve qu’à ses ennemis (et à un concours de circonstance incroyable), et se laisse manipuler comme un objet, jusqu’à être travesti en « respectable » occidental… Mais derrière le masque de l’acteur, on devine la rage qui s’emmagasine. Et lorsqu’elle se libère, enfin, c’est une véritable explosion de colère et de rancœur, que rien ni personne ne peut arrêter. Le trappeur détruit tout autour de lui, la réaction du peuple mongol est lancée…

Tempête sur l’Asie n’a rien d’un documentaire, mais il décrit pourtant magnifiquement bien l’état d’esprit d’un peuple, rongé par l’humiliation et avide de liberté. Tourné dans d’impressionnants décors naturels (des steppes infinies et glaçantes aux verdoyantes montagnes, en passant par les villages de trappeurs très « westerniennes »), ce film rappelle qu’il n’y a pas qu’Eisenstein dans le cinéma muet russe. Loin de là.

Le monde entier a découvert Valery Inkijinoff grâce à ce film. L’acteur connaîtra à partir du début des années 30, et jusqu’à sa mort en 1973, une belle carrière internationale, apparaissant notamment dans Les Pirates du Rail et Les Pétroleuses de Christian-Jacque, Michel Strogoff de Carmine Gallone, Le Tigre du Bengale et Le Tombeau Hindou de Fritz Lang, La Tête d’un homme de Julien Duvivier, ou encore Les Tribulations d’un Chinois en Chine : le fameux Mr. Goh, c’était lui.

 

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