Play it again, Sam

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La Dame et le Barbu /La Femme et les favoris / La Dame et les barbes (Shukujo to hige) – de Yasujiro Ozu – 1931

Classé dans : 1930-1939,FILMS MUETS,OZU Yasujiro — 19 mai, 2024 @ 8:00

La Dame et le barbu

Il y a des perles dans la période muette d’Ozu. La Dame et le Barbu est, disons, une curiosité : une pure comédie à peine teintée de quelques touches mélancoliques, qui revendique une vraie légèreté, plutôt rare dans la filmographie du cinéaste.

Parti pris amusant : la plupart des gags tournent autour du corps humains. Les mains sur lesquels tape le bâton de kendo, les orteils que le héros sans chaussettes tente de dissimuler, le ridicule de certains personnages qui passe par leur dentition… et bien sûr la barbe du héros, joué par une grande star de l’époque, Tokihiko Tokada.

Doit-il ou garder cette barbe d’un noir profond ? C’est tout l’enjeu du film, et le grand dilemme de cet homme dont on ne sait s’il est plus séduisant avec ou sans. On n’est certes pas dans la veine la plus profonde d’Ozu. Pourtant, le bien nommé La Dame et le Barbu s’inscrit parfaitement dans sa filmographie.

On y retrouve à la fois la légèreté se heurtant à une rude réalité de ses comédies d’étudiants, mais aussi quelques thèmes chers à Ozu : le choix de se marier ou non, la confrontation de la tradition et de la modernité (symbolisée par les différents personnages féminins), ou l’influence de la culture américaine qui, ironiquement, prend la forme d’une grande affiche du Chant du Bandit, film avec Laurel et Hardy « all talking » (alors que Ozu repoussera jusqu’en 1933 son passage au parlant).

Ozu s’amuse (et nous avec), et pose surtout les bases d’un cinéma plus personnel. Quelques scènes sont déjà mémorables. Avec des trouvailles formelles, comme ce superbe jeu de lumières balayées sur l’intérieur d’une voiture dans la nuit. Et des plans magnifiques sur le visage de la « mauvaise fille », qui se prend à rêver d’une autre vie. Même dans la pure comédie, une douce mélancolie, déjà.

Ben-Hur (id.) – de William Wyler – 1959

Classé dans : 1950-1959,WYLER William — 18 mai, 2024 @ 8:00

Ben-Hur

Soirée grand classique, avec cette giga-production qui reste le recordman du nombre d’Oscars (avec Titanic et Le Seigneur des Anneaux)… et dont les séquences d’action restent autrement plus impressionnantes que celles du Retour du Roi, étouffées par les effets numériques. En 1959, bien sûr, chaque figurant à l’écran est véritablement un figurant sur le plateau. Et pour certaines scènes, ça devait faire un sacré plateau.

Surtout, il y a cette fameuse course de chars, si souvent copiée (jusque dans Star Wars I), long moment de bravoure qui est l’un des points de convergences du film (l’autre étant le chemin de croix de Jésus). Comment qualifier cette scène des chars?… En un mot, disons : incroyable. Pour elle seule, la vision de ce film-fleuve de plus de 3h30 se justifierait, tant elle est impressionnante.

On ne peut qu’imaginer la vision et le travail de préparation qu’il a fallut pour réussir une séquence aussi longue, aussi spectaculaire, et aussi dense émotionnellement. Et elle reste, 65 ans après, un chef d’œuvre d’intensité, avec une caméra virtuose mais jamais gratuitement, qui filme à la fois la puissance des chars et des chevaux qui les tirent, et les visages des acteurs au cœur de l’action.

Cette séquence est la partie immergée d’un immense iceberg (encore que dans la chaleur étouffante de la Judée, l’image n’est peut-être pas la plus judicieuse). Parce que Ben-Hur est un film particulièrement touffu, et ambitieux, qui raconte dans le même mouvement l’affrontement de deux amis d’enfance devenus ennemis farouches, et l’opposition du peuple juif et de l’oppresseur romain, à l’époque de Jésus.

Le roman de Lewis Wallace dont le film est l’adaptation s’appelle d’ailleurs Ben-Hur : a tale of the Christ. Ce qui peut faire craindre aux indécrottables athées comme moi une grosse production prosélyte comme Hollywood a su en faire. On n’en est pas loin à de brefs moments (la scène d’ouverture avec l’étoile du berger qui s’allume comme un phare, ou le miracle final). Mais pour l’essentiel, le film évite habilement toute religiosité pour dépeindre un pays oppressé, qui trouve l’espoir dans la parole d’un prêcheur très convaincant.

Mieux que ça : le propos de Ben-Hur reste terriblement d’actualité, à plus d’un titre, dressant le constat d’une humanité qui est quand même rudement douée pour gâcher les belles choses. Comme les amitiés fraternelles, en l’occurrence, le cœur du film : cet affrontement si terrible et absurde entre Ben-Hur et Messala, Charlton Heston (dans son rôle le plus iconique) et Stephen Boyd (dans son rôle le plus célèbre), deux amis d’enfance si proches séparés par la marche du monde.

Ben-Hur reste un film parfaitement efficace, et souvent très beau. Il y a bien quelques moments pesants, dus pour l’essentiel à une volonté d’étaler à l’écran les gigantesques moyens à disposition, et qui auraient gagnés à être plus resserrés, plus modestes. Mais Wyler sait tirer de beaux moments intimes des innombrables morceaux de bravoure, ne s’éloignant jamais de ce qui est au cœur du film : l’humanité.

Expendables 4 (Expend4bles) – de Scott Waugh – 2023

Classé dans : 2020-2029,ACTION US (1980-…),STALLONE Sylvester,WAUGH Scott — 17 mai, 2024 @ 8:00

Expendables 4

Une performance d’acteur, ou d’actrice, peut sauver un film. En l’occurrence celle de Megan Fox, comédienne que je découvre tardivement, étant passé à côté de tous les films de Michael Bay qu’elle a tournés. Sa prestation dans ce quatrième volet de la saga créée par Stallone donne furieusement envie de rattraper ce retard, et de profiter autant que possible de la puissance de son jeu, du trouble et de l’émotion qu’elle fait ressentir derrière ses aspects d’action-hero…

Oh !… Si on peut plus rire, maintenant. On ne va quand même pas prendre au sérieux cette suite qui a bien failli ne jamais exister, et qui aurait mieux de ne pas ! Parce que non, il n’y a à peu près rien à sauver ici. Et certainement pas la prestation incroyablement piteuse de Megan Fox, qui atteint une sorte de perfection dans la caricature de la poupée inexpressive. Tiens, en parlant de poupée, une sorte d’inverse absolu de Margot Robbie (rapport à Barbie).

Presque dix ans se sont écoulés depuis le troisième Expendables, déjà mou du genou. Le concept plutôt excitant du premier film a fait pshiit. En guise de vétérans du cinéma d’action, on a quelques seconds couteaux pas si vieux, un guest dont la carrière est en roue libre (Andy Garcia… bien loin de ses glorieux débuts), une poignée de spécialistes des arts martiaux (dont Tony Jaa), quelques jeunes remarquablement dénués de charisme, et surtout un Stallone fatigué qui passe la main à Jason Statham.

Les deux tiers du films se résument d’ailleurs à un one-man-show de Statham, qui affronte seul une armée de tueurs, variant les manières de dézinguer pour éviter la lassitude… qui pointe quand même très souvent le bout de son nez, à peine troublée par une lourde sensation de grand n’importe quoi. Un moment, quand même, nous sort de notre léthargie : le dérapage contrôlé que Statham fait faire à un porte-container en pleine mer. Si, si.

Pour le reste, l’histoire est con, la complaisance face à la violence un peu gênante, le plaisir de retrouver Stallone est bien fugace. C’est suffisamment rythmé (ou frénétique) pour qu’on ne s’ennuie pas vraiment. Mais pas assez incarné pour qu’on s’intéresse. Il est définitivement temps de raccrocher

Le Père Noël a les yeux bleus – de Jean Eustache – 1966

Classé dans : 1960-1969,COURTS MÉTRAGES,EUSTACHE Jean — 16 mai, 2024 @ 8:00

Le Père Noël a les yeux bleus

Le film aurait pu s’appeler Les Mauvaises fréquentations, titre alternatif du premier moyen métrage d’Eustache. D’ailleurs, ça a été le cas un moment, en tout cas sur le papier : Le Père Noël a les yeux bleus est bel et bien une variation sur le thème du précédent, ou plutôt le deuxième volet d’un diptyque sur le même sujet, à ceci près qu’une ville de province (Narbonne) se substitue à Paris. Ce qui n’est pas totalement anodin.

Pas anodin, parce que le rythme n’est pas le même. Et que sans faire d’anti-provincialisme de base (je vis dans un petit village d’un secteur bien rural), l’ennui n’a pas la même qualité. Les jeunes gens, cependant, ne sont pas bien différents. Ici, le héros a les traits de Jean-Pierre Léaud, alors forcément, il ne ressemble pas tout à fait aux duettistes du premier film. Mais son ambition n’est guère différente : séduire, pour tromper son ennui.

Le film doit son titre à une séquence centrale, dont l’idée, d’après Eustache lui-même, est à l’origine du projet. Léaud, pour gagner l’argent dont il a besoin pour s’acheter un duffel-coat (le grand enjeu dramatique du film : va-t-il pouvoir l’acheter ?), joue les Père Noël pour un photographe, et profite de ce déguisement pour accoster des jeunes femmes qu’il connaît de vie, et qui se demandent toutes qui est cet homme derrière ce déguisement.

La vérité pure et fascinante qui faisait la beauté de Du côté de Robinson est toujours là, avec la même réussite et le même sens du réel… et du cinéma. Les deux, inséparables. Ces deux premiers moyens métrages imposent un cinéaste qui, même s’il paye son tribut aux réalisateurs « cartés » de la Nouvelle Vague (jusqu’à filmer le personnage de Léaud devant une affiche des 400 coups), a un univers bien à lui. Pas encore un long, et déjà : j’aime Eustache.

Du côté de Robinson / Les Mauvaises Fréquentations – de Jean Eustache – 1964

Classé dans : 1960-1969,COURTS MÉTRAGES,EUSTACHE Jean — 15 mai, 2024 @ 8:00

Du côté de Robinson

Premier film achevé de Jean Eustache, et premier coup de cœur. Ce moyen métrage n’a l’air de rien : tourné en 16 mm, il ne parle que de petites choses anodines : l’ennui dominical de deux amis qui tentent désespérément de séduire des « souris », les tentatives maladroites, les rencontres et les déceptions. Rien de plus, rien de conséquent, et pourtant…

De cette errance pleine d’ennui dans les rues de Paris, Eustache tire un film fascinant et passionnant d’une vérité troublante. Le film pourrait même être la photographie définitive d’une certaine jeunesse désœuvrée, maladroite, pleine d’envie et de maladresse. Ni des meneurs, ni des ratés : juste deux types ordinaires confrontés à la plus grande des galères de la jeunesse : la difficulté de séduire, le mystère insondable que représente l’autre sexe…

Eustache s’inscrit dans la mouvance de la Nouvelle Vague, avec ses séquences tournées en décors naturels, comme volées. Au premier abord, le jeune réalisateur semble donc rompre lui aussi avec un cinéma plus traditionnel. On sent pourtant la patte d’un cinéaste-cinéphile, qui maîtrise d’une manière assez impressionnante le langage cinématographique : cette errance diurne est filmée (et montée) avec une fluidité et un rythme absolument incroyables.

Et puis, quels accents de vérité dans les échanges entre ces deux amis qui tentent désespérément de sauver une journée qui doit ressembler à tant d’autres, marquée dès le début par un sentiment d’impuissance et d’échec annoncé. Tout sonne juste et profond dans ce film, qui est aussi un témoignage fascinant d’un Paris disparu : celui des dancings, d’une place du Tertre pas noire de touristes, d’un Montmartre aux allures de village…

Pas grand-chose, donc. Mais ce pas grand-chose, cette tranche de vie un peu minable, est aussi la naissance d’un cinéaste que l’on a déjà envie de suivre partout. Le cinéma, le vrai, pour parler de la vie, la vraie. C’est beau, et ça donne une envie folle de voir la suite.

La Soirée – de Jean Eustache – 1963

Classé dans : 1960-1969,COURTS MÉTRAGES,EUSTACHE Jean,FILMS MUETS — 14 mai, 2024 @ 8:00

La Soirée

Puis-je l’avouer sans rougir ? Je n’avais jusqu’à présent jamais vu un seul film d’Eustache. Non, pas même La Maman et la putain, qui ne me fascine depuis vingt ans que pour l’utilisation d’un fameux monologue qu’en a fait le groupe Diabologum. C’est assez peu, pour le cinéphile que je revendique être. A ma décharge : les films d’Eustache sont depuis longtemps très difficiles à voir, coincés quelque part par d’obscurs problèmes de droits.

Mais voilà la filmographie du sieur, introuvable jusqu’alors en vidéo, a l’honneur d’un coffret intégral en blu ray. Gloire soit une nouvelle fois rendu à Carlotta (qui vient aussi de sortir un nouveau coffret de quelques raretés d’Ozu… on en reparle très vite). Et quitte à avoir tous les films d’un cinéaste qui me fait de l’œil depuis si longtemps entre les mains, autant y aller dans l’ordre, non ?

Va pour approche chronologique, donc. Bon… Le tout premier opus d’Eustache est un film inachevé tourné sans moyen, en 16 mm, et sans bande son. Autant dire qu’on fait plus évident, comme introduction à une œuvre. Un peu plus de 7 minutes dans un appartement bourgeois qu’on devine parisien. Ambiance très Nouvelle Vague pour ce jeune réalisateur proche des Cahiers, mais un rien trop jeune pour faire vraiment partie du clan…

Difficile de juger un film pas terminé, sans son, et dont le montage n’a sans doute rien de définitif. On y voit un homme (joué par Paul Vecchiali) lisant un texte à un groupe d’amis plus ou moins passionnés, un couple dont les baisers enflammés en gros plans sont constamment dérangés, et puis un départ vers on ne sait où… puisqu’il n’y a pas de son.

Carlotta nous apprend que le film est librement inspiré d’une nouvelle de Maupassant et que le personnage joué par Vecchiali lit à ses amis un texte sur le cinéma dont il est l’auteur. Ce qu’on croit sur parole, notant simplement que ces images ont un aspect très amateur, avec une dévotion très affirmée pour le cinéma de Godard ou de Rohmer. Une mise en bouche intrigante, disons. Mais pour le coup, pas grand-chose de plus…

Histoires extraordinaires à faire peur ou à faire rire… – de Jean Faurez – 1949

Classé dans : * Polars/noirs France,1940-1949,FAUREZ Jean — 13 mai, 2024 @ 8:00

Histoires extraordinaires à faire peur

Tout commence et tout finit en chansons dans cette adaptation de quelques récits d’Edgar Allan Poe et Thomas de Quincy : quatre histoires de meurtres par le réalisateur du très beau La Vie en rose, quatre contes macabres dans le Paris du Second Empire, racontés par des policiers trompant l’ennui et le froid dans un commissariat, en pleine nuit.

Il y a une constante dans ces quatre histoires : une vraie légèreté qui vient tempérer le caractère glauque voire horrible des crimes dont il est question. Un égorgeur de femmes, un tueur schizophrène hanté par le souvenir de son crime, un homme emmuré vivant, un cadavre qui vient confondre son criminel… Pas de quoi sourire a priori, et pourtant.

Faurez choisit de raconter ces histoires par des intermèdes étonnamment rigolards, avec les policiers (dont Paul Frankeur, très fort-en-gueule) qui s’amusent à se remémorer les plus frappantes de leurs affaires, avec beaucoup de rires et de détachement. Les histoires, pourtant, sont par moments franchement glaçantes.

Une image, notamment, marque les esprits : le visage de Jules Berry, en clown alcoolisé, réalisant qu’il est en train de se faire emmurer vivant par un Fernand Ledoux au sourire sardonique. Là, Faurez nous conduit quelques minutes durant sur les traces de Poe, là où l’horreur et la folie cohabitent.

Ce ton léger tempère nettement la noirceur du propos. Mais la réalisation de Faurez est vive et efficace, et sait créer de moments de frayeurs. Avec ces quatre récits très différents, il signe un film cohérent et prenant, une belle découverte.

Sherlock Holmes / Les Aventures de Sherlock Holmes (The Adventures of Sherlock Holmes) – de Alfred L. Werker – 1939

Sherlock Holmes 1939

On ne change pas une équipe qui gagne… Il faut battre le fer tant qu’il est chaud… Bref : vous voyez ce que je veux dire. Le succès du Chien des Baskerville n’a pas tardé à enclencher le tournage d’une seconde enquête de Sherlock Holmes et de son complice Watson, toujours campés par l’excellent Basil Rathbone et le fendard Nigel Bruce.

Quelques mois seulement séparent la sortie des deux films, ce qui paraît très peu, y compris vu de 2024, alors qu’on pense déjà aux quinze suites potentielles avant même que le premier ne soit tourné. Mais rappelons que personne n’a encore la télévision dans son salon en 1939, et que certaines séries B à suites ressemblent d’avantage à nos séries d’aujourd’hui qu’à de simples films.

C’est déjà le cas de Sherlock Holmes, et ça le sera encore plus à partir du troisième film, où la série prendra une nouvelle direction. Mais n’anticipons pas trop… Après le plus célèbre des romans de Conan Doyle, c’est un recueil de nouvelles qui est librement adapté ici, et qui est surtout l’occasion de rencontrer le principal antagoniste de Holmes : le professeur Moriarty, qu’interprète avec gourmandise le prince maléfique de la série B (et C, et D… et Z), George Zucco.

Et puisqu’on en est aux interprètes, il faut souligner la présence, dans un rôle important, d’Ida Lupino. L’actrice est alors au tournant de sa carrière. Si elle est loin d’être une débutante, elle n’occupera le premier plan qu’à partir de l’année suivante, en enchaînant deux films sous la direction de Walsh : Une femme dangereuse et High Sierra. Ce qui a de la gueule.

Pour l’heure, elle joue les faire-valoir dans un polar de série B dont, finalement, je n’ai pas dit grand-chose. Peut-être parce que le film a les mêmes qualités et les mêmes limites que Le Chien des Baskerville, dont on retrouve le rythme, le suspense et la drôlerie, et cette envie bien sympathique de créer des atmosphères angoissantes.

Après la lande brumeuse, l’intrigue se concentre davantage sur les ruelles de Londres, essentiellement de nuit. Parce que la nuit, c’est comme la brume : c’est très cinégénique, et ça permet de faire des économies de dingue sur les décors. Bref, c’est bien sympathique, plein de dialogues réjouissants. Un plaisir modeste qui ne se refuse pas…

Le Grand Saut (The Hudsucker Proxy) – de Joel et Ethan Coen – 1994

Classé dans : 1990-1999,COEN Ethan,COEN Joel,FANTASTIQUE/SF,NEWMAN Paul — 11 mai, 2024 @ 8:00

Le Grand Saut

Après Sang pour Sang (première claque), Arizona Junior (premier délire), Miller’s Crossing (premier grand choc esthétique) et Barton Fink (Palme d’Or – entre autres – et immense enthousiasme personnel), Le Grand Saut avait fait l’effet d’une douche froide lors de sa sortie il y a quelques années (trente ans ? Sérieusement?). Les frères Coen auraient fait un faux pas ?

Le revoir aujourd’hui m’oblige à revoir assez catégoriquement la position ferme et indiscutable que je tenais depuis lors, selon laquelle Le Grand Saut serait une petite chose sympathique et rigolote mais un peu maladroite et sans grand intérêt. Il se trouve que devant cette petite chose sympathique et rigolote, etc., je me suis laissé emporter avec gourmandise et enthousiasme, comme devant un bon Capra.

Bon, d’accord : presque comme devant un bon Capra. Disons devant des élèves très, très doués qui rendraient le meilleur des hommages à l’un de leurs maîtres. Capra en l’occurrence, dont l’ombre des chefs d’œuvre plane constamment sur ce conte de Noël, social et philosophique, cruel et loufoque, magique, les Coen lâchent la bride au grotesque pour mieux souligner le cynisme du monde qu’ils décrivent.

A vrai dire, on n’est pas si loin de Barton Fink. A ceci près que l’esprit de Kafka laisse la place à celle de George Bailey, le héros de La Vie est belle, l’une des références très évidentes de The Hudsucker Proxy (le titre original a autrement plus de gueule que sa « traduction » française). Et que le torturé John Turturro cède la place à l’innocent Tim Robbins, réincarnation réjouissante du James Stewart première époque.

Il est assez génial, Robbins, et totalement irrésistible lorsqu’il brandit le croquis de sa grande invention : un cercle parfait sur une feuille blanche, et son large sourire face à une assemblée de vieux poussiéreux, réunis autour d’une autre réincarnation, celle du cynique Lionel Barrymore (celui de La Vie est belle, pas celui de Vous ne l’emporterez pas avec vous). Et pas n’importe quelle réincarnation : Paul Newman lui-même, royal en grand méchant cartoonesque.

Comment résister à un cinéma si généreux, si joyeusement référencé, et si incarné ? Cela semblait très facile en 1994. Beaucoup moins aujourd’hui. Les Coen ont sans doute fait des faux pas (j’en ai en tête, que je ne vais pas tarder à vérifier). Mais ce n’est pas ici qu’ils ont commencé.

La Complainte du Sentier (Pather Panchali) – de Satyajit Ray – 1955

Classé dans : 1950-1959,RAY Satyajit — 10 mai, 2024 @ 8:00

La Complainte du Sentier

Ce n’est pas mon premier Satyajit Ray, mais pas loin (il a beau y avoir plein de films sur ce blog, il me reste d’énormes lacunes à combler). Et comme La Complainte du Sentier est son tout premier film, cela semble une entrée en matière logique, et recommandable.

Surtout que, ne tournons pas autour du pot : La Complainte du Sentier est une pure merveille, dont la simplicité et l’extrême beauté ont quelque chose du cinéma d’Ozu. Ce qui est un immense compliment.

Le temps qui passe, les espoirs perdus, la peur du lendemain… Ray signe une chronique familiale magnifique, l’histoire de l’innocence et de sa perte : cette innocence dans laquelle grandit le jeune Apu dans une famille pauvre de la campagne indienne. Une famille qui, malgré la misère à laquelle elle est confrontée, pourrait si facilement être heureuse, s’il n’y avait ces retours brutaux à une rude réalité

Le film est à la fois d’une grande précision dans sa description des petits gestes du quotidien. Il est aussi d’une immense puissance émotionnelle, avec des moments d’une très grande beauté qui reposent sur peu de choses. Comme chez Ozu en fait : quelques gestes, un sens du cadre qui bouleverse, et une manière de capter la lumière dans des décors naturels (une vieille demeure familiale tombant en ruine, au cœur d’une nature foisonnante).

Les personnages sont magnifiques. Celui de la mère bien sûr, femme courage, femme martyr. Celui de la vieille tante aussi, qui semble grotesque mais révèle une vraie profondeur. Celui d’Apu enfin, et son regard d’une profondeur extrême. Et la musique de Ravi Shankar, presque un personnage à part entière, dont on ne sait si elle sublime la mise en scène de Ray ou si c’est le contraire.

Qu’importe d’ailleurs. Dans sa simplicité, dans sa pureté, dans son approche frontale des drames, le film est un sommet de beauté. Dès son premier film, Ray évoque la disparition d’un monde, thème qui sera récurrent de sa filmographie. Ou plutôt la perte d’un monde : celui d’une certaine innocence, des rêves de jeunesse. C’est tendre, drôle parfois, poignant, déchirant. Sublime.

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