Play it again, Sam

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La Soif du mal (Touch of Evil) – d’Orson Welles – 1958

Classé dans : 1950-1959,DIETRICH Marlene,POLARS - FILMS NOIRS,WELLES Orson — 3 juillet, 2015 @ 2:20

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D’une histoire assez classique de corruption policière, Welles a fait l’un de ses plus grands films. Esthétiquement, l’un de ses plus aboutis, et de ses plus radicaux. Et cette radicalité visuelle explose, littéralement, dès la mythique séquence d’ouverture, long plan-séquence de plus de trois minutes tourné à la grue qui n’est coupé que par l’explosion d’une bombe dont on a suivi le trajet et la menace depuis la toute première minute.

Une ville à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, un flic mexicain intègre et son homologue américain nettement plus trouble, une famille de trafiquants de drogue… On est clairement en terrain connu, et pourtant, on a l’impression de découvrir cet univers pour la première fois, tant la forme donnée par Welles dynamite le récit. Il y le décor d’abord, cette ville tantôt grouillante de monde tantôt déserte, que la caméra arpente et explore avec virtuosité les moindres recoins. Il y a ces allers-retours incessants d’un côté et de l’autre de la frontière. Il y aussi cette musique jazzy d’Henry Mancini qui donne le sentiment d’une liberté de ton absolue, et d’une improvisation constante qui n’est évidemment qu’un leurre.

La Soif du Mal est un film de genre passionnant et angoissant. C’est aussi un chef d’oeuvre expérimental totalement fascinant. Pas le moindre plan évident ici. Welles joue avec la durée, multiplie les travellings et les mouvements de grue impossibles, enchaîne les contre-plongées qui soulignent la noirceur (et la laideur) des personnages, utilise la caméra portée, tout ça dans un long mouvement à la fois irréel et qui semble toucher du doigt le réel comme rarement.

Et puis il y a ces incroyables contre-emplois : Charlon Heston en policier mexicain, et Orson Welles en épave obèse et dégueulasse. Ils n’ont peut-être jamais été aussi bien. Il y a Janet Leigh aussi, deux ans avant Psychose, et qui passe déjà un mauvais moment dans un motel perdu. Marlene Dietrich, enfin, sorte de fantôme tout droit sortie du passé de Quinlan-Welles, et dont la beauté est à peine fanée par les années.
« He was some kind of a man », lance-t-elle comme une épitaphe dénuée de toute illusion. Derrière la forme, extraordinaire (ah! cette marche-confession de Quinlan…), Welles signe un film aussi sombre et désespéré que son Macbeth, faisant sauter en éclats les signes d’espoirs qu’il donne timidement: le bonheur d’un couple mixte, l’innocence du coupable mexicain désigné…

Après le tournage, presque idyllique, Welles s’était vu refuser l’accès à la salle de montage, les producteurs, sans doute effrayés par la radicalité du film, préférant le monter eux-mêmes et retourner quelques scènes. Mais Welles avait consigné précieusement les détails du montage qu’il souhaitait, et qui a finalement été respecté au mieux en 1998. Je serais curieux de revoir la version « producteurs », pas vue depuis pas loin de 20 ans. Celle de Welles, en tout cas, est l’un de ses sommets.

Retour vers le futur (Back to the future) – de Robert Zemeckis – 1985

Classé dans : 1980-1989,FANTASTIQUE - SF,ZEMECKIS Robert — 3 juillet, 2015 @ 2:16

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Grand jour pour moi : je fais découvrir à mon fils aîné (tout juste 10 ans) ce monument du pop corn movie, qui a marqué à peu près tous les gosses des années 80, à commencer par moi: Retour vers le futur est LE film qui m’a rendu accro au cinéma. Il y en a eu bien d’autres depuis, mais forcément, celui-ci occupe une place à part dans ma vidéothèque.

Difficile, donc, de le revoir en évacuant tout ce qui peut ressembler à de la nostalgie. Mais en essayant d’être le plus objectif possible, il faut reconnaître que cette production Spielberg reste un modèle en son genre. Un pur divertissement qui ne se prend pas au sérieux, certes, mais un film d’une intelligence rare, au scénario bourré d’idées géniales et parfaitement abouties, et qui impose Zemeckis comme l’un des plus grands narrateurs de sa génération.

Triomphe populaire, le film fonctionne parfaitement sur tous les plans. C’est d’abord un grand film d’ados : on rêvait tous d’être aussi cool que Marty McFly, de s’éclater sur la guitare électrique (la bande son a quand même de la gueule !), de faire du skate en s’accrochant au pare-choc d’une voiture de police, et même de s’endormir tout habillé sur son lit pas défait.

C’est aussi une belle oeuvre nostalgique sur ces années 50 américaines si mythiques, marquées par l’apparition du rock et de la télévision, que Zemeckis reconstitue avec gourmandise. Le voyage dans le temps n’est, bien sûr, qu’un prétexte. Le film, avare en effets spéciaux (ce qui explique sans doute en partie qu’il ait si bien vieilli), est avant tout une histoire d’apprentissage, de passage à l’âge adulte, de filiation.

Et c’est bien là que le film est passionnant. En jouant sur la nostalgie et sur le voyage dans le temps, Zemeckis confronte son jeune héros au plus grand des interdits, en mettant en scène un flirt avec sa future mère. Franchement gonflé, ce pop-corn movie familial franchit mine de rien toutes les barrières, avec un formidable sens de la dérision. Comme si cette vision inattendue du complexe d’Œdipe n’était pas suffisante, ce voyage fantasmé est pour Marty l’occasion de façonner sa famille telle qu’il la rêve !

Entre humour, suspense, romance et nostalgie, le film trouve un équilibre parfait. Grâce aussi au jeu gourmand et jubilatoire des comédiens. Michael J. Fox, Christopher Lloyd et Crispin Glover (génial dans le rôle du père de Marty) trouvent tous le rôle de leur vie. Et, si vous vous posez la question, mon fils, qui a donc l’âge que j’avais quand j’ai découvert le film, a adoré. Lui n’a pas à attendre quatre ans pour découvrir la suite.

Le Bord de la rivière (The River’s Edge) – d’Allan Dwan – 1957

Classé dans : 1950-1959,DWAN Allan,POLARS - FILMS NOIRS,WESTERNS — 3 juillet, 2015 @ 2:11

Le Bord de la rivière (The River's Edge) - d'Allan Dwan - 1957 dans 1950-1959 Le%20Bord%20de%20la%20riviegravere_zpsjd1tuxlz

Jamais sorti en salles en France, ce film tardif de Dwan (il ne tournera plus qu’une poignée de longs métrages) est pourtant une véritable perle, film noir aux allures de western, avec des ingrédients de film d’aventures et de romance. Une vraie curiosité et une totale réussite.

Ce qui frappe surtout, c’est à quel point The River’s Edge trouve sa place dans le « corpus » des films de Dwan produits par Benedict Bogeaus. Que ce soit visuellement avec ces couleurs chaudes et ce grain si marqué, ou dans l’esprit avec ce mélange des genres et cette grande liberté de ton, le film fait penser aux précédentes réussites du tandem, à commencer par Deux rouquines dans la bagarre.

Dès la première séquence, avec cette voiture rose traversant l’écran (et le désert), puis l’apparition de cette rousse flamboyante (Debra Paget), la parenté entre les deux films saute aux yeux. Il y a aussi la confrontation du bien et du mal, et la manière dont ces deux notions s’affrontent chez un même personnage. Dans ce triangle (amoureux ?), Dwan s’intéresse moins à la confrontation des deux hommes qu’à l’effet qu’a sur eux cette mallette d’argent que trimbale Ray Milland.

Milland, étonnamment en retrait, apporte une présence naturelle à son personnage, escroc qui retrouve son ex-complice (Debra Paget) mariée avec un pauvre rancher (Anthony Quinn) avec qui il espère passer la frontière mexicaine avec son butin. C’est une randonnée mortelle qui commence, comme dans beaucoup d’autres films avant et depuis (Le Voyage de la peur, Randonnée pour un tueur…). Mais avec une frontière bien ténue qu’il n’y paraît entre le bien et le mal.

Dans ce registre, Anthony Quinn est formidable. D’une sobriété exemplaire (ce ne sera pas toujours le cas), il donne à son personnage une puissance impressionnante, et ce qu’il faut de trouble pour lui apporter une vraie profondeur. Un type bien, oui, mais titillé par cet argent facile à portée de main…

Dwan, dont on ne compte plus les films (200 ? 300 ?), est encore au sommet de son art. D’une fluidité absolue, bourrée de belles idées de scénario et de mise en scène, et d’une liberté totale, The River’s Edge oscille constamment entre suspense, romance et affrontement psychologique, entre légèreté (la première scène, assez drôle) et cruauté (la mort du douanier), mais avec un sentiment d’évidence qui force le respect.

Reste un mystère : pourquoi ce bijou est-il resté invisible chez nous si longtemps ?

* Il ne l’est plus désormais (inédit) grâce à Sidonis/Calysta qui édite un beau DVD (hors collection), avec les habituelles présentations par Patrick Brion, François Guérif et Yves Boisset.

Le Mystère de la section 8 (Dark Journey) – de Victor Saville – 1937

Classé dans : 1930-1939,SAVILLE Victor — 3 juillet, 2015 @ 2:07

Le Mystère de la section 8 (Dark Journey) - de Victor Saville - 1937 dans 1930-1939 Le%20Mystegravere%20de%20la%20section%208_zps2zxbtsju

Plein de bien belles choses dans ce film d’espionnage pré-World War II, dont l’action se déroule durant la Grande Guerre, mais dont on sent bien qu’il est produit pour mettre en garde contre l’imminence d’un nouveau conflit mondial.

La première bonne idée est d’avoir situé la plus grande partie de l’intrigue dans une Suède qui revendique sa neutralité, et où se retrouvent tous ceux qui tentent d’échapper à la guerre en cours en Europe. A commencer par cette maison de haute couture qui sert de couverture à une espionne au service des Anglais, et où une employée française et une employée allemande ne cessent de s’envoyer des pics… Une ville neutre, mais où chacun semble participer à sa manière à l’effort de guerre, en jouant double-jeu.

Un double-jeu poussé à l’extrême puisque notre espionne anglaise tombe amoureuse de celui qu’elle doit démasquer : le chef d’un réseau d’espionnage à la solde des Allemands. C’est cette romance impossible qui donne les plus beaux moments du film, en particulier le moment où les deux espions tombent enfin le masque. « Enfin, plus de mensonges » soufflent-ils, tout en ayant conscience que se dévoiler leur identité respective officialise pour de bon leurs statuts d’ennemis.

Dans le rôle de l’espionne, Vivien Leigh est superbe, comme toujours, d’une justesse et d’une intensité absolues. Conrad Veidt est parfait lui aussi, incarnant merveilleusement cette vieille rigidité teutonne qui s’effrite légèrement mais sérieusement devant cet amour inattendu qui le trouble, jusque dans cette incroyable séquence de bataille navale qui sépare les amants, peut-être pour mieux les sauver.

La réalisation, hélas, n’est pas totalement à la hauteur de ce beau sujet. Un peu trop raide pour le coup, et manquant par moments cruellement de rythme. La complexité du scénario dans la première partie méritait un peu plus d’allant et de folie, que Saville ne parvient que rarement à donner à son film. Un film qui tient avant tout pour le scénario et les acteurs, qui font bien mieux que sauver les meubles.

Match Point (id.) – de Woody Allen – 2005

Classé dans : 2000-2009,ALLEN Woody,POLARS - FILMS NOIRS — 2 juillet, 2015 @ 5:13

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On le croyait associé à jamais à New York. Mais c’est en Europe que Woody Allen a connu une nouvelle jeunesse il y a dix ans, lui qui semblait tourner quelque peu en rond depuis quelques films. A la fin d’un cycle, et au début d’un autre, toujours en cours, où Woody l’acteur s’éclipse pour laisser la place à un univers moins ouvertement comique (encore que l’humour n’est jamais loin, même dans la noirceur la plus profonde), mais franchement corrosif.

Cynique, même. En s’installant à Londres sur les traces d’un certain Hitchcock, en reprenant l’argument du Crime était presque parfait, Woody fait mine de mettre en scène une société presque parfaite, mais dont le vernis cache une violence profonde : celle des conventions qui oblige une jeune femme à devenir mère à tout prix, celle des barrières sociales qui rongent l’âme de ceux qui les ont franchies.

Comme dans le classique d’Hitchcock, le « héros » est un ancien champion de tennis, devenu membre de la haute société après avoir épousé une riche héritière. Et là aussi, la peur de perdre ce nouveau statut peut mener au crime le plus odieux. Avec une différence de taille tout de même : alors que chez Hitchcock le meurtre est introduit (au moins dans la tête de Ray Milland) dès le début, il n’apparaît chez Allen que comme le moyen le plus simple de sortir de l’impasse. Ou de ne pas avoir à choisir.

Dans le rôle de ce monstre ordinaire, Jonathan Rhys-Meyers est excellent. Visage fermé, émotions refoulées, il n’incarne pas le Machiavel des temps modernes, mais un jeune homme pressé de fuir son passé de pauvreté, et bien décidé à provoquer la chance et à la saisir au vol. Et la belle et désirable Scarlett Johansson, qui réveille chez lui des désirs très humains ceux-là, est un incident bien inattendu dans son parcours.

La première partie, qui met en place l’ascension du jeune « héros » et cette passion dangereuse, est bien un peu longuette par moments, comme si Woody Allen voulait différer au maximum le point de rupture que l’on ressent très vite. Ou fixer la possibilité de bonheur simple des deux amants, et la possibilité qu’ils ont de retrouver leur rang social et de fuir des conventions qui les aliénent.

Il y a déjà dans Match Point ce qui fera la richesse et la réussite de Blue Jasmine : la confrontation de deux univers, la fascination pour l’argent, et l’incapacité de tourner le dos au luxe et à cette haute société pourtant si cruelle. Il faut voir la « belle-mère » balayer avec mépris (et un charmant sourire) les rêves d’actrice de Scarlett Johansson.

Quant à la deuxième heure, elle est tout simplement brillante, leçon de mise en scène, élégante et efficace. Un sommet de noirceur dans la filmographie de Woody Allen, où les quelques saillies humoristiques tirent de petits rires crispés, et rendent plus profonds encore les abîmes dans lesquels s’enfonce le héros. Woody a changé, et il est toujours grand.

Suez (id.) – d’Allan Dwan – 1938

Classé dans : 1930-1939,DWAN Allan,YOUNG Loretta — 2 juillet, 2015 @ 5:09

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On n’a pas vraiment l’habitude de voir Dwan aux commandes d’un « film de prestige » de cette ampleur : avec ses milliers de figurants et ses décors spectaculaires, la reconstitution des ces années 1850 au cours desquelles le canal de Suez est devenu une réalité, fut même l’une des plus grosses productions de la Fox, en 1938.

Au cours des premières minutes, on a d’ailleurs un peu de mal à sentir le fameux plaisir communicatif de Dwan, cette envie de tourner et de trouver la forme juste pour raconter son histoire qui a fait sa réputation. Un peu engoncé dans une reconstitution trop grande et trop prestigieuse pour lui, Dwan ? Cette impression se fait ressentir à plusieurs reprises au cours du film, essentiellement dans les ors des palais de Louis Napoléon.

Il y a deux femmes dans le film : Loretta Young, grand amour de Ferdinand de Lesseps qui choisit d’épouser le futur empereur (oui, le film prend quelques libertés avec la vérité historique), et Annabella, sauvageonne qui tombe amoureuse de Ferdinand en Egypte. La première est somptueuse et choisit le prestige. La seconde est libre et pleine de fantaisie, sans calcul et d’une générosité absolue.

Le film navigue constamment entre ces deux femmes, ces deux personnalités: à Paris le prestige de la reconstitution ; en Egypte le souffle épique et romanesque. Ce n’est pas une surprise : Dwan est nettement plus inspiré par le souffle épique, qui prend même des dimensions cataclysmiques lors de trois séquences « catastrophes » d’anthologie.

La première est un simple orage, qui isole soudain Annabella et celui qu’elle aime, joué par Tyrone Power. Entre eux, l’alchimie est immédiate, comme si le coup de foudre qui rapprochait les deux acteurs sur le tournage donnait au film une dimension particulière.

La deuxième est un attentat incroyablement spectaculaire, qui impressionne à la fois par la beauté des images, par les centaines de figurants rassemblés, et par les trucages absolument bluffants, qui gardent aujourd’hui encore toute leur force.

La dernière est la plus impressionnante, et donne à Suez, biopic de prestige pour le studio, un aspect « film catastrophe » inattendu : une tornade qui ravage le chantier du canal, séquence incroyable aux trucages là encore formidables, et qui fascine par l’intelligence et la puissance de la narration.

Mais le film ne se résume pas à ces moments de bravoure. Spécialiste de l’aventure et de l’action, Dwan est avant tout un raconteur d’histoire qui maîtrise parfaitement son récit, et tire le meilleur de ses acteurs. C’est aussi un cinéaste qui aime improviser, et fait de certaines scènes anodines des petits bijoux. C’est le cas de la première rencontre entre Annabella et Tyrone Power, petit chef d’oeuvre d’espièglerie et de sensualité.

C’est dans l’équilibre entre ces petits moments intimes et précieux, et les grands moments spectaculaires, que Suez est vraiment réussi, et reste une petite référence dans le cinéma d’aventures.

* DVD chez Sidonis/Calysta (qui vient déjà d’éditer L’Aigle des frontières, tourné par le même Dwan quelques mois plus tard), avec des présentations par Patrick Brion, François Guérif et Yves Boisset.

Margin call (id.) – de J.C. Chandor – 2011

Classé dans : 2010-2019,CHANDOR J.C. — 2 juillet, 2015 @ 5:05

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Les premiers pas de la crise racontés du point de vue d’une grande banque d’affaires à la Golden Sachs… Sur le papier, c’est maux de crâne assurés et promesse d’une balade guère enthousiasmante au milieu d’un nid de traders avec jargon boursier et yeux rivés sur des écrans incompréhensibles. Et à l’écran : une merveille, fascinante virée dans un univers (pourri) en déliquescence.

J.C. Chandor, dont c’est le premier long métrage, fait preuve d’une maîtrise assez incroyable dans sa manière de raconter son histoire. Le pari est pourtant osé : parce que qui, au fond, comprend réellement tout ce qui se passe dans cet immense immeuble, alors que la crise menace ? Mais Chandor prend un parti pris génial : on ne maîtrise pas ce langage abscond ? Pas grave, les dirigeants de la boîte eux-mêmes sont dépassés.

Ou comment, sans rien enlever de la complexité de la chose, Chandor transforme l’immoralité du monde de la finance en une dramaturgie parfaitement épurée, qui se résume pour l’essentiel à la confrontation et aux dilemmes moraux d’une dizaine de personnages : grand boss ou petit trader, « tueur » ou « victime ». C’est là que le génie de Chandor est le plus frappant : dans sa manière de suivre chacun des personnages sans jamais donner l’impression d’en sacrifier un. Un formidable ballet allant de l’un à l’autre avec une force, une intelligence et une évidence rarissimes.

Il y a les comédiens, tous formidables (Kevin Spacey, Demi Moore, Paul Bettany, Jeremy Irons, Stanley Tucci, Zachary Quinto, Simon Baker…). Mais il y a surtout cette tension qui s’installe dès la première séquence, qui pèsera sur tout le film : l’apparition d’un sordide cortège chargé « d’alléger » l’étage d’une grande partie de son personnel. Une image extrêmement forte qui pose d’emblée l’aspect inhumain et absurde.

Critique et lucide, Chandor fait la part belle aux plans fixes sur des visages inquiets, des regards réduits à une forme d’avidité. Il y a bien quelques lueurs d’espoirs : les doutes de Kevin Spacey avant de plonger le monde dans une crise forcément cruelle ; la nostalgie d’un Stanley Tucci qui se souvient de son passé d’ingénieur, lorsqu’il fabriquait des ponts et que son métier servait à quelque chose… Mais dans ce monde-là, les illusions ne sont pas faites pour durer.

Et c’est une claque que nous file Chandor dès son premier film. Ses deux suivants, All is lost et A most violent year, seront tout aussi enthousiasmants. C’est l’un des cinéastes les plus passionnants du moment qui naît avec ce film.

Marathon Man (id.) – de John Schlesinger – 1976

Classé dans : 1970-1979,POLARS - FILMS NOIRS,SCHLESINGER John — 2 juillet, 2015 @ 5:01

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Drôle de titre pour ce sommet du cinéma paranoïaque des années 70, mais qui convient parfaitement au rythme que Schlesinger donne à son film, imposé par ce personnage de jeune étudiant s’entraînant pour le marathon, et plongé dans une course en avant qu’il ne maîtrise jamais.

Un personnage qui a peur aussi, à peu près constamment, comme le spectateur d’ailleurs (ce que Dustin Hoffman joue formidablement bien). Une peur d’autant plus insoutenable que Schlesinger la fait naître du quotidien. Une rue bondé de passants, une salle de bain… Le danger apparaît dans les endroits les plus familiers, aux moments les plus inattendus.

Il fait resurgir les fantômes du nazisme, trente ans après et à des milliers de kilomètres des camps : un embouteillage qui fait resurgir de vieux instincts, une vieille dame juive qui reconnaît celui qui fut son boureau des décennies plus tôt sur un autre continent… Ce qui passe aux yeux des passants pour les divagations de vieux fous va bouleverser de manière très concrète la vie de ce jeune étudiant plus préoccupé par le marathon qu’il prépare que par les mouvements du monde.

De mouvements, il est pourtant question dans ce film, qui semble n’être fait que de ça. Dustin Hoffman, dans l’un de ses meilleurs rôles, trimbalés dans une histoire qui le dépasse totalement, qui court à moitié nu dans la nuit de New York. On a l’impression qu’il passe le film à courir ; pour sauver sa vie, pour échapper à ceux qui le poursuivent, mais aussi pour mettre de l’espace entre son lourd passé familial et ce qu’il est ou ce qu’il sera.

Marathon Man est un chef d’oeuvre, parce qu’il trouve le parfait équilibre entre tous ce qui en fait la richesse : une réflexion édifiante sur le poids de l’histoire et sur l’oublie ; un grand film paranoïaque ; mais aussi un pur film de trouille, avec une séquence traumatisante de « dentiste » qu’on n’est pas prêt d’oublier (« c’est sans danger ? »), et une autre absolument géniale filmée du seul point de vue d’Hoffman, enfermé dans sa salle de bain où des tueurs tentent de pénétrer.

La Sentinelle (Dying of the Light) – de Paul Schrader – 2015

Classé dans : 2010-2019,SCHRADER Paul — 2 juillet, 2015 @ 4:58

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On l’aime bien au fond, Nicolas Cage. Malgré une filmographie jonchée de nanars franchement honteux (c’est le terme élégant pour « sombres merdes »), on garde un souvenir ému de ses débuts nettement plus ambitieux, de ses collaborations avec les frères Coen (Arizona Junior), tonton Francis (Peggy Sue s’est marié) ou John Woo (Volte/Face). On sait bien que c’est pour rembourser ses créanciers qu’il se laisse aller à tourner quelques unes des pires daubes du moment (Effraction).

Et puis de temps en temps, il y a une perle qui apparaît comme par accident. Ce très beau Joe qui lui a valu tous les éloges par exemple. Dying of the Light aurait pu être de ces perles. Et au regard du reste de sa filmographie, il l’est sans conteste. Parce que le film marque ses retrouvailles avec Paul Schrader, le scénariste de A tombeau ouvert de Scorsese (ici à l’écriture et à la réalisation). Et parce que le personnage qu’il interprète rompt radicalement avec les gros bras qu’il enchaîne sans se poser des questions.

Un agent de la CIA hanté par les tortures dont il a été victime alors qu’il était otage d’un groupe islamiste, plus de vingt ans plus tôt : voilà le genre de personnages qui correspond parfaitement à la folie latente de Cage. Et c’est vrai que, dans son obsession de retrouver son ancien geôlier que tout le monde croit mort, l’acteur apporte cette fêlure qui est au cœur de ses meilleures prestations, et qui sème le trouble sur la réalité de sa quête.

Schrader semble tenté d’aller plus loin dans la schizophrénie du personnage, de mettre en doute la perception qu’il a des événements. Mais le traumatisme du héros passe bien vite au second plan, au profit d’une histoire de vengeance certes loin des clichés habituels, mais loin aussi des promesses initiales. Une plongée assez efficace dans le monde de l’espionnage, qui ne fait qu’effleurer la question du terrorisme. Sans jamais s’y frotter.

Rien de honteux, donc : Dying of the Light est même une réussite dans le genre du suspense psychologique. Mais on sens affleurer un grand sujet dont Schrader n’a pas su, ou pas pu, faire le cœur de son film. Ce n’est pas un hasard si le cinéaste et sa star ont tous deux appelé à boycotter le film lors de sa sortie, affirmant en avoir été dépossédé par les producteurs. Un peu sévère, sans doute…

* Le DVD est disponible chez Metropolitan, avec l’habituel making of promotionnel.

40 tueurs (Forty Guns) – de Samuel Fuller – 1957

Classé dans : 1950-1959,FULLER Samuel,STANWYCK Barbara,WESTERNS — 1 juillet, 2015 @ 1:33

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Les toutes premières images sont ébouriffantes : l’irruption de quarante cavaliers lancés à toute vitesse à la suite de la superbe Barbara Stanwyck, qui balayent tout sur leur passage, véritable tornade sur pattes. Dès cette introduction, Fuller (scénariste, producteur et réalisateur) donne le ton, avec ce merveilleux Cinemascope en noir et blanc qu’il utilisera pendant les 80 minutes de folie qui vont suivre pour dynamiter le genre westernien.

Ces premiers instants, filmés du point de vue de voyageurs en apparence tranquille submergés par cette « vague » équestre que rien ne semble pouvoir arrêter, est impressionnante. Il y en aura d’autres, comme cette hallucinante séquence de tornade (authentique cette fois), jamais vue auparavant ou depuis dans un western. Et rarement avec autant de force dans n’importe quel autre genre.

C’est un film audacieux qui ne se refuse rien. Un western dans lequel les hommes pleurent et supplient. Un film qui remet aussi au goût du jour la vieille figure du cow-boy chantant, pour de beaux intermèdes musicaux qui s’apparentent aux chœurs antiques. C’est aussi un film où l’amour et la mort sont intimement liés, une sorte de tragédie shakespearienne où les héros sont marqués par leur passé, ou par leur entourage.

Barbara Stanwyck est formidable, comme toujours. Mais c’est Barry Sullivan qui impressionne le plus. L’acteur a peut-être un jeu limité, mais Fuller le filme comme un mythe hanté par sa propre auréole. Il faut le voir, au moment d’un duel annoncé, marcher droit vers son adversaire avec une force tranquille qui sidère littéralement (l’adversaire comme le spectateur).

Avec une liberté absolue et une inventivité de chaque instant, Fuller signe un chef d’oeuvre.

* Indispensable pour tous les amateurs du genre, le film est disponible en blue ray dans la bien nommée collection Westerns de Légende de Sidonis/Calysta. Avec les habituelles présentations de Patrick Brion et d’Yves Boisset.

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