Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Printemps tardif (Banshun) – de Yasujiro Ozu – 1949

Classé dans : 1940-1949,OZU Yasujiro — 26 août, 2014 @ 4:06

Printemps tardif (Banshun) – de Yasujiro Ozu – 1949 dans 1940-1949 Printempstardif_zpsd80ae845

L’attachement à la figure du père est une nouvelle fois au cœur de ce film d’une beauté à la fois simple et déchirante du grand Ozu. Avec, déjà, Chishu Ryû et Setsuko Hara, les futurs interprètes de Voyage à Tokyo, respectivement père veuf et vieillissant, et fille trop attachée à la vie avec lui pour envisager sereinement de se marier… Rien de plus : juste les quelques mois qui séparent l’enfant de la femme, et la difficulté de rompre ce lien filial qui suffit au bonheur de la jeune femme…

Ce n’est que le troisième film d’Ozu depuis la longue interruption durant la guerre. Le Japon qu’il y montre n’est plus tout à fait le même que lors de ses débuts. La tradition est toujours là : les rituels du thé et (et surtout, ici) du saké sont plus importants que jamais, dans ces intérieurs qui semblent ne porter aucune trace de la décennie qui vient de s’écouler. Mais rien n’est plus tout à fait comme avant. Des publicités pour Coca, des panneaux de circulation en miles, des enfants qui jouent au base-ball, des voitures américaines qui conduisent des mariées très traditionnellement vêtues, et puis des divorces et des remariages, qui ne choquent plus grand monde…

C’est un pays en pleine mutation que filme mine de rien le cinéaste, à travers le portrait de cette jeune femme elle aussi à la croisée des chemins. Une jeune femme qui n’aspire qu’à conserver, ou retrouver, l’harmonie de son enfance. Au détour d’un dialogue, et malgré le sourire éclatant qu’elle arbore constamment, en tout cas dans la première partie du film, Ozu nous glisse à l’oreille qu’elle a été malade, peut-être gravement, souffrant vraisemblablement des privations de cette guerre qu’on n’évoque qu’avec une légèreté apparente. Est-ce pour cela qu’elle est la dernière de ses camarades de lycée à se marier, certaines de ses amies ayant déjà quatre enfants, d’autres en étant à leur deuxième mariage…

L’arrière-plan historique n’est pas anodin. Pourtant, c’est une histoire universelle qu’Ozu raconte : celle d’un père et de son enfant à l’aube de l’âge adulte. Et on sent bien l’admiration qu’a Ozu (qui, lui, n’a jamais quitté le foyer parental) pour ce père, dont il fait un homme totalement tourné vers le bonheur de sa fille, feignant une quasi-indifférence à l’idée de son départ. Parfois un peu maladroit, lorsqu’il suit les conseils de sa sœur (ou est-ce sa belle-sœur ?) pour inciter sa fille à se marier. Parfois presque comique, lorsqu’il tente d’interroger sa fille sur ses relations avec un jeune homme. Et puis soudain bouleversant et héroïque lorsque, le devoir accompli, il se retrouve seul…

Avec cette histoire d’une simplicité confondante, Ozu signe un film superbe et plein de vie. Des petits riens du quotidien, le cinéaste fait des moments forts et intenses. Comme souvent dans son cinéma, l’émotion émerge de recoins totalement inattendus. Un plan sur le père et la fille assistant à une représentation de théâtre nô, le regard du père face au fou-rire de sa fille, une intimité qui se noue autour d’une table basse… Et derrière tout ça, l’imminence du départ, inéluctable et déchirant.

• Le film figure dans le coffret que Carlotta a consacré à Ozu, avec quatorze de ses films.

Un jour sans fin (Groundhog Day) – de Harold Ramis – 1993

Classé dans : 1990-1999,FANTASTIQUE - SF,RAMIS Harold — 26 août, 2014 @ 4:01

Un jour sans fin (Groundhog Day) – de Harold Ramis – 1993 dans 1990-1999 Unjoursansfin_zps8f730459

Avec Un jour sans fin, devenu une sorte de référence incontournable depuis sa sortie assez discrète en salles, Harold Ramis avait réussi un petit miracle, qu’il ne réitérera jamais vraiment. Ancien acteur (il était l’un des chasseurs de fantômes de Ghostbusters) devenu réalisateur de comédies sympathiques, Ramis n’est pas ce qu’on appelle un auteur, même si la réussite incontestable de ce film a fondé quelques espoirs, entretenus un temps par son film suivant, Multiplicity. On peine d’ailleurs à parler d’un authentique style dans ce film vif mais visuellement plutôt anonyme.

Mais l’intelligence du scénario, combinée à une mise en scène très fluide, à la personnalité unique de Bill Murray (son ancien complice chasseur d’ectoplasmes, dont le cynisme lunaire et la façon qu’il a de sembler être constamment ailleurs font merveille.), et à ce petit éclat magique qu’on explique pas vraiment, font de Groundhog Day un pur plaisir de cinéma.

L’histoire, originale et pleine de promesses, était aussi particulièrement casse-gueule : cette petite vedette de télévision, absolument détestable, chargé d’aller « couvrir » le jour de la marmotte, une tradition hivernale et ancestrale, dans une petite ville « de ploucs », et qui revit indéfiniment le même jour sans jamais pouvoir passer au lendemain… Le risque était grand de tomber dans la redite en racontant toujours la même journée, tout comme il était osé de faire du personnage principal un être méprisant et absolument pas aimable.

Ce deuxième écueil est balayé par le génie de Bill Murray. Détestable, mais hilarant, il interprète la face sombre de monsieur tout le monde. Un vrai sale type, imbus de lui-même et méprisant le monde entier, un homme seul qui mettra longtemps à comprendre que c’est une nouvelle chance qui lui est offerte par cette curieuse faille temporaire. Et puis, il faut reconnaître que, lorsqu’il méprise ceux qu’il croise, un ancien camarade de classe qu’il a chassé de sa mémoire ou la vieille patronne d’une maison d’hôte, Murray est à pleurer de rire. Passant du dédain au désespoir, de l’enthousiasme au sardonique, il est assez exceptionnel.

Il y a bien un petit ventre creux, une petite demi-heure durant laquelle le film ronronne un peu. Mais Groundhog Day s’impose tout de même comme le digne rejeton du cinéma de Capra. On pense surtout à La Vie est belle, dont le film est une sorte de version modernisée. L’élément fantastique y est utilisé de la même manière, pour décrire le long parcours intérieur d’un personnage qui se sent coincé dans un bled qu’il rêve de pouvoir quitter, avant de réaliser que ces ploucs qui l’entourent sont des gens simples et chaleureux.

Extrêmement malin, le scénario utilise toutes les possibilités de son parti-pris de base, en évitant constamment toute impression pesante de répétition. Ajoutez à cela un humour politiquement incorrect (bien rattrapé par la morale du film) et une interprétation parfaite (Andie MacDowell est charmante, et Michael Shannon tenait là l’un de ses premiers tout petits rôles), et vous obtenez une réussite miraculeuse.

Histoires d’herbes flottantes (Ukikusa monogatari) – de Yasujiro Ozu – 1934

Classé dans : 1930-1939,FILMS MUETS,OZU Yasujiro — 21 août, 2014 @ 1:57

Histoires d’herbes flottantes (Ukikusa monogatari) – de Yasujiro Ozu – 1934 dans 1930-1939 Histoiresdrsquoherbesflottantes_zpsb6c70a9a

Le cinéma d’Ozu est décidément un bonheur de chaque instant. Quelle beauté, encore, que ce film tardivement muet (le cinéaste ne passera au parlant qu’avec Le Fils unique, deux ans plus tard), où les relations filiales, que l’on retrouve tout au long de son œuvre, sont une nouvelle fois complexes et bouleversantes.

Cette fois, c’est dans un milieu artistique qu’il connaît bien qu’il situe son histoire. Le héros est un petit comédien sans grand talent, chef d’une troupe itinérante que le train ramène, après quatre ans d’absence, dans un petit village où elle doit s’installer pour un temps. Ce village, Kihachi, le chef de troupe, le connaît bien : c’est là que vit son ancienne maîtresse, qu’il avait rencontrée lors d’une tournée il y a bien longtemps de cela, et avec qui il a eu un enfant. Ce dernier a grandi, est un étudiant plein d’avenir, et pense que son vrai père est mort : Kihachi ne serait qu’un oncle un peu inconsistant que l’on est toujours heureux de revoir…

Les retrouvailles entre l’acteur vieillissant et son ancienne maîtresse, qui évoquent leur fils en buvant du saké (les traditions japonaises sont toujours très présentes chez Ozu, comme un contrepoint à la modernité et à l’occidentalisation de la société), est une merveille. Glissant doucement de l’ivresse des retrouvailles la conscience douloureuse de la longue absence, la caméra d’Ozu scrute les visages et y décèlent des trésors de souffrance, chez cet homme qui ne peut qu’observer de loin en loin ce fils aimé grandir loin de lui…

Ozu donne une image sans complaisance du théâtre, ôtant toute dimension romantique à cette troupe dont le quotidien semble n’être fait que d’ennui et d’attentes interminables. Surtout, il oppose la condition d’homme de troupe aux aspirations de père de famille. La vie facile que Kihachi a sans doute choisie s’est transformée en une vie de sacrifice, que les trop longues absences ont rendu insupportables.

Les moments que le jeune homme passe avec son « oncle » n’en sont que plus précieux. Père et fils qui pêchent côte à côte dans le fleuve… Une scène simple et touchante qui renvoie à un autre film de Ozu, Il était un père.
Le film est une splendeur, terriblement émouvant et émaillé de fulgurances de mise en scène, comme cette dispute entre l’acteur et sa maîtresse officielle séparés par un épais rideau de pluie. Comme souvent chez Ozu, le décor et les objets jouent un rôle important dans le langage cinématographique. Cette constante troupe son apogée lors d’une séquence en apparence anodine, entre le fils de l’acteur et la jeune fille, comédienne elle aussi, dont il est tombé amoureux…

Alors que le jeune couple est côte à côte, insouciant, la soudaine apparition d’un train (figure récurrente dans le cinéma de Ozu), vient les tirer de leur rêverie, rappelant la jeune actrice à la réalité, et à l’imminence du moment où elle devra reprendre la route avec la troupe. Cette séquence, rythmée par les rails et la présence du vélo du jeune homme, éléments de décors qui semblent éloignés les amants l’un de l’autre, est d’une intelligence narrative et d’une beauté impressionnantes. Un chef d’œuvre, dont Ozu signera lui-même un remake en 1959, Herbes flottantes.

• Le film figure dans le formidable coffret DVD édité chez Carlotta, dans une version sans accompagnement musical. Un étrange choix éditorial, mais qui ne gâche en rien le plaisir immense que procure le film.

Mondwest (Westworld) – de Michael Crichton – 1973

Classé dans : 1970-1979,CRICHTON Michael,FANTASTIQUE - SF,WESTERNS — 21 août, 2014 @ 1:52

Mondwest (Westworld) – de Michael Crichton – 1973 dans 1970-1979 Mondwest_zps0a607f0f

Avant d’imaginer Jurassic Park, le romancier, scénariste et réalisateur Michael Crichton avait déjà créé un parc d’attraction du futur, dans ce petit classique de la SF, malin et bien fichu. A quelle époque l’histoire se déroule-t-elle ? A quoi ressemble la société ? On n’en saura à peu près rien, mais c’est une époque où les vacances les plus funs consistent à s’immerger dans une période de l’histoire reconstituée jusqu’au moindre détail, où les figurants sont tous des robots, répliques parfaites des hommes.

Au choix : le far-west, le Moyen-Âge ou l’empire romain, trois périodes marquées par le sexe débridé, la morale discrète et la violence facile, ce qui attire visiblement des tas de touristes franchement désireux de s’encanailler, et qui reviennent de ces vacances enchantés d’avoir pu tuer une demi-douzaine d’hommes (en se persuadant sans trop réfléchir qu’il s’agissait bien de robots) et baiser autant de prostitués ou de femmes facilement séduites (en n’imaginant pas trop qu’il ne s’agissait pas de vraies femmes)…

Crichton signe mine de rien une œuvre profondément cynique, qui inspirera beaucoup les grands films de SF de Paul Verhoeven : la filiation est évidente dès la séquence d’ouverture, spot télévisé vantant les mérites de ce parc d’attraction, un procédé que le « Hollandais violent » reprendra dans Total Recall, celui de ses films qui évoquera le plus ce Mondwest.

Un autre classique plus récent s’inscrit clairement comme un rejeton du film de Crichton : Terminator, qui reprendra en le développant le thème des machines prenant le pouvoir. Car les robots en ont marre de se faire tripoter par des vieux libidineux ou de se faire descendre par des citadins trop excités par leur revolver.

C’est un autre aspect du film que Crichton réussit parfaitement : faire monter la tension à travers ce robot taciturne interprété par Yul Brynner, dans l’un de ses rôles les plus emblématiques. Constamment abattu par le même homme (Richard Benjamin, très bien en avocat coincé venu se « déniaiser » avec son pote James Brolin, tous deux s’éclatant à se découvrir une âme de machos et de tueurs), le pistolero-robot semble de plus en plus sur le point d’éclater, ses yeux fixes reflétant une colère sourde impressionnante.

Les vingt dernières minutes sont les moins intéressantes. Une fois que la révolte est commencée, la tension retombe un peu, et l’enjeu se résume alors à un simple suspense, certes plutôt efficace. Crichton lui-même semble conscient de n’avoir plus grand-chose à dire, étirant inutilement la conclusion en rajoutant quelques rebondissements grand-guignolesques, sans doute ajoutés uniquement pour rapprocher le métrage des 90 minutes standards.

Reste que Mondwest, avec ses personnages peu aimables et sa critique acerbe de la société, est une belle réussite. Un gros succès commercial aussi, qui aura droit à une suite trois ans plus tard : Les Rescapés du futur, toujours avec Yul Brynner.

• Rien d’autre que le film dans le DVD édité chez Aventi.

Le Voleur de Tanger (The Prince who was a thief) – de Rudolph Maté – 1951

Classé dans : 1950-1959,CURTIS Tony,MATÉ Rudolph — 21 août, 2014 @ 1:47

Le Voleur de Tanger (The Prince who was a thief) – de Rudolph Maté – 1951 dans 1950-1959 LeVoleurdeTanger_zpsf33f65f6

Tony Curtis, à la jeunesse insolente, virevolte et sautille autant qu’il le peut (et il le peut beaucoup) dans ce très joli film « d’aventures orientales », genre alors très en vogue et dont la Universal s’était fait une spécialité. Et dans la longue liste des films du genre produits par le studio cette décennie-là, celui-ci est une vraie merveille.

Aux commandes, Rudolph Maté donne un rythme fou à ce film léger et enthousiasmant, aux antipodes du film noir dont il a signé quelques perles (D.O.A. surtout). Respectant toutes les figures imposées du genre (la poursuite dans le souk, les murailles que l’on gravit, les danses orientales…), il construit tout son film autour de la personnalité et du dynamisme irrésistibles de Curtis et de celle qui allait devenir sa partenaire privilégiée (c’est leur premier film ensemble), Piper Laurie.

L’actrice est craquante en petite sauvageonne cracra et indomptable, dont la souplesse impressionnante donne lieu à quelques scènes de cambrioles très étonnantes. Le rôle de Curtis est plus convenu, mais il apporte la légèreté et le dynamisme qu’il faut à ce voleur au grand cœur qui s’élève face au roi tyrannique, voleur qui est en fait le prince héritier sauvé d’un assassinat par le plus grand voleur de Tanger, alors qu’il n’était qu’un bébé…

Puis il y a la musique romanesque à souhait de Hans Salter, et le Technicolor flamboyant merveilleusement utilisé par le chef opérateur Irving Glassberg. Ses images sont d’une grande beauté, en particulier les séquences nocturnes, où quelques discrets points de lumière chaude percent constamment la pénombre, créant une atmosphère envoûtante et pleine de mystère. Avec mêmes quelques passages joliment émouvants. Le plus beau plan du film ? La silhouette de Piper Laurie se découpant dans un beau clair-obscur alors que son prince disparaît. Simple, sobre, et magnifique.

• Un DVD sans bonus et à petit prix vient d’être édité chez Universal.

L’Homme sans âge (Youth without youth) – de Francis Ford Coppola – 2007

Classé dans : 2000-2009,COPPOLA Francis Ford,FANTASTIQUE - SF — 21 août, 2014 @ 1:42

L’Homme sans âge (Youth without youth) – de Francis Ford Coppola – 2007 dans 2000-2009 LrsquoHommesansacircge_zpsceb0ede2

Près de dix ans après son précédent film, enfin débarrassé des problèmes financiers qui l’ont poussé, durant toute les années 90, à se fondre dans le paysage des grands studios hollywoodiens, Coppola retrouve une liberté et une ambition qui rappellent ses grandes années. L’ambition par la richesse des thèmes abordés, et par l’ampleur de son récit, qui court sur une trentaine d’années, de la Roumanie de l’immédiat avant-guerre, aux années pleines d’angoisse et d’espoirs de la guerre froide, trois décennies plus tard. Et la liberté que s’offre Coppola, totalement débarrassé des codes hollywoodiens.

Avec le destin de ce vieil homme (Tim Roth) frappé par la foudre, qui rajeunit mystérieusement et réalise que ses capacités intellectuelles ont accru de manière spectaculaire, Coppola signe une méditation sur le temps qui passe, sur la perception, le sens de la vie, la maîtrise que l’on a sur sa propre existence et sur ceux qui nous entourent…  Le filme pose beaucoup de questions sur la connaissance, l’amour, la responsabilité, le destin. Y répond-il ? Je n’en suis pas sûr : pour apprécier L’Homme sans âge, il faut accepter de se perdre en route, de se laisser embarquer dans cette balade dans le temps, quitte à se retrouver perdu en cours de route.

Car c’est bien la question du temps, omniprésente dans toute son œuvre, qui est le sujet central de ce film, comme si Coppola tenait d’une certaine manière à rattraper celui qu’il avait perdu. Voyageant dans sa propre cinématographie, il renoue avec un enthousiasme qu’il semblait avoir perdu depuis quinze ans. Ce n’est sans doute pas un hasard si, visuellement, le film évoque si fortement Le Parrain par moments (ne serait-ce que par la présence de Tim Roth, que Coppola filme dans certains plans comme s’il était le Pacino de 1972), Dracula à d’autres (l’utilisation poétique des cadres et de la lumière, à travers le filtre du fantastique).

La parenté avec son adaptation du roman de Bram Stocker est souvent frappante, dans cette œuvre fascinante et déconcertante, visuellement splendide, qui est sans doute le plus européen de ses films (il s’agit d’ailleurs d’une co-production européenne, tournée en Roumanie) : par son côté expérimental, et son approche très cinéphile du cinéma. Tout en cherchant à trouver une nouvelle manière de raconter son histoire, Coppola rend un hommage vibrant au cinéma des années 30 à 60, durant lesquelles se déroule l’action, du générique très 50s à la manière très film noir de filmer les ruelles sombres et humides… jusqu’au clin d’œil amusé au Faucon maltais.

L’Homme sans âge passionne souvent, laisse perplexe parfois, frôlant même l’ennui dans quelques séquences de la seconde moitié, mais il fascine constamment. Coppola, avec ce film, trouve une nouvelle jeunesse, même si le titre original (« la jeunesse sans la jeunesse ») montre bien qu’il n’est pas dupe. Sa soif d’expérimentation est de cinéma pur est toujours bien là, comme le confirmeront ses deux films suivants, Tetro et Twixt. On attend la suite avec impatience…

Pour elle – de Fred Cavayé – 2008

Classé dans : 2000-2009,CAVAYÉ Fred,POLARS - FILMS NOIRS — 21 août, 2014 @ 1:38

Pour elle – de Fred Cavayé - 2008 dans 2000-2009 Pourelle_zps5ffb3984

Dès son premier long métrage, placé sous le parrainage d’un Olivier Marchal qui fait une apparition clin d’œil dans le film, Fred Cavayé s’impose comme le nouveau roi incontournable du thriller français. Très inspiré aussi par le film de genre hollywoodien, Pour elle marque une date dans l’histoire du polar français, qui atteint une sorte de maturité et d’excellence rarement atteintes jusque là.

Avec Pour elle, Fred Cavayé joue à la fois sur le romanesque tragique à la James Gray, et sur un dépouillement absolu (à l’image de l’appartement de Vincent Lindon à la fin du film) qui évoque lui le Jean-Pierre Melville des grands films. Rien de superflu dans ce polar sec et tendu, l’histoire d’un père de famille sans histoire qui décide de faire évader sa femme, incarcérée depuis trois ans pour un meurtre qu’elle n’a pas commis.

Cavayé aurait pu jouer sur le doute concernant la culpabilité de l’épouse, jouée par Diane Kruger. Mais là n’était pas son sujet. L’innocence de la jeune femme est dévoilée en trois plans – flash backs d’une concision exemplaire. La nature même du crime, d’ailleurs, n’est abordée que brièvement, comme un passage obligé mais expédié en une poignée de répliques seulement.

Le cœur du film est ailleurs. Dans la détermination d’un homme ordinaire de tout faire pour libérer la mère de son enfant, victime d’une société imparfaite. Cavayé ne cherche pas à ménager le spectateur : le système qui a condamné cette innocente ne reconnaîtra pas son erreur, et l’unique chance qu’a Vincent Lindon de sauver sa famille est de braver tous les interdits…

Plus encore, peut-être, que cette détermination à toute épreuve, d’un homme prêt à tout pour celle qu’il aime, Pour elle est un film sur la filiation. Le personnage de Vincent Lindon ferait-il les mêmes choix s’il n’y avait cet enfant qui crève de ne pas vivre avec sa mère ? Et puis il y a le père de Lindon, taiseux n’ayant plus échangé un mot avec son fils depuis des années, des décennies peut-être. Les regards que ces deux-là s’échangent, et l’étreinte qu’ils se font au dernier moment sont absolument bouleversants.

C’est dans ces moments intimes, plus que dans les grands moments de suspense ou les accès de violence, que le film est le plus marquant : les brèves retrouvailles dans le parloir, les après-midi dans le parc, ou le face à face entre les deux frères. Là, Cavayé réussit ce que peu de cinéastes français ont su faire avec lui : mêler le suspense et l’intime, dans une sorte de tragédie déchirante. La marque d’un auteur à suivre…

C’est pour toujours (Now and forever) – de Henry Hathaway – 1934

Classé dans : 1930-1939,COOPER Gary,HATHAWAY Henry — 20 août, 2014 @ 3:18

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Sous des allures de petite comédie sans prétention, avec les plus grandes stars de l’époque (Gary Cooper et Carole Lombard qui tentent d’élever Shirley Temple, pas mal quand même), Now and forever est un film sombre, cruel et bouleversant. Particulièrement osé aussi : Cooper, immense, interprète un arnaqueur totalement inconséquent, qui mène la grande vie avec sa nouvelle femme (Carole Lombard, donc), accumulant des ardoises gigantesques dans les plus beaux hôtels du monde sans avoir un sou. Un aventurier plutôt sympathique, somme toute, mais qui décide de prendre sous son aile la fille qu’il a eue d’un précédent mariage, et dont il ne s’était jamais occupé.

Bien sûr, il y a les moues irrésistibles de Shirley Temple, la plus grande enfant star de toute l’histoire du cinéma. Il y a son naturel incroyable, et le regard plein d’amour que lui porte son père de cinéma. Il y a aussi l’effet profondément salutaire que la petite fille a sur ce père sans scrupule et sur son couple en danger.

Henry Hathaway sait donner de la légèreté à son récit, lorsqu’il filme une famille en train de se construire.
Mais le cinéaste est autrement plus percutant lorsqu’il révèle la profonde noirceur de ses personnages. Gary Cooper mentant ouvertement à sa fille donne lieu à une scène absolument déchirante. En s’attachant au visage de l’acteur, le cinéaste souligne sans grandiloquence mais avec une efficacité incroyable la culpabilité qui ne finira plus de ronger le personnage.

Plus qu’un film sur la famille (Carole Lombard n’a qu’un rôle de soutien, et Shirley Temple est avant tout une image idéale), Now and forever est l’histoire d’un homme qui peine à entrer pleinement dans la vie d’adulte. Un être qui ne trouve pas le courage d’assumer ses responsabilités, et qui trouve plus facile de perdre tout ce qui compte à ses yeux, quitte à en payer le prix fort.

• Universal vient d’éditer le DVD du film, à petit prix et sans le moindre bonus.

L’Aventure est à l’Ouest (The Great Sioux Uprising) – de Lloyd Bacon – 1953

Classé dans : 1950-1959,BACON Lloyd,WESTERNS — 20 août, 2014 @ 3:14

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Le plus Indien des acteurs américains, Jeff Chandler, une nouvelle fois dans un western pro-Indien. Mais cette fois, l’inoubliable interprète de Cochise (dans trois films, notamment le sublime La Flèche brisée), trouve un rôle de blanc, semblable à celui que tenait James Stewart dans le film de Delmer Daves. Il y est plutôt à l’aise d’ailleurs, imposant une présence incontestable malgré les faiblesses du scénario, comme de la mise en scène, qui prend parfois des raccourcis étonnants : sa première apparition, traversant sans raison un village indien en pleine crise, a quelque chose de vaudevillesque franchement surprenant.

Il y a bien d’autres ratés qui plombent un peu le film : la relation amoureuse entre la belle (Faith Domergue) et le méchant (Lyle Bettger) passe complètement à la trappe, la lâcheté des petits éleveurs est aussi un thème qui aurait mérité d’être mieux développé… De la même manière, le sacrifice ultime d’Ahab (sympathique présence de Peter Whitner, citant constamment la bible) est expédié avec une nonchalance impardonnable.

Mais le film ne manque pas d’intérêt et reste plutôt sympathique même s’il manque franchement de souffle : Lloyd Bacon n’est sans doute pas le plus grand cinéaste lorsqu’il s’agit d’insuffler une dimension épique. Il y a d’autres atouts : la qualité de l’interprétation notamment, mais aussi et surtout un aspect constamment répétitif assez fascinant. Le film semble en effet être une succession de scènes qui se renvoient les unes aux autres : les vols de chevaux, les efforts constants de Jeff Chandler pour maintenir la paix, constamment contrariés par les méfaits de Lyle Bettger… Ces répétitions soulignent la fragilité de la paix, l’absurdité des conflits qui font rage ou qui couvent, et la rage étouffée du peuple indien spolié de tout.

A défaut d’être un grand film, L’Aventure est à l’Ouest est un western original, et d’une sincérité touchante.

• DVD dans la collection Western de Légende chez Sidonis, avec une présentation par Patrick Brion, et le documentaire consacré à l’histoire du western présent sur plusieurs DVD de la collection.

Three days to kill (id.) – de McG – 2014

Classé dans : 2010-2019,COSTNER Kevin,McG,POLARS - FILMS NOIRS — 20 août, 2014 @ 3:10

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Le bon côté d’abord : ça fait plaisir de retrouver Kevin Costner en tête d’affiche. Requinqué par le succès de la formidable mini-série Hatfield & McCoys et par ses seconds rôles remarqués dans Man of Steel et The Ryan Initiative, celui qui fut la plus grande star du début des années 90, celui à cause de qui des avocats et des huissiers s’appellent Kevin, aujourd’hui en France, Costner a droit à un action movie taillé pour lui par un Luc Besson qui tente de renouer avec lui les succès qu’il a connu avec Liam Neeson (Taken 1, 2, 3…).

Evidemment, ça, ce n’est pas une bonne nouvelle. Autant on peut saluer l’ambition de Besson réalisateur, autant Besson scénariste s’apparente à une photocopieuse doublée d’une machine à faire du cash. Avec Three days to kill, ce sont donc strictement les mêmes recettes que dans tous les films qu’il scénarise à la chaîne depuis vingt ans, que l’on retrouve : des fusillades, des poursuites en voiture, un humour lourdingue, des émotions faciles, et une morale pour le moins flottante.

Avec toujours un semblant d’idée originale. Ici : une maladie incurable dont souffre un tueur de la CIA (Costner, donc), qui le pousse à se rapprocher de sa femme et de sa fille dont il s’est éloigné depuis des années. C’est avec elles qu’on a droit aux scènes les plus sympathiques et émouvantes, même si les clichés sont à tous les étages, dans ce Paris de carte postale qui n’oublie absolument aucun passage obligé (la Tour Eiffel scintille, évidemment), pour être bien sûr de toucher un public international. Il faut dire que l’épouse est interprétée par Connie Nielsen qui, même quand elle n’a rien à jouer, est excellente, et que la gamine est jouée par Hailee Steinfel, la révélation de True Grit.

Besson donne aussi un rôle un peu grotesque à Amber Heard, curieux ange-gardien de Kevin, qui incite ce dernier à sortir de sa retraite en échange d’un sérum qui pourrait lui sauver la vie… mais lui file des hallucinations qu’il ne peut soigner qu’à la vodka. La belle ne sert pas à grand-chose dans le film, si ce n’est dans une séquence de tuerie qui tourne à l’engueulade autour de ce qu’est une moustache. De loin le passage le plus amusant.

Le scénario est particulièrement indigeste, entremêlant lourdement les tueries de Kevin et ses galères pour devenir un bon père. Mais il réserve pas mal de morceaux de bravoure qui auraient pu sauver le film. Las, c’est McG aux commandes, le réal de Charlie’s Angels et de Terminator Renaissance, dont le style syncopé fatigue et provoque l’ennuie dès la première scène d’action. A voir pour Costner, seulement pour lui…

• DVD chez Europa, avec quelques bonus promotionnels dans lesquels Costner et McG clament leur enthousiasme.

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