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Le Crime était presque parfait (The Unsuspected) – de Michael Curtiz – 1947

Classé dans : 1940-1949,CURTIZ Michael,POLARS - FILMS NOIRS — 27 février, 2015 @ 4:22

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Une vraie merveille que ce film noir méconnu, signé par un Michael Curtiz au sommet de son art. Le film, d’une richesse et d’une complexité rares, doit également beaucoup à son chef opérateur Woody Bredell (déjà réputé pour son travail sur un classique du genre, Les Tueurs de Siodmak), dont l’importance semble capitale dans ce film, tant l’éclairage, la lumière et les ombres y tiennent une place primordiale.

Le constat est flagrant dès les premières images, sublime scène de meurtre qui suit les mouvements du criminel sans jamais le montrer, son ombre portée sur les murs, inquiétante et menaçante, semblant dotée d’une vie propre. Le jeu sur les ombres et leur rapport à la lumière n’est pas une nouveauté dans le film noir. Mais il atteint ici une sorte d’apogée, Curtiz et Bredell étant visiblement décidés à aller au bout de leurs ambitions visuelles.

Résultat : même si le scénario n’avait pas été à la hauteur, le film aurait procuré un plaisir immense, tant il est visuellement somptueux, la moindre image faisant l’objet d’une attention immense et recellant son lot de surprise. Mais le scénario est bel et bien à la hauteur, tortueux et retors, jouant constamment (dans sa première moitié en tout cas) avec perception du spectateur, Curtiz s’évertuant à le perdre, puis à l’éclairer soudainement, avant de le replonger dans l’obscurité tout aussi brusquement, comme le font les policier dans la maison lorsqu’ils vérifient les fusibles.

Le titre français porte à confusion, bien sûr : pas grand-chose à voir avec le classique qu’Hitchcock tournera quelques années plus tard (même si le meurtre d’ouverture n’est pas sans rappeler celui auquel échappera Grace Kelly). Des références, il y en a pourtant, bien assumée : ce portrait d’une femme qu’on croit morte et qui réapparaît miraculeusement, renvoie évidemment à celui de Laura, chef d’œuvre qui a marqué le genre à jamais.

Mais la manière dont Curtiz fait monter l’angoisse doit autant au film noir qu’au film d’épouvante. Ce n’est sans doute pas un hasard si le rôle, secondaire, du mari alcoolique est tenu par Hurd Hatfield, acteur éternellement marqué par son incarnation de Dorian Gray dans le film d’Albert Lewin. Pas un hasard non plus si Hatfield lance cette réplique chargée de référence pour les cinéphiles : « Mathilda n’a pas changé, c’est son portrait qui a changé. »

On n’est plus tout à fait dans le film noir quand le machiavélisme de Claude Rains atteint son apogée, quand sa pulsion de mort semble ne plus avoir de fin. Et lorsqu’il dicte à une Mathilda complètement docile sa propre lettre de suicide, le film atteint des sommets d’horreur…

Audacieux, d’une richesse esthétique infinie, magnifiquement écrit et brillamment mis en scène, The Unsuspected n’est pas le film le plus connu de Michael Curtiz. Mais c’est bien l’un de ses grands chefs d’œuvre.

Godzilla (Gojira) – de Inoshiro Honda – 1954

Classé dans : 1950-1959,FANTASTIQUE - SF,HONDA Inoshiro — 27 février, 2015 @ 4:18

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Dans le Japon de l’après-guerre, plusieurs bateaux disparaissent mystérieusement en pleine mer. La population a peur, les scientifiques s’interrogent, et les anciens assurent qu’il s’agit de Godzilla, une légende d’un autre temps. Légende qui ne tarde pas à sortir de l’eau et à détruire tout sur son passage…

On retient de ce premier Godzilla qu’il a donné naissance à une quantité phénoménale de suites qui relèvent pour la plupart du nanar, voire du grand n’importe quoi. Et on n’est certes pas dans un grand chef d’oeuvre comparable à l’indépassable King Kong, matrice de tous les films de grands monstres : le scénario est un peu trop explicite et simpliste, et le film laisse peu de place aux personnages.

Mais quand même, il y a là de vrais beaux moments, tous liés à ce traumatisme de la bombe H dont on sait qu’il est à l’origine du film. Les personnages eux-mêmes attribuent d’ailleurs l’arrivée du monstre aux effets des essais nucléaires.

Une soudaine explosion qui vient balayer sans prévenir des moments de quiétude sur un bateau (et ce dès les premières minutes du film), une foule paniquée dans les ruines d’une ville, un hôpital improvisé, des enfants qui pleurent dans la rue… Tout au long du film, des images fortes et réalistes, inhabituelles dans ce genre de films, vient rappeler l’évident parallèle avec Hiroshima et Nagasaki (d’où une jeune femme explique d’ailleurs venir), et cette horreur qui ne s’estompe pas dans l’inconscient collectif.

Les réminiscences de l’horreur, la tentation d’évoquer les légendes d’un ancien temps… Il y a tout cela à l’origine de ce Godzilla, dont les suites ne conserveront trop souvent que l’aspect spectaculaire et destructeur du lézard géant.

Lézard qui fait d’ailleurs plutôt bon effet, même si les trucages prennent le contre-pied de ceux du King Kong de 33 : à l’animation image par image d’un pantin miniature, Inoshiro Honda préfère l’utilisation d’un costume dans lequel se glisse visiblement un comédien un peu emprunté. La réussite des trucages doit finalement sans doute moins à la bêbête elle-même qu’à la qualité des maquettes, vouées à une destruction massive.

Entre les longues (et efficaces) scènes de destruction, et les évocations puissantes et inspirées du traumatisme japonais, ce premier Godzilla est une vraie réussite, qui garde toute sa force malgré les années, les suites et les remakes.

• Alors que le dernier remake en date débarque en DVD, l’éditeur Metropolitan / Seven7 surfe sur son succès en éditant ce Godzilla originel, dans sa vraie version (et pas la version remontée pour le marché américain avec l’insertion d’un personnage joué par Raymond Burr, absent du film de Inoshiro Honda. Une qualité d’image et de son absolument irréprochable, et un bonus de poids : le long métrage Le Retour de Godzilla, première suite tournée dès 1955.

Rendez-vous avec la peur (Night of the Demon) – de Jacques Tourneur – 1958

Classé dans : 1950-1959,FANTASTIQUE - SF,TOURNEUR Jacques — 27 février, 2015 @ 4:12

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Quinze ans après son triptyque produit par Val Lewton à la RKO, Jacques Tourneur, qui a entre-temps touché à tous les genres et souvent avec une grande réussite, revient au thème de la peur avec cette production anglaise qui prend le contre-pied des films d’horreurs de la Hammer alors en vogue (comme La Féline prenait le contre-pied des films d’épouvante de la Universal).

Mais si Rendez-vous avec la peur reprend le thème central de La Féline, Vaudou et L’Homme Léopard, les recettes utilisées sont assez radicalement différentes. Dans ses classiques des années 40, Tourneur jouait essentiellement sur l’invisible, sur la suggestion, sur les ombres… Ici, la peur est souvent marquée par l’irruption d’éléments troublants dans le quotidien. Une main sur une balustre, un clown qui entre soudainement dans le cadre, une fenêtre qui s’ouvre à grands bruits.

Des effets faciles ? Sur le papier, cela y ressemble, mais à l’écran, ces « éclats de peur » imparables servent surtout à installer un trouble de plus en plus tenace dans l’esprit du spectateur, et dans celui très cartésien du personnage central. Dans le rôle, Dana Andrews est fabuleux. Parce qu’il incarne une sorte de certitude simple et virile, et que sa fausse impassibilité laisse transparaître des fêlures et des doutes qui vont s’agrandissant.

Scientifique lancé dans une croisade contre l’ésotérisme et autres sciences occultes qu’il considère comme de la charlatanerie, il évolue dans un monde d’autant plus familier et quotidien qu’il est la plupart du temps filmé en plein jour, loin des zones d’ombre inquiétantes que la nuit procurait dans la trilogie RKO de Tourneur. C’est dans ce contexte qu’il est plongé dans un monde de cauchemar qui prend aux tripes et dont on ne sort pas intact.

Reste une question à laquelle je suis incapable de répondre clairement : avoir montré le monstre plutôt que le suggérer était-il une bonne idée ? D’un côté, le monstre (imposé par la production à un Tourneur très réticent), qui apparaît dès les premières minutes, paraît bien kitsh, et sa démarche n’est pas loin de faire sourire. Mais le fait d’afficher clairement la réalité de ce monde a priori invisible contribue à renforcer le malaise qui accompagne les certitudes de Dana Andrews. Avec ou sans monstre, Rendez-vous avec la peur est un chef d’œuvre.

La Féline (Cat People) – de Jacques Tourneur – 1942

Classé dans : 1940-1949,FANTASTIQUE - SF,TOURNEUR Jacques — 27 février, 2015 @ 4:04

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C’est un peu le maître étalon du film d’épouvante des années 40, le film qui a réinventé l’esthétique du genre, et représente le mieux la « marque » de la RKO. Suggérer plutôt que montrer… Prenant le contre-pied des films de monstre de la Universal, Jacques Tourneur et le producteur Val Lewton imaginent une autre forme de peur, basée sur l’imagination du spectateur.

La Féline est un film imparfait, qui n’évite pas certaines longueurs, et n’a pas la profondeur de Vaudou, autre film du tandem Lewton-Tourneur. Les personnages, d’ailleurs, manquent un peu de profondeur, à l’exception de celui de Simone Simon, dans le rôle de sa vie, qui la marquera à jamais. Fascinante, l’actrice trouve l’équilibre parfait entre l’innocence la plus pure et la hantise d’un mystérieux héritage.

Immigrée venue d’un pays de l’Est, son personnage est marqué par une vieille malédiction qui prive les jeunes femmes de vivre leurs histoires d’amour. Après une introduction pas vraiment palpitante, le film prend une autre dimension lorsque cet héritage mystérieux prend forme, avec l’apparition d’une femme au physique très félin dont l’unique mot prononcé dans une langue étrangère glace le sang…

C’est évidemment quand il s’agit d’évoquer la peur que le film touche au génie, dans une série de séquences étirées à l’extrême et absolument formidables. Celle de la piscine, surtout, est un véritable chef d’œuvre, jouant merveilleusement sur les ombres, les reflets de l’eau sur le plafond, et le son pour souligner la peur de la jeune femme menacée par une forme féline que l’on ne fera qu’entrapercevoir… et faire naître celle du spectateur.

Le choix de suggérer plutôt que de montrer fut sans doute dicté par les contraintes budgétaires du film (comme Minnelli le montrera dans Les Ensorcelés, clin d’œil à peine masqué au tournage de La Féline). Mais c’est bien ce choix qui fait de La Féline un monument du genre, malgré ses quelques faiblesses. Devant la caméra de Tourneur, un simple trottoir filmé de nuit devient le lieu le plus angoissant du monde ; un bureau familier se transforme en théâtre dont le moindre recoin devient menaçant…

Pour leur troisième film en commun, L’Homme Léopard (la référence féline est évidente) Tourneur et Lewton s’inscritont ouvertement dans la droite lignée de La Féline. Mais en ne gardant que l’approche presque théorique : en simplifiant l’intrigue à l’extrême, Tourneur proposera différentes manières de mettre en scène la peur. Le grand sujet de ce pan passionnant de sa carrière si riche.

•Un beau coffret collector deux DVD réunit les trois films RKO du duo Jacques Tourneur – Val Lawton (La Féline, Vaudou et L’Homme Léopard), avec un livret un peu léger et une poignée de documentaires et d’entretiens assez passionnants. Aux Editions Montparnasse.

John Wick (id.) – de Chad Stahelski – 2014

Classé dans : 2010-2019,STAHELSKI Chad — 27 février, 2015 @ 3:31

John Wick (id.) - de Chad Stahelski - 2014 dans 2010-2019 John%20Wick_zpsa3bv41dt

Personne n’a dit à ce fils (gâté et demeuré) de mafieux que, dans un film hollywoodien, on ne touche pas aux chiens ? Passe encore qu’il vole la bagnole d’un tueur d’élite à la retraite (qui se trouve être un ancien homme de main de son paternel), passe encore qu’il lui file la rouste de sa vie, mais qu’il tue ce chiot, ultime souvenir laissé par sa femme défunte, voilà de quoi mettre John Wick en rogne.

Et voilà notre homme, campé par un Keanu Reeves très appliqué et un peu habité, lancé dans une guerilla pas très équilibrée : face à son incomparable art de dézinguer au flingue ou au poing, rien de plus qu’une petite armée surarmée. Les morts s’enchaînent, à grosses giclées d’un sang bien rouge qui vient mettre de soudains éclats de couleurs vives dans une image glaciale.

On n’est pas vraiment dans la dentelle, ni dans la demi-mesure. Mais là où d’autres films hyper-violents déclenchent la nausée, c’est un poli désintérêt qui finit par s’installer : après la mort du chiot, aucune vie n’a plus la moindre importance, et c’est d’avantage les techniques de mort que les morts elles-mêmes qui frappent les esprits. Tout ça est filmé au premier degré, et semble cruellement désincarné.

Il y a quelques rares idées intéressantes tout de même. Côté scénario, cet hôtel qui propose un havre de paix aux mafieux à l’abri pour un temps de la violence de leur vie. Côté réalisation, une manière assez ambitieuse de faire de la verticalité de New York un élément à part entière de l’action. Mais pour l’essentiel, le film se contente de recycler des éléments de Payback (pour la vengeance froide), Gran Torino (pour la voiture comme élément déclencheur) ou Jack Reacher (pour la nature du « héros »).

On se dit quand même que le scénariste et le metteur en scène ont dû passer nettement plus de temps à travailler les techniques de combat que l’atmosphère du film. Et que Keanu Reeves semble lui aussi plus passionné par la chorégraphie des innombrables bastons que par l’idée de donner un semblant de complexité à un personnage sans relief. C’est pas déplaisant, mais c’est quand même pas énorme…

• Blue ray chez Metropolitan, avec un commentaire audio et des tas de petits documentaires promotionnels, comme toujours chez cet éditeur.

Le Grand Alibi – de Pascal Bonitzer – 2008

Classé dans : 2000-2009,BONITZER Pascal,POLARS - FILMS NOIRS — 27 février, 2015 @ 3:22

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Au cinéma, l’œuvre d’Agatha Christie a connu plusieurs heures de gloire : celle contemporaine des romans, dans les années 30 et 40, celle « all stars » des années 70, celle des films et séries télés. Et puis celle, inattendue et passionnante, des adaptations françaises dans les années 2000, portées essentiellement par Pascal Thomas : pas moins de quatre films à lui seul en moins d’une décennie…

Un autre Pascal s’est intéressé à l’œuvre d’Agatha Christie, à la même époque : Bonitzer, le fascinant réalisateur de Petites coupures, qui adapte ici le roman Le Vallon, dont le héros était un certain Hercule Poirot. De Poirot, pas l’ombre d’une trace ici : le flic interprété (très bien d’ailleurs) par Maurice Bénichou n’apparaît que tardivement, et dans un emploi tout juste utilitaire. Cette absence du personnage principal est, évidemment, tout sauf anodine (d’ailleurs, Agatha Christie elle-même avait supprimé le personnage du détective dans l’adaptation théâtrale de son roman)…

Avec Le Grand Alibi (un titre hitchcockien, qui révèle sans doute les vraies ambitions du cinéaste), Bonitzer réussit un véritable tour de force : adapter un roman d’Agatha Christie en s’en détachant totalement, tout en lui restant fidèle jusqu’à la déférence. Les figures incontournables de la romancière anglaise sont bien là : univers grand bourgeois, grandes réunions de familles, victime que tout le monde aurait des raisons d’avoir assassiné… Mais le réalisateur, peu attiré par le polar, se désintéresse totalement de l’intigue policière pour se pencher sur l’étude de moeurs.

Et dans ce domaine, le film est une immense réussite. Cette réunion de sociopathes qui affichent un bonheur de circonstance évoque des souvenirs très chabroliens, mais Bonitzer porte sur ses personnages un regard étrangement affectueux. A quelques exceptions près quand même : Lambert Wilson en playboy incapable de résister aux femmes qui le désirent (il n’en a d’ailleurs visiblement aucune envie), ou Caterina Murino en comédienne trop sûre de ses charmes, n’ont pas grand-chose de défendable… Et ce n’est sans doute pas un hasard s’il s’agit là des deux victimes du film.

La première demi-heure est la plus réjouissante, parce qu’elle est totalement débarassée d’une quelconque intrigue poilicière qui n’intéresse visiblement pas Bonitzer, et parce qu’elle met en scène l’ensemble de la distribution dans l’un de ces lieux clos chers à la romancière : Pierre Arditi en sénateur amoureux des armes à feu, Miou Miou en épouse trop bavarde et trop bécasse, Mathieu Demy en écrivain raté et alcoolique, Valéria Bruni-Tedeschi en maîtresse trop consentante, Anne Consigny en épouse trompée et effacée…

Un casting assez formidable, à la fois drôle et glaçant, dont l’alchimie parfaite de la première partie s’étiole un peu dans la dernière moitié du film, alors que le huis clos éclate en morceaux et que l’intrigue policière prend plus d’importance. Pas de quoi gâcher son plaisir : Pascal Bonitzer a réussi un pari improbable avec cette adaptation, œuvre très personnelle, mais respectueuse du livre original. Un film absolument réjouissant.

La Main du Diable – de Maurice Tourneur – 1943

Classé dans : 1940-1949,FANTASTIQUE - SF,TOURNEUR Maurice — 26 février, 2015 @ 6:06

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Sans doute le plus connu de tous les films parlants de Tourneur père, et l’un des sommets de la mythique Continental, cette firme française financée par les Allemands durant l’Occupation. Le tournage de La Main du Diable est d’ailleurs largement évoqué dans l’excellent Laissez-passer de Bertrand Tavernier, dont l’un des personnages principaux est Jean Devaivre, assistant de Tourneur sur ce film.

Il y a dans les chefs d’œuvre de la Continental (Le Corbeau en tête) plusieurs traits communs : la présence de Pierre Fresnay et de formidables seconds rôles pour commencer (Pierre Larquey, Noël Roquevert, et beaucoup d’autres). Mais aussi une approche esthétique qui s’inspire ouvertement de l’expressionnisme dans les séquences les plus marquantes. Et surtout l’évocation, troublante vu le contexte de la production, du Mal qui fait son apparition dans un décor familier.

Avec La Main du Diable, adaptation libre d’une nouvelle de Nerval, et variation sur le thème de l’âme damnée, et du Portrait de Dorian Gray, Tourneur renoue avec la richesse visuelle de ses années américaines, dans les années 10 et 20, avec cette incursion, rarissime dans le cinéma français d’alors, dans le fantastique.
Remarquablement écrit par Jean-Paul Le Chanois (les dialogues sont formidables), mis en scène avec une inspiration de chaque instant, le film est une réussite absolue, aussi passionnant lorsqu’il décrit le quotidien du peintre pauvre mais heureux de Montparnasse, que lorsqu’il nous plonge au coeur de son cauchemar, hanté par un Diable aux allures de huissier débonnaire. Avec en point d’orgue la fameuse chaîne des damnés, fascinante séquence hallucinée et épurée.

Omniprésent (excepté dans les séquences d’ouverture et de clôture, dans cet hôtel perdu qui évoque étrangement la pension de L’Assassin habite au 21), Pierre Fresnay est le fil conducteur absolument parfait de cette virée aux portes de la damnation. Le film suit ses humeurs : guilleret et insouciant, grave et désespéré, terrifié ou abattu. Constamment juste, sur tous les tons…

Southcliffe (id.) – mini-série réalisée par Sean Durkin – 2013

Classé dans : 2010-2019,DURKIN Sean,POLARS - FILMS NOIRS,TÉLÉVISION — 26 février, 2015 @ 6:01

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Une petite ville anglaise, sans histoire. Le genre de petite ville où tout le monde se connaît plus ou moins depuis l’enfance. Où les fins de journée et les week-ends se passent dans les pubs, à enchaîner les bières et chanter avec les potes. Tout ce qu’il y a d’harmonieux, a priori, jusqu’au jour où un habitant, un peu marginal mais sans réel problème, se mette à tirer sur tous ceux qu’il croise, tuant au final 15 personnes. Le genre d’événements qui crée des abysses de souffrances et d’interrogations, mais qui révèle aussi les fissures qui étaient déjà bien là…

C’est ce que raconte cette formidable mini-série british en quatre épisodes d’une intensité rarement atteinte jusqu’à présent. Le sujet lui-même n’a rien de nouveau : la violence et le drame qui révèlent les secrets cachés ou la face obscure d’une communauté, on a déjà vu ça cent fois. Mais pas comme ça, pas avec cette force narrative (et cette intelligence), à mettre autant au crédit du réalisateur Sean Durkin que du scénariste Tony Grisoni.

Ce qui frappe tout au long de ces plus de trois heures de films (trois bons quarts d’heure par épisode), c’est la manière dont le passé, le présent et l’avenir sont entremêlés. Pas uniquement dans le montage qui, surtout dans les deux premiers épisodes, propose d’incessants allers-retours temporels. Mais aussi dans la manière qu’ont les personnages de faire face à la tragédie et à la douleur, comme si la frontière du temps n’existait plus.

Les deux premiers épisodes sont aussi audacieux que brillants dans leur structure, sorte de spirale nous entraînant inexorablement au coeur de l’horreur. Le film ne joue ni la carte du mystère, ni celle du suspense pure : on sait d’emblée ce qui va se passer. Mais Durkin et Grisoni réussissent admirablement à créer ce sentiment de l’inexorable, de l’imminence de la violence et de ses conséquences à venir.

Les deux derniers épisodes sont plus linéaires, parsemés toutefois de brèves images du passé, ou de simples réminiscences. Mais le poids du passé y est constamment présent. Pas seulement de la tuerie, mais aussi de tout ce qui, peut-être, y a conduit. Et c’est toute une histoire commune qui est revisitée avec douleur.

Il y a quelque chose de viscéral dans Southcliffe. Quelque chose que l’on doit aussi à l’extraordinaire qualité de l’interprétation. Les acteurs semblent tous littéralement habités par des rôles formidablement écrits et d’une complexité rare. Comment faire resentir la douleur la plus insoutenable en chantant avec des potes ? Comment émouvoir en insultant une population qui pleure ses morts ? Comment faire resentir une culpabilité qui ne peut pas s’exprimer ?

Si Southcliffe est un chef d’oeuvre, c’est aussi grâce à la manière dont les acteurs incarnent totalement ces personnages, détruits et hantés à jamais. L’une des plus belles réussites télévisuelles de ces dernières années.

• Les quatre épisodes de cette mini-série sont regroupés sur un DVD qui vient de sortir aux Editions Montparnasse. Sans bonus.

La Pendaison (Koshikei) – de Nagisa Oshima – 1968

Classé dans : 1960-1969,OSHIMA Nagisa — 26 février, 2015 @ 5:56

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Les premières minutes sont glaçantes, et édifiantes. Par une série de plans froids, une voix off nous dévoile le processus froid et presque clinique d’une exécution capitale. Les Japonais plébiscitent la peine de mort, assure cette voix off, mais sans s’imaginer ce que cela implique concrétement, et ce qu’est la vérité d’une exécution. C’est ce que décrit méthodiquement cette première partie d’un film inspiré d’un authentique tueur, un jeune Coréen vivant au Japon qui, en 1958, a violé et tué une étudiante avant d’être condamné à mort.

Durant ces quelques minutes, Oshima nous fait presque croire qu’il a choisi une forme de cinéma-vérité, un film-dossier visant à mettre le public japonais face à cette mort par pendaison. Mais la machine implacable de l’exécution a un accroc. Sans que l’on sache pourquoi, le condamné, R, ne meurt pas comme il l’aurait dû. A son réveil, ses bourreaux réalisent qu’il ne se souvient plus de qui il est, et encore moins des crimes qu’il a commis. Dans ces conditions, peuvent-ils l’exécuter de nouveau ?

La Pendaison n’est pas juste un pamphlet contre la peine de mort. C’est toute la société japonaise d’alors que Oshima passe en revue, avec cynisme et sans concession. Son film évoque l’absurdité d’un système encore marqué par les rites ancestraux, où la mise en scène dicte les destins. Un système qui pousse des geoliers à tout faire pour qu’un condamné à mort retrouve la mémoire avant son exécution. Mais un système qui se fissure et se met à douter.

Ces fissures sont au coeur d’un film qui oscille constamment entre le rêve et la réalité, où les cruelles interrogations et la mauvaise conscience des protagonistes se mettent à prendre corps. R est doublement un symbole : pas uniquement par rapport à la peine de mort, mais aussi parce qu’il est Coréen vivant au Japon, et qu’il symbolise ainsi une longue tradition de brimades et d’exclusions.

Près de dix ans avant L’Empire des Sens, c’est avec La Pendaison que la critique et le public français ont découvert Oshima. Avec ce film puissant mais souvent déroutant qui, à l’opposée de la plupart des grands cinéastes japonais ayant commencé avant-guerre, donne du Japon une image dénuée de toute beauté. Un film pas facilement aimable, qui prend le parti de bousculer et de déranger. Mission accomplie.

• L’excellent éditeur Carlotta a réuni neuf films d’Oshima dans un coffret, enrichi notamment d’intéressantes préfaces par un spécialiste du cinéaste, et du Japon : Mathieu Capel.

Le Sport favori de l’homme (Man’s favorite sport ?) – de Howard Hawks – 1964

Classé dans : 1960-1969,HAWKS Howard — 26 février, 2015 @ 5:53

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Un peu plus de dix ans après Gentlemen prefer blonds, Hawks renoue avec la comédie, genre qui lui a toujours bien réussi. Et c’est bien la veine de ses grands classiques qu’il retrouve avec ce film enlevé et plein de folie.

Le rôle principal, celui d’un « spécialiste de la pêche » qui n’a en fait jamais taquiner le poisson, et qui se retrouve contraint à participer à un grand concours de pêche, semble tailler sur mesure pour Cary Grant, l’acteur fétiche des premiers temps, celui de La Dame du Vendredi ou L’Impossible M. Bébé. 25 ans après ces classiques, c’est Rock Hudson qui s’y colle, dans un registre sensiblement similaire, l’air tantôt blasé, tantôt étonné, toujours un peu excessif.

Et la star, qu’on a plus l’habitude de voir dans des rôles physiques (pour Walsh) ou graves (pour Sirk), se révèle excellent. Il est surtout un contrepoint parfait à la folie empreinte de fragilité de Paula Prentiss, la véritable âme du film. C’est elle qui donne son rythme au film. Les quelques scènes dont elle n’est pas en pâtissent d’ailleurs : on se surprend à guetter sa réapparition derrière chaque élément du décor.

Hawks n’évite pas les effets burlesques, faisant faire de la moto à un ours des montagnes ou mettant Hudson aux prises avec une armée de seaux dont on se demande bien ce qu’ils font là. Certains gags, d’ailleurs, semblent bien d’un autre temps dans cette comédie du milieu des sixties. Mais le film est la plupart du temps absolument irrésistible, parfois délirant et souvent hilarant.

C’est l’œuvre d’un jeune homme qui n’a rien oublié de ce qu’il a lui-même apporté à la comédie américaine : un sens du rythme et des dialogues qui fusent, plus rapide que la naturel l’exige, et prononcés avec un ton pince-sans-rire qui renforce constamment l’effet comique. Hélas, Hawks signe là, à 68 ans, ses adieux au genre : jamais plus il ne tournera de comédie, consacrant ses derniers efforts à des univers nettement plus machos, le sport automobile (Ligne Rouge 7000) et le western (El Dorado et Rio Lobo).

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