Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Avatar (id.) – de James Cameron – 2009

Classé dans : 2000-2009,ACTION US (1980-…),CAMERON James,FANTASTIQUE/SF — 9 décembre, 2022 @ 8:00

Avatar

Déjà treize ans que le film de Cameron est sorti. Et malgré tout le bien que je pense du cinéaste et d’à peu près tous les films qu’il a fait, cela faisait treize ans… que je n’avais pas envie de voir cet Avatar qui a poussé toutes les cinémas du monde à s’équiper de projecteurs 3D qui ne servent à peu près plus à rien ! Treize ans que l’idée de me plonger dans une planète numérique peuplée par de grands êtres bleus numérisés me faisait fuir. Dont acte, comme on dit.

Mais voilà, j’y ai mis les pieds, sur Pandora, convaincu par mon fiston (un juste retour des choses après toutes les vieilleries avec lesquelles il a été biberonné). Il était temps… Eh bien me voilà conquis. Si. Oh ! Il faut bien un peu de temps pour se laisser emporter dans cet univers, dans cette planète numérique peuplée par de grands êtres bleus numérisés… Disons que les trois premiers quarts d’heures confirment tout le bien que je pense de l’incroyable savoir-faire de Cameron… et mes appréhensions initiales.

Mais le savoir-faire finit par emporter la partie. Et c’est le James Cameron délicat et couillu à la fois que l’on retrouve dans ce film, que l’on pourrait résumer à une rencontre improbable et séduisante entre Danse Avec les Loups et Aliens le retour (Cameron s’inscrit clairement dans l’univers militaire et technologique de son film, jusqu’à invoquer le personnage de Ripley avec Sigourney Weaver filmée brièvement en tee-shirt et culotte), baignée dans un univers à la Miyazaki.

Visuellement, le film est d’une densité folle. Il faut dire que Cameron rêvait de ce film depuis son enfance, paraît-il, et qu’il a eu le temps de peaufiner sa vision : cette planète Pandora où les Na’avi vivaient en parfaite harmonie avec la nature avant que ces bourrins d’humains ne débarquent pour en exploiter les richesses du sous-sol. Ou comment James Cameron signe la première fable écolo à 200 millions de dollars !

Le film se place ouvertement du côté de la fable et du symbole, mais avec ce souffle épique qui n’appartient qu’au cinéaste. Qui d’autre que lui aurait pu imaginer le personnage de Sam Worthington ? Marine paralysé des membres inférieurs choisit un peu par hasard pour infiltrer le peuple na’avi en « pilotant » un avatar, qui lui permet de retrouver l’usage de ses jambes, grâce à ce corps de substitution. Et si vous n’avez rien compris à cette dernière phrase, c’est que je n’étais pas le seul à être passé à côté d’Avatar depuis treize ans.

Ce pourrait être un peu naïf, il se dégage surtout une sensation de pureté et de sincérité qui va droit au cœur. Cameron n’a rien perdu de son sens du spectacle, de son sens de la dramatisation, de son génie pour caractériser des personnages en peu de traits. De Zoë Saldana en na’avi qui fait vaciller le cœur du héros, à Stephen Lang en odieux militaire va-t-en-guerre… Cameron réussit le miracle de faire croire en des personnages qui cochent toutes les cases de ce qu’on en attend. Rien que ça, c’est du grand art.

Fat City / La dernière chance (Fat City) – de John Huston – 1972

Classé dans : 1970-1979,HUSTON John — 8 décembre, 2022 @ 8:00

Fat City

La filmographie de John Huston est pleine de paumés, de ratés, de losers, de laissés-pour-compte. Mais des ratés aussi peu flamboyants que les boxeurs de Fat City, il n’y en a pas des masses. En signant « son » film de boxe, ce sport qu’il a pratiqué passionnément pendant sa jeunesse et qu’il rêvait depuis longtemps de porter à l’écran, Huston adopte une radicalité exemplaire, un réalisme absolu totalement dénué du romantisme habituellement lié au « noble art ».

Ni noblesse, ni romantisme dans le parcours de ces deux jeunes boxeurs qu’interprètent Stacy Keach et Jeff Bridges. Le premier n’a pas encore 30 ans, mais il est déjà revenu de tout : boxeur sur le retour, abîmé par une expérience malheureuse, il a raccroché les gants depuis près de deux ans. Le second est beaucoup plus jeune, et ne monte sur le ring que grâce à sa rencontre avec le premier qui voit en lui un futur champion. Un futur champion qui enchaîne les défaites avec une régularité remarquable.

Huston filme ces deux personnages avec un tel souci de vérité que son film flirte parfois avec la comédie : les échecs répétés de ces deux-là, le systématisme avec lequel leurs espoirs se fracassent à la dure réalité de la vie et de l’échec… Même les nez déformés à force d’être cassés finissent par entraîner des rictus, voire des rires nerveux. On sent bien que l’espoir auquel se raccrochent vaguement les personnages, sans y croire eux-mêmes, n’est que chimère. Mieux vaut en rire qu’en pleurer…

Huston, on le sent, invoque ses propres souvenirs, l’atmosphère de ces combats amateurs sans gloire et sans fortune, où des jeunes gens sans horizon se jettent à corps perdu parce que c’est leur seule manière de se raccrocher à l’espoir d’une autre vie, loin de ces petits boulots qu’ils sont obligés d’enchaîner pour survivre. Mais les miracles, c’est bon pour le cinéma, pas pour la vraie vie. Ici, même la victoire n’a rien d’héroïque ou de galvanisant : « J’ai été mis KO ? » interroge l’un des boxeurs tellement sonné par le lourd combat qu’il vient de mener qu’il ne réalise pas que c’est lui qui a gagné…

La toute dernière scène, sans rien en dévoiler, enfonce le clou avec un mélange d’amertume et de bienveillance qui sied parfaitement au cinéma de Huston. Point d’horizon, point de miracle à attendre, mais des personnages confrontés à la réalité de leur condition. Et le regard tendre et dur à la fois du cinéaste, acéré, pertinent, fascinant.

Rambo : Last Blood (id.) – d’Adrian Grunberg – 2019

Classé dans : 2010-2019,ACTION US (1980-…),GRÜNBERG Adrian,STALLONE Sylvester — 7 décembre, 2022 @ 8:00

Rambo Last Blood

Après avoir fait (probablement) ses adieux à Rocky avec le décevant Creed 2, Stallone fait (probablement) ses adieux à Rambo. Le voir renouer une fois de plus avec ses deux personnages fétiches n’est pas un hasard : comme à l’époque de Rocky Balboa et de John Rambo qui l’avaient sorti d’un long purgatoire, Stallone vient d’enchaîner quelques catastrophes industrielles. A 70 ans passés, il semble bien difficile pour lui de trouver un nouveau souffle au-delà de Rocky et de Rambo. Peut-être la série Tulsa King changera-t-elle la donne…

En attendant, ce Last Blood (une manière de boucler la boucle après l’inaugural First Blood de 1982) n’est pas le ratage complet souvent annoncé. On pourrait même le considérer comme la plus digne des suites, celle dans laquelle le personnage est finalement le mieux respecté. En tout cas le moins trahi. C’est que, depuis un Rambo 2 qui ne gardait à peu près du personnage que son côté machine de guerre, la saga a eu toutes les peines du monde à trouver son équilibre entre le traumatisme du vétéran façon seventies et cet aspect va-t-en guerre typique des eighties.

Avec John Rambo, en 2008, Stallone ne cherchait pas vraiment à trouver une porte de sortie satisfaisante, se contentant grosso-modo de recycler des aspects des trois premiers films. En revenant sur le sol américain, Last Blood se recentre sur le personnage de Rambo, qui mène depuis une dizaine d’années une vie paisible, tentant de garder ses fantômes à distance. C’est un peu comme si le William Munny d’Impitoyable et le Walt Kowalski de Gran Torino ne faisaient plus qu’un…

L’ombre de Clint Eastwood plane sur le film… Non : elle pèse sur le film, rappelant constamment ce qu’aurait pu être Last Blood si Stallone (scénariste du film) avait fait davantage confiance au potentiel dramatique de son film. La première partie est assez belle, se concentrant sur les relations du vétéran avec une ado qu’il considère comme sa fille, avec qui il a enfin trouvé la paix. Jusqu’à ce que la jeune femme, contre l’avis de son protecteur, ne décide de partir pour le Mexique, à la recherche de son vrai père, qui l’a abandonnée.

Et c’est là que ça se gâte. Parce que la relation fille/père est évacuée en une courte scène franchement ridicule. Parce que le Mexique est présenté d’emblée comme le lieu de tous les dangers où le pire des destins attend immanquablement une jeune Américaine en visite. Et parce que le pire des destins attend effectivement la jeune Américaine en visite. Pour la délicatesse, on repassera, mais Stallone émeut par sa présence fatiguée, par ce regard qui dit toute sa douleur et toute sa fatigue.

Reste la dernière partie, comme coupée du reste du film : un massacre sanglant et gore, vingt minutes au cours desquelles Rambo flingue, décapite, explose, découpe, charcute, charcle… Bref, il tue par tous les moyens dont il dispose, qui sont nombreux. C’est super violent, super efficace, et super bas du front. Et on se rappelle que, dans le film de 1982, Rambo ne tuait qu’une personne, et encore le faisait-il involontairement. Le premier sang versé était rare, et marquant. Près de quatre décennies plus tard, c’est sur des hectolitres de sang que le vétéran devenu mythe populaire tire sa révérence…

La Justice des hommes (The Talk of the Town) – de George Stevens – 1942

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1940-1949,STEVENS George — 6 décembre, 2022 @ 8:00

La Justice des hommes

Comédie, thriller, triangle amoureux, et même film de procès… George Stevens jongle avec pas mal de genres très différents dans ce film. Quitte à laisser tomber quelques quilles en cours de route d’ailleurs : à changer de ton si souvent, il finit par accoucher d’un film un peu bancal. Bancal, mais pourtant assez réjouissant à de nombreuses occasions.

La séquence d’ouverture, d’abord, est remarquable. Sans un mot ou presque, avec un montage très dynamique utilisant coupures de presse et fausses images d’archives, Stevens plante le décor, et résume ce qui aurait pu être une longue partie d’introduction en quelques instants d’une clarté et d’une concision impressionnantes.

On a donc Cary Grant (un peu en retrait, mais joyeusement cabotin), accusé d’avoir mis le feu à l’usine où il travaillait, causant ainsi la mort d’un homme. Jugé, sur le point d’être condamné à mort, il s’évade et se réfugie au domicile d’une vague amie d’enfance (Jean Arthur, piquante et irrésistible). Mais quelques minutes après débarque un juriste éminent et raide comme la justice qui a loué la maison (Ronald Coleman, merveilleusement suave). Grant n’a que le temps de se cacher dans le grenier.

Commence alors un étrange huis-clos, plein de suspense et d’humour, avec cette cohabitation dissimulée particulièrement originale. Et ce n’est que la première partie d’un film qui ne cesse de prendre de nouveaux départs, quitte à changer de direction, passant de la comédie de mœurs la plus légère au drame judiciaire le plus intense. Et même s’il manque une ligne réellement cohérente, Stevens se révèle également à l’aise dans tous les tons.

On retiendra une course poursuite en pantoufles entre le juriste et une meute de chien, un repas enthousiaste autour d’un borscht (avec un œuf), une déclaration d’amour finale à grandes enjambées, ou encore un face-à-face tendu entre Cary Grant et une foule déchaînée… Beaucoup de moments mémorables pour un film très imparfait, et foncièrement attachant.

Poulet frites – de Jean Libon et Yves Hinant – 2022

Classé dans : * Polars européens,2020-2029,DOCUMENTAIRE,HINANT Yves,LIBON Jean — 5 décembre, 2022 @ 8:00

Poulet frites

Quatre ans après le formidable Ni juge, ni soumise, les deux auteurs de la série documentaire Strip Tease sortent de leurs cartons une autre pépite : une enquête autour d’un meurtre à Bruxelles, dont l’indice le plus important, celui qui pourrait innocenter le principal suspect, est une frite retrouvée dans l’estomac de la victime, et qui a « le même calibre » que les frites cuisines par ledit suspect.

On retrouve dans Poulet frites le même esprit que dans le précédent long métrage (et que dans feu la série) : une manière de capter la réalité en filmant les personnages au plus près, dans leur routine quotidienne. Ici, l’équipe a semble-t-il suivi l’équipe de policiers (et la juge Anne Gruwez, la même qui était au cœur de Ni juge…, formidable personnage de cinéma) pendant de longs mois. Cette enquête avait d’ailleurs été diffusée dans Strip Tease il y a une bonne quinzaine d’années, en trois épisodes d’une heure.

Le duo Libon/Hinant en livre un montage inédit, et dans un beau noir et blanc. Et le résultat est passionnant à tous les niveaux. C’est d’abord une plongée documentaire fascinante dans le quotidien de ces flics qui ont accepté de se faire filmer dans la routine de leur travail, devant une caméra qui capte aussi bien lemoments de grâce et d’autres moins glorieux. C’est aussi un vrai polar, auquel le montage au cordeau donne un rythme de fiction.

On s’attache à ces personnages : les policiers souvent dépassés d’abord, mais aussi ce suspect trop évident dont on voit bien que les flics eux-mêmes doutent de la culpabilité. « Si je l’avais tuée, je m’en souviendrais, quand même ! » lance-t-il à plusieurs reprises, rappelant l’essence même de Strip Tease : une manière brute et frontale de filmer des personnages et des répliques qu’un scénariste n’oserait pas inventer. Comme cet indice central dans l’enquête : cette frite retrouvée dans l’estomac de la victime, et cette réplique définitive de l’enquêteur : « Ce qui m’a frappé, c’est le calibre de la frite… »

Frankenstein (id.) – de James Whale – 1931

Classé dans : 1930-1939,FANTASTIQUE/SF,WHALE James — 4 décembre, 2022 @ 8:00

Frankenstein 1931

Il y a eu beaucoup d’adaptations du roman de Mary Shelley, au fil des décennies. Mais celle-ci, la première parlante, reste l’une des plus marquantes. Pas la plus fidèle (le film est d’ailleurs plus spécifiquement adapté d’une pièce de théâtre signée Peggy Webling), mais sans doute celle qui a eu le plus grand impact sur tout le genre fantastique.

Formellement, c’est une merveille. Et c’est frappant dès les toutes premières images : cette scène d’enterrement qui ouvre le film, d’un expressionnisme digne des grandes heures du cinéma allemand. Dans des décors que l’on devine réduits, James Whale frappe les esprits avec une esthétique hyper soignée qui joue constamment avec la profondeur de champs, les premiers plans, pour inscrire l’idée même de la mort dans l’esprit des spectateurs.

Tout au long du film, James Whale crée comme ça de grands moments de cinéma. On pourrait en citer des tas, retenons le face-à-face tendre et terrible à la fois entre le monstre et la fillette au bord de l’étang, bref moment de grâce au cours duquel il découvre brièvement ce qu’est l’innocence. D’autres images sont inoubliables : l’arrivée d’un père portant le cadavre de sa fille dans une ville en liesse, ou la scène du moulin bien sûr, d’une puissance visuelle hallucinante…

Frankenstein, au-delà de l’incarnation stupéfiante et définitive de Boris Karloff, va profondément influencer tout un pan du fantastique, et pas uniquement dans les années 30 : tout le cinéma de Tim Burton est marqué par ce conte macabre glaçant. On imagine bien ce qu’a pu être le choc des spectateurs de 1931. Avant le début du film lui-même, un type de la production apparaît d’ailleurs sur scène, s’adressant aux spectateurs qu’il met en garde.

Et c’est vrai que, même neuf décennies plus tard, ce Frankenstein reste traumatisant, la meilleure peut-être des adaptations du roman de Mary Shelley… qui n’a d’ailleurs pas encore droit à son prénom, le générique évoquant le roman de Mrs. Percy Shelley.

Les Papillons noirs – mini-série de Olivier Abbou et Bruno Merle – 2022

Classé dans : * Polars/noirs France,2020-2029,ABBOU Olivier,MERLE Bruno,TÉLÉVISION — 3 décembre, 2022 @ 8:00

Les Papillons noirs

Voilà une mini-série française qui tient toutes ses promesses, et dont l’ambition et la complexité, révélées d’emblée par un générique mystérieux et fascinant, sont parfaitement tenus. Il y a deux niveaux de narration, dans Les Papillons noirs. D’abord, la relation entre un jeune écrivain en panne d’inspiration et le vieil homme qui l’embauche pour qu’il écrive ses souvenirs. Ensuite, ces souvenirs eux-mêmes : l’histoire d’un couple qui a semé la mort à travers la France, pendant des années…

La série joue admirablement sur le rapport entre le passé et le présent, entre la fiction et la réalité. Avec toujours cette frontière si ténue : ce jeu un peu sadique autour de la perception. Le fait que le fil conducteur est l’écriture d’un livre que tout le monde pense être une fiction n’est pas anodin. Le vieil homme (Niels Arestrup, troublant) est le voisin que tout le monde rêverait d’avoir. Le jeune écrivain (Nicolas Duvauchelle, d’une intensité folle) est pour tous ce génie de la littérature dont l’inspiration est un trésor…

Nicolas Duvauchelle est un choix parfait, parce qu’il incarne à la fois la force brute et une vraie fragilité, toujours borderline. Il est le vrai cœur de l’histoire, y compris dans les longs flash-backs dont les horreurs baignées de soleil pèsent sur son propre destin. Les Papillons noirs, c’est avant tout sa descente à lui dans une réalité d’une noirceur insondable, et d’une intimité inattendue.

On n’en dira pas plus, pour ne pas déflorer les nombreuses surprises que réserve la série. Si la tension connaît quelques passages plus creux, le scénario machiavélique relance constamment la machine, pour réussir à surprendre épisode après épisode, emportant tout dans une spirale fascinante et lugubre. Bien plus qu’un simple thriller hyper efficace (ce qu’il est), Les Papillons noirs est un trip addictif et dérangeant dans des abîmes de noirceur.

Les Visiteurs – de Jean-Marie Poiré – 1993

Classé dans : 1990-1999,FANTASTIQUE/SF,POIRE Jean-Marie — 2 décembre, 2022 @ 8:00

Les Visiteurs

Il était temps que l’âge d’or de Jean-Marie Poiré fasse son entrée sur ce blog : cette période bénie au cours de laquelle le réalisateur a prouvé de la plus brillante des manières qu’il avait avalé et digéré tout le cinéma de Lubitsch, celui de Sturges (Preston) et celui de Wilder… Une période dont Les Visiteurs serait l’apogée, l’indémodable parangon !

Hein ? Comment ça, « qu’est-ce que j’ai bu ? »… D’abord, rien, en tout cas pas encore, mais si on peut plus déconner, maintenant… Bon, ben voilà, quoi. La vérité, c’est que si Poiré pouvait encore faire diversion dans les années 80, du Père Noël… à Mes meilleurs copains, il se vautre lamentablement dès les années 90 dans les pires excès formels.

Pour résumer : si un plan dépasse une poignée de secondes, le spectateur va se faire chier. A ça, on aurait deux, trois trucs à rétorquer. Le premier serait : « n’importe quoi ! ». Le deuxième : « Et Lubitsch, justement, c’est du brin ? ». Le troisième : « quitte à multiplier les plans, autant qu’ils soient un minimum travaillés, non ? »

Parce que, esthétiquement, c’est une catastrophe. Dès la (longue) séquence d’introduction, Poiré multiplie les effets ringards et hideux, qui seront désormais la marque de son cinéma (j’en ai vu plusieurs, après ça). Si c’était drôle au moins, ça passerait, mais cette longue intro est remarquablement pauvre en gags… Ce n’est qu’une fois les deux héros arrivés de nos jours (je vous épargne le résumé) que la comédie s’installe vraiment.

Et là aussi, Les Visiteurs accuse lourdement le poids des ans. Quelques répliques continuent à faire sourire, quelques situations aussi, toutes basées sur le décalage entre les deux époques. Mais bien peu pour comprendre a posteriori le phénomène que le film a représenté il y a presque trente ans. Cela dit, Jean-Marie Poiré fera bien pire par la suite.

Le Serment de Pamfir (Pamfir) – de Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk – 2022

Classé dans : 2020-2029,SUKHOLYTKYY-SOBCHUK Dmytro — 1 décembre, 2022 @ 8:00

Le Serment de Pamfir

Il y a d’abord ce masque sous lequel apparaît le personnage principal, qui le renvoie d’emblée à une mythologie basée sur le rapport aux forces de la nature. Il y a aussi cette présence animale, et les grognements qu’il pousse en faisant l’amour à sa femme. Il y a encore cette omniprésence de la forêt, la manière dont il se fond en elle en la traversant au pas de course, sa marchandise de produits de contrebande sur le dos…

Voir un film ukrainien en 2022, ce n’est pas une expérience qu’on aborde de manière anodine. On s’attend, bien sûr, à ce que la géopolitique y tienne une place centrale. Et là repose la première surprise de ce Serment de Pamfir. Le film n’est pas coupé du monde, loin de là : la question des frontières est omniprésente, centrale même. Mais si la situation sociale est abordée, point de trace en revanche de la menace russe. Le film, c’est vrai, a été tourné plusieurs mois avant le début de la guerre.

Il n’empêche : ce conflit pèse forcément dans la manière dont on perçoit le film aujourd’hui. Il en trouble la perception, poussant à chercher des signes qui n’y sont pas. Le Serment de Pamfir est de fait un film moins influencé par l’actualité que par l’héritage culturel du pays. Le rapport aux anciens est omniprésent, et difficile : le rapport au père d’abord, et surtout, mais aussi le rapport aux traditions, souvent ancestrales. C’est d’ailleurs autour d’un carnaval aux codes assez insondables que se termine le film, carnaval annoncé dès la toute première scène.

Le Serment de Pamfir est aussi un vrai film de genre, puissant et passionnant, qui flirte souvent avec les codes du western : pour son rapport à la nature donc, mais aussi pour sa tension, et les rapports de force entre les personnages. Ce Pamfir qui cherche avant tout à être un bon mari et un bon père, et qu’un incident amène à se confronter au potentat local, très westernien. Le film a aussi la simplicité du western, voire la même propension à réduire certains personnages à ce qu’ils incarnent.

Ce pourrait être sa limite, mais le personnage principal est tellement fort (dans tous les sens du terme) qu’il dépasse de loin toutes les facilités scénaristiques. Et il y a la forme : ces très longs plans séquences d’une beauté foudroyante, la caméra mobile créant constamment un mouvement qui emporte tout, jusqu’à cette fameuse scène du carnaval, virtuose et immersive, qui semble concentrer en un unique lieu toute la vie de cette région, pendant que Pamfir finit par ne plus faire qu’un avec la nature qui l’entoure, jusqu’à s’enfoncer inexorablement dans ses entrailles.

R.M.N. (id.) – de Cristian Mungiu – 2022

Classé dans : 2020-2029,MUNGIU Cristian — 30 novembre, 2022 @ 8:00

RMN

Le film s’ouvre dans un abattoir, où un employé roumain rudoie son supérieur après que celui-ci l’est traité de feignant, « comme tous les gitans ». Et on sent bien que c’est le côté « gitan » qui l’a mis hors de lui, plutôt que le côté « feignant ». Il quitte son job et retourne dans son petit village de Transylvanie, où cohabitent difficilement les communautés roumaines et hongroises, et où on vit mal l’arrivée de deux Sri-Lankais embauchés par la grande usine locale, une boulangerie industrielle.

Il faut dire que cette usine, qui est le plus grand employeur local, paye au minimum, et que la plupart des travailleurs du coin sont partis à l’étranger pour gagner une meilleure paye. Mais quand même, doit-on accepter que ces étrangers viennent prendre nos boulots ? Et puis on vient à peine de retrouver la paix après d’être débarrassé des gitans, alors… Peut-on vraiment ouvrir notre communauté à tout le monde ! « On a rien contre eux, du moment qu’ils restent chez eux… »

Ajoutons encore un Français venu compter les ours pour une OMG, et la culture allemande encore bien présente des siècles après une première vague d’immigration… Il y a, concentré dans ce petit village roumain, à la fois tout le métissage culturel européen, et toute l’hostilité vis-à-vis de l’étranger… Un paradoxe explosif que Cristian Mungiu saisit avec une acuité exceptionnelle. Et notamment lors d’un très, très long plan séquence (fixe) au cours duquel le cinéaste filme une assemblée lancée en plein débat sur le sort à réserver aux Sri-Lankais.

Tous les habitants du village sont là, réunis et tournés vers les notables locaux qu’on ne voit pas. Ce qu’on voit en revanche, c’est l’animosité, la défiance, la manière dont l’hostilité dirigée vers deux travailleurs sans histoire dévoile peu à peu les vieilles rancœurs, le mur qui sépare les deux communautés historiques. Et en même temps, les tourments et troubles des personnages principaux, attirés et séparés par le drame qui se noue dans le village.

D’un côté : Matthias, l’ouvrier qui revient au village, un colosse mal dégrossi, qui retrouve une épouse qu’il a visiblement maltraitée avant son départ, son fils qui ne parle plus depuis qu’il a fait une mystérieuse rencontre dans les bois, son père qui souffre d’un mal dont on ne sait pas grand-chose. Et de l’autre : Csilla, visiblement l’ancienne maîtresse de Matthias, mais aussi le bras droit de la patronne de la boulangerie. Une femme bien, qui fait ce qu’elle peut pour les deux ouvriers venus de si loin…

Quinze ans après sa belle Palme d’Or (4 mois, 3 semaines, 2 jours), Cristian Mungiu signe un film merveilleux, d’une grande puissance et visuellement splendide. Un film qui réussit le tour de force de nous plonger dans les tourments intimes de ses personnages, et de présenter un portrait complexe, pertinent et très percutant d’une Europe tiraillée par les questions d’identité et d’ouverture. La peur de l’autre, l’incompréhension, la quête de soi… Des thèmes fascinants, pour un film magnifique dont le final, déconcertant, hante longtemps le spectateur.

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