Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

L’incroyable Monsieur X (The Amazing Mr. X / The Spiritualist) – de Bernard Vorhaus – 1948

Classé dans : 1940-1949,POLARS - FILMS NOIRS,VORHAUS Bernard — 20 mars, 2015 @ 1:50

L'incroyable Monsieur X (The Amazing Mr. X / The Spiritualist) - de Bernard Vorhaus - 1948 dans 1940-1949 Lincroyable%20Monsieur%20X_zpstp0lmhbc

John Alton est grand. Directeur de la photo de Mann pour ses meilleurs films noirs (Marché de brutes, La Brigade du suicide), Alton a aussi travaillé avec des cinéastes nettement moins réputés, et pour des films nettement moins mémorables, mais toujours en apportant ce petit quelque chose en plus, faisant naître le mystère ou l’angoisse de ses images jouant souvent sur le contraste entre l’ombre et la lumière.

C’est particulièrement flagrant avec cette petite production dont le scénario, tiré par les cheveux, louche un peu trop ostensiblement vers le mystère à la Rebecca, avec des dialogues qui pèsent comme de la pierre. Bernard Vorhaus n’est pas un grand formaliste. Mais ici, sa mise en scène semble se mettre au service des images d’Alton. Visuellement très réussi, et ambitieux, le film joue constamment sur l’obscurité, et sur la lumière qui en sort, créant un sentiment de mystère et d’angoisse assez fascinant.

Là où le film est le plus convainquant, c’est justement dans sa manière de jouer sur la frontière entre l’ombre et la lumière, avec les frontières du fantastique et de l’illusion, par les trucages du faux médium, les étranges apparitions nocturnes dont est victime Christine, la veuve qui pleure un mari disparu tragiquement, ou encore les manipulations amusées du détective privé qui lui vient en aide, ancien magicien.

Hélas, la supercherie au coeur de l’intrigue est dévoilée trop rapidement : l’aura de mystère qui entourait la première partie disparaît alors, au profit d’un thriller un peu plus convenu, qui laisse la part belle aux comédiens. Pas des grandes stars, mais des vedettes de séries B, pour une interprétation irréprochable. Le plus marquant : le séducteur Turhan Bey, sorte d’ersatz du jeune Orson Welles. Angoissant, inquiétant. Une réussite.

Enfants de salauds (Play Dirty) – de Andre de Toth – 1968

Classé dans : 1960-1969,DE TOTH Andre — 20 mars, 2015 @ 1:47

Enfants de salauds (Play Dirty) - de Andre de Toth - 1968 dans 1960-1969 Enfants%20de%20salauds_zpsjdl43u29

Ne pas se fier au pitch de ce film de guerre anglais (une bande de repris de justices transformés en soldats pour remplir une mission suicide dans le désert lybien de 1942), ni même au titre original : Play Dirty est loin, très loin, du Dirty Dozen (Les 12 salopards) tourné par Aldrich l’année précédente, et qui a entraîné toute une série de productions va-t-en guerre à grand spectacle.

Visuellement déjà, De Toth prend un parti-pris radical, dépouillant les images de la moindre tâche colorée. Tout semble n’être que sables et pierres dans ce film. Le désert bien sûr, mais aussi les uniformes, les véhicules, les visages, jusqu’au ciel qui n’offre aucune échappoire à la chaleur écrasante et à la poussière.

Et puis la mission de ce petit groupe n’a strictement rien d’héroïque. Elle se résume la plupart du temps à une lente avancée à travers le désert, parsemée des embûches incontournables du genre : un champ de mine, une tempête, la rencontre avec des autochtones hostiles… On se croirait presque dans un remake de La Piste des Géants, le western du début du parlant de Walsh. Le film lui rend d’ailleurs un hommage direct, avec cette scène au cours de laquelle les soldats franchissent une falaise en attachant leurs voitures à des câbles, copié-collé d’une séquence du film de Walsh.

De Toth étire le temps et évite soigneusement d’enchaîner les morceaux de bravoure. Il y en bien quelques-uns, assez époustouflants. Mais ce qui frappe le plus dans ces scènes d’action, c’est la manière dont le cinéaste utilise l’espace de ses décors naturels, créant un mouvement complexe et brillant, d’une fluidité et d’une clarté exceptionnelles.

Pas d’actes héroïque, donc, mais une tension à couper au couteau, et une vision sans concession de « l’art de la guerre ». A la tête de ce petit groupe, l’innocent officier Michael Caine perdra rapidement ses illusions au contact des réalités du combat, et d’un autre officier nettement plus sombre interprété par Nigel Davenport.

La charge anti-militariste n’est pas toujours très fine, cela dit. Les passages mettant en scène le cynisme des têtes pensantes de l’armée, qui utilisent les hommes de terrain comme de simples pions sacrifiables, sont un rien trop caricaturaux. Mais Play Dirty, ultime réalisation d’Andre De Toth, est un grand film de guerre, d’une puissance rare. Et dont la dernière scène souligne formidablement l’absurdité de la guerre. En laissant un goût amer durable.

• Bertrand Tavernier considère Play Dirty comme l’un des plus grands films de guerre jamais tournés. C’est ce qu’il dit, avec sa passion et son érudition habituelles, dans la présentation du film qu’il fait en bonus du DVD, édité dans la collection « Classique de guerre » de Sidonis/Calysta. Autre présentation passionnée celle de Patrick Brion.

Le Petit Garçon (Shonen) – de Nagisa Oshima – 1969

Classé dans : 1960-1969,OSHIMA Nagisa — 20 mars, 2015 @ 1:43

Le Petit Garçon (Shonen) - de Nagisa Oshima - 1969 dans 1960-1969 Le%20petit%20garccedilon_zpsof2r3ct9

Comme pour La Pendaison, tourné l’année précédente, Oshima s’inspire d’un fait divers authentique et s’en sert pour livrer le portrait d’une société japonaise qui semble dans l’impasse. C’est bien cette impression qui se dégage du parcours de cette famille de laissés pour compte qui se livrent à de petites arnaques minables pour vivre.

Mais la comparaison avec le précédent film s’arrête là : Le Petit Garçon s’inscrit dans une veine narrative beaucoup plus classique, à mi-chemin entre le road movie et le huis-clos autour d’une cellule familiale a priori classique.

Mais devant la caméra d’Oshima, la famille ne représente pas un refuge. Le héros, un gamin d’une dizaine d’années, est balloté de ville en ville au gré des caprices d’un père qui vit de petites arnaques, incitant femme et enfants à se jeter sous les roues des voitures pour extorquer des dédomagements aux conducteurs rongés par la culpabilité.

Drôle de figure paternelle, pour cet enfant à qui son père fait des injections pour provoquer des hématomes, et à qui sa belle-mère plus tendre s’intéresse pour l’argent qu’il peut lui rapporter.

Bien sûr, on est révolté par le comportement de ces parents indigners, et surtout par l’innocence bafouée de ces gamins privés de l’enfance dont ils ont besoin. Mais il n’y a aucune explosion de pathos, dans ce film aux couleurs tantôt pastelles, tantôt saturées. Aucune tentation de la part d’Oshima de jouer aves les sentiments et les émotions du spectateur.

Pourtant, les gros plans sur le gamin, et la présence à ses côtés d’un petit frère en quête d’amour, sont absolument bouleversants.

• Le film fait partie du coffret regroupant neuf films d’Oshima qui vient d’être édité chez Carlotta. Evidemment indispensable, et agrémenté de présentations du spécialiste Mathieu Capel, qui apportent un éclairage passionnant et remettent les films dans leur contexte.

The Equalizer (id.) – d’Antoine Fuqua – 2014

Classé dans : 2010-2019,FUQUA Antoine,POLARS - FILMS NOIRS — 20 mars, 2015 @ 1:40

The Equalizer (id.) - d'Antoine Fuqua - 2014 dans 2010-2019 The%20Equalizer_zpswo6vud9q

J’aime bien Denzel Washington, et c’est plutôt sympa de le voire retrouver son réalisateur de Training Day. Assez intriguant, aussi, de le voir s’intéresser à une série des années 80 tombée dans un oubli total de ce côté de l’Atlantique.

D’ailleurs, le film est franchement réussi : Fuqua connaît son métier, et sait créer une atmosphère sombre comme il faut ; Washington, lui, sait donner de l’intensité à son personnage, et lui apporter un mélange de lassitude et de menace qui convient parfaitement à ce rôle d’ancien agent d’élite qui reprend du service pour aider une jeune pute qu’il croise chaque soir sans vraiment la connaître.

Mais c’est justement ce personnage qui marque la limite du film. Après les super-héros (qui ne sont pas morts, loin de là), après les survivants de l’apocalypse (qui, eux, se font un peu plus rares depuis quelques mois), c’est donc les ex-tueurs-d’élite-rangés-des-affaires-mais-obligés-de-reprendre-du-service-pour-dézinguer-tous-les-méchants que Hollywood va nous servir à toutes les sauces ?

Liam Neeson s’en est fait une spécialité depuis Taken. Kevin Costner a repris le flambeau dans Three days to kill. John Wick, avec une histoire quasi-identique, vient d’offrir un come-back inattendu à Keanu Reeves… La liste s’allonge mois après mois, et le trop-plein est déjà là. La règle immuable : mettre le héros en contact avec un maximum de bad-guys qu’il va dessouder avec une science certaine du flingage et du coup de tatane.

Dans cet exercice, Denzel Washington est très à l’aise. Mais aime trop l’acteur pour se contenter de tels stéréotypes. Le cinéma d’action est un genre formidable, à condition qu’on y mette un minimum d’ambition et d’originalité. The Equalizer se regarde avec un certain plaisir, c’est vrai. Mais aussi avec l’impression que ses auteurs ont totalement abdiqué en matière d’ambition et d’originalité.

• DVD chez Sony, avec documentaires et making of promotionnels.

The Signal (id.) – de William Eubank – 2014

Classé dans : 2010-2019,EUBANK William,FANTASTIQUE - SF — 20 mars, 2015 @ 1:33

The Signal (id.) - de William Eubank - 2014 dans 2010-2019 The%20Signal_zpscpah5wst

Très intriguant, ce direct-to-dvd assez ambitieux, qui sait ménager le mystère jusqu’aux toutes dernières minutes. Thriller paranoïaque ? Film d’horreur ? Fantastique ? Science-fiction ? Il faut attendre les ultimes images pour avoir la clé de l’énigme.

Bon, pour être tout à fait franc, et malgré les qualités indéniables d’un film qui réussit à garder une tension constante d’un bout à l’autre, on est parfois dans le grand n’importe quoi, comme si William Eubank avait voulu compiler des tas de sujets abordés dans X-Files, dont il est visiblement un grand fan.

On a donc deux jeunes geeks qui accompagnent la petite amie de l’un d’eux (qui est handicapé suite à un accident – le gars, pas la fille) dans une virée à travers l’Amérique, et qui sont attirés par un mystérieux hacker qui se joue d’eux, et dont ils dénichent l’adresse : un mystérieux cabanon perdu au milieu du désert où aucune personne sensée ne mettrait les pieds. Eux si, et cela donne une belle séquence horrifique franchement flippante, qui ouvre vers autre chose, le coeur d’un film au mystère insondable.

On se retrouve alors dans un décor blanc immaculé, avec de mystérieux agents (dont Laurence Fishburne), des expériences glaçantes, et le genre d’ambiance « complot à grande échelle » qui rendrait Fox Mulder fou d’excitation. Nous, on a un peu trop une impression de déjà-vu. Et la fadeur des personnages n’aide pas à se sentir vraiment concerné par cette histoire. Au point de se dire qu’on irait bien directement au dernier chapitre pour tout comprendre. Mais on ne le fait pas, on ne s’ennuie pas vraiment d’ailleurs, mais on accueille la révélation finale avec un « Ah d’accord » intéressé, mais sans plus…

• DVD chez Wild Side, avec un petit making of promotionnel, un « bêtisier » de 15 secondes sans intérêt, et quelques scènes coupées ou alternatives.

Les Bourreaux meurent aussi (Hangmen also die) – de Fritz Lang – 1943

Classé dans : 1940-1949,LANG Fritz,POLARS - FILMS NOIRS — 9 mars, 2015 @ 7:23

Les Bourreaux meurent aussi (Hangmen also die) - de Fritz Lang - 1943 dans 1940-1949 Les%20Bourreaux%20meurent%20aussi_zpsksarzmwg

Fritz Lang a souvent travaillé par cycles, enchaînant plusieurs films sur des thèmes similaires qui s’enrichissent mutuellement. Entre 1941 et 1944, le cinéaste a ainsi tourné trois films consacrés à « l’effort de guerre » d’Hollywood. Des films destinés à sensibiliser le grand public dans une Amérique entrée en guerre, et dont Lang fait des oeuvres personnelles : trois chefs d’œuvre absolus qui sont parmi les meilleurs tournés à Hollywood durant cette période.

Les Bourreaux meurent aussi arrive ainsi après Chasse à l’homme et avant Espions sur la Tamise, deux films qui jouent sur l’irruption de la peur dans les paysages familiers d’Angleterre. Celui-ci est un peu différent, puisqu’il adopte déjà une approche « historique » de la seconde guerre mondiale, en s’inspirant d’un épisode tragique de la résistance au nazisme à Prague : après l’assassinat de Heydrich, des centaines d’habitants sont pris en otage et exécutés par les Allemands.

Le film de Lang est un superbe hommage à l’esprit de résistance du peuple de Prague, et à toute forme de résistance face à l’oppresseur. C’est un film de propagande, bien sûr, mais d’une puissance incroyable.

Et s’il reste aussi puissant aujourd’hui, c’est parce que, comme souvent, Lang utilise les codes du film de genre pour aborder des sujets forts. Ici, ce sont les codes du film noir qu’il utilise. Son hymne à l’esprit de résistance prend ainsi la forme d’une chasse à l’homme dans les ruelles humides et pleines d’ombre de la ville. Une chasse à l’homme au cours de laquelle la tension, extraordinaire, ne baisse jamais.

La mise en scène de Lang, qui joue sur les peurs et l’omniprésence de la menace, est sublime. Mais le film doit aussi beaucoup à ses interprètes (Anna Lee, actrice fordienne qu’on n’a pas l’habitude de voir en premier rôle, est formidable), et à un scénario d’une richesse infinie, et d’une grande intelligence, qui privilie l’évocation à la mise en image.

Mais nul besoin de voir les exécutions pour ressentir l’horreur de cet épisode tragique et sanglant qui inspireront plusieurs autres films. Parmi eux, un autre chef d’oeuvre tourné la même année : Hitler’s Madman, de Douglas Sirk.

Le Crime était presque parfait (The Unsuspected) – de Michael Curtiz – 1947

Classé dans : 1940-1949,CURTIZ Michael,POLARS - FILMS NOIRS — 27 février, 2015 @ 4:22

Le Crime était presque parfait (The Unsuspected) - de Michael Curtiz - 1947 dans 1940-1949 Le%20Crime%20eacutetait%20presque%20parfait%20-%20Curtiz_zps3u7kdsbw

Une vraie merveille que ce film noir méconnu, signé par un Michael Curtiz au sommet de son art. Le film, d’une richesse et d’une complexité rares, doit également beaucoup à son chef opérateur Woody Bredell (déjà réputé pour son travail sur un classique du genre, Les Tueurs de Siodmak), dont l’importance semble capitale dans ce film, tant l’éclairage, la lumière et les ombres y tiennent une place primordiale.

Le constat est flagrant dès les premières images, sublime scène de meurtre qui suit les mouvements du criminel sans jamais le montrer, son ombre portée sur les murs, inquiétante et menaçante, semblant dotée d’une vie propre. Le jeu sur les ombres et leur rapport à la lumière n’est pas une nouveauté dans le film noir. Mais il atteint ici une sorte d’apogée, Curtiz et Bredell étant visiblement décidés à aller au bout de leurs ambitions visuelles.

Résultat : même si le scénario n’avait pas été à la hauteur, le film aurait procuré un plaisir immense, tant il est visuellement somptueux, la moindre image faisant l’objet d’une attention immense et recellant son lot de surprise. Mais le scénario est bel et bien à la hauteur, tortueux et retors, jouant constamment (dans sa première moitié en tout cas) avec perception du spectateur, Curtiz s’évertuant à le perdre, puis à l’éclairer soudainement, avant de le replonger dans l’obscurité tout aussi brusquement, comme le font les policier dans la maison lorsqu’ils vérifient les fusibles.

Le titre français porte à confusion, bien sûr : pas grand-chose à voir avec le classique qu’Hitchcock tournera quelques années plus tard (même si le meurtre d’ouverture n’est pas sans rappeler celui auquel échappera Grace Kelly). Des références, il y en a pourtant, bien assumée : ce portrait d’une femme qu’on croit morte et qui réapparaît miraculeusement, renvoie évidemment à celui de Laura, chef d’œuvre qui a marqué le genre à jamais.

Mais la manière dont Curtiz fait monter l’angoisse doit autant au film noir qu’au film d’épouvante. Ce n’est sans doute pas un hasard si le rôle, secondaire, du mari alcoolique est tenu par Hurd Hatfield, acteur éternellement marqué par son incarnation de Dorian Gray dans le film d’Albert Lewin. Pas un hasard non plus si Hatfield lance cette réplique chargée de référence pour les cinéphiles : « Mathilda n’a pas changé, c’est son portrait qui a changé. »

On n’est plus tout à fait dans le film noir quand le machiavélisme de Claude Rains atteint son apogée, quand sa pulsion de mort semble ne plus avoir de fin. Et lorsqu’il dicte à une Mathilda complètement docile sa propre lettre de suicide, le film atteint des sommets d’horreur…

Audacieux, d’une richesse esthétique infinie, magnifiquement écrit et brillamment mis en scène, The Unsuspected n’est pas le film le plus connu de Michael Curtiz. Mais c’est bien l’un de ses grands chefs d’œuvre.

Godzilla (Gojira) – de Inoshiro Honda – 1954

Classé dans : 1950-1959,FANTASTIQUE - SF,HONDA Inoshiro — 27 février, 2015 @ 4:18

Godzilla (Gojira) - de Inoshiro Honda - 1954 dans 1950-1959 Godzilla%201954_zpsvh140kot

Dans le Japon de l’après-guerre, plusieurs bateaux disparaissent mystérieusement en pleine mer. La population a peur, les scientifiques s’interrogent, et les anciens assurent qu’il s’agit de Godzilla, une légende d’un autre temps. Légende qui ne tarde pas à sortir de l’eau et à détruire tout sur son passage…

On retient de ce premier Godzilla qu’il a donné naissance à une quantité phénoménale de suites qui relèvent pour la plupart du nanar, voire du grand n’importe quoi. Et on n’est certes pas dans un grand chef d’oeuvre comparable à l’indépassable King Kong, matrice de tous les films de grands monstres : le scénario est un peu trop explicite et simpliste, et le film laisse peu de place aux personnages.

Mais quand même, il y a là de vrais beaux moments, tous liés à ce traumatisme de la bombe H dont on sait qu’il est à l’origine du film. Les personnages eux-mêmes attribuent d’ailleurs l’arrivée du monstre aux effets des essais nucléaires.

Une soudaine explosion qui vient balayer sans prévenir des moments de quiétude sur un bateau (et ce dès les premières minutes du film), une foule paniquée dans les ruines d’une ville, un hôpital improvisé, des enfants qui pleurent dans la rue… Tout au long du film, des images fortes et réalistes, inhabituelles dans ce genre de films, vient rappeler l’évident parallèle avec Hiroshima et Nagasaki (d’où une jeune femme explique d’ailleurs venir), et cette horreur qui ne s’estompe pas dans l’inconscient collectif.

Les réminiscences de l’horreur, la tentation d’évoquer les légendes d’un ancien temps… Il y a tout cela à l’origine de ce Godzilla, dont les suites ne conserveront trop souvent que l’aspect spectaculaire et destructeur du lézard géant.

Lézard qui fait d’ailleurs plutôt bon effet, même si les trucages prennent le contre-pied de ceux du King Kong de 33 : à l’animation image par image d’un pantin miniature, Inoshiro Honda préfère l’utilisation d’un costume dans lequel se glisse visiblement un comédien un peu emprunté. La réussite des trucages doit finalement sans doute moins à la bêbête elle-même qu’à la qualité des maquettes, vouées à une destruction massive.

Entre les longues (et efficaces) scènes de destruction, et les évocations puissantes et inspirées du traumatisme japonais, ce premier Godzilla est une vraie réussite, qui garde toute sa force malgré les années, les suites et les remakes.

• Alors que le dernier remake en date débarque en DVD, l’éditeur Metropolitan / Seven7 surfe sur son succès en éditant ce Godzilla originel, dans sa vraie version (et pas la version remontée pour le marché américain avec l’insertion d’un personnage joué par Raymond Burr, absent du film de Inoshiro Honda. Une qualité d’image et de son absolument irréprochable, et un bonus de poids : le long métrage Le Retour de Godzilla, première suite tournée dès 1955.

Rendez-vous avec la peur (Night of the Demon) – de Jacques Tourneur – 1958

Classé dans : 1950-1959,FANTASTIQUE - SF,TOURNEUR Jacques — 27 février, 2015 @ 4:12

Rendez-vous avec la peur (Night of the Demon) - de Jacques Tourneur - 1958 dans 1950-1959 Rendez-vous%20avec%20la%20peur_zpsnw1atyzc

Quinze ans après son triptyque produit par Val Lewton à la RKO, Jacques Tourneur, qui a entre-temps touché à tous les genres et souvent avec une grande réussite, revient au thème de la peur avec cette production anglaise qui prend le contre-pied des films d’horreurs de la Hammer alors en vogue (comme La Féline prenait le contre-pied des films d’épouvante de la Universal).

Mais si Rendez-vous avec la peur reprend le thème central de La Féline, Vaudou et L’Homme Léopard, les recettes utilisées sont assez radicalement différentes. Dans ses classiques des années 40, Tourneur jouait essentiellement sur l’invisible, sur la suggestion, sur les ombres… Ici, la peur est souvent marquée par l’irruption d’éléments troublants dans le quotidien. Une main sur une balustre, un clown qui entre soudainement dans le cadre, une fenêtre qui s’ouvre à grands bruits.

Des effets faciles ? Sur le papier, cela y ressemble, mais à l’écran, ces « éclats de peur » imparables servent surtout à installer un trouble de plus en plus tenace dans l’esprit du spectateur, et dans celui très cartésien du personnage central. Dans le rôle, Dana Andrews est fabuleux. Parce qu’il incarne une sorte de certitude simple et virile, et que sa fausse impassibilité laisse transparaître des fêlures et des doutes qui vont s’agrandissant.

Scientifique lancé dans une croisade contre l’ésotérisme et autres sciences occultes qu’il considère comme de la charlatanerie, il évolue dans un monde d’autant plus familier et quotidien qu’il est la plupart du temps filmé en plein jour, loin des zones d’ombre inquiétantes que la nuit procurait dans la trilogie RKO de Tourneur. C’est dans ce contexte qu’il est plongé dans un monde de cauchemar qui prend aux tripes et dont on ne sort pas intact.

Reste une question à laquelle je suis incapable de répondre clairement : avoir montré le monstre plutôt que le suggérer était-il une bonne idée ? D’un côté, le monstre (imposé par la production à un Tourneur très réticent), qui apparaît dès les premières minutes, paraît bien kitsh, et sa démarche n’est pas loin de faire sourire. Mais le fait d’afficher clairement la réalité de ce monde a priori invisible contribue à renforcer le malaise qui accompagne les certitudes de Dana Andrews. Avec ou sans monstre, Rendez-vous avec la peur est un chef d’œuvre.

La Féline (Cat People) – de Jacques Tourneur – 1942

Classé dans : 1940-1949,FANTASTIQUE - SF,TOURNEUR Jacques — 27 février, 2015 @ 4:04

La Féline (Cat People) - de Jacques Tourneur - 1942 dans 1940-1949 La%20Feacuteline_zpsfrjp4lvq

C’est un peu le maître étalon du film d’épouvante des années 40, le film qui a réinventé l’esthétique du genre, et représente le mieux la « marque » de la RKO. Suggérer plutôt que montrer… Prenant le contre-pied des films de monstre de la Universal, Jacques Tourneur et le producteur Val Lewton imaginent une autre forme de peur, basée sur l’imagination du spectateur.

La Féline est un film imparfait, qui n’évite pas certaines longueurs, et n’a pas la profondeur de Vaudou, autre film du tandem Lewton-Tourneur. Les personnages, d’ailleurs, manquent un peu de profondeur, à l’exception de celui de Simone Simon, dans le rôle de sa vie, qui la marquera à jamais. Fascinante, l’actrice trouve l’équilibre parfait entre l’innocence la plus pure et la hantise d’un mystérieux héritage.

Immigrée venue d’un pays de l’Est, son personnage est marqué par une vieille malédiction qui prive les jeunes femmes de vivre leurs histoires d’amour. Après une introduction pas vraiment palpitante, le film prend une autre dimension lorsque cet héritage mystérieux prend forme, avec l’apparition d’une femme au physique très félin dont l’unique mot prononcé dans une langue étrangère glace le sang…

C’est évidemment quand il s’agit d’évoquer la peur que le film touche au génie, dans une série de séquences étirées à l’extrême et absolument formidables. Celle de la piscine, surtout, est un véritable chef d’œuvre, jouant merveilleusement sur les ombres, les reflets de l’eau sur le plafond, et le son pour souligner la peur de la jeune femme menacée par une forme féline que l’on ne fera qu’entrapercevoir… et faire naître celle du spectateur.

Le choix de suggérer plutôt que de montrer fut sans doute dicté par les contraintes budgétaires du film (comme Minnelli le montrera dans Les Ensorcelés, clin d’œil à peine masqué au tournage de La Féline). Mais c’est bien ce choix qui fait de La Féline un monument du genre, malgré ses quelques faiblesses. Devant la caméra de Tourneur, un simple trottoir filmé de nuit devient le lieu le plus angoissant du monde ; un bureau familier se transforme en théâtre dont le moindre recoin devient menaçant…

Pour leur troisième film en commun, L’Homme Léopard (la référence féline est évidente) Tourneur et Lewton s’inscritont ouvertement dans la droite lignée de La Féline. Mais en ne gardant que l’approche presque théorique : en simplifiant l’intrigue à l’extrême, Tourneur proposera différentes manières de mettre en scène la peur. Le grand sujet de ce pan passionnant de sa carrière si riche.

•Un beau coffret collector deux DVD réunit les trois films RKO du duo Jacques Tourneur – Val Lawton (La Féline, Vaudou et L’Homme Léopard), avec un livret un peu léger et une poignée de documentaires et d’entretiens assez passionnants. Aux Editions Montparnasse.

12345...116
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr