Play it again, Sam

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Allô, brigade spéciale (Experiment in Terror) – de Blake Edwards – 1962

Classé dans : * Polars US (1960-1979),1960-1969 — 23 mai, 2016 @ 8:00

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La première séquence, absolument scotchante, révèle les secrets du titre (originale) : cette expérience de la terreur, c’est Lee Remick qui va la vivre. Mais c’est aussi le spectateur. Comme Jacques Tourneur vingt ans avant lui (dans L’Homme léopard, notamment), on sent bien que c’est cette volonté de filmer la peur qui a attiré Blake Edwards, qui venait de tourner un Breakfast at Tiffany’s nettement plus conforme à l’idée qu’on se fait de son cinéma, dans ce thriller.

Cette première scène résume à elle seule tous les principes et les qualités du film. Un noir et blanc magnifique, une musique (signée Henry Mancini) sobre qui distille l’angoisse, des personnages à la limite de l’abstraction, et une caméra dont les mouvements (rares) et les cadrages (sobres, à quelques exceptions près) sont d’une efficacité implacable.

Le postulat de départ est simple : une jeune femme rentre chez elle dans la nuit ; à peine sa voiture garée, la porte se referme derrière elle, la laissant dans l’obscurité et le silence, silence bientôt brisé par une lourde respiration… Cette scène garde, 50 ans après, une puissance terrifiante remarquable. Des moments de terreur, il y en a d’autres dans ce film. Mais Edwards (comme Tourneur) a l’intelligence de systématiquement se renouveler. Pas toujours avec la même puissance, mais en tout cas avec une efficacité constante.

On pourrait critiquer la vision un peu idéaliste du FBI : cette manière un peu simpliste avec laquelle Lee Remick, après avoir été menacée par ce mystérieux agresseur (Ross Martin, le sidekick des Mystères de l’Ouest, formidable), tombe dès le premier coup de téléphone sur un super-agent (Glenn Ford, d’une grande justesse) qui comprend immédiatement qu’il a affaire à une menace sérieuse…

Mais cette facilité scénaristique, qui se répète d’ailleurs à plusieurs reprises, est effacée par la manière dont le travail des enquêteurs est filmée. A l’opposée de l’héroïsme individualiste habituel, mais comme un travail de fourmis, qui nécessite des dizaines d’hommes, et d’interminables surveillances.

Dans la manière d’aborder le polar, dans cette manière de filmer l’angoisse… le film de Blake Edwards a quelque chose de résolument nouveau en 1962. C’est pourtant, aussi, un film de cinéphile, qui évoque à la fois Tourneur donc, mais aussi les films noirs réalistes de Mann ou Hathaway, et s’inscrit clairement dans la mouvance de Psychose. La terrifiante scène des toilettes résonne d’ailleurs comme un clin d’œil au film d’Hitchcock.

Experiment in Terror est aussi un film dont les parti-pris assez radicaux inspireront à leur tour d’autres cinéaste. En premier lieu Don Siegel, dont le Dirty Harry reprendra plusieurs idées fortes du film (avec une vision toutefois nettement plus cynique du travail de la police). Jusqu’à reprendre quasiment telle quelle l’ultime scène dans le stade, reprenant à l’identique ces impressionnants plans d’hélicoptère. Un sacré hommage…

* Le film vient de sortir dans la nouvelle collection « Films noirs, femmes en danger » chez Sidonis/Calysta, avec des présentations par Bertrand Tavernier, Patrick Brion et François Guérif.

Secret State (id) – mini-série créée par Robert Jones et réalisée par Ed Fraiman – 2012

Classé dans : * Polars européens,2010-2019,FRAIMAN Ed,JONES Robert,TÉLÉVISION — 22 mai, 2016 @ 8:00

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De Borgen à House of Cards, la série télé politique a le vent en poupe. Secret State, mini-série british en quatre épisodes, entre clairement dans cette catégorie, en associant une forme ouvertement moderne (caméra à l’épaule, couleurs saturées…) et des ficelles qui ont fait leur preuve depuis longtemps.
En vrac : des industriels véreux, une finance toute puissante, des politiciens englués dans leurs ambitions personnelles, une machination mystérieuse, des meurtres déguisés en suicide, des services secrets qui surveillent tout le monde… et un chevalier blanc, devenu premier ministre contre toute attente, après la mort suspecte de son prédécesseur.

Ce chevalier blanc, c’est Gabriel Byrne, l’une des raisons qui font de Secret State une grande réussite. Il a un charisme fou, et cette manière si particulière de sembler ne rien faire avec profondeur. Impassible, la plupart du temps, mais en donnant pourtant à son personnage une belle complexité. Pas facile, pourtant, de faire exister un personnage aussi ouvertement et unilatéralement bon.

Autour de lui, pourriture et corruption. Là non plus, rien de bien surprenant donc. Sauf que, passé un premier épisode qui ne laisse guère de doute à la surprise, c’est surtout l’intelligence de l’écriture et l’efficacité de la mise en scène qui emportent l’adhésion. Plus l’intrigue avance, plus les ramifications se font complexes. Au final, l’immense machination attendue laisse plutôt la place à un portrait acide et plein de cynisme des puissants de ce monde, sans concession.

Grande fiction politique, Secret State est aussi, et c’est tant mieux, un film (pardon, une mini-série) de personnages, dont la réussite repose en grande partie sur la qualité des secons rôles. Moins ces deux aspirants-déçus-premiers ministres, assez caricaturaux et à la limite du grotesque, que les personnages qui gardent une part de mystère. Mention à Tony Fossett (Douglas Hodge), le meilleur ami qui noie les échecs de sa vie dans l’alcool. Au garde du corps aussi (Ralph Ineson), quasi-muet mais à la présence électrisante. Et bien sûr à Charles Dance, constamment en retrait mais fascinant en conseiller personnel du premier ministre.

Même si elle repose sur des ficelles éculées, cette mini-série brillante se révèle joliment addictive.

Des pas dans le brouillard (Footsteps in the fog) – d’Arthur Lubin – 1955

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),* Polars européens,1950-1959,LUBIN Arthur — 21 mai, 2016 @ 8:00

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Arthur Lubin est un réalisateur qu’on aime bien pour des raisons un peu secondaires. Pas pour son ambition démesurée de cinéaste, vouée au duo comico-lourdingue Abbott et Costello et à l’inépuisable série des Francis, le mulet qui parle. Mais pour avoir été le premier à donner sa chance au jeunot Clint Eastwood, à qui il a confié quelques petits rôles anodins (Escapade au Japon) ou croquignolets (il faut voir La VRP de choc uniquement pour les sourires béats de Clint).

Bref, son cinéma est, pour être gentil, loin d’être renversant. Pesant, même, la plupart du temps. Surtout lorsqu’il se lance dans l’exotisme ou les grands espaces, aspects qui semblent immanquablement plomber son cinéma. Pourtant, un petit miracle se produit de loin en loin. On lui doit ainsi une version du Fantôme de l’Opéra à la bonne réputation, et un film noir méconnu mais fort sympathique, Impact. Des pas dans le brouillard pourrait bien être son chef d’œuvre.

C’est d’autant plus remarquable que le film est tourné entre deux Francis, à une époque où Lubin affirme clairement sa vocation de réalisateur de comédies familiales sans aspérités. Tout le contraire de ce « film noir victorien » loin d’être parfait, mais fascinant et étrangement dérangeant. Point de grands espaces ici : entre les salons feutrés du Londres des privilégiés et les rues baignés de brouillard, Lubin filme constamment en espaces clos, ce qui lui réussit particulièrement bien.

Il est aidé, il est vrai, par une photo absolument superbe (signée Christophe Challis): une image quasi-monochrome qui donne une élégance et une atmosphère mystérieuse et fascinante à cette histoire. Histoire dont on se dit d’abord, lors de cette superbe séquence d’ouverture (formidable travelling qui nous conduit au pied d’un impressionnant et dérangeant tableau), qu’elle est une sorte de variation autour du thème maintes fois emprunté de Rebecca.

Un riche veuf (Stewart Granger), sa jeune et belle gouvernante (Jean Simmons), et une épouse décédée trop présente… Le parallèle semble évident. Sauf que, très vite, le film prend une toute autre dimension. On pourrait mettre toute le crédit de la réussite du film au chef op et aux scénaristes, mais ce serait injuste : Lubin réussit parfaitement tous les moments clés du film, avec simplicité et efficacité. Un sourire de Granger en contre-champs du tableau de la défunte… Un meurtre dans la brume londonienne… Lubin installe un climat inconfortable et bouscule constamment le spectateur.

La réussite du film repose aussi sur le « couple » principal. Entre Jean Simmons et Stewart Granger (mariés à la ville, à cette époque), on ressent constamment à la fois un érotisme trouble, et un décalage brutal. Comme si le désir sexuel et celui de tuer cohabitaient… Un film victorien, sans doute, mais surtout un film noir. Très noir.

* DVD dans une nouvelle collection au titre curieux « Film noir, femme en danger », chez Sidonis/Calysta, avec des présentations passionnées de Bertrand Tavernier, François Guérif et Patrick Brion.

Détective privé (Harper) – de Jack Smight – 1966

Classé dans : * Polars US (1960-1979),1960-1969,NEWMAN Paul,SMIGHT Jack — 20 mai, 2016 @ 8:00

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Il en fait des tonnes, Paul Newman, surjouant sa cool attitude, cette non-chalance travaillée qui fait son incroyable charme. D’un autre acteur, ce serait insupportable. Mais lui a cette classe folle et une ironie teintée d’autodérision qui emportent l’adhésion. Et tout spécialement dans ce film noir qui sonne très sixties, mais dont le scénario semble tiré d’une armoire laissée fermée pendant vingt ans…

Plus que l’intrigue gentiment tarabiscotée, ses faux-semblants et ses innombrables rebondissements, c’est cette impression que Jack Smight filme un scénario de la grande époque du noir qui fascine et séduit. Sur le papier, Harper, adaptation d’un roman de Ross MacDonald, aurait pu être une sorte de double du Grand Sommeil. A l’écran, le résultat est pourtant radicalement différent. Et dans cette différence, c’est toute l’évolution du cinéma de genre américain qui apparaît.

Pas forcément toujours pour le meilleur : il manque au film de Smight la suprême atmosphère de celui de Hawks. Mais la référence est flagrante, jusqu’à la participation de Lauren Bacall, flanquée d’une jeune femme un rien névrosée (sa belle-fille ici, et plus sa sœur). Quant à Newman, il est une sorte de version années 60 du privé à la Bogart. Donc très différent : filmé dans son terne quotidien (la scène d’ouverture), prêt à implorer sa femme (Janet Leigh) de ne pas le quitter, et passant le plus clair du film à se prendre des coups…

La comparaison pourrait être écrasante, mais Smight a l’intelligence de faire le film à sa manière. Avec un grand sens du rythme et de la dérision, et même une certaine élégance. A tel point qu’on aurait presque souhaiter voir Newman et Smight s’atteler réellement à un remake du Grand Sommeil. Un remake qui sera bel et bien réalisé quelques années plus tard, mais par un tâcheron et sans éclair de génie. Quant à Newman, il retrouvera le rôle de Harper neuf ans plus tard dans La Toile d’araignée qui, non, n’est pas le remake du film noir homonyme des années 50… avec Lauren Bacall.

Du Sang dans la Sierra (Relentless) – de George Sherman – 1948

Classé dans : 1940-1949,SHERMAN George,WESTERNS — 19 mai, 2016 @ 1:26

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Dès la toute première scène, on sent que Sherman est dans une bonne veine avec ce western tourné non pas pour la Universal, mais pour la Columbia. Les premières images montrent une petite ville de l’Ouest comme tant d’autres, mais plongée dans la nuit, et balayée par une pluie battante. Que Sherman filme avec le sens du cadre et du rythme qu’il a dans ses meilleurs films.

Outre la météo, ce qui frappe aussi d’emblée, c’est la bienveillance des habitants que l’on retrouve dans un saloon chaleureux, et qui saluent avec joie la bonne chance de deux d’entre eux, qui viennent fêter (au champagne s’il vous plaît) la fortune qui vient de leur sourire dans la mine qu’ils exploitent dans un coin tenu secret… On sent venir la suite, et on n’y coupe pas : parmi ces habitants bienveillants, il en est un qui l’est nettement moins.

C’est un peu la limite du film : on sent constamment venir la suite. On la voit même arriver avec l’assurance de celui qui ne fera rien pour éviter les clichés. Mais la mise en scène de Sherman compense les facilités scénaristiques, et la minceur des personnages. On s’attend donc à ce que les deux mineurs fortunés se fassent dessouder, mais la scène où cela se produit effectivement est assez remarquable. Du meurtre, on n’aperçoit que les silhouettes des tueurs à travers la fenêtre salle d’une cabane.

Ce parti-pris, Sherman l’adopte à d’autres reprises dans ce western, décalant l’action hors caméra pour ne plus filmer que les ombres des protagonistes projetées sur un mur. L’effet n’est pas neuf (ah ! ce duel dans Les Aventures de Robin des Bois !), mais donne un vrai style à ce western plutôt sympathique, ou les belles idées inattendues compensent la pauvreté de la psychologie.

Le rôle central joué par le poulain est pour le moins original, et fonctionne parfaitement bien, donnant toutefois au film des airs de conte pour enfant, ce qu’il n’est pas foncièrement. En témoigne la sécheresse de la violence, et cet affrontement plus psychologique que physique pour le coup, à la fin du film.

Une autre surprise, c’est la présence dans le rôle principal de Robert Young, acteur que l’on a plus l’habitude de voir dans des drames urbains ou dans des comédies. Son sourire un poil trop blanc fait d’ailleurs craindre le pire dans les premières minutes. Mais l’acteur, à défaut d’être renversant, est sympathique et s’avère très à l’aise pour donner de la gravité à son personnage, accusé de meurtres qu’il n’a pas commis.

On peut ajouter de beaux extérieurs qui inspirent particulièrement Sherman, un passage inattendu (et assez déroutant) dans la neige, et un plan unique mais très beau d’un coucher de soleil magnifié par le très beau Technicolor. Un western mineur, certes, mais plein de petites pépites éparses.

* DVD dans l’incontournable collection Westerns de Légende, avec des présentations par Patrick Brion et Bertrand Tavernier, ce dernier se montrant étonnamment sévère avec le film.

La Vengeance de l’Indien / Le Sang de l’Indien (Reprisal !) – de George Sherman – 1956

Classé dans : 1950-1959,SHERMAN George,WESTERNS — 1 mai, 2016 @ 8:00

La Vengeance de l'Indien / Le Sang de l'Indien (Reprisal !) - de George Sherman - 1956 dans 1950-1959 Le%20Sang%20de%20lIndien_zpswgt2jz59

71 minutes, pas une de plus… George Sherman, cinéaste inégal capable du meilleur (Le formidable Vengeance à l’aube) comme du pire (Le Grand Chef, assez ennuyeux) signe un petit western admirablement tendu et loin d’être aussi anodin que son format et l’absence de vedette pouvaient laisser penser.

Souvent oublié dans l’histoire du western, Sherman n’a certes pas la carrure des grands maîtres comme Ford, Hawks, Wellman, Daves ou d’autres. Et il lui arrive plus souvent qu’à son tour de céder à une sorte de nonchalance routinière qui nuit à certains de ses films. Mais quand il est inspiré, il peut livrer d’excellents films, passionnants et gorgés de belles idées narratives.

C’est clairement le cas de ce Reprisal !, qui fait partie des très grandes réussites de Sherman. Dès la séquence d’ouverture, on est frappé par la manière dont le film introduit les personnages. L’arrivée d’un étranger en ville, entrée en matière on ne peut plus classique, se heurte ici à une porte fermée… L’action se déplace alors dans le traditionnel saloon, transformé ce jour-là en tribunal où sont jugés trois frères accusés d’avoir lyncher deux Indiens, et dont la culpabilité ne fait d’emblée aucun doute. Sauf que le jury les innocente en une poignée de secondes…

Reprisal ! fait partie de cette grande vague de westerns pro-Indiens. Rien de totalement neuf sous le soleil de l’Oklahoma, donc. Sauf que la manière dont Sherman aborde cette question du racisme renvoie clairement à la situation contemporaine des Etats-Unis, confrontées à des problèmes similaires dans les états du Sud. Les opprimés ici sont les Indiens, mais il paraît évident que l’action pourrait être transposée avec n’importe quelle minorité opprimée, à n’importe quelle époque (d’ailleurs, le scénario s’inspire d’un roman évoquant le racisme envers les noirs).

Inattendu aussi : le fait que le héros soit à moitié-Indien. Ce qui ne saute pas aux yeux, vu qu’il est interprété par le très blond Guy Madison, mais que Sherman dévoile assez vite lors d’un formidable dialogue avec un vieil Indien. On sent bien que ce sujet est cher au cinéaste, qui donne un magnifique rôle de squaw en mal de reconnaissance à Kathryn Grant (une vraie blanche, certes), et fait de l’impossible réconciliation entre les peuples le vrai sujet de son film.

La mise en scène est souvent aussi forte que ce sujet. Il y a même plusieurs scènes qui nous scotchent littéralement au fauteuil : le duel avorté et incroyablement tendu entre Madison et le plus jeune des frères Shipley ; ou le quasi-lynchage du héros, impressionnant, scène qui justifie à elle seule l’inspiration de Sherman, dont la caméra se plaque au sol pour mieux faire ressentir la puissance de la foule en colère, ou s’élève soudain en une vertigineuse plongée pour souligner le soudain isolement du héros…

Sherman donne un tel rythme à son film que Guy Madison, acteur plutôt transparent, semble dégager une grande intensité. Mais il faut dire qu’il est bien entouré, notamment par Felicia Farr (une habituée des westerns de Daves), dans un rôle pas si lisse qu’il n’y paraît au premier abord. Et c’est bien l’une des forces du film, qui ne cède jamais à la facilité du manichéisme. Un petit film, oui, mais un petit bijou.

* DVD dans la collection « Westerns de Légende » de Sidonis/Calysta, avec des présentations par Bertrand Tavernier et Patrick Brion.

L’Imposteur (The Impostor) – de Julien Duvivier – 1943

Classé dans : * Films noirs (1935-1959),1940-1949,DUVIVIER Julien,GABIN Jean — 30 avril, 2016 @ 8:00

L'Imposteur (The Impostor) - de Julien Duvivier - 1943 dans * Films noirs (1935-1959) LImposteur_zpsmrut9esh

Dernier des films tournés par Duvivier lors de son exil hollywoodien durant l’Occupation (après deux films à sketchs, Six destins et Obsessions), L’Imposteur est l’occasion pour le cinéaste de retrouver son acteur fétiche Jean Gabin, lui aussi réfugié en Amérique, et un sujet qui n’est pas sans évoquer la noirceur de leurs films communs d’avant-guerre.

L’Imposteur est clairement un film de propagande, destiné à galvaniser l’opinion publique et à souligner, pas toujours très finement, que le conflit qui fait rage est l’affaire de tous. Mais le destin de ce condamné à mort qui s’évade lors d’un bombardement et prend l’identité d’un soldat, n’est pas si loin de celui du héros de La Bandera. C’est en tout cas une nouvelle fois un personnage hanté par le destin que campe un Gabin particulièrement intense.

Le style de Duvivier est là également, avec ses jeux d’ombres, ses gros plans dramatiques et la profondeur du noir et blanc. Avec une séquence d’ouverture qui semble sacrifier aux critères hollywoodiens : ces images très baroques et impressionnantes de l’explosion de la prison, où Gabin semble réduit au statut de jouet dans les mains d’un destin cynique et ironique.

La suite est assez convenue dans le fond : embarqué malgré lui pour l’Afrique avec d’autres soldats, coincé au milieu de nulle part avec pour mission de construire une piste d’atterrissage dans la brousse, il découvre peu à peu les vertus de l’armée, de la camaraderie et du sacrifice. Le sens du devoir aussi, même aussi loin de la ligne de front.

La moindre action, si anodine peut-elle sembler, peut participer efficacement à l’effort de guerre. Le message est limpide. Trop peut-être, et limite du coup l’impact de ce film par ailleurs assez passionnant. Mais il ne manque pas de belles idées. Comme ce Noël improvisé dans la fournaise africaine, ou le (petit) rôle joué par Ellen Drewe, en fiancé en deuil qui découvre la supercherie… Et qui ne cède à aucune facilité hollywoodienne.

Une curiosité qui vaut bien mieux que sa pauvre réputation.

Les Professionnels (The Professionals) – de Richard Brooks – 1966

Classé dans : 1960-1969,BROOKS Richard,RYAN Robert,WESTERNS — 29 avril, 2016 @ 11:38

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Dans la riche filmographie de Richard Brooks, cinéaste génial et engagé, Les Professionnels peut sembler bien anecdotique : un « simple » western construit sur le modèle déjà éculé des Sept mercenaires, soit quatre fines gâchettes engagées par un riche propriétaire pour retrouver sa femme, enlevée par un révolutionnaire mexicain…

Tourné après l’échec de Lord Jim, le film répond en effet à une volonté de Brooks de reprendre la main. En partie en tout cas, parce que le cinéaste n’abandonne pas ses ambitions pour autant. De ce film d’action fun et explosif, il tire en effet une réflexion un rien désenchantée sur la frontière entre le bien et le mal, filmant des personnages qui n’ont rien d’univoques, ou le manichéisme n’a pas sa place.

Le film fut un triomphe à sa sortie en salles. Un demi-siècle plus tard, il paraît étrangement moderne. Bien plus en tout cas que la plupart des westerns tournés durant cette période de déclin du genre et qui tentaient à tout prix d’être dans l’air du temps. Brooks, lui, réussit ce prodige de raconter son histoire le plus simplement du monde, avec une suprême élégance et une immense efficacité, tout en proposant une étude complexe et passionnante du genre humain, tiraillé entre convictions et intérêts personnels. Un vrai film politique…

Et puis il y a ce casting, fabuleux. L’un des plus excitants de toute la décennie sans aucun doute. Lee Marvin en tête d’affiche, sobre encore (dans son jeu en tout cas, paraît que sur le tournage, ce n’était pas souvent le cas…) et d’une intensité incroyable. Burt Lancaster surtout, acteur décidément formidable qui révèle ici une humilité rare, acceptant de passer au second plan pour le bien du film. Woody Strode encore, acteur fordien comme souvent peu bavard, mais dont la silhouette taillée à la serpe impressionne toujours. Robert Ryan enfin, acteur que je soupçonne incapable d’être mauvais, voire juste passable, excellent malgré un rôle très en retrait.

Et l’apparition tardive mais miraculeuse de Claudia Cardinale (des retrouvailles pour elle et Lancaster, après Le Guépard), d’une beauté à couper le souffle. Le couple qu’elle forme avec Jack Palance, méchant très relatif, constitue l’une des raisons de voir et revoir ce western majeur, l’un des meilleurs de la décennie.

* Blue ray dans la belle collection Very Classics de Sony, avec un livret passionnant et joliment illustré, et quelques bonus intéressants.

Marqué au fer rouge (Ride beyond vengeance) – de Bernard MacEveety – 1966

Classé dans : 1960-1969,MacEVEETY Bernard,WESTERNS — 28 avril, 2016 @ 1:05

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Le film s’ouvre par une image classique, presque stéréotypée du western : un gros plan sur un panneau de bois balayé par le vent, indiquant le nom d’une ville et le nombre de ses habitants. Mais la caméra s’élève légèrement et dévoile la rue, certes poussiéreuse, mais occupée par des voitures tout ce qu’il y a de modernes…

Étrange ouverture, que ce prologue dont le personnage principal est un agent recenseur (James MacArthur, l’un des comparses de Steve Everett dans la série Hawaii, Police d’Etat) à qui un barman raconte la violente histoire d’un homme dont le destin, plus de soixante ans plus tôt, a marqué la ville.

Cette construction en flash-back est d’autant plus curieuse qu’aucun témoin direct des événements qui font le cœur du film n’est présent dans ce prologue. Qui plus est, un autre flash back dans le flash back principal viendra complexifier encore cette construction. Étonnant, donc, mais pas si vain que ça : il y a dans cette manière de passer d’une époque à l’autre quelque chose qui renvoie au temps qui passe, et au poids de nos décisions.

C’est bien le thème de ce film porté par un Chuck Connors qui, à défaut d’être un grand acteur, est une incarnation assez fascinante du temps qui passe, gueule de brute sur un regard d’enfant qui cherche juste à rentrer « chez lui ». Un homme qui, après onze ans d’absence, revient rattraper le temps perdu avec sa femme qui le croit mort et qui ne le reconnaît pas lorsqu’elle se trouve face à lui, sorte de fantôme brisé par les événements que n’aurait pas renié Clint Eastwood.

Sorti en pleine gloire du spaghetti (c’est l’année de Le Bon, la brute et le truand), Marqué au fer rouge a bien quelque chose du western italien : la gueule barbue de Connors, le côté taiseux du personnage, et cette approche brutale et frontale de la violence (le marquage au fer rouge, la folie de Bill Bixby…).

Mais l’obscur Bernard Mac Eveety ne tombe pas non plus dans le copié-collé : la (chouette) chanson-thème est pour le coup totalement dans la tradition américaine, et les personnages sont nettement plus complexes que dans le western européen. L’impeccable Michael Rennie est ainsi un méchant très relatif qui prive Chuck Connors de sa soif de vengeance en adoptant un profil bas, ce qui nous offre au passage la scène la plus remarquable du film.

Même une brute aussi indéfendable que Claude Akins (décidément formidable dans la veulerie) évite la caricature, en flirtant très étroitement avec la folie lors de discussions étonnantes avec un partenaire imaginaire. Quant à Kathryn Hays, l’épouse perdue, tiraillée entre deux hommes, elle est parfaitement juste. La grande Gloria Grahame, elle, n’a hélas droit qu’à deux scènes pour tenter de faire vivre un personnage complexe et fascinant, mais quelque peu sacrifié.

Bernard MacEveety n’est pas un cinéaste au style fulgurant, et n’évite pas les tics visuels classiques de ces années-là, inspirés par la télévision. Mais il nous offre tout quelques plans percutants comme celui de Chuck Connors avançant droit vers sa vengeance, face caméra. Une présence animale assez impressionnante qui fait beaucoup pour la rudesse que dégage le film.

* DVD dans la collection « Westerns de Légende » de Sidonis/Calysta, avec une présentation pas vraiment enthousiaste de Patrick Brion, et le petit documentaire consacré au genre que les DVD de cette collection par ailleurs indispensable proposent régulièrement.

Chien enragé (Nora inu) – d’Akira Kurosawa – 1949

Classé dans : * Polars asiatiques,1940-1949,KUROSAWA Akira — 25 avril, 2016 @ 8:00

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Entre Chien enragé et L’Ange ivre, il y a une parenté évidente pour le jeune Kurosawa, qui reprend à la fois le même formidable duo d’acteurs (Toshiro Mifune et Takashi Shimura) et une thématique similaire, dans un Tokyo écrasé par la chaleur et marqué par le traumatisme de la guerre, et par la difficulté de se relever et de tirer un trait sur le passé.

Et comme pour L’Ange ivre, l’influence du théâtre se ressent. Moins pour le décor cette fois que pour la construction en trois actes très marqués, qui suivent un même mouvement mais avec des tons très différents…

La première est une plongée dans les bas-fonds de la ville par un jeune flic obsédé par l’idée de retrouver son arme, qu’on lui a volée durant un moment d’inattention. Mifune est un jeune homme qui semble d’un autre temps (« Il n’y a plus beaucoup de jeunes comme lui », lance d’ailleurs un personnage), obsédé par son honneur et par des codes qui contrastent avec l’américanisation de ce Japon d’après-guerre.

Dans le film, il est même le seul vestige d’un Japon qui a disparu sans qu’on s’en rende vraiment compte : les héritières des geishas sont devenues de simples entraîneuses, et la bière a remplacé le saké… L’influence de la culture américaine est omniprésente, balayant la tradition.

La deuxième partie est une sorte de buddy movie : le jeune flic tempétueux et torturé qui semble trouver refuge auprès de son aîné (Takashi Shimura). Le contraste entre le Japon traditionnel et l’occidentalisation prend alors une dimension supérieure encore, avec cette longue séquence, inattendue, dans un stade durant une partie de base-ball. L’arme est devenue le symbole de la culpabilisation du jeune flic.

La troisième partie est plus complexe. La culpabilité laisse la place à une troublante prise de conscience : le jeune flic réalise que celui qui a utilisé son arme pour commettre ses méfaits est une sorte de double inversé de lui-même. Même parcours humain, même allure (« un homme de 28 ans avec un costume blanc », d’après la description d’un témoin : exactement la sienne), mais un simple choix radicalement différent, qui fait toute la différence…

Ces trois parties également passionnantes rythment l’apprentissage de Mifune, marquée par l’atmosphère anxiogène et moite créée par Kurosawa, avec cette chaleur pesante et omniprésente. Au-delà du (formidable) polar, Chien enragé est une belle réflexion sur ce Japon d’après-guerre qui peine à se trouver, à travers la prise de conscience douloureuse de ce personnage fascinant.

* Superbe édition DVD chez Wild Side, avec quelques bonus filmés, et surtout un passionnant livret de 50 pages écrit par Charles Tesson, et magnifiquement illustré.

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