Play it again, Sam

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L’Île de la Terreur (Island of Terror) – de Terence Fisher – 1965

Classé dans : 1960-1969,FANTASTIQUE/SF,FISHER Terence — 10 juin, 2016 @ 8:00

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Il y a deux écueils qu’il faut avoir le courage de surmonter pour apprécier ce petit film d’épouvante anglais. D’abord, les scènes d’ouverture pré-génériques, d’une platitude visuelle décourageante. Et puis la première apparition plein écran des créatures mortelles qui sèment la mort. Des créatures, disons… croquignolesques. De quoi, en tout cas, refaire tomber la pression !

Tourné par Fisher dans la foulée de ses Dracula, L’Île de la Terreur permet au réalisateur de retrouver Peter Cushing, et de rompre avec l’horreur gothique pour un film fantastique à l’atmosphère assez originale. Cushing y joue un scientifique (pas une première, non) qui arrive sur une île coupée du monde pour étudier un corps découvert mystérieusement sans squelette. Il y découvre l’existence d’une créature mortelle apparue lors d’une expérience scientifique foireuse, créature qui se multiplie sans qu’on puisse l’arrêter.

Fisher s’y connaît lorsqu’il s’agit de foutre la trouille. Et il y réussit fort bien ici encore, avec une remarquable économie de moyens. Un simple rocher et l’angoisse de ce qu’il peut cacher suffisent ainsi à distiller la peur. L’interprétation est plus inégale. Si Peter Cushing est impeccable, Edward Judd, dans le rôle de l’autre scientifique, est nettement plus terne. Mais il y a une certaine chaleur chez la plupart des seconds rôles.

Là où le film est le plus réussi, c’est dans la peinture de ce microcosme vivant en retrait du monde. Il y a d’ailleurs quelque chose d’étrangement westernien dans cette petite île perdue au large de l’Irlande, qui évoque une petite ville de l’Ouest au milieu du désert, avec son maire, son médecin, ses étrangers, et même son shérif. Le « siège » final, durant lequel les habitants se réfugient dans une salle communale, ne pouvant que deviner la présence des créatures, n’est d’ailleurs pas sans évoquer le formidable Quand les tambours s’arrêteront. Une référence pour le moins inattendue pour un film d’épouvante made in England.

Randonneurs amateurs (A Walk in the woods) – de Ken Kwapis – 2015

Classé dans : 2010-2019,KWAPIS Ken — 9 juin, 2016 @ 8:00

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Vingt ans que Robert Redford voulait tourner cette adaptation d’un best-seller signé Bill Bryson, l’histoire d’un homme vieillissant qui se lance un nouveau défi avec un ami perdu de vue depuis des lustres parcourir les 3500 kilomètres de l’Appalachian Trail, sentier de randonnée reliant la Georgie au Maine.

Dans les années 90, le film devait sceller les retrouvailles de Redford avec son complice de L’Arnaque et de Butch Cassidy et le Kid. Une date de tournage avait même été annoncée. Et puis la production a été repoussée. Et puis Paul Newman est mort. Visiblement pas l’envie de Redford puisque, flanqué de Nick Nolte, le voilà enfin sur les chemins… pour une petite chose bien sympathique, mais très anecdotique.

Une si longue attente pour si peu… Forcément, la déception est de taille, et ne prend pas de détour : dès les scènes d’introduction, lourdes et maladroites, on sent bien qu’il manque une vraie vision à un film qui menace régulièrement de tomber dans la comédie à deux balles, du genre de celles qu’enchaîne trop souvent De Niro, un autre vétéran.

Mais il y a de beaux moments, tout de même, tous liés au sujet même de cette histoire : un homme qui a tout réussi dans sa vie, qui renoue sur le tard avec ces petites choses minuscules qui font les souvenirs les plus marquants. Comme cette nuit que passent les deux comparses sur une corniche où ils se sont retrouvés coincés. Ou cette rencontre sans conséquence avec la patronne d’un petit hôtel au sourire aussi large qu’un souvenir de jeunesse.

Ces souvenirs de jeunesse que Redford et Nolte ne cessent de se rappeler, comme autant de trophées d’un passé sans gloire mais si précieux. Bien sûr, le film aurait été différent avec Newman, ne serait-ce que parce qu’on aurait évité les gags lourdingues sur le poids de Nolte… Mais entre ces deux vieux de la vieille que tout oppose, il se passe de bien jolies choses qui font pardonner le mauvais goût parfois prononcé du réalisateur.

Ce qui est par contre nettement moins excusable, c’est la platitude avec laquelle Ken Kwapis filme l’omniprésente et grandiose nature américaine. Trois ou quatre très beaux plans, guère plus. C’est peu pour un tel sujet. On sent bien que Kwapis a voulu éviter de tomber dans l’illustration carte-postale. Mais là, il ne donne jamais le sentiment d’être immergé dans la nature. Vingt ans d’attente, cela aurait mérité un réalisateur plus inspiré…

* DVD chez Metropolitan, sans aucun bonus.

Les Climats (Iklimler) – de Nuri Bilge Ceylan – 2006

Classé dans : 2000-2009,CEYLAN Nuri Bilge — 8 juin, 2016 @ 8:00

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Un été brûlant à Kas, cité balnéaire turque : pendant les vacances, un homme quitte celle qui partage sa vie. Un automne pluvieux à Istanbul : l’homme essaye d’oublier la femme et de renouer avec sa vie d’autrefois. Un hiver glacial dans les montagnes d’Anatolie : l’homme tente de renouer avec la femme… jusqu’à l’évocation d’un rêve de printemps.

Après Uzak, où la météo jouait déjà un rôle important, le grand Nuri Bilge Ceylan raconte les errances d’un couple qui se sépare à travers trois saisons lourdes en évocation. Rien de bien neuf sous le soleil, d’ailleurs, si ce n’est la manière avec laquelle le cinéaste filme ces saisons.

Le cinéaste aime les images travaillées comme autant d’œuvre d’art, les longs plans dépouillés où le moindre son a son importance et où chaque mouvement compte. Et il réussit à rendre palpable la chaleur accablante, la pluie pesante, ou le froid paralysant. Autant d’atmosphères qui collent parfaitement à l’état d’esprit de ses personnages.

Pour une fois, Nuri Bilge Ceylan se met lui-même en scène dans Les Climats, comme s’il n’avait voulu imposer à personne ce personnage d’universitaire égoïste et manipulateur, dont l’incapacité à partager a quelque chose de profondément cruel. Un homme qui semble constamment passer à côté de sa vie et des autres, et que l’on sent totalement incapable de s’ouvrir, et encore plus de partager les émotions et les sentiments de ceux qui l’entourent.

A ses côtés, ou plutôt face à lui : Ebru Ceylan, sa femme, à la beauté troublante et fragile. Une actrice magnifique aussi, qui dévoile son mal-être par de minuscules mouvements du visage lors de très longs et très gros plans d’une beauté renversante. Il fallait une grande actrice pour apporter tant d’émotion à ce cinéma-là, si économe en « effets ».

L’émotion, immense, vient de ces gros plans. Elle vient aussi de l’omniprésence de la nature, en particulier dans la séquence « anatolienne » du film. Une nature sidérante de beauté qui semble à la fois réveiller les sentiments et les étouffer. C’est à la fois sombre et lumineux, et c’est magnifique.

Les 100 Fusils (100 Rifles) – de Tom Gries – 1969

Classé dans : 1960-1969,GRIES Tom,WESTERNS — 7 juin, 2016 @ 8:00

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Dès le générique de début, très stylisé et dominé par la musique tonitruante (et très réussie) de Jerry Goldsmith, l’influence du film est claire : Sergio Leone est passé par là, et c’est au tour du western italien de dicter sa loi sur le genre. Pas toujours pour le meilleur : on ne peut pas dire que cette période soit la plus passionnante pour le western américain.

Tom Gries s’en sort plutôt bien, même s’il reste parfois prisonnier de l’esthétique imposée par Leone dans ses films : gros plans, visages en sueur, excès de violence avec quelques gros plans pseudo-gores pas toujours du meilleur goût… Jusqu’aux décors (naturels) qui semblent tout droit sortis de Pour une poignée de dollars, entre des villages mexicains blancs, déserts et poussiéreux, et des collines arides et austères.

Le film ne manque ni de rythme, ni de rebondissements, et alterne efficacement l’aventure rigolarde et la violence plus rude. C’est l’histoire assez traditionnelle d’Indiens mexicains persécutés par de cruels militaires, qu’un policier américain (et noir), à la poursuite d’un voleur de banque avec lequel il se liera d’amitié, finira par aider.

Classique, donc, sauf que le scénario (co-écrit par le réalisateur) glisse quelques piques cyniques plus inattendues : l’idée que les persécutés peuvent devenir aussi violents et inhumains que leurs bourreaux, ou celle selon laquelle les minorités opprimées peuvent elles aussi être dominées par des réflexes racistes. C’est ce qui donne l’une des scènes les plus intéressantes, lorsque l’Indienne Raquel Welch se refuse au noir Jim Brown par pur réflexe ségrégationniste.

Pas exactement les meilleurs acteurs du monde, mais les personnages ne manquent pas d’intérêt. Moins pour la relation amoureuse interraciale qui semble-t-il était provocante à l’époque, que pour les liens de haine-amitié entre Jim Brown et Burt Reynolds, en chien-fou assez amusant. Et puis il y a la fameuse scène de la douche de Rachel Welch, dont la chemise trempée ne cache rien de son corps spectaculaire. On pourrait se dire que cette scène, comme celle où elle dégrafe son corsage pour tromper son ennemi, sont parfaitement gratuites. Peut-être. Mais elles sont les plus mémorables…

* Blue ray chez Sidonis/Calysta dans la collection Westerns de Légende, avec des présentations très bienveillantes de Bertrand Tavernier et Patrick Brion.

Au-delà des montagnes (shānhé gùrén / Mountains may depart) – de Jia Zhang-ke – 2015

Classé dans : 2010-2019,JIA Zhang-ke — 6 juin, 2016 @ 8:00

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1999, 2014, 2025. En trois parties, passé, présent, avenir, Jia Zhang-ke, l’auteur de A touch of sin, raconte le destin d’une femme et de son fils, ou comment un choix va influer sur toute leur vie…

C’est une vraie splendeur, qui utilise joliment l’image numérique, chacune des parties se terminant par des images qui semblent sorties d’une autre époque, comme si, déjà, tout ça appartenait au passé. Un film d’une puissance assez rare qui évoque le temps qui passe bien sûr, mais bien plus que cela : le poids de ce temps, le poids des souvenirs, et des décisions que l’on prend ou pas et qui pourraient tout changer.

L’héroïne a 25 ans lorsque le film commence, et l’insouciance de celle qui a la vie devant elle. Et deux prétendants, deux amis d’enfance qui se déchirent pour elle. Quinze ans plus tard, elle est divorcée et vit loin de son fils dont elle n’a pas la garde et qu’elle ne voit jamais. Onze ans passent encore, et ce fils vit, en Australie, avec le souvenir douloureux de cette mère qu’il n’a jamais revue…

Non, Au-delà des montagnes n’est pas une franche partie de rigolade. Au mieux, les solitudes réussissent à se trouver, mais chacun n’en demeure pas moins seul avec ses fantômes, quels qu’ils soient. Ni lyrisme, ni happy-end à attendre dans ce film. Pourtant, derrière la nostalgie déchirante, il y a une dignité et, même, une élégance de vie qui bouleversent et laissent penser que le meilleur est peut-être encore à venir.

Une lueur d’espoir donc, et surtout une volonté de vivre plus forte que tout. Même si rien ne fera revenir l’innocence, le passé est toujours là. Il y a des choses qui ne changent jamais, dit Jia Zhang-ke. Et c’est absolument magnifique.

* DVD chea Ad Vitam, avec en bonus une interview du réalisateur et la bande annonce du film.

La Brigade héroïque (Saskatchewan) – de Raoul Walsh – 1954

Classé dans : 1950-1959,WALSH Raoul,WESTERNS — 5 juin, 2016 @ 8:00

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Alan Ladd dans un western de Raoul Walsh… Une valeur sûre ça, à tous les coups. Mais ce Walsh là ne fait pas partie des grands crus, loin s’en faut. La première demi-heure, même, mettrait presque mal à l’aise, tant les rapports humains sonnent constamment un peu faux. Le plus raté : les rapports entre l’officier de la police montée canadienne joué par Ladd, et son frère l’Indien Cajou, qui auraient dû être au cœur du film, mais dont on sent bien que Walsh ne sait pas trop quoi faire.

Comme il ne sait pas quoi faire de l’argument féminin du film, l’unique rescapée d’un massacre perpétré par les Sioux, interprétée par Shelley Winters. Une actrice toujours impeccable, mais qui n’a ici pas grand-chose de consistant à jouer. Un peu gênant…

Il y a pourtant de belles idées dans ce scénario (écrit par Gil Doud), qui campe son histoire au Sud du Canada, près de la frontière américaine, et près de l’endroit où Custer et ses hommes viennent d’être massacrés par les Sioux du Chef Crazy Horse. Une tuerie mentionnée à plusieurs reprises, et dont l’aura suffit à donner une impression de danger, rappelant la responsabilité du comportement oppressant des Tuniques Bleues sur les Indiens, dérives que les Tuniques Rouges sont tentées de réitérer, avec les mêmes conséquences attendues.

L’autre belle idée : c’est le décor du film, tourné en paysages naturels dans le parc naturel de Banff. La nature, ici, est omniprésente et majestueuse, dominant constamment l’action. Durant toute la première partie, on se dit même que c’est cette nature seule qui a attiré Walsh dans cette entreprise, tant il semble se désintéresser de l’histoire.

Et puis il y a un déclic : une formidable scène nocturne durant laquelle Ladd et un éclaireur affrontent une poignée d’Indiens qui surgissent de l’ombre et de la végétation comme des ombres. Une scène silencieuse absolument brillante, qui lance une longue séquence de poursuite à travers les grandes étendues, d’abord à cheval puis en bateau sur de vastes lacs qui donnent une ambiance étonnante et fascinante.

La fin sera plus convenue, mais cette longue poursuite aux images superbes et au rythme parfait, est le vrai cœur du film, rappelant que c’est le grand Walsh qui est aux commandes, et faisant oublier un scénario au mieux très convenu.

Rapt – de Lucas Belvaux – 2009

Classé dans : * Polars/noirs France,2000-2009,BELVAUX Lucas — 4 juin, 2016 @ 8:00

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Il a un vrai ton, le cinéma de Belvaux. Mine de rien, avec un style visuel qui n’a rien de tape-à-l’œil, le réalisateur construit une œuvre d’une cohérence rare. Rapt rompt pourtant totalement avec le monde ouvrier qui lui avait si bien réussi dans La Raison du plus faible, ou même avec la classe très moyenne de l’excellent 38 témoins. Mais il y a dans tous ces films une même manière de filmer les êtres frontalement et simplement pour mieux démonter leurs travers.

Belvaux adopte les bases du film de genre. Mais c’est bien un cinéma de caractère qu’il fait. En s’inspirant de la célèbre affaire du baron Empain, enlevé en 1978 par des kidnappeurs qui lui ont coupé un doigt avant de réclamer une lourde rançon, ce n’est pas l’intrigue criminelle qui intéresse Belvaux, même s’il n’élude pas les moments de pur suspense comme ce moment où le baron de l’industrie attend de savoir s’il va être libéré ou exécuté.

Ce qu’il raconte, c’est l’effet révélateur de cet enlèvement. Le comportement de tous les proches de cet homme richissime et respecté, dont les réactions rapprochent plus que jamais le cinéma de Belvaux à celui de Chabrol (chez qui on l’a découvert acteur, dans le rôle du postier indélicat de Poulet au vinaigre) : même critique acerbe et sans concession de la grande bourgeoisie, l’ironie en moins. Dans le rôle de l’épouse effacée, éplorée et autocentrée, Anne Consigny est formidable, mélange de froideur absolue et d’extrême fragilité.

Et puis il y a la prestation de Yvan Attal, assez exceptionnelle. Son rôle n’est pas facile, contraint la plupart du temps au silence et à rester dans l’ombre, dissimulé derrière une épaisse barbe et un bandeau qui lui cache le visage. Pourtant, il incarne formidablement cet être tout puissant qui se retrouve coupé de la société, et qui retrouve une douloureuse humanité au fur et à mesure que son comportement se met à ressembler à celui d’un animal : une espèce d’ours enchaîné qui découvre peu à peu la solitude de sa captivité… et celle, pire encore, qui l’attend.

Lenny (id.) – de Bob Fosse – 1974

Classé dans : 1970-1979,FOSSE Bob — 3 juin, 2016 @ 8:00

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Plus encore que la prestation de Dustin Hoffman, assez formidable, c’est la sublime photo de Bruce Surtees qui surprend et fascine dans ce biopic consacré à un humoriste américain à peu près inconnu chez nous (ou me trompé-je ?). Surtees, le chef op attitré de Clint Eastwood jusqu’à Pale Rider (et de Don Siegel à la même époque), qui a certes su tirer le meilleur de l’univers urbain des deux cinéastes, et dont le travail sur Honkytonk Man notamment est une merveille, mais qu’on ne plaçait honnêtement pas au côté des plus grands.

Pourtant, c’est bien ce noir et blanc hyper-contrasté, ces éclairages trop vifs confrontés aux volutes de fumée des clubs nocturnes, ces contre-jours abrupts, et cette image très granuleuse, comme sortie d’une vieille revue cheap de l’époque, qui marquent dans Lenny, et qui donnent au film cet aspect jazzy underground radical.

Un aspect conforté par la musique, bien sûr, et par les parti-pris de Bob Fosse qui évite comme la peste tout cadrage trop propret et trop évident. Et par le montage qui joue habilement des allers-retours entre les sketchs de Lenny et sa « vrai vie » qui semblent constamment se répondre et s’influencer mutuellement.

C’est donc l’histoire de Lenny Bruce, racontée par ceux qui l’ont le mieux connu : sa femme, sa mère, son agent. Ses années de galère dans des petits clubs où son humour trop lisse ne faisait rire personne. Puis son ascension lorsqu’il s’est fait le pourfendeur de la bonne morale américaine. Jusqu’à l’obsession, jusqu’à devenir le symbole de la dépravation pour la bonne société, et jusqu’à se laisser dévorer par ce statut trop grand pour lui.

Il y a quand même un grand regret avec ce film : celui que Bob Fosse ait privilégié à ce point le côté « défenseur de la liberté de Lenny Bruce, alors que le vrai sujet semble ailleurs. Le plus passionnant, la clé du personnage tel qu’il apparaît ici, c’est sa relation avec celle qui va devenir sa femme, la mère de sa fille, qu’il va accompagner dans la déglingue, et qu’il à peu près abandonner au fond du trou…

Cette relation complexe et le côté autodestructeur du personnage sont là bien sûr, mais presque comme une toile de fond sur laquelle Bob Fosse pose sa critique, cinglante, de la société bien-pensante. Son film en devient par moments un peu froid. Avant que la flamme et le désespoir des personnages ne reprennent le dessus.

* DVD chez Wild Side dans une très belle édition accompagnée d’un livre passionnant et richement illustré signé Samuel Blumenfeld. En bonus également, une interview du chef op Darius Khondji, qui a découvert le film pour préparer ce bonus. Une démarche étonnante qui se révèle passionnante.

Inspecteur de service (Gideon’s Day / Gideon of Scotland Yard) – de John Ford – 1958

Classé dans : * Polars européens,1950-1959,FORD John — 2 juin, 2016 @ 8:00

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On sait John Ford fasciné par « son » Irlande. Mais que diable est-il allé faire dans ce faux polar londonien, qui raconte la journée d’un inspecteur de Scotland Yard, rythmée par ses multiples enquêtes et par sa vie de famille ? Sans doute pas Londres elle-même, même si la toute première scène donne l’occasion à Ford de filmer un superbe plan du brouillard londonien.

D’ailleurs, plutôt que d’adopter la culture anglaise, Ford l’a plutôt pliée pour la faire entrer dans son propre univers, autant que possible. Scotland Yard a ainsi des allures de garnison de Cavalerie, et un personnage d’indic lui permet d’évoquer, même brièvement, sa chère Irlande, réminiscence de son Mouchard.

Reste que le résultat est pour le moins étrange, ni vraiment film policier, ni vraiment comédie. Une sorte de film foutraque dont les ruptures de ton déstabilisent plus que l’accumulation d’intrigues secondaires. Plutôt sympathique, mais pas totalement abouti… Il y a quand même quelques moments magiques qui nous rappellent que c’est le grand Ford qui est aux commandes, comme la visite de Gideon à la mère d’une jeune fille tuée, passage magnifique qui illustre la lassitude de ce personnage.

Il y a un autre plan qui marque les esprits : un escalier en premier plan, l’encadrure d’une porte, et un assassin en puissance isolé dans ce cadre étriqué… L’escalier n’est certes pas du même côté, mais on jurerait qu’Hitchcock s’en est inspiré pour l’un des plans les plus fameux de Psychose, qu’il tournera deux ans plus tard. Comme il semble d’être inspiré de l’esthétique générale du film pour Frenzy, bien plus tard.

Et puis il y a les acteurs : Jack Hawkins surtout, formidable. Il semble que c’est l’idée de travailler avec lui qui a attiré Ford sur ce projet. Ça et la possibilité de faire tourner Anna Lee, dont c’est le premier rôle depuis quatre ans : blacklistée (par erreur), elle retrouve le chemin des plateaux grâce à l’amitié fidèle de Ford…

Loin de Hollywood, Ford avait d’ailleurs besoin de son entourage habituel. John Wayne a ainsi assisté à l’ensemble du tournage, même s’il n’est pas à l’affiche : Ford l’avait fait venir pour picoler avec lui le soir après un tournage auquel il n’accordait visiblement pas toujours la même attention (on est quand même loin de La Prisonnière du Désert). Belle compagnie pour peaufiner sa connaissance des pur malts écossais…

Tant qu’il y aura des hommes (From here to Eternity) – de Fred Zinnemann – 1953

Classé dans : 1950-1959,ZINNEMANN Fred — 1 juin, 2016 @ 8:00

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Ah cette étreinte amoureuse balayée par les vagues ! Cette image de Deborah Kerr et Burt Lancaster s’enlaçant sur la plage est devenue l’une des icônes du 7ème art, au point d’avoir été parodiée plus d’une fois. Pourtant, dans cette scène, c’est tout ce qui précède qui continue aujourd’hui à troubler, ce désir apparent entre ces deux êtres qui tentent (mollement, quand même) d’y résister…

Visuellement, ce classique un peu surévalué a un intérêt limité. C’est filmé efficacement et avec un classicisme assez élégant, mais Zinnemann n’est ni John Ford, ni William Wellman, deux cinéastes qui ont su filmer les groupes masculins d’une manière autrement plus stimulante. Il manque à Zinnemann la flamme grâce à laquelle le cinéma de ses aînés n’a rien perdu de sa force.

Mais le scénario est formidable, partant d’une belle idée : faire se croiser les destins particuliers de personnages dans une base militaire de Pearl Harbor, quelques jours avant ce fameux 7 décembre. Ces personnages sont remarquablement dessinés, et surtout par des acteurs absolument formidables. Et parfois inattendus.

A l’image de Frank Sinatra, has-been à l’époque, qui s’est battu pour décrocher le rôle que personne ne voulait lui donner, et qui lui vaudra un Oscar du second rôle et une renaissance artistique qui relancera sa carrière. Il est bouleversant en chien fou qui se met à donner celui qu’il ne fallait pas : le gardien impitoyable d’une prison militaire dans laquelle il finira par être envoyé (Ernest Borgnine, sadique comme il sait l’être).

Montgomery Clift est parfait aussi, en soldat obstiné jusqu’à l’extrême. Lui que la méthode Actor’s Studio pousse parfois à surinterpréter les émotions trouve un rôle absolument parfait pour lui : un ancien boxeur bien décidé à ne par réagir aux brimades de ses camarades et de ses supérieurs qui veulent l’obliger à remonter sur lui.

Les seconds rôles sont tous parfaits (mention à Claude Akin, toujours impeccable même dans une apparition aussi modeste). Et les rôles de femmes sont particulièrement marquants, comme souvent chez Zinnemann (on se souvient bien sûr de Grace Kelly dans Le Train sifflera trois fois). Donna Reed est particulièrement émouvante, et Deborah Kerr d’une justesse exemplaire, femme digne et resplendissante dont le vernis craque rapidement. Et ce regard qu’elle porte à Burt Lancaster se déshabillant sur la plage vaut largement cette fameuse étreinte si souvent parodiée.

Lancaster, justement, dont je ne cesse de redécouvrir l’immense talent, en plus de son charisme impressionnant. Il est ici d’une grande justesse, et c’est lui qui donne constamment le ton du film : cette force tranquille qui s’en dégage, et ces fêlures qui affleurent. Pas sûr que Tant qu’il y aura des hommes aurait gardé cette place dans l’histoire sans sa présence…

* Le film fait partie de la collection blue ray « Very Classics » sortie chez Sony. Une belle édition avec un livret passionnant et joliment illustré.

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