Play it again, Sam

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L’Echange (Why change your wife ?) – de Cecil B. De Mille – 1920

Classé dans : 1920-1929,De MILLE Cecil B.,FILMS MUETS — 20 mai, 2017 @ 8:00

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Old Wives for new, Don’t change your husband, et maintenant ce Why change your wife ?… A la fin des années 10 et au début des années 20, Cecil B. De Mille a réalisé toute une série de films consacrés à des couples en mariage, et dont le grand succès populaire a lancé la mode des « comédies du remariage ». Quelle que soit la crise traversée par les couples en question, quelles que soient les étapes par lesquelles ils passent, la conclusion est quasi-systématiquement la même : pas la peine d’aller chercher ailleurs quand on est déjà marié.

Le cinéaste ne signe pas pour autant des films puritains ou moralisateurs, bien au contraire : il y a une certaine audace et une vraie liberté de ton dans ce film, comme dans d’autres. Une vision du couple aussi qui évite les clichés habituels, mais souligne tout de même le caractère misogyne du monsieur. Car si on résumait la « morale » de Why change your wife, ce pourrait être en une phrase : « mesdames, pour rendre heureux vos maris, devenez celle qu’il veut que vous soyez ! »

Les (trop nombreux) cartons vont quasiment tous dans ce sens, et c’est bien vers ce message pas vraiment subliminal que se dirige l’histoire de ce couple qui se sépare avant de se retrouver. Gloria Swanson, épouse trop sage et trop rigide, se délurera, et finira pas aimer le chien de son mari… et même par casser le disque de musique classique qu’elle écoutait volontiers pour jouer la musique plus rythmée que son mari a toujours aimé et dont elle ne voulait pas. Ben oui, pourquoi s’emmerder à faire des concessions quand on a une femme à la maison !

Cela dit, et malgré tout, Why change your wife ? est un film très recommandable. Pas parce que se cache derrière l’auteur de ce blog un misogyne qui n’ose pas dire son nom, mais parce que le personnage le plus sympathique là-dedans, le seul même à avoir une vraie profondeur, c’est celui de Gloria Swanson, épouse délaissée, magnifique une nouvelle fois.

Et à vrai dire, on bafferait bien Thomas Meighan, le mari, pour s’être retourné aussi rapidement vers cette autre femme assez insupportable, interprétée par Bebe Daniels. Autant le jeu de cette dernière semble aujourd’hui un peu daté, autant celui de Gloria Swanson reste d’une justesse absolue, et justifie à lui seul la vision de ce film à la morale douteuse.

The Pony Express (id.) – de James Cruze – 1925

Classé dans : 1920-1929,CRUZE James,FILMS MUETS,WESTERNS — 19 mai, 2017 @ 8:00

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Pas une seconde de temps mort dans ce western qui enchaîne à un rythme effréné les bagarres de saloons, les attaques d’Indiens, les chevauchées folles… tout ça sans oublier une histoire d’amour, la construction d’une église, et une histoire d’espionnage et de traîtres à la patrie ! Deux ans après The Covered Wagon, considéré comme la première grosse production westernienne, James Cruze tente de retrouver le même succès, et celui que John Ford avait rencontré l’année précédente avec son monumental Cheval de Fer.

Il y réussit plutôt bien. Même si le film de Cruze n’a pas l’ampleur et la force de celui de Ford, The Pony Express est une vraie réussite, passionnante et bourrée de rebondissements. Trop, peut-être : le film impressionne plus par son rythme que par la profondeur de ses personnages, qui restent le plus souvent à l’état de sympathiques stéréotypes : Ricardo Cortez en héros intrépide, charismatique et souriant ; Betty Compson en simple atout romantique ; ou Wallace Beery en faire-valoir brut et rigolo.

Il est évidemment question du Pony Express, et de ses débuts héroïques. Mais le sujet, contrairement au chemin de fer dans le chef d’œuvre de Ford, n’est pas central dans le film. S’ils jouent un rôle dans l’intrigue, et si Cruze nous offre quelques belles images de chevauchées dans de vastes étendues, ces premiers facteurs de l’Ouest sauvage ne sont là que pour illustrer ce qu’était encore cette Amérique là, sauvage, instable et pleine de dangers.

En cela, le film de Cruze pourrait être une sorte de préface au Cheval de Fer. Il y est déjà question de l’importance de communiquer d’une côte à l’autre, et de Lincoln dont l’annonce de l’élection est un moteur de l’histoire, à la fois comme le symbole d’une nation dont l’union est appelée à se confirmer, mais aussi comme le signe d’un conflit interne qui se profile.

Précurseur du western à grand spectacle, Cruze est particulièrement à l’aise dans les grandes séquences épiques. Si ces personnages manquent de profondeur, les grands moments de tension ou d’action sont d’une puissance dramatique assez impressionnante. Qu’ils se déroulent hors champs comme ce massacre d’une famille de pionnier, ou qu’ils se déroulent à l’écran comme cette ville assiégée par les Indiens, superbe séquence qui alterne gros plans et magnifiques plans larges. Du rythme et du mouvement : ce film n’en manque pas.

House of cards, saison 3 (House of Cards, season 3) – série créée par Beau Willimon – 2014

House of cards, saison 3 (House of Cards, season 3) - série créée par Beau Willimon - 2014 dans 2010-2019 House%20of%20Cards%20saison%203_zpsgctyb0hd

Dans les deux premières saisons (ici et ici), le diabolique couple Macbeth… pardon, Underwood, gravissait l’un après l’autre les dernières marches qui le séparaient du sommet. Cette saison 3 commence au moment où ils y sont enfin, dans ce bureau ovale que Frank connaissait déjà comme invité. Cette fois, il y est chez lui, au moins temporairement. Car l’exercice du pouvoir doit aussi s’accompagner d’une conquête de l’opinion. Avec les manipulations dont le couple a le secret, et la réparation des erreurs d’hier.

Le show n’a rien perdu de son côté addictif. On pouvait craindre que l’arrivée au sommet des personnages mette un terme à l’imagination des scénaristes, ce n’est pas le cas. Et si cette nouvelle saison ébauche de très nombreuses pistes, aucune ne passe à la trappe, et toutes les intrigues s’entremêlent habilement, sans facilité et avec la même richesse. Que ce soit les rapports très conflictuels entre les Underwood et un président russe quasi-sosie de Poutine, la convalescence d’un Doug diminué et écarté (son retour sera aussi spectaculaire que glaçant), les premières décisions du président de Frank Underwood, ses manigances pour tenter d’obtenir l’investiture pour 2016…

Impossible de lister toutes les intrigues secondaires, mais l’une des grandes forces de la série, depuis ses premiers pas, repose sur les seconds rôles, nombreux et formidablement bien écrits. Pas un ne passe à la trappe, pas un n’est sous-exploité, et c’est ce qui explique en partie l’extraordinaire intensité de chacun des treize épisodes.

Mais ce sont les états d’âme de Claire qui marquent surtout dans cette nouvelle saison. Le personnage de Robin Wright est plus central que jamais. L’âme noire de Kevin Spacey baisse la garde à de brèves occasions, révélant une humanité malade et douloureuse inattendue. L’actrice passe d’ailleurs derrière la caméra, pour deux épisodes qui suggèrent joliment les failles de la nouvelle première dame. Jusqu’au drame final, qui donne furieusement envie de voir la saison 4.

Condamné à être pendu (Law of the Lawless) – de William F. Claxton – 1964

Classé dans : 1960-1969,CLAXTON William F.,DE CARLO Yvonne,WESTERNS — 17 mai, 2017 @ 8:00

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On peut dire ce qu’on veut de ce petit western Paramount : mal fagoté, un peu naïf, filmé platement, plein de défauts, joué par des vedettes vieillissantes… Mais malgré tous ses défauts, il ne manque pas de charme. En grande partie grâce à ses acteurs d’ailleurs : même si leurs personnages ne sont pas exceptionnellement écrits, voire improbables, c’est toujours un plaisir de retrouver Bruce Cabot et William Bendix, le premier en tueur tiraillé par une envie de vie paisible, le second en shérif écœuré par l’injustice.

Surtout, il y a Yvonne De Carlo. Et ça, je dois avouer que ça suffit toujours à mon bonheur. Dix ans après La Belle Espionne, la quarantaine bien sonnée, les traits légèrement empâtés, elle rayonne toujours d’une beauté troublante, mélange d’érotisme et d’émotion à fleur de peau, de force et de fragilité. Elle n’a pas toujours été servie par les rôles les plus riches du western, et celui-ci n’est pas exempt de défauts. Mais son personnage évoque plutôt habilement le destin de ces femmes qu’un duel aux pistolets a fait veuves, habituelle silhouette d’arrière-plan qui se retrouve ici au cœur de l’intrigue.

Ce qui vaut d’ailleurs l’une des belles scènes du film : un simple dialogue autour d’une table de restaurant entre Yvonne De Carlo et Dale Robertson, ancien pistolero devenu juge, qui doit présider le procès d’un ami accusé de meurtre. Robertson aussi est impeccable. Vedette de seconde zone, il n’a jamais été un acteur particulièrement profond. Mais il a un charisme certain, et fait preuve d’une économie de moyen dans son jeu qui fait de son personnage une sorte d’ange qui annonce l’arrivée de la justice dans cet Ouest encore sauvage.

Cinéaste guère réputé, Claxton filme la plupart des scènes sans génie, et parfois même franchement maladroitement. Il réussit pourtant quelques scènes mémorables, notamment une fusillade suivie d’un affrontement à mains nus dont la violence, même si hors champs pour la majeure partie, est d’une brutalité rare dans le western américain de l’époque, sans doute déjà influencée par le western spaghetti qui explose cette même année (le générique du début évoque d’ailleurs clairement celui de Pour une poignée de dollars).

Et puis le film se termine par une séquence très attendue : celle de l’incontournable duel, annoncé dès les premières scènes. Mais l’affrontement, intense et parfaitement tendu, prend une dimension totalement inattendue, qui permet à ce western de se refermer en laissant une belle impression.

Le Réveil de la Force / Star Wars, épisode VII (Star Wars : Episode VII – The Force awakens) – de J.J. Abrams – 2015

Classé dans : 2010-2019,ABRAMS J.J.,FANTASTIQUE/SF,FORD Harrison — 16 mai, 2017 @ 8:00

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La bande annonce avait fait son petit effet, avec l’apparition de Han Solo et Chewbacca à bord du Faucon Millenium. La petite phrase lancée par un Harrison Ford vêtu des mêmes frusques qu’il y a quarante ans avait fait frissonner de plaisir bien plus que les seuls fans : « Chewie, we’re home ! » De la même manière, ce plan sombre de la main robotisée de Luke Skywalker se posant sur RD2D était une image particulièrement excitante, promesse d’un film porté par une douce nostalgie.

Résultat ? Cette suite tardive, qui permet de retrouver Harrison Ford, Carrie Fisher et Mark Hammill dans les rôles qui les ont rendus tous les trois célèbres, plus de trente ans après l’épisode 6, s’inscrit effectivement dans le prolongement direct de la première trilogie, et multiplie les clins d’œil aux films par lesquels tout a commencé. Et la meilleure idée, c’est peut-être d’avoir fait de Luke une figure quasi-mythologique, que tous les personnages passent l’intégralité du film à chercher.

Sauf que J.J. Abrams confirme ce qu’on pense de lui depuis quelque temps. Cinéaste brillant, Abrams a un vrai sens du rythme et sait composer des cadres qui marquent les esprits. Mais ce n’est pas un créateur : ses films sont tous des hommages sincères, parfois enthousiasmants, et toujours appliqués, à des œuvres existantes, auxquels il applique un lifting et un aspect feuilletonant qui rappelle ses débuts de créateur de série. Ce Star Wars 7 ne fait pas exception.

Le problème, c’est qu’on le sent nettement plus inspiré lorsqu’il introduit de nouveaux personnages que lorsqu’il met en scène les figures historiques de la saga, traités trop ouvertement comme des passages obligés. Ce fameux premier plan sur Han Solo et Chewbacca sonne ainsi curieusement faux. Son personnage, pourtant central dans l’histoire à cause de l’identité du nouveau grand méchant, semble embarrasser Abrams. Trop appliqué, comme écrasé par le poids de l’attente, le réalisateur échoue à lui donner la dimension tragique qui devrait lui convenir.

Même constat pour Leia, qui n’a droit qu’à une poignée de scènes pas franchement bouleversantes. Quant à l’apparition pour le moins tardive de Luke…
Les personnages nouveaux sont plutôt intéressants. Mais dans le rôle de la jeune héroïne qui découvre qu’elle possède la Force, Daisy Riley s’avère nettement plus fade que Felicity Jones dans Rogue One. Dans celui de l’ancien Stormtrooper qui décide de passer du côté de la lumière, John Boyega est impeccable, mais la richesse potentielle de son personnage tourne court. Quant à l’excellent Oscar Isaac, il est franchement sous-exploité.

Bref, c’est bien foutu, plein de suspense et bourré d’action. Tout ce qu’on attendre d’un Star Wars. Mais cet épisode 7 marque d’emblée la limite de ce renouveau, annonce de nouvelles pistes pas franchement enthousiasmantes, et laisse craindre le pire des multiples suites et films dérivés que Disney envisage déjà pour les années, voire les décennies, à venir. C’était peut-être, finalement, bien dispensable.

La saga Star Wars

Last Action Hero (id.) – de John McTiernan – 1993

Classé dans : 1990-1999,ACTION US (1980-…),McTIERNAN John — 15 mai, 2017 @ 8:00

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Face à Arnold Schwarzenegger (le vrai), Jack Slater (le personnage qu’il interprète) lance un définitif : « I don’t really like you. You brought me nothing but pain. » Une réplique qui donne un ton inattendu à cette rencontre entre deux Schwarzy, un petit trouble même, qui résume bien ce film ambitieux, variation musclée sur le thème de Sherlock Junior ou La Rose pourpre du Caire, à la fois pur divertissement et belle réflexion sur le cinéma en général, et sur le film d’action en particulier.

Last Action Hero n’est pas un film parfait : la partie se déroulant dans le monde de fiction est trop longue, et a tendance à diluer le propos et à résumer le film à ce dont il se moque gentiment, un pur pop-corn movie décérébré aux rebondissements improbables. Cette première partie ne manque pas de piquant cela dit : on y croise Anthony Quinn dans l’un de ses derniers rôles, mais aussi la Catherine Trammel de Basic Instinct ou le T1000 de Terminator 2, clin d’œil au précédent film d’Arnold Schwarzenegger, qu’une affiche dans un vidéo club de ce monde parallèle attribue à Stallone. « It’s his best performance ever », s’enthousiasme même Slater/Schwarzy.

McTiernan va loin dans la dérision, multipliant volontairement les incohérences, les facilités scénaristiques, ou l’humour pas toujours fin (l’enterrement explosif de monsieur pet), ou imaginant de réjouissantes parodies (Schwarzie en Hamlet). Il y met en scène un personnage de cartoon, et même un hologramme de Bogart, annonçant ainsi avec vingt ans d’avance le retour discutable de comédiens morts au cinéma (Peter Cushing dans Rogue One).

S’il y a une chose qui frappe dans cette première partie, c’est d’ailleurs cette clairvoyance dont fait preuve John McTiernan. Immense réalisateur du cinéma d’action (Predator et Une Journée en enfer restent des sommets), il annonce dès le titre de son film la décadence du genre, avec la systématisation des suites comme une manière obligée de tirer profit ad nauseum d’une recette qui fait recette. Critique à peine voilée, que l’évolution du genre rend particulièrement parlante aujourd’hui.

Mais c’est bien quand le personnage de fiction et le jeune spectateur qui l’accompagne arrivent dans le monde réel que le film prend toute sa dimension. Un peu trop tard sans doute : le décalage de la première partie était sympathique ; mais c’est bien le contraste entre la fiction et la réalité, et la prise de conscience d’un personnage sans libre-arbitre qui passionnent.

Schwarzenegger, véritable animal de cinéma bigger than life, a rarement été aussi intense que dans cette prise de conscience, action hero découvrant sa fragilité d’être humain, et réalisant l’imagination macabre des scénaristes qui ont pavé son « existence » de tragédies. Présenté comme l’un des blockbusters d’été lors de sa sortie en 1993, Last Action Hero a sans grande surprise été un échec public. Il reste aujourd’hui une étape importante du cinéma d’action, et l’un des meilleurs films de sa star.

La Femme aux miracles (The Miracle Woman) – de Frank Capra – 1931

Classé dans : * Pre-code,1930-1939,CAPRA Frank,STANWYCK Barbara — 14 mai, 2017 @ 8:00

La Femme aux miracles (The Miracle Woman) - de Frank Capra - 1931 dans * Pre-code La%20Femme%20aux%20miracles_zpsyqsgxhrk

Après Femmes de luxe, Capra offre un nouveau rôle à Barbara Stanwyck : celui d’une fille de pasteur qui devient la prédicatrice star d’un temple très populaire… et très lucratif. Un rôle qui lui vaut une entrée en matière extraordinaire : elle apparaît au lutrin de l’église, où elle lit le prêche du jour avant d’annoncer le décès de son père, mort de ne pas avoir supporté l’ingratitude de ses ouailles qui lui ont préféré un homme d’église plus jeune.

La manière dont Stanwyck passe de la posture de femme d’église à celle de victime en colère, dénonçant l’hypocrisie et la médiocrité de ces fidèles amassés face à elle, est d’une puissance inouïe, et d’une audace que l’application du code Hayes aurait rendu inimaginable trois ans plus tard, dans cette Amérique très pieuse. Mais dans cet Hollywood béni de l’ère pré-code, le politiquement incorrect est presque de rigueur. Et Capra ne se prive pas d’en profiter…

Presque aussi abouti que la première collaboration du cinéaste avec son actrice (il y a peut-être une ou deux petites longueurs, si on veut être tatillon), le film séduit par sa simplicité et par son authenticité. Et Capra réussit aussi bien ses grandes scènes de foule que les nombreux moments intimes. Et puis l’histoire d’amour entre la belle pécheresse et ce jeune aveugle à qui elle a sauvé la vie sans le savoir (David Manners, qui est cette même année le Jonathan Harker de Dracula) ne tombe jamais dans le larmoyant.

Au contraire, cette jolie romance nous vaut quelques moments magnifiques, comme ce premier baiser d’une pureté telle qu’il laisse le souffle coupé, instants absolument sublimes. Et l’idée de cet homme qui ne peut pas voir et qui ouvre les yeux de cette femme perdue dans une vie qui ne lui ressemble pas est très belle, et traitée avec une honnêteté et sans facilité par Capra.

Le film est, comme ça, émaillé de moments merveilleux, et de seconds rôles inoubliables. Comme la brave Mrs Higgins (Beryl Mercer), dont la bonté parfaite envers son aveugle de locataire ose se parer d’une attirance à peine voilée. « Ah ! si j’avais 30 ans de moins… » glisse-t-elle l’air de rien. Réjouissant.

Traître sur commande (The Molly Maguires) – de Martin Ritt – 1970

Classé dans : 1970-1979,RITT Martin — 13 mai, 2017 @ 8:00

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Dès les premières images, Martin Ritt nous plonge littéralement dans l’enfer de la mine : dix minutes sans la moindre parole, au plus près de ces hommes passant des heures dans des galeries obscures et dangereuses, creusant la roche dans les positions les plus inconfortables. Cette entrée en matière impressionne. Sans esbroufe, mais avec une grande puissance visuelle, Ritt met en image des conditions de travail inhumaines.

D’emblée, Traître sur commande s’impose comme l’un des films les plus forts consacrés à la vie des mineurs : leurs conditions de travail donc, avec ces gestes mille fois répétés et le danger omniprésent, mais aussi leur quotidien sans joie et sans horizon. Pour raconter ces vies, Ritt choisit l’angle du suspense, avec l’histoire d’une société secrète qui a volontiers recours à la violence, et avec ce flic infiltré qui finit presque par faire corps avec les mineurs. Mais sans jamais oublier l’essentiel : les personnages.

Dans le rôle du leader de cette société secrète, Sean Connery est parfait. Sa première apparition laisse un moment dubitatif : à côté des gueules fatiguées qui l’entourent, celui qui s’apprêtait à retrouver le matricule 007 paraît trop plein de vie, trop digne aussi. Mais cette première impression ne dure pas. Dès que la caméra s’approche de lui, c’est son regard qui impressionne, entre détermination et lassitude. Le regard d’un homme qui ne cédera jamais rien, mais qui sait que rien de bon n’en sortira.

A ses côtés, Richard Harris est formidable dans le rôle du flic infiltré, d’une complexité rare. A la fois prêt à toutes les bassesses, tous les extrêmes, pour gravir les échelons de la société, et se découvrant une proximité inattendue avec la colère des mineurs, avec leur envie de secouer les choses. Entre Sean Connery et lui naît bientôt une amitié trouble, dont on sent qu’elle ne laisse aucun des deux hommes totalement dupe.

Martin Ritt filme ces personnages complexes sans jamais surjouer leurs contradictions, avec une économie de moyen et une certaine langueur qui colle parfaitement à l’atmosphère ambiante. Passionnant et édifiant, son film est un sans-faute.

Le Dirigeable (Dirigible) – de Frank Capra – 1931

Classé dans : 1930-1939,CAPRA Frank — 12 mai, 2017 @ 8:00

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Après le monde du cirque, Capra, décidément touche à tout en ce début des années 30, change radicalement d’univers et signe l’un des rares films (je n’en connais pas d’autre) consacrés aux dirigeables et à ce pan méconnu de la conquête des airs.

C’est ce qu’il y a de plus passionnant dans cette grande réussite : la manière dont Capra fixe sur la pellicule cette époque héroïque, faite de grandes découvertes, de défis humains, d’héroïsme et de doutes. Le film évoque tout à la fois la conquête du Pôle Sud (cette année-là, ma grand-mère avait 1 an, et il existait encore des endroits sur Terre où l’homme n’était jamais allé… ça fait rêver !), la soif de reconnaissance des pilotes, et la concurrence entre les pro-avions et les pro-dirigeables.

En tant que témoin d’une époque, le film est formidable et indispensable. Mais c’est aussi une réussite à tous les niveaux. Adapté d’une histoire du fameux Frank Wead (pionnier de l’aviation dont la vie a inspiré L’Aigle vole au soleil à John Ford), le film mêle habilement l’une de ces conquêtes périlleuses qui ont fait la gloire de l’Amérique (on pense évidemment à l’odyssée de Lindergh, ne serait-ce que lors de la parade triomphale dans New York), et récit à hauteur d’hommes et de femmes.

C’est une histoire finalement assez classique de triangle amoureux : un pilote obnubilé par la gloire (Ralph Graves), sa femme délaissée (Fay Wray, avant de crier devant King Kong, excellente dans un rôle un peu en retrait), et leur meilleur ami, pilote plus posé et amoureux de la belle (Jack Holt, très charismatique). Un triangle amoureux soumis à une aventure humaine qui les dépasse, et qui vaut quelques impressionnants morceaux de bravoure.

On le sait très doué pour filmer des personnages confrontés aux doutes. Capra se révèle aussi un grand réalisateur d’action, signant notamment deux formidables séquence de crash, d’un dirigeable et d’un avion. Décidément, cette période de la filmographie de Capra est pleine de belles découvertes.

Alliés (Allied) – de Robert Zemeckis – 2016

Classé dans : * Espionnage,2010-2019,ZEMECKIS Robert — 11 mai, 2017 @ 8:00

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Zemeckis nous fait le coup du grand cinéma classique romanesque, avec un modèle évident et proclamé : Casablanca, dont il reprend le décor (le Casablanca de 1942, pour la première partie du film), et même le « Play it » insistant devant un piano… Mais le réalisateur de Retour vers le Futur a-t-il la carrure de Michael Curtiz ? Pas sûr, quand même.

Dès le tout premier plan, absolument virtuose mais (très visiblement) entièrement numérique, le problème principal du film apparaît, avant même les acteurs, problème qui se confirmera scène après scène : Zemeckis soigne le moindre de ses plans avec une application et une volonté de se mettre en danger qui forcent le respect, mais avec une virtuosité trop évidente, trop systématique, et trop dominante.

Cette virtuosité, qui vaut quelques moments de plaisirs, semble le plus souvent trop appliqué. Zemeckis, qui a visiblement envie d’imprimer ce genre très hollywoodien de son emprunte, oublie la passion en route. Et si on suit l’intrigue sans le moindre ennuie, et avec un intérêt qui ne retombe (presque) jamais, l’émotion ne passe pas vraiment, et on reste constamment à distance de ce mélodrame pourtant costaud.

On le sent sincère et passionné par les classiques d’autrefois, mais Zemeckis reste du côté du pastiche. Son film sonne comme un hommage sincère et appliqué à Casablanca donc, mais aussi à l’univers de Graham Greene (dont Brad Pitt lit d’ailleurs le Brighton Rocks), notamment au très beau La Fin d’une liaison, dont Neil Jordan avait tiré un film autrement plus poignant.

Brad Pitt lui-même semble étrangement statique et étranger à l’action, comme engoncé dans un personnage qu’il ne fait jamais vraiment vivre (pas aidé, c’est vrai, par un accent amerloque lorsqu’il est censé parler couramment français). Mais il y a Marion Cotillard, lumineuse et intense, comme toujours parfaitement juste. Elle est pour beaucoup dans le plaisir sincère qui réussit à poindre au milieu de la déception.

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