Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Shaun le mouton : la ferme contre-attaque (A Shaun the Sheep Movie : Farmageddon) – de Will Becher et Richard Phelan -2019

Classé dans : 2010-2019,BECHER Will,DESSINS ANIMÉS,PHELAN Richard — 18 janvier, 2020 @ 8:00

Shaun le mouton la ferme contre-attaque

Ça sent la mauvaise idée à plein nez : pour son deuxième long métrage, Shaun le mouton, le personnage en pâte à modeler, s’offre une rencontre avec un extraterrestre. Loin, donc, des aventures plus terre-à-terre auxquelles il était habitué dans la série télé qui lui était consacrée.

On retrouve tout de même l’esprit de Nick Park, cet humour anglais qui avait fait le succès de Wallace et Gromit. Mais dilué dans une avalanche de références aux grands (ou moins grands) films de science fiction, qui ont le mérite d’occuper le papa qui sans ça aurait tendance à s’ennuyer un peu.

D’ailleurs, le film est un remake qui ne dit pas son nom de E.T. : même histoire d’un alien paumé sur terre qui veut « phone home » pour retrouver les siens, même scène de rencontre dans la grange, même apparition inquiétante des agents du gouvernement, même volonté de donner un faciès trop mignon à l’extraterrestre…

A part ça, on a droit aux clins d’œil les plus attendus (le plan de la lune de E.T., la musique d’X-Files et celle de Rencontre du 3e type), et d’autres plus surprenants : le « transformer » qui grimpe une tour comme King Kong avant lui (bof), le toast qui sort comme se dressait le monolyte de 2001 (réjouissant). Et beaucoup, beaucoup d’autres.

Mais c’est quand il se défait de cette volonté de citer les anciens que ce Shaun le mouton est le plus réussi. Le gag initial des frites, ou le concours de conneries des moutons dans la ferme… On retrouve là l’ADN du studio Ardman, un peu brièvement hélas.

Danse Avec les Loups (Dances With Wolves) – de Kevin Costner – 1990

Classé dans : 1990-1999,COSTNER Kevin,COSTNER Kevin (réal.),WESTERNS — 17 janvier, 2020 @ 8:00

Danse Avec Les Loups

Il faut voir Danse Avec Les Loups dans sa version longue. Pas parce qu’elle est foncièrement meilleure que la version de trois heures sortie en salles, ni même parce que les scènes rajoutées ou rallongées apportent grand-chose à la compréhension de l’histoire (ou si peu). Non, simplement parce que cette version longue procure 45 minutes de bonheur et d’émotions supplémentaires, et que ça n’a pas de prix.

Oui, le premier film réalisé par Kevin Costner dure près de 3h45, et il n’y a pas le moindre gras, le moindre flottement, ni la moindre facilité, contrairement à ce que clamait un acteur français peu après la sortie du film en salles, en 1990, dans une interview donnée au supplément de fin d’année du magazine Studio. « Le triomphe de la facilité » lâchait-il laconiquement. Allez savoir pourquoi, l’ado que j’étais alors n’a plus jamais regardé cet acteur de la même manière.

C’était Thierry Frémont, à propos, et ce commentaire lapidaire reste pour moi totalement incompréhensible. Qu’on n’aime pas, qu’on s’y ennuie, qu’on y trouve même quoi que ce soit d’indigne, pourquoi pas. Mais la facilité ? Un western (tourné à l’époque la plus sinistrée pour le genre), d’une durée hors normes, volontiers contemplatif, et où les Indiens parlent (longuement) en langage sioux ? On fait plus facile pour un premier film…

Ah ! Et un détail que la grande histoire du cinéma ne retiendra peut-être pas : Danse Avec Les Loups a changé ma vie de cinéphile. C’est ce film-là qui, le premier, m’a fait comprendre, ou plutôt ressentir, la grandeur du cinéma, l’immensité des émotions qu’il pouvait procurer. Le revoir après pas mal d’années avait même quelque chose d’intimidant, et d’angoissant : il y a toujours un risque à revoir les films qui vous ont forgé étant jeunes.

Eh bien l’émotion est toujours aussi grande : oui, Danse Avec Les Loups, que sa durée condamne hélas à une sorte de purgatoire, est un film magnifique, audacieux, et d’une maîtrise impressionnante. Costner, qui s’offre le rôle de sa vie, réussit le mariage parfait de l’ampleur et de l’intime, avec ce portrait d’un lieutenant de l’armée nordiste qui choisit d’être muté à la Frontière, « avant qu’elle disparaisse », et qui s’y retrouve totalement seul, avec pour seule compagnie son cheval, un loup, et une tribu Sioux qui vit non loin de son avant-poste…

Danse Avec Les Loups, c’est l’histoire d’un homme qui doit renoncer à tout ce qu’il croyait être pour devenir celui qu’il est vraiment. C’est aussi l’histoire d’un peuple qui vit en totale harmonie avec son environnement, et dont la fin est proche. Costner n’angélise rien : tous les blancs ne sont pas des monstres, et les Indiens ont une sauvagerie qui glace le sang du bon colon. Mais son film fait ressentir avec une cruelle acuité la perte de cette harmonie, inéluctable pour construire l’Amérique.

Costner ne dénonce pas ouvertement, mais il constate avec honnêteté et amertume la douleur d’un peuple qui se sait condamner. Il n’y a peut-être que Ford, avec Les Cheyennes 26 ans plus tôt, qui avait su, et voulu, faire un film aussi fort et poignant sur la fin du peuple Indien, en tant que grande tragédie.

Surtout, il y a une humanité rare dans ce film, une manière de filmer les personnages avec une vérité proprement extraordinaire. Les Indiens bien sûr, loin de tous les clichés, que le film montre dans leur quotidien, dans leurs petits tracas, dans leurs rapports tendres et plein d’humours (une mention à Oiseau Bondissant, le sage joué par Graham Greene dont Costner filme les erreurs avec tendresse). Mais aussi les blancs : Timmons, le convoyeur vulgaire mais touchant, l’officier rendu dingue par l’isolement…

Réalisateur du film, personnage principal et central, Costner est tout ça à la fois, et ses casquettes se confondent : c’est le regard de John Dunbar (son personnage) qui est au cœur du film, c’est lui d’ailleurs qui sert de narrateur à travers son journal intime, et qui est (presque) de chaque scène. C’est son regard émerveillé et enthousiaste que l’on partage lorsqu’on découvre les plaines immenses, l’harmonie du camp sioux, ou plus tard le troupeau de bison qui traverse la nuit (un moment d’une beauté sidérante).

On pourrait parler longuement de l’harmonie et du sentiment de gâchis, de l’émotion qui se dégage de ce face-à-face au long cours entre Dunbar et le loup, de l’histoire d’amour entre le héros et la blanche élevée par les Sioux (Mary McDonnell), de la manière dont Costner filme l’évolution de son personnage ou de celle dont il filme les paysages grandioses. Ou encore de la superbe musique de John Barry… On peut aussi résumer en quelques mots : Danse Avec Les Loups est une merveille.

Nosferatu, le vampire (Nosferatu, eine Symphonie des Grauens) – de Friedrich Wilhelm Murnau – 1922

Classé dans : 1920-1929,FANTASTIQUE/SF,MURNAU Friedrich W. — 16 janvier, 2020 @ 8:00

Nosferatu

On connaît l’histoire : le film s’appelle Nosferatu, mais c’est bien une adaptation du Dracula de Bram Stoker que signe Murnau. Une adaptation relativement fidèle mais qui ne dit pas son nom, faute de posséder les droits.

Nosferatu ou Dracula, c’est bien la première grande adaptation du roman (l’une des meilleurs avec celle de Coppola), et l’un des films fondateurs du cinéma d’horreur. Le plus important de tous, peut-être, qui pose les bases de toute une esthétique du genre, dont l’influence se fait encore sentir aujourd’hui.

Dans l’imaginaire collectif, l’apparence de Nosferatu/Orlok, a été supplantée par celle de Bela Lugosi dans le Dracula de Browning, dix ans plus tard, plus romantique, plus élégante. Mais l’incarnation que livre l’énigmatique Max Schreck est mille fois plus romantique, plus traumatisante, cette longue silhouette raide comme la mort, ces traits incroyables, ce regard comme fou…

Schreck est tellement loin de tout ce qu’on a pu voir avant ou depuis qu’une légende l’entoure lui-même, légende qui hante le film. Qui est donc cet acteur que l’on n’a plus jamais vu ailleurs, si ce n’est un vampire, un vrai vampire ?… Bon, pour de vrai, il n’est pas tout à fait l’acteur d’un seul rôle : il apparaîtra notamment dans un autre Murnau, Les Finances du Grand Duc.

Qu’importe : Schreck justifie à lui seul le culte qui continue à entourer Nosferatu. Murnau a signé des films plus denses, plus maîtrisés, plus parfaits en un mot (et pas seulement L’Aurore). Ici, il n’évite pas certaines longueurs. Mais aussi, combien d’images troublantes, de moments traumatisants…

La charrette mystérieuse qui semble voleter à travers le paysage, le visage de Nosferatu à travers les planches cassées d’un cercueil, la silhouette du vampire qui se dresse sur un bateau devenu un tombeau, son ombre qui se dirige vers la douce Ellen, décidée à se sacrifier, la file des cercueils que l’on porte à travers la ville…

Les rares effets spéciaux ont un peu vieilli, mais ils ont l’avantage d’être rares, justement. L’atmosphère, elle, est oppressante et angoissante. Et là, le film reste un modèle du genre…

Le Balourd (The Boob) – de William A. Wellman – 1926

Classé dans : 1920-1929,FILMS MUETS,WELLMAN William A.,WESTERNS — 15 janvier, 2020 @ 8:00

Le Balourd

La comédie n’occupe par une place importante dans la riche filmographie de William Wellman. Celle-ci fait donc figure de curiosité. Tourné juste avant l’ère des chefs d’œuvre, The Boob n’est pas un film majeur, mais il porte déjà en lui le talent du cinéaste.

Ça commence d’ailleurs par une jolie scène sur une balançoire, que Wellman réutilisera (en la magnifiant) dès l’année suivante dans son monumental Wings. On trouve aussi de ci, de là, quelques beaux portraits de cette Amérique profonde et miséreuse, qui sera au cœur de son nettement plus sombre Beggars of Life.

Ici, Wellman joue ouvertement la carte de la surenchère comique, avec cette histoire d’un jeune homme un peu balourd (c’est le titre) qui décide d’arrêter de méchants bootlegers pour plaire à la fille qu’il aime et qui l’ignore, préférant le panache d’un citadin, qui se trouve être le chef des bootleggers.

On n’est pas dans le suspense, ni dans le film à intrigue. La piste des méchants, le balourd la trouve grâce aux « tuyaux » d’une vieille dame très digne qu’il prend en stop (sur son cheval). Très beau personnage d’ailleurs, que cette vieille dame, qui s’émeut d’un baiser fugace que lui donne le jeune homme. Moment rare de cinéma, où une femme âgée est montrée autrement que simplement une femme âgée.

Tout n’est pas aussi délicat et surprenant. Et Wellman privilégié le gag, avec quelques jolis trouvailles visuelles ; surimpressions, scènes de rêve, un chien filmé au ralenti pour faire croire qu’il est ivre… L’alcool, source inépuisable de gags : « I hope this is blood », lance un vieux cow boy qui casse la bouteille qui était dans sa poche en s’asseyant sur une selle, et sent le liquide couler sur sa cuisse.

C’est parfois un peu surjoué, mais c’est léger, rigolo, et plein de vivacité, et on a le plaisir de voir Joan Crawford dans l’un de ses premiers rôles. Et Wellman réussit une belle scène de poursuite en voiture, rythmée et spectaculaire. Même en signant une comédie, le cinéaste est déjà un homme d’action avant tout.

Walkyrie (Valkyrie) – de Bryan Singer – 2008

Classé dans : 2000-2009,CRUISE Tom,SINGER Bryan — 14 janvier, 2020 @ 8:00

Walkyrie

Walkyrie, c’est l’opération menée par une poignée de dignitaires allemands en 1944 pour éliminer Hitler et négocier la paix avec les Alliés.
C’est aussi, d’une point de vue cinématographique, l’une des toutes dernières velléités manifestes de Tom Cruise de sortie du rôle d’action hero dans lequel il s’est enfermé depuis, avec une volupté gourmande et une réussite évidente, mais en se privant de rôles plus surprenants dans lesquels il excelle pourtant.

C’est le cas avec ce personnage du colonel Von Stauffenberg, officier mutilé sur le front africain, devenu le pilier de cet attentat contre le Führer, dont on sait évidemment qu’il va échouer (on n’est pas chez Tarantino).

On connaît la fin, donc, et elle n’est pas joyeuse. La question réside donc sur la manière dont Singer nous conduit jusqu’à cette fin tragique. Il y a une belle ambition dans ce film, mais aussi quelques limites.

L’ambition, c’est de nous emmener au cœur de ce complot, en restant constamment au plus près des personnages, privilégiant les doutes et les peurs individuelles au détriment d’une action plus globale et plus spectaculaire. Choix gagnant : il y a là une belle intensité, en tout cas dans le dernier tiers du film.

Mais le film a ses limites, donc. Sans doute aurait-il gagné à développer le background des personnages principaux, à les ancrer davantage dans une humanité plus quotidienne. Singer se concentre totalement sur son récit, complexe et finalement peu spectaculaire.
Il le sait, d’ailleurs. Et pour éviter l’ennui, il profite de la moindre occasion (un téléphone qui sonne, un officier qui entre dans une pièce et qui tarde avant de parler…) pour créer un suspense artificiel.

Des facilités, pour le coup, qui retiennent le film au niveau d’un honnête film de genre, efficace et prenant. Ni plus, ni moins. Un film qui marque aussi le début de la collaboration entre Tom Cruise et Christopher McQuarrie, scénariste qui deviendra son bras droit attitré, marquant la suite de sa carrière comme l’avait fait Robert Towne au début des années 90.

La Main gauche du Seigneur (The Left Hand of God) – de Edward Dmytryk – 1955

Classé dans : 1950-1959,BOGART Humphrey,DMYTRYK Edward,TIERNEY Gene — 13 janvier, 2020 @ 8:00

La Main gauche du Seigneur

Dans la longue série des films « chinois » tournés à Hollywood entre la fin des années 40 et les années 60, celui-ci est particulièrement original. Moins pour le personnage de « prêtre » joué par Bogart que pour son absence remarquable d’action.

Ce personnage qui arrive dans une mission catholique au fin fond de la Chine, on sait dès la première image qu’il ne s’agit pas véritablement d’un prêtre. Parce qu’on le découvre, en ombres chinoises, une arme à la main dans cette silhouette d’homme de dieu. Et surtout parce que c’est Bogart, tel qu’en lui-même : séducteur et viril en diable, et qu’il est impossible de voir en lui un prêtre…

Dmytryk signe un grand spectacle en Cinemascope, plein de figurants, aux décors impressionnants. Pourtant, tout tourne toujours autour des personnages, sans que jamais la tension ne se traduise par des éclats de violence.

Au contraire, les oppositions se jouent constamment autour de simples de jeu. Lorsque le « prêtre » affronte le médecin de la mission (E.G. Marshall), il le fait autour d’un échiquier. Il joue son avenir et celui de la mission avec un chef de bande ? Il le fait en jouant aux dés…

Visuellement, c’est très réussi. Le rythme, lui, est impeccable. Et en mettant ses personnages au centre, Dmytryk fait un choix plutôt judicieux, au moins pour ses personnages américains, attachants et bien dessinés : Gene Tierney et Agnes Moorehead sont, elles aussi, très bien.

En revanche, les Chinois sont nettement plus problématiques. Sympathiques et parfaitement bienveillants lorsqu’ils sont de bons catholiques, vils et dangereux pour les autres. A commencer par leur chef, « joué’ par Lee J. Cobb. Ces guillemets pour souligner que, on a beau aimer beaucoup l’acteur de 12 angry men et Boomerang, on a très envie d’oublier cette triste prestation d’un (bon) acteur (trop) maquillé en Chinois. Gênant.

Abus de confiance – de Henri Decoin – 1937

Classé dans : 1930-1939,DECOIN Henri — 12 janvier, 2020 @ 8:00

Abus de confiance

Il y a une vraie cohérence dans le parcours commun de Henri Decoin et de sa muse, Danielle Darrieux. Voici encore le portrait d’une toute jeune femme, à peine sortie d’une enfance abîmée, maltraitée par la vie.

Avec ce portrait mélodramatique, Decoin parle d’une époque rude et impitoyable, qui se dessine en creux. Si Lydia, le personnage que jouer Darrieux, est poussée à commettre un acte si détestable, c’est parce que tout, ou presque, lui est hostile.

Cet acte est un pur parti-pris mélodramatique. La découverte d’un journal intime… Une mère et son bébé morts depuis vingt ans sans que le père sache ce qu’ils sont devenus… Et Lydia qui décide de se faire passer pour l’enfant disparu auprès de ce dernier, grand avocat bien installé.

Et Decoin a un vrai talent pour filmer le chaos et la violence mentale. La scène de la fête foraine est ainsi magnifique, véritable tourbillon qui finit d’enfoncer les clous du désespoir, et virtuose utilisation du montage et de la surimpression.

Même force dans l’entretien d’embauche que subit Darrieux, pathétique défilé de proie pour un prédateur libidineux qui profite de sa position de supériorité… Ou comment, au fil de recherches désespérées de la jeune femme pour survivre, elle enchaîne les rencontres avec des hommes dégueulasses. 1937, et déjà, un manifeste virulent contre les violences faites aux femmes.

Et elle est, une nouvelle fois, extraordinaire, la Darrieux, déchirante en jeune victime d’une société bien malade. Charles Vanel aussi, forcément, est excellent. Malgré des dialogues parfois un peu trop littéraires, Decoin tire le meilleur de ses acteurs. Valentine Tessier est particulièrement marquante en épouse de Vanel. Rude, austère, péremptoire, mais pourtant compréhensive et avisée.

Un personnage complexe, qui évite toute facilité. C’est elle qui amène la dernière image, extraordinaire fin cynique et douce-amère…

Sur la piste des Apaches (Apache uprising) – de R.G. Springsteen – 1965

Classé dans : 1960-1969,SPRINGSTEEN R.G.,WESTERNS — 11 janvier, 2020 @ 8:00

Sur la piste des Apaches

La légèreté avec laquelle les Indiens sont dégommés à la chaîne dans les premières minutes sont assez trompeuses. Oui, les Indiens ont, plutôt, le mauvais rôle, mais un dialogue, tout simple, entre deux blancs remet quand même les choses à leur place :

« Comment se débrouillaient-ils, ces Indiens, avant qu’on arrive ?
- Sans doute mieux que maintenant. »

Sur la piste des Apaches est un petit western sans grande ambition, série B avec des gueules qu’on aime bien (Rory Calhoun, Arthur Hunnicutt, Lon Chaney Jr…), des méchants caricaturaux (John Russell, Deforest Kelly), et une Corinne Calvet pas mal du tout. Une petite chose sans conséquence basée sur un scénario assez convenu : un voyage en diligence, des bandits qui prennent les voyageurs en otages, des Indiens sur le chemin de la guerre…

Mais tout ça est mené sans temps mort, et sans génie apparent. Cela dit, le film a été taillé à la serpe pour la diffusion télé d’autrefois, et il ne reste plus qu’une version pan&scannée qui ne rend sans doute pas justice à la mise en scène, qui semble par moments assez inspirée : des mouvements de caméra, du cadrage dynamique, qu’on ne peut que deviner, le Techniscope original étant réduit de moitié.

Tourné en 1965, le film est à la fois classique et sous influence de Sergio Leone (pour l’utilisation de la musique et quelques gros plans) et d’Anthony Mann (pour les décors naturels, en particulier dans la dernière séquence). Mais R.G. Springsteen évite les comparaisons qui seraient trop peu flatteuses, en prenant un parti-pris étonnant : la violence est, le plus souvent, hors champs. Elle n’en est que plus frappante.

Pékin Express (Pekin Express) – de William Dieterle – 1951

Classé dans : 1950-1959,DIETERLE William — 10 janvier, 2020 @ 8:00

Pékin Express

L’amour, la foi et la bonté, contre la haine, l’intolérance et la violence… Ou les valeurs belles et humanistes de la grande Amérique, contre le chaos qu’amène le communisme dans une Chine dirigée depuis peu par le Parti… Ce pseudo-remake du chef d’œuvre de Sternberg Shanghai Express ne fait pas vraiment dans la dentelle, dans sa manière de délivrer un message si souvent asséné par le Hollywood de ces années-là.

Un médecin pour qui toute vie est précieuse (Joseph Cotten, un peu absent par moments), la femme qu’il aime et qui est prête à se sacrifier pour lui (Corinne Calvet, belle mais jamais ni crédible, ni émouvante), et un prêtre bon et compréhensif et dépit de tout (le toujours sympa Edmund Gwen) d’un côté. De l’autre, un seigneur de la guerre sanguinaire derrière des abords suaves et un pilier du Parti obtus et colérique…

On peut comme ça multiplier les manières de résumer l’opposition binaire et caricaturale qui est au cœur du film, on en arrive toujours à la même conclusion : c’est binaire et caricatural. Manichéen au possible, simpliste, bref : douteux.

Seul le personnage de l’épouse du seigneur de guerre parvient à surprendre, et à séduire, en apportant une vraie humanité. C’est quand même un peu court pour faire oublier Marlene et la beauté sidérante du film de 1932. Même si William Dieterle s’en tire plutôt avec les honnête : sans transcender un scénario trop démonstratif et décidément trop simpliste, il signe un film de genre plutôt efficace, visiblement très inspiré par le film de Sternberg.

La filiation entre les deux films reste d’ailleurs l’aspect le plus intéressant de cette version 1951, en ce qu’elle montre comment l’image de la Chine a évolué à Hollywood. Quant à la présence centrale de ce train qui traverse un pays plein de dangers, elle permet à Dieterle de réussir quelques scènes d’atmosphère, les plus belles du film.

Vaindre ou mourir (Old Ironsides) – de James Cruze – 1926

Classé dans : 1920-1929,CRUZE James,FARRELL Charles,FILMS MUETS — 9 janvier, 2020 @ 8:00

Vaincre ou mourir

Réalisateur important de la fin du muet, James Cruze fait ici au film de pirates ce qu’il avait fait au western avec The Covered Wagon : il signe une grande fresque spectaculaire et ambitieuse, superproduction qui marquera durablement le genre.

Curtiz, Walsh et les autres devront beaucoup à ce Old Ironsides, aux scènes de batailles marines particulièrement impressionnantes. C’est qu’on est en 1926, et que ces années-là, le cinéma (muet, donc) atteint une première apogée. Le langage cinématographique touche à une sorte de perfection, et Hollywood n’hésite pas à mettre des moyens gigantesques dans ses films majeurs.

C’est clairement le cas ici, avec l’utilisation de vrais bateaux, de centaines de figurants (parmi lesquels Boris Karloff, dans le furtif rôle d’un pirate), et de trucages pyrotechniques qui en mettent plein la vue. Le film raconte la guerre menée par les jeunes Etats Unis aux pirates de Tripoli, en 1792, et c’est une plongée étourdissante au cœur de cette période que filme Cruze.

Les premières minutes sont pourtant loin d’être emballantes : on sent le cinéaste soucieux de ne pas trahir l’Histoire qu’il filme. Ces premières scènes ont quelque chose de la simple illustration, manquant de flamme. Cette flamme, elle vient finalement moins de l’action elle-même que des personnages, constamment au cœur du film. Avec, surtout, deux face-à-face tendus chacun à leur manière, qui donnent les plus beaux moments.

Celui entre Wallace Beery et George Bancroft d’abord, marins mal dégrossis dont l’affrontement rigolard et viril apporte une caution humoristique bienvenue. Et celui entre Charles Farrell et Esther Ralston, romantique et sensuel. Oui, sensuel.

Il y a une scène superbe au cœur du film. Farrell, à la barre du bateau, dévore des yeux la belle Esther Ralston, à qui le vent colle sa robe légère contre son corps, dévoilant ses formes. La tension sexuelle entre ces deux-là est alors extrême, dans une scène d’une sensualité folle.

Pour Cruze, tout est dans les détails. Avant la grande bataille finale, il montre un mousse étaler du sable sur le pont « pour éviter de glisser sur le sang », et les médecins préparant leur équipement pour opérer les futurs blessés. La bataille elle-même a beau être hyper spectaculaire, ce sont ces détails qui frappent le plus, et qui disent le mieux la violence à venir.

12345...222
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr