Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Le Trésor des Collines rouges (Treasure of Ruby Hills) – de Frank McDonald – 1955

Classé dans : 1950-1959,McDONALD Frank,WESTERNS — 2 décembre, 2016 @ 8:00

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Réalisateur prolifique, Frank McDonald n’a pas signé beaucoup de films franchement mémorables, souvent contraint par des budgets pour le moins étriqués. Ce petit western ne fait pas exception. Même s’il n’est pas dénué d’intérêt, il souffre quand même d’un manque flagrant de moyens, qui pousse le réalisateur à limiter les scènes tournées en décors naturels, et à privilégier les intérieurs.

Pourquoi pas d’ailleurs, sauf que le sujet ne s’y prête pas vraiment, et aurait mérité la mise en valeur de grands espaces que l’on ne fait qu’entrapercevoir (avec, au fond, ce qui ressemble fort à des poteaux électriques ou des antennes…). L’histoire, assez classique, reprend le thème souvent utilisé dans le genre des gros éleveurs qui se disputent la main-mise sur toute une région. Avec une belle idée, quasiment pas exploitée : l’arrivée du « héros » avec l’acte de propriété de la principale source d’eau de la région.

Dans ce rôle, Zachary Scott tranche plutôt radicalement avec les grandes figures westerniennes. Il est clairement un choix de série B, mais son charme étrange, sa dégaine un peu maladroite, et cette assurance qui ne convainc pas vraiment servent plutôt le personnage. Plus en tout cas que le scénario, approximatif et plein de trous, et la mise en scène souvent étrangement statique. C’est notamment le cas lors des rares fusillades, dont on finit par se demander si elles ne sont pas parodiques tant elles manquent d’entrain.

A une exception près quand même : le duel attendu entre Zachary Scott et Lee Van Cleef, qui prend le temps de terminer son verre de whisky avant de dégainer. Il fait bien… Il y a, comme ça, quelques petits moments qui sauvent le film de l’anonymat total, deux personnages féminins plutôt réussis, un vieux patron d’hôtel assez rigolo… Pas de quoi crier au génie, mais suffisant pour y prendre un peu de plaisir.

* DVD dans la collection « Les Grands Classiques du Western » (oui, c’est survendu !) chez Artus Films, avec une présentation érudite et intéressante par Georges Ramaïoli.

A cause d’un assassinat (The Parallax View) – d’Alan J. Pakula – 1974

Classé dans : * Polars US (1960-1979),1970-1979,PAKULA Alan J. — 1 décembre, 2016 @ 8:00

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Il faut prendre le temps de digérer ce thriller paranoïaque qui, immédiatement, ne laisse pas une impression formidable. Visuellement peu séduisant, émaillé de rebondissements énormes qu’on a du mal à prendre au sérieux, il semble faire pâle figure à côté de classiques du genre comme Un crime dans la tête ou Les Trois jours du Condor. On est en tout cas bien dans cette lignée de films post-Dallas, portée par la fameuse théorie du complot.

On se dit qu’il est bien naïf Warren Beatty, journaliste qui enquête sur la mort des différents témoins d’un assassinat politique, plusieurs années auparavant. On se dit aussi que le scénariste a pris bien des raccourcis et qu’il n’hésite jamais à choisir la facilité (cette rencontre impromptu avec le shérif au cœur du complot). Et puis on réalise qu’on l’a été tout autant, emporté par les mêmes mensonges, les mêmes faux-semblants, la même manipulation.

Le film repose certes beaucoup sur la révélation finale. Mais cette révélation, cette ultime image sur « l’illumination » tardive de Beatty, longue séquence oppressante où tous les morceaux du terrible puzzle se retrouvent enfin, le range du côté des grands classiques parano de cette période.

Un classique parfois déroutant, comme lors de cette scène étonnante et interminable, où le personnage de Beatty (et nous avec) regarde un étrange montage photos censé tester les émotions, qui rappelle l’expérience déshumanisante d’Orange Mécanique.

La force, et d’une certaine manière la limite, du film, c’est cette capacité de brouiller les pistes, et de détourner le regard de l’essentiel. Pakula place clairement le spectateur dans la peau de Warren Beatty, lui faisant croire qu’il est plus intelligent que les autres, et qu’il a tout compris de cette mystérieuse société secrète qui recrute des tueurs. Et quand la révélation arrive, il est trop tard.

La Naissance d’un Empire (Tide of Empire) – d’Allan Dwan – 1929

Classé dans : 1920-1929,DWAN Allan,FILMS MUETS,WESTERNS — 30 novembre, 2016 @ 8:00

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Difficile de se repérer avec précision dans l’imposante filmographie d’Allan Dwan, mais ce Tide of Empire semble être son tout dernier film muet. Il bénéficie en tout cas d’une vraie bande son, où quelques bruitages (bruits de castagnettes, coups de feu, cris de poulets…) sont mêlés à la musique. Ce qui, très honnêtement, n’apporte pas grand-chose, et ferait même presque perdre de la magie du muet. Cela dit, muet, le film l’est bel et bien.

C’est aussi l’une des très grosses productions de celui qui fut l’un des cinéastes fétiches de Douglas Fairbanks. Un western dont l’ampleur rappelle celle du Cheval de Fer de Ford, et annonce La Piste des géants de Walsh, à la fois pour les moyens déployés (des centaines de figurants, de nombreux décors, et quelques trucages remarquables comme ce saut de la mort au-dessus d’un large ravin,figure certes classique du western muet, mais dont le montage hyper efficace renforce le suspense) et pour le sujet central, pour lequel le titre donne un bel indice.

Comme souvent dans les grandes fresques, il est question d’un monde qui s’effondre, et d’un autre qui s’annonce, dans cette Californie des années 1840 bousculée par la fièvre de l’or. Et on a le droit à toute l’imagerie liée à cet épisode : les villes champignons qui apparaissent en quelques jours, les longues files humaines formés par ces aventuriers en quête de fortune, les lynchages sommaires…

Mais Dwan raconte cette histoire à travers la romance de deux symboles que, forcément, tout oppose: d’un côté la fille d’un riche propriétaire hispanique, de l’autre l’un de ces aventuriers blancs dont l’arrivée renverse totalement l’ordre établi. Une idée pas neuve, certes (même en 1929), mais parfaitement exploitée par Dwan, aussi à l’aise dans les scènes intimes que dans les grands mouvements de foule. D’autant plus que les deux acteurs, Renée Adorée et Tom Keene, sont plutôt excellents (malgré les sourires constants de ce dernier), et rendent parfaitement crédibles leur attirance-répulsion si complexe.

En fait, le film fait mouche sur à peu près tous les registres : le suspense, l’émotion, l’humour (avec le personnage haut en couleurs, hélas pas suffisamment exploité, du geôlier et de ses prisonniers ambulants), l’action bien sûr. Et visuellement, c’est souvent très spectaculaire, et filmé par un cinéaste qui reste encore à redécouvrir. Il faut voir cet éblouissant travelling arrière filmé à la grue sur une ville-champignon grouillante de vie ; ou ce plan serré sur des bottes qui suivent des traces de sang sur un plancher… Allan Dwan est un grand !

Voici le temps des assassins – de Julien Duvivier – 1956

Classé dans : * Polars/noirs France,1950-1959,DUVIVIER Julien,GABIN Jean — 29 novembre, 2016 @ 8:00

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Plus de dix ans après L’Imposteur, tourné lors de leur exil américain, et vingt ans après leurs inoubliables collaborations d’avant-guerre, Duvivier et Gabin se retrouvent une ultime fois pour ce qui est un nouveau sommet de noirceur, d’une extraordinaire cruauté.

Gabin est bien dans son personnage de l’époque: un homme mur et bien installé, à la gouaille toute parisienne. Un restaurateur cette fois, dont la vie se déroule au cœur des Halles. Un choix qui n’est pas anodin : de ce quartier populaire grouillant de vie (reconstitué en studio semble-t-il), Duvivier saisit des images fascinantes.

Dès les premières images, après une chanson originale qui met tout de suite dans l’ambiance, le contraste entre la nuit encore bien noire et l’activité omniprésente à l’écran, avec ces bouchers, ces maraîchers, et toute cette faune urbaine qui se démène au petit matin, crée une atmosphère particulière absolument passionnante. Duvivier donne le sentiment de faire partie de ce microcosme, et c’est l’une des grandes réussites du film.

L’autre réussite, c’est donc cette cruauté que l’on ressent constamment. Lorsque Gabin accueille avec froideur l’annonce de la mort de celle qui fut sa femme d’abord. Et puis dans les petits calculs de cette jeune femme qui pourrait être sa fille (Danièle Delorme), et dont on sent immédiatement sans vraiment la comprendre qu’elle est démoniaque. Le pauvre Gérard Blain en fera les frais. Mais personne n’en sortira vainqueur.

Surtout, Duvivier met en scène une galerie de femmes épouvantables, qui toutes gravitent autour de Châtelain, le traiteur interprété par Gabin. Trop généreux ? Trop humain ? Trop faible ? Ou simplement malchanceux ? C’est en tout cas une belle collection de monstres qui entoure cet homme si imposant, mais complètement manipulé.

Il y a le terrible visage d’ange de Danièle Delorme, garce magnifique et démoniaque. Il y a la mère de cette dernière, ancienne beauté totalement pathétique dans la déchéance (Lucienne Bogaert). Il y a encore la mère de Châtelain (Germaine Kerjean), monstre d’égoïsme absolument glaçant qui n’hésite pas à jouer du fouet dans une scène d’une brutalité extrême. Même la vieille Mme Jules (Gabrielle Fontan), figure attentive et censément protectrice, est une harpie assez terrible…

Quant aux hommes, en retrait la plupart du temps, manipulés ou jouisseurs, ils offrent quand ils sont mis en avant une vision guère glorieuse de l’humanité. Noir, cruel et pessimiste, un grand Duvivier.

Sept hommes à abattre (Seven Men from now) – de Budd Boetticher – 1956

Classé dans : 1950-1959,BOETTICHER Budd,WESTERNS — 28 novembre, 2016 @ 8:00

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La première apparition de Randolph Scott dans un western de Budd Boetticher (six autres collaborations suivront) donne le ton : il fait nuit et la pluie tombe à torrents. Deux hommes se sont abrités sous un rocher. Soudain, une silhouette apparaît de dos, comme si elle sortait de la caméra… C’est Scott, mutique et minéral, apparition mystérieuse dont on ne se demande pas longtemps ce qu’elle recherche…

Il ne s’agit pas de se réchauffer au coin du feu ici, mais d’une histoire de vengeance, brute et rude, que Boetticher filme avec une sécheresse et un sens de l’épure formidable. Tout ce qui fera la richesse et la particularité de cette incroyable œuvre commune est déjà là.

On a beaucoup dit que les westerns d’Anthony Mann utilisaient merveilleusement les décors. C’est le cas aussi de Boetticher, tout particulièrement dans les scènes d’action. Scott ne se cache pas simplement derrière les rochers qui se dressent dans ce paysage désertique : il s’y glisse, il y rampe, et pénètre les moindres aspérités de la roche, comme s’il ne faisait plus qu’un avec cet environnement.

Le film est court, extrêmement tendu, et entièrement tourné vers la vengeance, comme l’est le personnage de Scott, ancien shérif à la recherche des assassins de sa femme. Du coup, la romance qui s’ébauche avec le très beau personnage de Gail Russell ne fait qu’évoquer ce qui aurait pu être dans d’autres circonstances. Et cela donne un moment magnifique, lorsque Scott, au dernier moment, détourne son visage et renonce à un baiser qui aurait tout changé, et enfourche son cheval pour repartir sans un regard derrière lui.

La relation qu’il noue avec Lee Marvin serait, en comparaison, presque plus charnelle. Entre ces deux là, il y a un mélange de haine et d’affection assez troublant. Tout ça est filmé avec une sobriété exemplaire. Ce Seven Men from now est absolument formidable…

Anna Karénine (Love) – d’Edmund Goulding – 1927

Classé dans : 1920-1929,FILMS MUETS,GOULDING Edmund — 27 novembre, 2016 @ 8:00

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Très libre adaptation de l’œuvre de Tolstoï, dont Garbo tournera d’ailleurs une autre version, parlante cette fois, sous la direction de Clarence Brown. De la première rencontre au happy end, le film prend bien des distances avec le roman original ?

Au moins le titre anglais, en se démarquant clairement du roman , annonce-t-il la couleur. Avec ce film, la MGM voulait d’avantage mettre en valeur son couple star autour d’une grande histoire d’amour romanesque, que signer une adaptation luxueuse.

Le plus beau dans ce film, c’est la tension sensuelle qui se dégage de la relation entre Garbo et John Gilbert. Dès leur toute première rencontre, dans cette auberge au milieu de la steppe enneigée, cette tension est palpable et fait tout oublier. Et c’est bien ça le plus réussi : cette impression que toutes les tempêtes, toutes les hostilités, tous les écueils disparaissent dès que ces deux-là sont ensemble.

Pas ou peu de grandiloquence, d’ailleurs. Il y a bien quelques scènes d’envergure comme celle du bal, ou celle de la chasse. Mais même là, les nombreux figurants finissent par disparaître pour ne laisser la place qu’à un tête-à-tête entre les deux vedettes.

Même la relation, belle et douloureuse, entre Anne et son fils finit par passer au second plan. Même la cruauté inflexible du mari trompé finit par devenir secondaire… Anna Karénine est avant tout une histoire d’amour. Belle et tragique.

Dommage quand même que la dernière partie soit expédiée en quelques minutes seulement. En n’évoquant la longue quête de Vronsky, censée durer des années, qu’en une (petite) poignée de plans, le happy-end qui arrive un peu brusquement perd de la force émotionnel qu’il aurait dû avoir.

Fascination (Possessed) – de Clarence Brown – 1931

Classé dans : 1930-1939,BROWN Clarence — 26 novembre, 2016 @ 8:00

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Ce n’est pas n’importe qui, Clarence Brown. Surtout connu pour être le réalisateur de quelques-uns des meilleurs films de Greta Garbo (parmi lesquels la version parlante d’Anna Karénine), Brown vaut bien plus que cela, et s’est imposé comme un cinéaste enthousiasmant de la fin du muet et du début du parlant.

Une scène, au début de ce Possessed, souligne à la fois l’ambition et la maîtrise narrative du réalisateur : la jeune héroïne jouée par Joan Crawford, qui se lamente de son sort d’ouvrière, découvre un nouveau monde en observant la vie des riches et de leurs employés à travers les fenêtres d’un train luxueux qui passe lentement devant elle. Un moment merveilleux et totalement inattendu.

Une jeune femme convoitée par un ami d’enfance qui préfère se tourner vers un homme plus fortuné… L’histoire semble avoir été vue mille fois, même en 1931. Mais Brown réinvente totalement ce triangle amoureux. Avec un ton original d’abord, mélange de gravité et de dérision, où l’humour et la cruauté ne sont jamais vraiment loin l’un de l’autre.

Et puis les personnages eux-mêmes sont loin des clichés attendus. L’ami de toujours (Wallace Ford, très bien) n’est pas le chevalier blanc que l’on croit. Quant au très riche et très séducteur Clark Gable, il est lui aussi plein de surprises. Et le couple qu’il forme bientôt avec Joan Crawford est formidablement beau et attachant. Tellement, même, que pendant une bonne partie du métrage, on se demanderait même presque quel est l’enjeu du film…

Presque, parce que l’étude de caractère est simplement belle, et le rythme donné par Brown absolument parfait. Possessed (drôle de titre, quand même) est en fait un vrai feel-good movie, une magnifique histoire d’amour aussi atypique que touchante.

Les 10 commandements (The Ten Commandments) – de Cecil B. De Mille – 1923

Classé dans : 1920-1929,De MILLE Cecil B.,FANTASTIQUE/SF,FILMS MUETS — 25 novembre, 2016 @ 8:00

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Sommet du cinéma hollywoodien biblique, Les 10 commandements version Charlton Heston n’est pas le remake de cette première version déjà réalisée par Cecil B. De Mille. Non, le film de 1956 n’est le remake que du prologue de cette version muette de 1923 : les 50 premières minutes, illustration chapitre par chapitre du destin de Moïse et des Hébreux dans l’Egypte de Ramsès II.

Ce prologue n’est certes qu’une succession de faits marquants, sans le souffle lyrique du remake. Mais la marche des esclaves, l’avancée des chars, le mur de flammes ou, bien sûr, la traversée de la mer rouge sont déjà très impressionnants. De Mille, alors roi de la « comédie conjugale », fait ses premiers pas dans le cinéma de la démesure. Et son sens du spectacle est déjà extraordinaire.

Qu’il filme des milliers de figurants ou qu’il utilise les trucages de l’époque (des surimpressions, essentiellement), l’ampleur de sa mise en scène est toujours au service de l’histoire. 33 ans plus tard, il donnera une dimension encore plus impressionnante à l’histoire de Moïse (pour ce qui sera son dernier film). Mais cette version 1923 est déjà franchement bluffante.

Bon. Sur le fond, on est quand même dans la pure illustration biblique. Tout le film, d’ailleurs, baigne dans une bien-pensance et un moralisme qui, quand même, rompt assez radicalement avec le cynisme et la liberté de ses grandes comédies conjugales, souvent autrement plus audacieuses en matière de mœurs.

On retrouve un peu de ce ton, par bribes, dans ce qui est en fait le cœur du film: le drame contemporain. Car lorsque Moïse a brisé les tables de la loi, De Mille enchaîne avec le plan d’une bible que l’on referme : une mère lisait cet épisode à ses deux grands garçons. Deux hommes qui, bien sûr, s’apparaîtront à des versions modernes des frères ennemis du récit biblique.

Le premier (joué par Richard Dix) est honnête, travailleur et humble. Le second (Rod La Roque) est ambitieux, jouisseur et impie. Tous deux tombent amoureux de la même femme (Leatrice Joy, très émouvante), mais c’est autour d’une église que leurs destins se sépareront irrémédiablement : une église que le second est chargé de construire, et pour laquelle il utilise un béton de mauvaise qualité pour faire de plus grands bénéfices.

Non, la symbolique n’est pas légère. Mais De Mille a du savoir faire, et un sens unique du spectacle, même dans un récit finalement aussi simple que celui-ci. Le meilleur: une séquence au sommet de l’église en construction, où les sentiments se dévoilent sans fardn, et où tous les masques semblent tomber. A la fois beau… et vertigineux, dans le sens premier du terme.

Jurassic Park (id.) – de Steven Spielberg – 1993

Classé dans : 1990-1999,FANTASTIQUE/SF,SPIELBERG Steven — 24 novembre, 2016 @ 8:00

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Comme avec Les Dents de la Mer ou Les Aventuriers de l’Arche perdue, Spielberg a durablement inspiré le cinéma hollywoodien avec ce premier Jurassic Park, ne serait-ce que pour l’utilisation, extraordinaire pour l’époque, d’effets spéciaux qui continuent, plus de vingt ans plus tard, à impressionner. A vrai dire, si le film reste aussi convaincant aujourd’hui, c’est parce qu’il mélange très habilement les effets spéciaux à proprement parler et les « animatronix ». Un aspect que les blockbusters à venir auront de plus en plus tendance à ignorer, privilégiant de plus en plus les tournages sur fond vert.

Jurassic Park, aussi révolutionnaire soit-il, est donc presque un film d’un autre temps. C’est d’ailleurs tout le paradoxe de Steven Spielberg, quasiment depuis ses débuts : s’il a réinventé à lui seul, ou presque, les règles du grand cinéma populaire, il s’est toujours inscrit dans la lignée des grands cinéastes classiques. Et cette fois, c’est du côté des vieux films de monstres qu’il s’est tourné. King Kong en tête bien sûr, avec cette gigantesque porte, cette île qui ressemble tant à Skull Island, et le combat final du T-Rex et des velociraptors, comme un hommage au film de 1933.

On retrouve en tout cas dans Jurassic Park le pur plaisir du cinéma d’aventures à l’ancienne, dont Spielberg avait déjà fait le cœur de ses trois premiers Indiana Jones. Il y a d’ailleurs une vraie parenté entre ces films : dans la personnalité, le chapeau… et jusqu’aux mimiques du personnage de paléontologue (presque un archéologue) joué par Sam Neill. On se demanderait presque si, à un moment ou un autre, Spielberg n’aurait pas pensé à intégrer Indy dans le film. Sans doute pas, mais la ressemblance est par moments troublante.

La séquence d’ouverture est formidable, comme souvent chez Spielberg : un grand moment terrifiant où le cinéaste pose les bases du drame, avec un art consommé de filmer les choses (et les dinosaures) sans rien vraiment montrer.

Après cette ouverture percutante, on a hélas droit à une longue partie explicative, sans doute indispensable à l’époque (il fallait bien explique comment on avait réussi à clôner tous ces animaux disparus depuis des millénaires), mais dont l’effet de surprise, et même l’intérêt, sont aujourd’hui très émoussés. Un ventre creux qui permet quand même de faire connaissance avec les personnages : Sam Neill excellent, Jeff Goldblum cabot sympathique, Laura Dern cabote agaçante, deux gamins pas du tout tête à claque, et Richard Attenborough que le fait d’avoir vu 10 Rillington Place il y a peu rend glaçant…

Bref, on se contrefout de tout l’aspect scientifique de l’histoire, créée par Michael Crichton (une sorte de variation sur le thème de son Mondwest). Et la fascination qu’exerçaient les dinosaures à la sortie du film n’est plus aussi forte. Mais quand tout part en couille, quand les garde-fous de ce parc d’attraction sautent les uns après les autres, quand ces braves scientifiques émerveillés se transforment en gibier potentiel, alors là le génie de Spielberg prend toute sa dimension.

La vraie attraction, le vrai trip, les vraies sensations, c’est le pur cinéma qui les offre. Spectateurs et personnages se retrouvent alors sur le même plan, embarqués par un maître du spectacle qui se permet même de jouer avec sa propre image, en mettant en scène le merchandising qu’il a lui-même développé avec ses films événements, et tout particulièrement celui-ci. Un grand spectacle, doublé d’une mise en abyme. Une nouvelle leçon de cinéma.

Sabotage à Berlin (Desperate Journey) – de Raoul Walsh – 1942

Classé dans : 1940-1949,WALSH Raoul — 23 novembre, 2016 @ 8:00

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Entre deux classiques (La Charge fantastique et Gentleman Jim), Raoul Walsh et Errol Flynn s’offrent une réjouissante récréation en forme d’effort de guerre.
Faut-il prendre au sérieux cette histoire d’aviateurs alliés qui se retrouvent derrière les lignes ennemis et multiplient les pieds de nez aux Allemands ? A l’occasion d’une scène, Walsh prouve que lui-même s’en amusait : en fuites, nos héros tombent en panne ; juste à ce moment, un camion de carburant passe devant eux…

La plupart des rebondissements sont aussi improbables que ceux-là. A commencer par la première évasion, pas plus sérieuse que les aventures de La 7e Compagnie. Ou le vol des uniformes allemands, les militaires passant à portée de main étant au bon nombre… et de la bonne corpulence. Ou encore la manière dont nos héros s’emparent d’un avion bombardier gardé par des dizaines d’hommes.

D’ailleurs, avec le personnage rigolard d’Alan Hale, ou même celui très décontracté joué par Ronald Reagan, Walsh donne le ton. Flynn lui-même affiche la plupart du temps un enthousiasme rafraîchissant. Mais le film n’est pas d’un seul bloc. Pour preuve, un autre personnage, plus complexe et plus sombre : celui joué par l’excellent Arthur Kennedy, le plus intense de tous, qui refuse de voir la guerre comme un terrain de jeu.

Il y a d’ailleurs dans ce Desperate Journey quelques moments d’une grande noirceur : la mort de plusieurs personnages importants, ou encore le dur destin de cette jeune Allemande qui lutte contre les Nazis, symbole pas si courant dans le cinéma hollywoodien de l’époque de cette population allemande qui n’a pas choisi la barbarie.

Mais avant tout, Desperate Journey est un film d’action et d’aventure. L’intrigue, finalement, semble ne servir que de liant entre les nombreuses scènes d’action : le crash de l’avion, la fuite par les toits, l’attaque de l’usine, ou encore l’extraordinaire course poursuite en voiture… Autant de séquences d’anthologie auxquelles Walsh donne un rythme et une intensité incroyables.

Desperate Journey est un voyage réjouissant qui ose toutes les ruptures de ton. Un pur plaisir de cinéma.

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