Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Police – d’Anne Fontaine – 2020

Classé dans : 2020-2029,FONTAINE Anne — 10 août, 2022 @ 8:00

Police Anne Fontaine

Premier constat : j’aime Virginie Efira d’un amour cinéphilique qui n’a plus beaucoup de borne. Film après film, l’actrice ne cesse de surprendre et de bouleverser avec son jeu, à la fois extraordinairement précis et d’une intensité bouleversante. Pas un rôle dont on peut simplement dire qu’elle est très bien. Non, elle est toujours au-delà, vraie, profonde, humaine… L’une des plus grandes actrices du monde, disons la Vivien Leigh d’aujourd’hui.

Voilà qui est dit. Deuxième constat : Anne Fontaine est une grande réalisatrice, qui a un regard, et un vrai talent pour filmer les états d’âme. Ce n’est pas si courant, et c’est ce qui fait le poids de Police, beau film dont les moments les plus intenses sont ceux où il ne se passe rien en apparence. Ceux où l’esprit des personnages vagabonde, tiraillé entre l’intégrité et l’humanité, en quelque sorte.

Grande réalisatrice, et grande directrice d’acteurs. Virginie Efira est sublime, donc. Mais Omar Sy et Grégory Gadebois sont également magnifiques dans les deux autres rôles centraux. Trois flics parisiens en uniforme, chargés d’amener un immigré à qui l’asile a été refusé vers l’aéroport où un avion doit le ramener dans son pays, où une mort probable l’attend. Un paumé, dont on ne sait pas grand-chose, et qui ne parle ni ne comprend un mot de français…

Mais les policiers qui l’escortent, eux, sont des paumés dont on sait beaucoup. Parce qu’une série de flash-backs nous les présente dans leur intimité un peu minable. Mal mariés, au bord de la rupture. Virginie (Efira) et Aristide (Omar Sy) ont eu une liaison extra-conjugale, et la première est enceinte du second. Erik (Gadebois) est marié à une femme qui ne le supporte plus. Aucun d’eux ne compte ses heures, mais est-ce par sens du devoir ou par désir de fuir le quotidien ?

Ce migrant que l’on renvoie vers une mort probable est le prétexte à une prise de conscience introspective. Et c’est la principale limite du film, qui évite soigneusement tout véritable engagement humanitaire ou politique, pour se focaliser ces trois policiers rongés par leur quotidien et le poids de leur fonction. On peut trouver le propos limité. On peut aussi reconnaître à Anne Fontaine le talent pour tirer de ces situations l’humanité la plus profonde.

Dans Police, l’essentiel de l’action se déroule dans l’habitacle d’une voiture : des regards, des non-dits, une tension. C’est passionnant, c’est bouleversant, c’est beau. Me voilà touché, profondément.

L’Homme de Londres – de Henri Decoin – 1943

Classé dans : * Polars/noirs France,1940-1949,DECOIN Henri — 9 août, 2022 @ 8:00

L'Homme de Londres

L’Homme de Londres est un roman assez formidable de Simenon : l’histoire d’un simple aiguilleur dans le port de Dieppe, un homme accablé par son statut d’anonyme, qui assiste une nuit à un crime, et qui se retrouve un peu par hasard avec un magot de plusieurs millions qu’il décide de garder pour lui, sans rien en dire à personne.

C’est un roman de Simenon, du meilleur cru. Et comme la plupart des romans de Simenon, l’aspect policier n’est qu’un prétexte, à la fois pour dresser le portrait d’un homme bourré de névroses et habitué à l’échec, et pour recréer l’atmosphère d’un microcosme comme étanche au monde extérieur, où le temps semble s’étirer à l’envi.

Cinéaste décidément passionnant, Henri Decoin vient alors de connaître un grand succès avec Les Inconnus dans la Maison, déjà une adaptation de Simenon. Pas étonnant, donc, qu’il s’y recolle. Et il le fait une nouvelle fois en digne admirateur du romancier, avec une adaptation globalement très fidèle, qui ne diffère finalement de l’original que par quelques détails, notamment par une fin plus ouverte.

Le ton, quand même, reste sombre. L’atmosphère, surtout, est merveilleusement portée à l’écran : la nuit et la brume du port sont particulièrement cinégénique, jusqu’à frôler le cliché. Mais l’atmosphère est bien là, et c’est un petit milieu très cloisonné que filme Decoin, à grand renfort de brouillards et de silhouettes dramatiques de marins.

Le dilemme intérieur de Malouin, l’aiguilleur dont la chance est aussi le fardeau, est un rien moins convaincant, la faute à une voix off un peu maladroitement utilisée. Mais Fernand Ledoux est formidable dans le rôle de cet homme, mari et père odieux tant il est mal dans son costume. Decoin a aussi l’intelligence de ne pas plier le rôle du tueur traqué à la démesure habituelle du grand Jules Berry. Il reste taiseux et mystérieux, et n’en est que plus humain. Le film aussi. Decoin est décidément passionnant.

Armaguedon – d’Alain Jessua – 1977

Classé dans : * Polars/noirs France,1970-1979,JESSUA Alain — 8 août, 2022 @ 8:00

Armaguedon

Allez savoir pourquoi : une envie soudaine de voir Delon au faîte de sa gloire, le Delon superstar et tout puissant, dont le nom apparaît trois fois au générique, dominant tous les autres. Il y a des envies comme ça qui viennent d’on ne sait où, et qu’il ne faut pas laisser passer. Parce qu’on le sait bien : Delon n’a jamais vraiment abdiqué sur ses ambitions. En tout cas pas avant de vraiment abdiquer, pour de bon. Il a dérapé, dérivé… En un mot, il a fait de belles merdes. Mais toutes les étapes de sa carrière sont marquées par une poignée de belles réussites.

Armaguedon n’est pas un jalon majeur dans sa carrière, c’est un fait. Alain Jessua n’est ni Visconti, ni même Jacques Deray. L’histoire est assez intéressante, mais le scénario frôle la caricature avec des dialogues que des acteurs aussi talentueux que Michel Duchaussoy ou Delon lui-même ont souvent bien du mal à sortir avec naturel. Bref, le film n’est qu’en partie réussi. Il est en tout cas original et surprenant, et c’est déjà beaucoup.

Surprenant dès le générique, alors que le nom de Delon apparaît au même niveau que celui de Jean Yanne. Ni plus gros, ni au-dessus, non : au même niveau. Et quand le nom du réalisateur apparaît, celui de Delon producteur l’accompagne, mais bien plus petit. Delon aurait-il un sursaut de modestie ? Au service du film, la star-producteur se met en tout cas ouvertement en retrait pour laisser la lumière à Jean Yanne, qui incarne le personnage central du film.

Un type seul, mal dans sa peau et dans son époque, qui profite d’un héritage inattendu pour tout plaquer et enfin exister. En se transformant en une espèce d’ange de l’apocalypse qui veut prouver sa toute puissance aux yeux du monde entier, avant de commettre un crime dont tout le monde devra se souvenir. Jean Yanne en petit anonyme pas même antipathique, est formidable, tout en douleur ravalée.

Delon, lui, se contente du rôle du psychiatre qu’on lance sur sa piste, d’avantage observateur qu’acteur du drame : l’un des maillons d’une enquête ouvertement internationale. C’est l’autre aspect original du film : la volonté d’ancrer cette histoire dans un contexte très européen, avec des polices de tous les pays qui travaillent main dans la main, de nombreux voyages, des accents et des langues étrangères…

L’ambition est belle, mais cette dimension européenne a quelque chose de forcé, assez peu convaincant. Moins en tout cas que le portrait finalement très triste de ce monstre en puissance, flippante et pathétique. Ce pur produit des années 70, visuellement guère enthousiasmant, est finalement une bonne surprise.

Aux yeux de tous (Secret in their eyes) – de Billy Ray – 2015

Classé dans : * Thrillers US (1980-…),2010-2019,RAY Billy — 7 août, 2022 @ 8:00

Au yeux de tous

Remake d’un thriller argentin à l’excellente réputation, Dans ses yeux (pas vu), Aux yeux de sombre est un film sombre. Très sombre. Un thriller qui navigue assez habilement entre l’action présente et une succession de flash-backs qui se répondent constamment et éclaircissent ou obscurcissent l’intrigue, c’est selon.

Treize ans après le meurtre dont a été victime la fille de sa collègue et amie, un ancien agent du FBI est persuadé d’avoir retrouvé la trace du tueur. Une histoire d’obsession comme on en a beaucoup vu dans le thriller. L’histoire d’un deuil impossible, aussi, et même de plusieurs deuils : celui de la mère bien sûr, mais aussi celui de l’ami incapable de faire taire son sentiment de culpabilité, et celui de la belle et ambitieuse district attorney, qui elle peine à faire le deuil de ses passions de jeune femme.

Bref, on rit assez peu dans Aux yeux de tous. A vrai dire, on n’a de brèves occasions de sourire que dans le début du premier flash-back, avant la découverte du corps, moment assez traumatisant porté par l’interprétation intense de Chiwetel Ejiofor et la douleur oppressante de Julia Roberts, physiquement transformée par ce rôle de mère déchirée. Dans celui plus nuancé de la district attorney, Nicole Kidman est formidable.

Grand casting, donc, pour une intrigue qui nous plonge dans le traumatisme de l’Amérique de l’immédiat après-11 septembre, avec tout ce que cela implique de paranoïa et de cynisme. Ce n’est certes pas le film le plus délicat et le plus nuancé de l’histoire du thriller délicat et nuancé, et la charge peut être un peu lourde sur certains aspects. Mais la simplicité d’une intrigue qui ne cherche pas l’esbroufe et le coup facile est assez remarquable.

Quant au rebondissement final, que l’on pressent sans deviner sa nature exacte, il surprend et séduit également par son refus du sensationnalisme, refermant le film sur une note profondément humaine et émouvante. Eprouvant, oui, mais aussi plein d’humanité.

La Mort en direct (Death Watch) – de Bertrand Tavernier – 1980

Classé dans : 1980-1989,FANTASTIQUE/SF,TAVERNIER Bertrand — 6 août, 2022 @ 8:00

La Mort en direct

Des remarquables premières années de Bertrand Tavernier derrière la caméra, La Mort en direct n’est le plus connu, ni le plus reconnu de ses films. L’adaptation d’un roman de science-fiction sans le moindre effet spécial, dans un décor qui n’évoque un passé proche que par quelques détails, et avec quelques idées fortes qui pourraient flirter avec le grotesque. Mais sans être l’un de ses chefs d’œuvre, il y a quelque chose de très beau dans cette espèce de road-movie désenchanté.

Côté anticipation, mis à part un ordinateur qui écrit un roman à la place d’un écrivain, on est plutôt du côté de la critique sociale à la manière d’un George Orwell (dont Tavernier est un grand admirateur) ou, après quelques décennies d’avance, du très beau film de Cuaron Les Fils de l’Homme. A ceci près que l’événement n’est pas une femme enceinte dans un monde où il n’y a plus de naissance, mais une femme malade dans un monde où les morts naturelles ont disparu…

Autre idée forte : c’est aussi le roman initial qui invente en quelque sorte la notion de téléréalité, là aussi bien avant Truman Show. Parce que cette femme mourante, interprétée par une Romy Schneider magnifique dans ce rôle souvent tout en retenu et assez douloureux, devient malgré elle l’héroïne d’une émission télé baptisée « Death Watch » censée remettre la mort au cœur de la société, en suivant les derniers jours d’une condamnée, jusqu’à l’agonie finale.

Et si les spectateurs peuvent suivre cette agonie, c’est grâce au réalisateur de l’émission, à qui une caméra a été greffée dans l’œil, et qui gagne la confiance de la malade. Oh l’idée casse-gueule qui semble sortie de la série Z la plus minable. Et pourtant ça marche, grâce à une mise en scène directe et humaine, et grâce à un étonnant Harvey Keitel, cynique jusqu’à la nausée, et pourtant profondément humain.

L’esthétique a certes un peu morflé, et le film aurait gagné à être un peu plus serré. Mais Tavernier transforme l’essai avec ce premier film en anglais, tourné intégralement en Ecosse, notamment dans un Glasgow particulièrement cinégénique. Interprétation au top, de Harry Dean Stanton à Max Von Sydow. Réflexion assez forte sur la place du numérique et la force de la télévision. Road movie émouvant de deux paumés solitaires. Un beau film.

The Teckman Mystery (id.) – de Wendy Toye – 1954

Classé dans : * Polars européens,1950-1959,TOYE Wendy — 5 août, 2022 @ 8:00

 The Teckman Mystery.jpg - Photos

Je ne connaissais pas Wendy Toye, mais un rapide coup d’œil à sa biographie suffit à réaliser à quel point cette ancienne danseuse a eu une carrière étonnante. Chorégraphe, femme de théâtre, elle a aussi réalisé quelques films pour le cinéma, dont ce premier long métrage, qui révèle à la fois pas mal de limites et un esprit assez enthousiasmant.

Les limites reposent surtout sur la technique, la direction d’acteur, la réalisation pure. Là, il faut reconnaître que la réalisatrice représente assez bien tout ce qu’on peut trouver de lisse, voire de tiède, au cinéma anglais de cette période. C’est platement réalisé, avec de longs plans purement fonctionnels où une malencontreuse ombre apparaît, semblant suggérer l’imminence d’un danger… Mais non, c’était probablement un technicien mal placé.

Cette première impression s’estompe un peu au fur et à mesure que le personnage principal s’enfonce dans le mystère. Romancier à succès, il est chargé d’écrire la biographie d’un pilote mort dans l’explosion de son avion prototype. Enfin c’est ce que tout le monde affirme, mais l’enquête que mène le futur biographe ne tarde pas à faire émerger le doute.

Wendy Toye aussi, qui dirige tous ses seconds rôles comme s’ils étaient des traîtres. Ce qui a pour effet, au choix et selon le niveau de bienveillance qu’on veut garder : de poser les bases d’un thriller joliment paranoïaque, ou de lasser d’un faux suspense dont on sait bien qu’il ne mènera pas à une conclusion très dramatique. Il y a un peu de tout ça, et un doute qui subsiste sur le talent de ces seconds rôles, dont on se demande bien s’ils jouent le trouble… ou s’ils jouent mal.

Le jeu du héros-enquêteur, incarné par John Justin, ne laisse lui aucun doute sur l’intention toute entière tournée vers une certaine légèreté du film. Cet accent londonien surjoué, le flegme so british à toute épreuve (mais vraiment à toute épreuve), il affronte tous les dangers, toutes les morts, avec un détachement presque amusé qui donne le ton : sans brader le mystère, Wendy Toye ne le prend pas vraiment au sérieux.

Le résultat est en tout cas bien plaisant. Et même si le héros passe beaucoup de temps à boire et à proposer du brandy (à des proches ou de vagues connaissances qui eux passent beaucoup de temps à refuser le verre, parce qu’il est trop tôt pour eux), le film se regarde plutôt avec un thé ou un café sur une petite table recouverte d’un napperon. Et si la pluie tombe derrière la fenêtre, ça peut être encore mieux.

La Chatte – de Henri Decoin – 1958

Classé dans : 1950-1959,DECOIN Henri — 4 août, 2022 @ 8:00

La Chatte

Comparer La Chatte à L’Armée des ombres est évidemment tentant. Parce que les deux films mettent en scène un réseau de la Résistance bien organisé et n’hésitant pas à se salir les mains, loin de l’héroïsme trop facile que retient volontiers la mythologie. Et parce que le film de Decoin et celui de Melville se concluent sur des scènes étonnamment similaires.

La Chatte n’a toutefois pas le réalisme extrême du film de Melville. Il y a là une vérité indiscutable cela dit : Decoin filme le drame qui se noue au plus proche des personnages et de leurs tourments. Mais beaucoup plus que Melville, il s’autorise un recours à des artifices purement cinématographiques assez ambitieux.

On retiendra notamment l’étonnante partition sonore de Joseph Kosma. On hésite même à utiliser le mot « musique », tant le compositeur habituellement si romanesque livre ici une composition quasi-expérimentale, avant-gardiste en tout cas, qui relève d’avantage de l’atmosphère sonore que de la bande originale classique. Cinq ans avant Les Oiseaux, on n’est pas si loin du travail qu’y mènera Bernard Herrmann.

Le film de Decoin a d’ailleurs avec celui d’Hitchcock un autre point commun : celui de centrer son histoire sur une jeune femme au regard troublant, plongée dans une violence qui la dépasse. La veuve d’un résistant en l’occurrence, qui a assisté impuissante à la mort de son mari dans une séquence inaugurale brillante et glaçante, avant de prendre sa place au sein de la Résistance, d’abord pour une mission à hauts risques.

Cette mission, le vol de documents secrets dans un site très sécurisé, est un autre très grand moment de cinéma, admirablement mis en scène dans un décor de studio restreint mais formidablement utilisé : le recoin d’une rue sans charme, qui devient un lieu central où l’on assiste, ou « d’où » l’on assiste au drame qui se noue.

Dans le rôle central de « la chatte », cette jeune femme devenue malgré elle figure de la Résistance, mais qui tombera amoureuse d’un officier allemand se faisant passer pour un journaliste suisse, Françoise Arnoul dévore l’écran, émouvante et sexy en diable : un cocktail que Decoin va passer une grande partie du film à mettre en valeur. Il le fait tantôt avec sensibilité, tantôt avec un rien de complaisance (la scène de la palpation). L’actrice est en tout cas troublante et parfaite dans ce rôle.

Librement inspiré d’une histoire vraie, La Chatte est un beau film. Imparfait, certes, mais rempli de grands moments de cinéma, de bons seconds rôles (il y a Bernard Blier, alors…), de suspense et d’émotion. Pas L’Armée des ombres, non, mais passionnant à plus d’un titre.

Alfred Hitchcock présente : Human Interest Story (Alfred Hitchcock presents : Human Interest Story) – de Norman Lloyd – 1959

 Alfred Hitchcock présente Human Interest Story 1.jpg - Photos

Après avoir éclusé tous les épisodes de la série anthologique Alfred Hitchcock présente réalisés par le maître lui-même, pourquoi découvrir celui-ci plutôt qu’un autre ? Le choix ne manque pas… Pas tant pour le plaisir de découvrir un Steve McQueen en pleine gloire Au nom de la loi, mais pour peaufiner une intégrale que ce blog consacre à un jeune acteur en passe de devenir la vedette d’une autre série western.

Clint Eastwood apparaît en effet très brièvement au début de cet épisode, ultime apparition anonyme (vraiment anonyme, pour le coup) avant d’être choisi pour tenir le deuxième rôle de Rawhide, ce qu’il fera pendant huit saisons et 217 épisodes, et ce qui lui ouvrira les portes de la gloire. On n’en est pas là : après quelques seconds rôles plus ou moins remarqués dans des films et épisodes de séries plus ou moins remarquables, Clint se contente de jouer les figurants ici.

Alfred Hitchcock présente Human Interest Story 2

Temps de présence à l’écran : 3 secondes ? Le temps de donner une feuille de papier à un autre figurant tout aussi anonyme, dans la salle de rédaction où travaille le jeune Steve McQueen. McQueen en journaliste chargé d’aller dans un bar pour rencontrer un homme qui prétend être un Martien, et qui lui raconte dans le détail comment il est passé de Mars à la planète Terre, où il occupe sans savoir pourquoi le corps d’un homme.

Pas de grands effets ni même de flash back : Norman Lloyd filme à peu près uniquement un long dialogue. Ce pourrait être ennuyeux, mais le réalisateur donne un vrai rythme à ce face-à-face dans un bar, variant les angles et jouant sur la joyeuse propension de Steve McQueen à cabotiner. On n’y croit pas vraiment, mais on se laisse emporter, et même surprendre par le rebondissement final.

La Femme à la fenêtre (The Woman in the window) – de Joe Wright – 2019-2021

Classé dans : * Thrillers US (1980-…),2010-2019,2020-2029,WRIGHT Joe — 2 août, 2022 @ 8:00

La Femme à la fenêtre

Joe Wright a au moins le mérite de ne pas cacher ses influences – majeures. Son film s’inspire très ouvertement de Fenêtre sur cour et de La Maison du Docteur Edwardes ? Il glisse dès les premières séquences des extraits des deux classiques d’Hitchcock. La Femme à la fenêtre, adaptation d’un roman à succès, est ainsi avant tout un film hyper-référencé qui flirte tout autant du côté du thriller paranoïaque à la Rear Window que du côté de la peur psychanalytique à la Spellbound.

Les références sont bonnes, l’élève est appliqué, l’actrice (Amy Adams) est excellente. Mais La femme à la fenêtre reste constamment très en deçà de ses lourdes références. Le scénario est retors et assez efficace, mais il ne surprend jamais. Pas vraiment en tout cas, tant la présence étouffante des références prépare le spectateur aux différents rebondissements. Les quelques moments de pure angoisse sont ainsi vécus avec une aimable tension, et les effets faciles de peur instantanée tombent complément à plat.

Bref : même pas peur. De ce côté là au moins, Joe Wright rate complètement sa cible. Il se rattrape un peu avec le portrait de cette femme névrosée vivant seule dans un appartement new-yorkais, que son agoraphobie affichée lui interdit de quitter, variation maligne sur le personnage de James Stewart cloué dans son fauteuil dans le film de Hitchcock. Comme lui, elle occupe ses longues journées à observer ses voisins. Et comme lui, elle assiste à ce qu’elle croit être le meurtre de sa voisine par son mari. Et toujours comme lui, personne ne la croit.

On sent bien dès le début qu’il y a autre chose en jeu : l’autre référence hitchcockienne du film, le traumatisme profondément enfoui. Mais les signes sont grossiers, les ficelles souvent énormes, et Wright, pour faire simple, n’est clairement pas Hitchcock. Alors la grande révélation intime de la mi-film ne procure pas l’immense émotion qu’elle devrait. Elle ne laisse pas de marbre, non, mais ne surprend pas vraiment.

C’est tout le problème du film : appliqué, malin, relativement efficace, il donne souvent le sentiment d’enfoncer des portes ouvertes. Formellement, le film est concluant. Les acteurs sont excellents. Et le plaisir est réel, avant tout basé sur l’ambiance paranoïaque que Wright réussit à créer. Voilà.

Top Gun : Maverick (id.) – de Joseph Kosinski – 2020-2022

Classé dans : 2020-2029,CRUISE Tom,KOSINSKI Joseph — 26 juin, 2022 @ 8:00

Top Gun Maverick

De cette suite incroyablement tardive (36 ans, quand même, entre leurs sorties en salles respectives), Tom Cruise fait son premier film 100 % nostalgique. Au choix : du pur fan-service, ou une mise en abîme de l’obsolescence programmée vers laquelle la star elle-même se dirige inexorablement. En fait non, pas « au choix » : Top Gun 2 est tout ça à la fois.

A vrai dire, on a rarement vu un film répondre à ce point à toutes les attentes des fans… Côté surprises, on repassera donc. Mais qu’importe, vraiment : la sortie (et le triomphe) de ce « Maverick » rappelle à quel point le premier Top Gun reste en dépit de ses outrances un authentique film culte, et à quel point Tom Cruise reste une star comme il n’en existe plus beaucoup (plus du tout?).

Le côté fan-service, donc, atteint des sommets que même les plus grands fans n’espéraient sans doute pas. Le film s’ouvre ainsi exactement de la même manière que celui de Tony Scott : même musique, mêmes images de l’animation sur le pont d’un porte-avion, même carton d’introduction… 36 ans après, l’effet est étonnant, procurant un petit picotement, à mi-chemin entre l’excitation et la nostalgie.

Et puis Tom Cruise apparaît, dans un hangar aux murs tapissés de photos de sa jeunesse et de ses amis d’hier (du premier Top Gun, donc) : le regretté Goose, et Iceman, dont la présence flottera constamment sur cette suite. Le premier par la présence de son fils, devenu lui-même pilote et en rébellion contre celui qui fut le meilleur ami de son père. Le second par la présence fantomatique de Val Kilmer, en rémission d’un cancer de la gorge, et à qui le film réserve une fort jolie scène, forcément très attendue.

Cruise a le même sourire éclatant, mais le regard un peu fatigué. La même folie, mais la conscience bien présente que le temps lui est compté. Ce qu’on ne cesse d’ailleurs de lui rappeler. Et ce que les réminiscences du passé ne cessent de lui rappeler, tant elles sont nombreuses : le fils de Goose (Miles Teller, très bien) qui se met au piano d’un bar pour jouer « Great Balls of Fire » comme son père autrefois ; une partie de foot américain sur la plage qui évoque furieusement une célèbre partie beach-volley ; des combats de coqs entre jeunes pilotes ; une moto qu’on chevauche sans casque au soleil couchant ; une maison sur la plage…

Autant de moments qui confrontent joliment Maverick – et Tom Cruise – au temps qui passe. Une scène, surtout : celle de la première soirée au bar, où le héros jadis si arrogant et populaire se fait (littéralement) mettre à la porte de ce grand moment de camaraderie, et se retrouve seul dans la nuit, face à ses fantômes. C’est beau. Un peu triste, un peu amer, mais beau.

Bien sûr, Joseph Kosinski (qui avait déjà dirigé Tom Cruise dans Oblivion) se contente en grande partie de marcher dans les traces de Tony Scott. A l’opposée d’un Denis Villeneuve qui, lui, s’appropriait l’univers de l’autre frère Scott (Ridley), faisant de son Blade Runner 2049 une relecture à la fois fidèle à l’esprit mais totalement réinventée du Blade Runner original, Kosinski n’invente rien. A une exception près quand même, et elle est de taille : les séquences aériennes.

On nous les promettait inédites et spectaculaires, c’est même pour les peaufiner que le premier report de sortie avait été décidé, des mois avant la pandémie. Elles le sont, et bien plus encore. Le dernier tiers du film est largement dominé par ces séquences, proprement ahurissantes tant elles sont immersives. Tout le film, à vrai dire, est construit pour préparer cette mission qui semble suicidaire : détruire un stock d’uranium dans un « pays voyou » jamais nommé (zéro prise de position géopolitique).

Le résultat est bluffant, sidérant même, surtout que, comme tout bon « Tom Cruise movie », il n’y a quasiment pas de CGI à l’horizon. Face à ces séquences, la romance avec Jennifer Connely passe franchement au second plan, derrière la relation avec le rejeton de Goose aussi. Au passage, c’est assez étonnant de voir comment la grande scène d’amour est traitée : avec une sagesse qui frise à la pudibonderie, quand celle avec Kelly McGillis flirtait avec l’érotisme soft. Ce détail dirait-il quelque chose de notre époque ?

Ce serait malhonnête d’affirmer que Top Gun : Maverick est plus réussi que le premier Top Gun, tant Kosinski construit son film en fonction de celui de Scott. Mais quand même, même avec zéro surprise, même avec un cahier des charges épais comme un annuaire de 1986, voilà un vrai grand blockbuster, enthousiasmant et même euphorisant par moments, comme on n’en fait plus. De quoi titiller notre fibre nostalgique. Plus que jamais, Tom Cruise occupe une place unique, et décidément indispensable dans le cinéma hollywoodien.

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