Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Taris, roi de l’eau / La Natation par Jean Taris – de Jean Vigo – 1931

Classé dans : 1930-1939,COURTS MÉTRAGES,DOCUMENTAIRE,VIGO Jean — 19 septembre, 2017 @ 8:00

Taris roi de l'eau

Avant de passer au presque long métrage avec son Zéro de conduite, Jean Vigo signe ce petit documentaire d’à peine dix minutes consacré au champion de natation Jean Tarif, qu’il filme lors de ses entraînements et met en scène pour présenter ses techniques de nage.

Ce court métrage serait anecdotique si Vigo n’y utilisait pas à peu près toutes les possibilités de l’art cinématographique, avec des innovations formelles et techniques qui, aujourd’hui encore, continuent à fasciner.
Gros plans, ralentis, marche arrière, surimpressions… Toutes les techniques sont bonnes pour plonger le spectateur, littéralement, dans le bain de la piscine où le film a été tourné, au plus près d’un homme totalement à l’aise dans l’élément liquide.

Franchement, les explications de Taris concernant le crawl n’ont pas le moindre intérêt. Mais la beauté formelle des images et l’enchaînement des plan a quelque chose de poétique et d’hypnotisant.

Peaky Blinders (id.) – saison 2 – créée par Steven Knight – 2014

Peaky Blinders saison 2

La première saison avait été l’un des grands chocs télévisuels de ces dernières années. Cette deuxième fournée réussit le pari impossible d’être encore plus enthousiasmante. Toute l’ampleur du show imaginé par Steven Knight est toujours bien là, avec sa superbe reconstitution de l’Angleterre des années 1920, et sa beauté formelle souvent sidérante.

Et c’est là que la série s’est peut-être encore bonifiée. En confiant la réalisation de l’intégralité des six épisodes à un seul homme, Colm McCarthy, le showrunner s’assure une continuité visuelle absolument parfaite, et évite les quelques petits excès formels des premiers épisodes, lorsqu’il s’agissait de marquer les esprits.

Les esprits sont bien marqués, et durablement. Restaient à prolonger l’histoire en la réinventant. Et là encore, c’est une réussite totale. Cette saison 2 est la suite directe de la première, quelques années plus tard, avec les mêmes personnages, et le poids des précédents événements qui pèse constamment sur eux : le beau personnage de Grace notamment (Annabelle Wallis), qui hante littéralement le charismatique et inquiétant chef des Peaky Blinders Tommy Shelby (Cillian Murphy, qui laisse percer ce qu’il faut de fragilité de son impressionnante carapace), tout comme le sinistre flic Chester Campbell (Sam Neill).

Mais cette saison 2 marque aussi de nouveaux enjeux : un nouveau rôle, très émouvant, de mère pour la matriarche Polly (excellente Helen McCrory), et la volonté des Shelby de mettre la main sur Londres, en faisant face à deux gangs ennemis, les Juifs d’un côté, les Italiens de l’autre. La violence qui en découle est d’autant plus marquante qu’elle est largement incarnée par les chefs de ces gangs, Tom Hardy d’un côté, Noah Taylor de l’autre. Les deux acteurs en font des tonnes, mais toujours sur un ton juste, comme dans un réjouissant concours de psychopathes ! Avec une petite longueur d’avance, la victoire revient à Tom Hardy, glaçant et impressionnant.

D’une intensité rare, cette saison 2 dense et passionnante est construite comme une longue montée en puissance, jusqu’aux deux derniers épisodes à couper le souffle. Et puis il y a la bande son, toujours impeccable, faite de reprises rock du meilleur goût. Il y avait déjà le fascinant « Red Right Hand » de Nick Cave pour le générique, et comme un sublime fil rouge. Et voilà que PJ Harvey ou Johnny Cash s’invitent à leurs tours au fil des épisodes. A croire que les créateurs ont pioché dans ma cdthèque… Vivement la saison 3.

L’Ombre d’un géant (Cast a giant shadow) – de Melville Shavelson – 1966

Classé dans : 1960-1969,DOUGLAS Kirk,SHAVELSON Melville,WAYNE John — 17 septembre, 2017 @ 8:00

L'Ombre d'un géant

On sent bien que Melville Shavelson, scénariste et réalisateur dont j’avoue ne connaître aucun autre film, a pris à cœur cette grosse production consacrée à la naissance de l’Etat d’Israël, véritable hommage au courage du peuple juif. Cet engagement du cinéaste fait à la fois la force et la faiblesse du film. La force parce qu’on ne peut qu’être séduit par la sincérité du propos, et par le soin apporté à l’écriture et à la mise en scène, ample et souvent spectaculaire. La faiblesse parce qu’on sent aussi la crainte de ne pas être à la hauteur du sujet derrière l’extrême application, parfois, et ce désir d’être didactique tout en étant admiratif.

Le film est finalement trop dans l’hommage pour être tout à fait honnête, hélas. Aussi attachant soit-il, le film pêche par trop d’académisme et trop d’application, et manque probablement d’un peu de recul. Cela dit, ça fonctionne plutôt bien, comme une succession de moments forts souvent bien réalisés. Dans les transitions, la réussite est plus discutable, comme dans les quelques flash-backs assez calamiteux, dont le seul intérêt semble être d’étoffer le rôle tenu par John Wayne.

Wayne fait partie des « special appearances » du film, avec Yul Brynner et Frank Sinatra. Mais c’est Kirk Douglas qui tient le rôle principal : celui, bien réel, d’un ancien officier de l’armée américaine qui accepte de conseiller, puis d’unifier et de diriger la toute jeune armée israélienne. Excellent, comme toujours, l’ami Kirk incarne parfaitement ce mélange de force et de doutes qui caractérise son personnage.

D’ailleurs, le film n’est jamais aussi bon que quand il s’intéresse à lui, à la manière dont il s’éprend de la cause israélienne, coup de foudre personnifiée par une jeune et belle combattante (Senta Berger, qui lui ferait presque oublier l’épouse qu’il a laissée à New York, et qui est quand même interprétée par Angie Dickinson. Ces errements de cœur, l’évolution de la perception de « son » Amérique et de cette terre d’Israël qu’il découvre, sont les plus belles réussites de ce film imparfait mais à la sincérité séduisante.

La Diligence partira à l’aube (Stage to Thunder Rock) – de William F. Claxton – 1964

Classé dans : 1960-1969,CLAXTON William F.,WESTERNS — 16 septembre, 2017 @ 8:00

La Diligence partira à l'aube

Les premières minutes font craindre le pire, pour ce petit western tardif qui réunit quelques anciennes vedettes de secondes zones : pas de rythme, une lumière vive et laide, des plans à la composition discutable (même s’il est difficile de juger honnêtement le film sur ce dernier point, la copie disponible ayant été recadrée en 4/3 comme tant d’autres films de cette époque). Bref, pas franchement enthousiasmant.

Il y a la distribution quand même : Scott Brady (qui semble avoir pris trente kilos au cours des dix dernières années, et souffle comme un âne dès qu’il a fait trois mètres), John Agar (toujours pas l’acteur le plus expressif de l’histoire du western), Lon Chaney Jr (toujours impeccable, lui) et Barry Sullivan (le réalisateur dans Les Ensorcelés) en shérif inflexible… D’accord, ce n’est pas l’affiche la plus impressionnante du monde, mais c’est plutôt sympa, ces réunions d’old-timers.

Surtout, il y a ces petits détails qui, peu à peu, tirent le film vers le haut. Le scénario, malin et pas franchement mis en valeur par la mise en scène de Claxton, les accumule, ces petits détails : un tueur à gages qui ne travaille que pour payer les soins de sa fillette aveugle, des Indiens qui traînent en espérant pouvoir s’installer dans une maison qui doit être désertée, une curieuse mère qui ne pense qu’à l’argent dont elle a besoin sans montrer la moindre affection pour ses enfants, ou ce père qui rattrape dans l’alcool tous les échecs de sa vie…

La particularité du film, plutôt rare pour un western au budget aussi modeste, c’est aussi le nombre de personnages importants : une famille de braqueurs, un shérif qui a arrêté l’un d’entre eux, le tueur à leurs trousses, un couple sur le point de perdre sa maison, leur fille ancienne prostituée qui se fait passer pour une enseignante… Et tout ce monde qui converge vers un relais de diligence, où ils doivent passer la nuit.

C’est là, lors de cette nuit passée dans le relais, que le film est le plus convainquant. A la lumière artificielle, la mise en scène de Claxton reprend du tonus. Et c’est dans ces moments d’attente, paradoxalement, que le film est le plus tonique, le plus passionnant. Et au final, La Diligence partira à l’aube mérite un bon satisfecit.

Sang pour sang (Blood Simple) – de Joel et Ethan Coen – 1984

Classé dans : * Thrillers US (1980-…),1980-1989,COEN Ethan,COEN Joel — 15 septembre, 2017 @ 8:00

Sang pour sang

Le premier plan du premier film des frères Coen est une merveille : la caméra, sur le siège arrière d’une voiture roulant dans la nuit, filme de dos un homme et une femme qui discutent et ébauchent les prémices d’une liaison. Un plan envoûtant et inquiétant déjà. Est-ce à cause de l’accent texan de cet homme au ton monocorde, de celui qui n’attend plus rien ? Ou l’évocation du mari qui ne va pas tardé à être trompé ? Ou simplement l’aspect hypnotique de cette route qui défile à l’arrière plan ? De ce premier plan naît une angoisse sourde qui ne nous quittera plus.

Sur un thème similaire, les Coen réussiront le grand Fargo une douzaine d’années plus tard. Il y a déjà ici l’idée du mari qui imagine un sale coup qui va totalement déraper. Mais de manière moins « innocente » ici : le mari en question (Dan Hedaya, pathétique et excellent) fait appel à un tueur libidineux (M. Emmet Walsh, extraordinaire dans le rôle de sa vie) pour descendre sa femme (Frances McDormand, déjà géniale dans son tout premier rôle) et l’amant de celle-ci (John Getz), lui-même ayant lamentablement échoué dans sa tentative de vengeance.

Tout est minable et échoue misérablement dans ce film noir oppressant. Et la violence n’est jamais anodine, pesant lourdement sur les rapports entre les personnages, et faisant naître la suspicion entre des amants qui se regardent avec un mélange troublant de désir et d’envie de meurtre. Jusqu’à la séquence finale, glaçante et inoubliable. Les ultimes éclats de violence ont définitivement isolé les personnages, l’un s’en prenant à l’autre en étant constamment dans des pièces séparées.

Dans Blood Simple, tout l’art des Coen est déjà là, avec une maîtrise impressionnante. Visuellement splendide, à l’atmosphère lourdement pesante, d’une violence physique et psychologique particulièrement marquante, ce coup d’essai est un coup de maître qui n’a pas pris une ride en plus de trente ans. A l’exception peut-être de la musique très synthé de Carter Burwell, qui faisait lui aussi ses débuts à Hollywood, et qui fera beaucoup mieux par la suite, notamment lors de ses nombreuses collaborations avec les Coen.

L’Envers du paradis – d’Edmond T. Gréville – 1953

Classé dans : * Polars/noirs France,1950-1959,GREVILLE Edmond T. — 14 septembre, 2017 @ 8:00

L'Envers du Paradis

Un véritable décor de carte postale, ce Ségnac, petit village perché dans les hauteurs de l’arrière-pays provencal. Le genre d’endroit que l’on estampille facilement « plus beau village de France », et où les artistes aiment se retirer et se laisser imprégner par l’atmosphère des lieux. Sur une porte, d’ailleurs, Jean Cocteau a laissé un dessin. Les gens d’ici affirment aussi que Picasso a passé quelques temps ici. Greta Garbo aussi, dans un autre domaine. Forcément, de tels visiteurs en font venir beaucoup d’autres, souvent moins talentueux, mais avec beaucoup de temps, et d’argent, à dépenser.

Ce n’est pourtant pas avec l’un de ces riches oisifs que l’on entre dans Ségnac (un nom d’emprunt à propos, le film ayant été intégralement tourné au Haut-de-Cagnes), mais avec un peintre venu de Paris. Un commissaire de la judiciaire, comme on l’apprendra bien plus tard, fuyant la capitale pour profiter de quelques jours de vacances, et attiré par ce décor de carte postale.

C’est lui qui nous sert de guide pour entrer dans la vieille ville, et pour rencontrer ses habitants d’un jour ou de toujours. Formidable construction, typique du style Gréville, qui nous plonge de plus en plus intimement et de plus en plus profondément dans le quotidien et les secrets plus ou moins bien cachés du village. Avant de reprendre une place centrale dans la dernière partie, le policier s’efface d’ailleurs presque totalement, comme si son rôle était terminé après avoir fait les présentations… Jusqu’au drame final, en tout cas.

Treize ans après Menaces, Gréville retrouve Erich Von Stroheim, très émouvant en homme solitaire et vieillissant fuyant un mystérieux passé, et cherchant un ultime rayon de soleil avec cette jeune fille à peine sortie de l’enfance, et dont il sait ce qu’elle-même ignore : qu’elle est condamnée par la maladie. C’est elle qui est au cœur de l’intrigue, et qui révèle ce qu’il y a de plus beau, ou de plus laid, chez les habitants du village.

Dans Menaces, Gréville révélait l’envers du décor d’un immeuble. Ici, c’est l’envers du décor d’un village entier qu’il présente, village dont sa caméra semble explorer le moindre recoin, avec virtuosité et une certaine fascination. Le contraste entre la beauté des lieux et ce qui s’y joue est troublant. Et le film est une réussite.

Hudson Hawk, gentleman et cambrioleur (Hudson Hawk) – de Michael Lehmann – 1991

Classé dans : 1990-1999,ACTION US (1980-…),LEHMANN Michael — 13 septembre, 2017 @ 8:00

Hudson Hawk

C’était l’époque où Bruce Willis avait un charme fou (et des cheveux). Cette année-là surtout, on sentait chez lui un plaisir communicatif d’être ce qu’il était : un type cool, un acteur enthousiasmant, la star la plus hot du moment. Après le triomphe de 58 minutes pour vivre, il peut faire à peu près tout ce qu’il veut. Et ce qu’il choisit, on sent que c’est par passion qu’il le fait. Oui, tout ça semble très loin.

Cette année-là, le voilà donc à l’affiche du Bûcher des Vanités (un bide historique), et de ce Hudson Hawk, une comédie d’action imaginée par l’ami Bruce lui-même, un thème qu’il retrouve par ailleurs sur l’un des albums qu’il enregistre en tant que chanteur. Un bide historique également. Bref, autant dire que les sorts consécutifs de ces deux films ambitieux ont sans doute contribué à rendre la star plus… prudente. Jusqu’à l’enfermer dans les nanars qu’il enchaîne depuis des années.

On n’en est pas là. Hudson Hawk, film mal aimé à l’époque, semble n’être pas plus aimé aujourd’hui, personne n’ayant l’envie de le réhabiliter. Eh bien moi je le dis : voilà une vraie et grande injustice ! OK, le film de Michael Lehmann n’est pas parfait. Quelques gags un peu limites (le sourire de la Joconde dans le prologue, bof), quelques petites baisses de régimes. Mais le film joue avec jubilation avec les lois du film d’action, s’amusant avec un décalage réjouissant du genre dont Bruce Willis lui-même devenait à l’époque le symbole.

Il faut voir la star, avec son comparse Danny Aiello, balancer des bombes dans la nuit en chantant « Side by side ». Il faut les voir aussi cambrioler un musée en fredonnant des chansons célèbres dont la durée leur permettent de chronométrer leurs actions. Et puis ces transitions folles : Willis qui tombe d’un camion et se retrouve assis sur une terrasse face à une Andy McDowell craquante…

L’humour, parfois, est franchement bas du plafond, mais avouons qu’il frappe juste, et que tout ça est simplement très drôle : les petites frappes (parmi lesquels David Caruso étonnant en caméléon muet) qui portent des noms de barres chocolatées, ou un couple de criminels totalement déjantés qui flingue à tout va en éclatant de rire, James Coburn en vieux briscard qui se transforme en roi du kung-fu, sans oublier le fameux « Bunny ? Baballe… » Culte.

Non seulement le film est drôle et spectaculaire, mais il est aussi visuellement très réussi, avec une photo magnifique, et une vraie ambition esthétique. Allez, et si on réhabilitait vraiment Hudson Hawk ?

Snowpiercer, le transperceneige (Snowpiercer) – de Bong Joon-ho – 2013

Classé dans : 2010-2019,BONG Joon-ho,FANTASTIQUE/SF — 12 septembre, 2017 @ 8:00

Snowpiercer

Première production internationale pour le Sud-Coréen Bong Joon-ho, après une série de grands films qui ont connu d’immenses succès, dans des genres différents, du polar Memories of Murder au mélo Mother en passant par le film de monstre The Host. Loin de perdre son âme en prenant les rênes de cette co-production américano-franco-etc, le réalisateur signe une nouvelle grande réussite, et impose sa marque atypique.

Dans ses précédents films de genre, Bong avait distillé une dose d’humour et de dérision dans des thèmes très sombres. La présence de son acteur fétiche Song Kang-ho y était pour quelque chose, et on le retrouve à l’affiche de ce film post-apocalyptique, dominé par une distribution essentiellement anglophone : Chris Evans, Tilda Swinton, John Hurt, Jamie Bell ou Ed Harris.

A l’origine du film, il y a une bande dessinée française, signée Jean-Marc Rochette et Jacques Lob, dont Bong Joon-ho respecte scrupuleusement l’univers. Lorsque la production est lancée, trois albums sont déjà sortis. Le quatrième qui suivra inclura d’ailleurs les événements imaginés spécifiquement pour le film dans l’intrigue générale.

Et quel univers : une sorte de condensé de l’humanité dans ce qu’elle a de plus diversifiée, et de plus effrayants, vivant reclus dans un immense train roulant sans jamais s’arrêter à travers un paysage de glace. Car dans ce futur-là, l’humanité a quasiment disparu, après que des savants géniaux ont décidé de balancer un gaz dans l’air pour stopper le réchauffement climatique. On voit bien ce qui a plus à l’ironique Coréen : car cette arme censée sauver le monde a bel et bien mis un terme au réchauffement, plongeant la Terre dans une nouvelle ère glacière.

Dix-huit ans plus tard, les survivants roulent sans fin, dans un train mis au point par un puissant démiurge, qui a compartimenté les wagons comme des symboles des classes sociales. A la tête, les leaders qui vivent dans l’opulence. A la queue, les pauvres à qui on a tout retiré : les droits, les possessions et la dignité. Jusqu’à ce qu’un homme au passé trouble et douloureux comprenne qu’il est fait pour mener les siens vers la liberté. C’est Chris Evans, qu’on découvre intense et charismatique. Une belle surprise.

La construction du film est fascinante, lente avancée dans le train où chaque passage d’un wagon à l’autre procure une rupture de ton et de rythme. Et Bong Joon-ho a un talent fou pour passer de la dérision à la tragédie, de l’humour décomplexé à la violence gore. Réjouissant et édifiant, Snowpiercer n’est pas totalement dépourvu de lumière, et présente même une petite (mais vraiment toute petite) lueur d’espoir concernant la nature humaine. Mais à quel prix…

La Chaîne (The Defiant Ones) – de Stanley Kramer – 1958

Classé dans : 1950-1959,CURTIS Tony,KRAMER Stanley — 11 septembre, 2017 @ 8:00

La Chaîne

« Ils doivent être des millions, et aucun ne se comprend ! » Tony Curtis et Sidney Poitier, prisonniers en cavale enchaînés l’un à l’autre, parlent des animaux qui les entourent, mais on jurerait que c’est d’eux-mêmes qu’il s’agit en fait : deux hommes que tout oppose dans ce Sud des Etats-Unis où leur couleur de peau respective représente une barrière infranchissable entre eux.

Le racisme qu’ils affichent l’un comme l’autre est de circonstance, et ne souffre aucune explication, aucune justification. Ils se détestent tout simplement parce que l’un est blanc, et l’autre et noir. « Negro » ? Ce n’est même pas une insulte, juste une vérité absolue. « Et il n’y a rien que tu puisses y faire », lance Curtis. Dans des circonstances « normales », ces deux-là ne se seraient pas parlé. Dans des circonstances exceptionnelles, ils auraient pu d’entre-tuer.

Sauf que tous deux courent (au sens propre) pour leur liberté, poursuivis par des policiers et leurs chiens. Et que la chaîne qui les relie par le poignet les oblige à courir ensemble, à se reposer ensemble, à affronter ensemble les danger, et à s’entraider plutôt que s’entre-tuer, parce que la survie de l’un dépend de celle de l’autre, tout simplement.

Le dispositif est habile, et la mise en scène est parfaite. Plutôt que de surjouer la haine et le rejet de l’autre, Stanley Kramer préfère filmer les doutes qui naissent dans le regard de l’un et de l’autre. Les interrogations que l’on devine aussi : au fond, pourquoi devrait-on se haïr ? Si les hommes ne se comprennent pas, c’est peut-être simplement parce qu’ils ne se parlent pas.

Dans le rôle du « Negro », qui d’autre que Sidney Poitier ? L’acteur allait devenir le symbole hollywoodien de la cause noire, et sa filmographie est parsemée de films (souvent excellents) dénonçant le racisme. Du coup, c’est plutôt Tony Curtis qui surprend. Loin de ses rôles de jeunes premiers, il est d’une intensité assez impressionnante, tout en laissant sourdre une émotion à fleur de peau.

En contrepoint de leur course en avant, le groupe de policiers est lui aussi joliment écrit, du flic va-t-en guerre joué par Charles McGraw au shérif débonnaire interprété par Theodore Bikel, deux personnalités qui disent beaucoup du rapport à l’autre souvent difficile. Dans ce road movie sans route, on croise d’ailleurs beaucoup d’êtres profondément seuls, de cet ancien bagnard que joue Lon Chaney Jr, à la mère de famille désespérément en manque d’amour (Cara Williams).

Finalement, la chaîne qui unit nos deux fuyards ressemble presque au symbole d’un nouveau départ, tourné vers l’autre. Au-delà du suspense très efficace, une belle leçon de vie.

Les Inconnus dans la maison – de Henri Decoin – 1941

Classé dans : * Polars/noirs France,1940-1949,DECOIN Henri — 10 septembre, 2017 @ 8:00

Les Inconnus dans la maison

Ça commence par de superbes images de nuit, montrant une ville baignée de pluie, d’abord à travers une maquette magnifiquement éclairée, puis par une série de plans joliment filmés en studio. Des images accompagnées par la voix off de Pierre Fresnay, voix fascinante d’un acteur qu’on ne verra pas à l’écran, mais qui annonce déjà les chefs d’œuvre à venir de Clouzot, scénariste et dialoguiste du film.

C’est à lui, surtout, qu’on doit la réussite de cette adaptation d’un roman de Simenon. A lui, à ses dialogues géniaux, et aux acteurs qui les disent. Et quels acteurs, à commencer par Raimu, extraordinaire jusque dans ses excès, formidable en avocat vieillissant et alcoolique qui affiche un désintérêt affecté au drame qui se noue dans sa propre maison : un homme y est découvert assassiné, et c’est tout l’entourage de sa fille qui est suspecté, cette fille qu’il n’a jamais su aimer, ou à qui il n’a jamais su montrer qu’il l’aimait.

Au-delà de l’intrigue policière, le film est une critique acerbe et réjouissante de la grande bourgeoisie, laminée lors d’une plaidoirie extraordinaire par Raimu, véritable sommet du film, jeu de massacre et réjouissant numéro d’acteur. C’est à lui, Raimu, et aux autres acteur, que l’on doit le plaisir si intense que procure ce film, qui aura droit à deux remakes, dont le second, cinquante ans plus tard, avec Jean-Paul Belmondo.

12345...168
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr