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Un monde parfait (A Perfect World) – de Clint Eastwood – 1993

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Avec Impitoyable, ce chef d’œuvre qu’il portait en lui depuis dix ans, Clint Eastwood a mis un terme définitif à une logique dans laquelle il s’était enfermé lui-même : l’alternance quasi-systématique de films personnels qui rencontraient un succès limité, et de films de commandes qui commençaient sérieusement à ennuyer ses admirateurs les plus fervents. Même réalisé par ses soins, La Relève était ainsi l’œuvre d’un action hero totalement dépassé par l’évolution du genre.

Après une virée dans les tréfonds où plus d’une ancienne gloire se sont perdues à jamais (qui se souvient de Pink Cadillac, nanar même pas sorti en salles en France ?), Eastwood s’est totalement débarrassé de tout autre critère que l’envie pure. Et c’est sa plus belle période qui s’est ouverte, symbolisée par le triomphe critique et public d’Impitoyable, mais marqué par une impressionnante série de chefs d’œuvre, jusque dans les années 2000.

Un monde parfait, malgré son casting (Clint en second rôle face à un Kevin Costner encore au sommet), ne sera pas son plus gros succès. Mais il s’agit bien de l’un de ses plus beaux films, un faux thriller qui est en fait une balade émouvante et déchirante sur les regrets et les remords, et sur l’innocence perdue.

Plus encore que dans son précédent film, Eastwood s’est totalement libéré de cette nécessité de « faire spectaculaire ». Il est définitivement devenu le cinéaste introspectif et presque contemplatif que Honkytonk Man avait déjà dévoilé. Un cinéaste des émotions pures et des petits plaisirs de la vie. Un monde parfait est une drôle de chasse à l’homme, où d’étranges liens se tissent : entre l’évadé Costner et le flic Eastwood qui le traque et qui dévoile peu à peu une culpabilité inattendue ; et surtout entre Costner et son très jeune otage, petit Témoin de Jeovah dont les manques font échos à sa propre enfance gâchée.

Quant à Kevin Costner, magnifique, c’est un peu son chant de cygne, la fin d’un cycle magnifique pour lui depuis Les Incorruptibles. Le semi-échec du film, et les fiasco de Waterworld, Wyatt Earp et The War qu’il tournerait l’année suivante (sa cruelle « année W ») l’éloigneront du sommet, comme un certain Eastwood avant lui. Mais lui, aujourd’hui, n’y est toujours pas retourné.

Le Pont des Espions (Bridges of Spies) – de Steven Spielberg – 2015

Classé dans : * Espionnage,2010-2019,SPIELBERG Steven — 19 juillet, 2016 @ 8:00

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Il y a décidément de grandes contradictions autour de Spielberg. Lui qui a créé la logique du blockbuster (avec Les Dents de la Mer) et révolutionné l’industrie hollywoodienne est peut-être le plus classique des grands cinéastes actuels. Son cinéma a toujours été ouvertement tourné vers le passé, et avec Le Pont des Espions, il s’impose plus que jamais comme le plus digne (le seul ?) héritier de John Ford ou Raoul Walsh.

Comme ses aînés, Spielberg privilégie des cadrages et une lumière soignés à des mouvements de caméra hystériques. Et les gros moyens à sa disposition ne sont pas une fin en soit, mais une manière de recréer l’ambiance de l’époque, en l’occurrence celle de la Guerre Froide. Comme Ford, Spielberg n’en finit pas de revisiter l’histoire de son pays. Avec ce film, il signe aussi une œuvre très personnelle (comme souvent ces dernières années), hommage à son père, toujours vivant, qui a participé à un échange du même genre que celui au cœur du Pont des Espions.

Un film d’un autre temps ? En quelque sorte, mais Le Pont des Espions ne ressemble pas pour autant aux films d’espionnages qui se tournaient dans les années 70. Esthétiquement, l’image renvoie clairement à cette période, mais Spielberg apporte son génie narratif et visuel, et les possibilités inédites des nouvelles technologies, qu’il met au service de la reconstitution, pour retrouver l’ambiance de cette époque révolue. On a ainsi droit à quelques images saisissantes, notamment autour de ce mur de Berlin qui commence à peine à l’élever.

Mais Spielberg filme une histoire d’hommes avant tout : une amitié impossible entre un espion russe arrêté aux Etats-Unis (formidable Mark Rylance) et son avocat qui finira par être envoyé au cœur de ce Berlin plein de dangers (Tom Hanks, toujours grand devant la caméra de Spielberg). Le genre de rapports virils et peu expansifs que Ford, Walsh ou Hawks n’auraient pas renié.

Spielberg filme cette histoire d’hommes sans grandiloquence. Difficile d’affirmer ce que le film doit aux frères Coen, pour la première fois scénaristes pour un autre. Ce qui est sûr, c’est que Spielberg apporte au film une intensité rare, et cette manière si personnage d’associer le spectaculaire le plus extrême à l’émotion la plus dense. Sa marque, qui était aussi celle des grands cinéastes classiques.

* DVD indispensable chez Sony, avec un petit documentaire promotionnel qui revient notamment sur l’expérience du père de Spielberg, qui a assisté au tournage du film.

Le Salaire de la haine (Face of a Fugitive) – de Paul Wendkos – 1959

Classé dans : 1950-1959,WENDKOS Paul,WESTERNS — 18 juillet, 2016 @ 8:00

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Paul qui ? Wendkos n’est pas exactement le plus célébré de tous les cinéastes hollywoodiens. De lui, la postériété n’a pas retenu grand-chose, si ce n’est peut-être Les Canons de Cordoba, et une poignée de polars que les cinéphiles des années 50 avaient remarqué. Ce Face of a Fugitive, lui, est carrément resté totalement inédit en France, où il n’a eu droit ni à une sortie en salles, ni même à une diffusion à la télévision.

Gloire soit donc rendue une nouvelle fois à la collection Westerns de Légende de Sidonis/Calysta qui, mine de rien, et malgré un catalogue déjà très conséquent, continue mois après mois, ou presque, à dénicher de nouvelles pépites du genre. Parce que Face of a Fugitive en est une vraie. Derrière ses allures de série B (ce qu’il est effectivement), ses personnages et ses situations qui semblent pour le moins classiques, le film est bourré de belles idées et de moments mémorables.

Ça commence d’ailleurs très fort, avec une longue séquence entre chien et loup au cours de laquelle un prisonnier s’évade durant un transfert avec l’aide de son frère, qui tue le policier qui l’escortait. Visuellement, c’est assez formidable. La manière dont Wendkos utilise les gros plans pour renforcer la dramatisation (ces mains qui peinent à se rejoindre lorsque les deux hommes montent dans le train) est loin de l’esthétique habituelle de ces « petits » westerns.

Et la suite est à l’avenant, jusqu’à une extraordinaire fusillade finale dans une ville fantôme, où le réalisateur fait preuve d’un sens du rythme et du cadrage inattendu, utilisant plongées et contre-plongées, jouant avec l’obscurité et la lumière, rendant particulièrement percutant l’affrontement des personnages. De quoi faire regretter que Wendkos, dont l’essentiel de la carrière s’est déroulée à la télévision, n’ait pas été plus utilisé par les studios hollywoodiens.

Le scénario lui-même est plein de belles idées. Ce « western urbain » part d’un ressors de suspense très habile : le fugitif, joué par un Fred McMurray plus subtil qu’il n’y paraît, se retrouve coincé incognito dans une ville placée sous surveillance, où après avoir tenté d’utiliser tout le monde pour tenter de s’enfuir, il devient ami avec le shérif et tombe amoureux de la sœur de ce dernier. Mais il sait que l’avis de recherche où figure son visage doit arriver le lendemain matin…

S’ajoute un affrontement plus convenu avec l’incontournable gros éleveur entouré de porte-flingues (parmi lesquels James Coburn, dont la scène du barbelé est particulièrement mémorable), qui remplit parfaitement son office : introduire de l’action dans une histoire qui repose essentiellement sur le suspense et la complexité des rapports humains entre le trio principal (le fugitif, le shérif et la belle).

Et dans ce domaine aussi, le film est très réussi. Le premier baiser entre Mc Murray et Dorothy Green, surtout, est absolument magnifique, scène quasi-muette où l’attirance entre eux et le trouble que cela fait naître chez le fugitif n’apparaissent que par la grâce de la caméra et les petits mouvements gênés des deux acteurs. D’une simplicité et d’une beauté remarquables. Une belle découverte.

* DVD dans la collection Westerns de Légende de Sidonis/Calysta, avec les habituelles présentations de Patrick Brion et Bertrand Tavernier. Ce dernier évoque aussi la carrière de Fred McMurray, qu’il estime être l’un des trois acteurs sous-estimé du grand Hollywood, avec William Holden et Joel McCrea.

La Fiancée contre remboursement (The Bride came C.O.D.) – de William Keighley – 1941

Classé dans : 1940-1949,CAGNEY James,KEIGHLEY William — 17 juillet, 2016 @ 8:00

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Voilà une charmante comédie, vive et rafraîchissante, que n’aurait pas renié Preston Sturges. Keighley, pourtant, n’a pas la réputation du réalisateur des Voyages de Sullivan. Son cinéma, parfois pataud, manque souvent un peu de rythme (pas quand il co-signe Les Aventures de Robin des Bois avec Michael Curtiz, c’est vrai). Pas ici : dès les premières séquences, urbaines, le ton est donné, et le rythme est, d’emblée, imparable.

C’est l’histoire d’une jeune mondaine (Bette Davis, craquante et à baffer, une vraie héroïne de comédie américaine), qui s’apprête à épouser un bellâtre gentiment ridicule (Jack Carson, parfait) qui répète à l’Amérique entière que sa belle fiancée est la plus chanceuse des femmes… Bref, un personnage à la psychologie pas bien complexe ! Mais le richissime papa de la belle (Eugene Pallette, toujours génial, rond et truculent) ne veut pas de ce mariage. Alors le pilote d’avion qui doit conduire le couple à Vegas où ils vont se marier (c’est James Cagney) décide d’enlever la jeune femme pour le compte du papa, contre une somme qui lui permettra de rembourser ses dettes. Mais l’avion fait un atterrissage forcé en plein désert californien…

Le pilote et la mondaine que tout oppose, y compris les circonstances, forcés de cohabiter en milieu hostile… La recette n’est pas neuve, mais Keighley la filme avec une joie et une dérision qui font constamment mouches. Comme le couple très improbable formé par la précieuse Bette Davis (qui passe le film à se retrouver le cul dans les cactus) et par le massif James Cagney (qui passe le film à martyriser les pauvres fesses de la belle).

On sait d’emblée comment tout ça va finir, mais qu’importe : The Bride came C.O.D. n’est pas un film à suspense. Tout le plaisir vient du plaisir communicatif de ces acteurs et de la manière. Tout est au service du rythme, dans cette fantaisie qui fait du bien. Et même les rares « gros » gags (le mécano qui allume son allumette sur l’aile d’un avion en rase-mottes) s’inscrivent parfaitement dans la fluidité du récit.

Une belle surprise, donc, que cette comédie qui se moque gentiment du mariage, avec ce drôle de héros qui séduit ses « proies » d’un soir en leur montrant des photos de gamins qu’il a « empruntés » à un ami, et cette sentence définitive d’un homme de loi : « L’un va se marier, l’autre va en prison. Ça fait beaucoup de points communs. » Réjouissant, vraiment…

L’Homme de la plaine (The Man from Laramie) – d’Anthony Mann – 1955

Classé dans : 1950-1959,MANN Anthony,STEWART James,WESTERNS — 16 juillet, 2016 @ 8:00

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Dernière collaboration entre Mann et Stewart, et encore un chef d’œuvre absolu. C’est le western dans ce qu’il peut avoir de plus grand, et de plus beau. Une utilisation merveilleuse du Cinemascope et des grands espaces naturels, une histoire de vengeance comme on s’y attend, et des personnages d’une complexité passionnante. Une merveille, quoi…

James Stewart est exactement comme on l’attend : tourmenté, mystérieux, rempli d’une colère qui ne demande qu’à exploser. Intense et habité, comme il l’était dans ses précédents westerns sous la direction de Mann. Mais si le vrai héros de ce film, c’était Arthur Kennedy, acteur magnifique qu’on aurait tort de trop vite catalogué comme le bad guy de cette histoire…

De tous les westerns de Mann, celui-ci est sans doute celui qui renvoie le plus clairement à ses débuts dans le film noir : Arthur Kennedy est ici un pur anti-héros de « noir », marqué par un destin contrariant, et dont chaque décision semble le précipiter vers les abîmes… Il y est le protégé d’un puissant propriétaire (Donald Crisp, toujours excellent) dont il rêve d’être le fils légitime. Mais cette place est déjà prise, par un jeune homme névrosé et agressif, qui l’entraîne dans son sillage. Malgré lui ?

Kennedy n’a rien du méchant habituel. Au contraire, il se dégage de ses scènes avec Stewart une belle camaraderie comme Mann les aime. Mais son personnage, comme plusieurs autres du film, semble victime d’un immense décalage entre ses aspirations et les réalités de la vie. Qu’il rêve de grandeur ou de liberté, chaque personnage est constamment ramené à ce qu’il est vraiment. Au fond, personne n’est vraiment ce qu’il dit, ou ce qu’il laisse voir. Un thème très « mannien ».

Le film est aussi très réussi dans sa manière d’aborder la violence. Dès l’attaque, sauvage et démesurée, de Stewart et de ses hommes au début du film, on sent parfaitement que la violence n’a rien de fun ou de réjouissant. Traîné dans la poussière, à travers les flammes, Stewart ne retourne pas la situation par un geste de bravoure. Quand on lui tire dans la main, sa souffrance et sa vulnérabilité sont clairement perceptibles. Et quand il a enfin l’occasion d’abattre celui qu’il recherche depuis si longtemps…

Ah non, laissons le mystère planer. Mais L’Homme de la plaine est un film majeur, complexe et admirablement tendu. Mann est grand.

* Blue ray dans la collection Western de Légende de Sidonis/Calysta, avec des présentations par Bertrand Tavernier et Patrick Brion.

Blue Jean Cop (Shakedown) – de James Glickenhaus – 1988

Classé dans : * Thrillers US (1980-…),1980-1989,GLICKENHAUS James — 15 juillet, 2016 @ 8:00

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Plus que le film lui-même, c’est la collection DVD qu’il inaugure qui mérite d’être souligné ici. L’éditeur Carlotta, que l’on connaît plutôt pour sa défense du cinéma classique (Sirk ou Cimino ont été particulièrement bien traités par sa ligne éditoriale), réhabilite la série B nanardesque des années 80. Un pari pour le moins inattendu, mais aussi séduisant.

Avec cette « Midnight Collection » que l’on a le droit de prendre au second degrés, Carlotta fait revivre l’âge d’or de la VHS. Jusque dans l’habillage visuel et dans l’interface du DVD, tout rappelle ce qui, pour les jeunes quadra d’aujourd’hui (ma génération, donc), évoque des souvenirs gentiment coupables d’adolescence. Ceux dont la cinéphilie a suivi les mêmes méandres que la mienne auront peut-être de doux relents des pages « vidéo » d’Impact, ou de Mad Movies

C’est donc avec un petit plaisir régressif que je me glisse Blue Jean Cop dans mon lecteur. Un film que, contrairement à d’autres titres de cette première vague de la collection (comme Maniac Cop), je n’avais pas vu à l’époque. La première impression est celle d’un franc retour en arrière, au cœur d’une décennie pas vraiment réputée pour son bon goût en matière de film de genre… Générique au néon, musique au synthé… ça envoie du lourd et du pas fin.

Pourtant, malgré surtout cette musique horrible et omniprésente (et dont le volume déborde trop souvent sur les dialogues eux-mêmes), Blue Jean Cop est plutôt une bonne surprise. Pour la finesse, on repassera, mais le film aborde des sujets forts avec un certain courage : la corruption des flics, le racisme, la fascination de la violence, à travers cette histoire d’un avocat qui défend un dealer ayant tué un flic peut-être ripoux.

Surtout, le film offre une vision assez édifiante d’un New York encore rongé par la violence et l’insécurité. Une Big Apple totalement dominée par les extrêmes, entre la masse agglutinée dans des rues sans âmes assommées par les enseignes lumineuses omniprésentes, et l’élite dominante Central Park du haut de ses baies immenses.

De bonnes choses, donc, dans un film qui par ailleurs se moque bien de la vraisemblance pour enchaîner les scènes d’action, transformant sans ciller le prudent avocat (Peter Weller, tout juste sorti de l’armure de RoboCop) en cow-boy sans peur, au côté d’un flic si pur qu’il en devient presque abstrait (Sam Elliott, charismatique et pourtant vide). Jusqu’à l’attaque finale d’un avion, si grotesque qu’elle en devient réjouissante. Un savoureux mélange de premier et de soixante-dix-huitième degré…

* Le film inaugure donc en DVD la « Midnight Collection » de Carlotta, hommage à l’âge d’or de la VHS. Seul bonus : la bande annonce originale.

Panique à Needle Park (The Panic in Needle Park) – de Jerry Schatzberg – 1971

Classé dans : 1970-1979,PACINO Al,SCHATZBERG Jerry — 14 juillet, 2016 @ 8:00

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30 ans, quasi-débutant au cinéma (on ne l’avait vu que dans l’obscur Me Nathalie deux ans plus tôt), mais déjà auréolé d’une belle réputation au théâtre, Al Pacino crevait l’écran avec ce rôle de junkie rencontrant l’amour à « Needle Park » (le parc de l’aiguille), quartier new-yorkais où se côtoient tous les drogués et tous les paumés de Big Apple.

A le voir ici, on comprend bien pourquoi Coppola va se battre pour l’imposer dans Le Parrain : charisme, force tranquille, douleur intérieure… Bobby est peut-être à mille lieues de Michael Corleone, mais sa manière d’aborder le rôle est bien là. Et ce naturel époustouflant qui permet à Pacino de jouer sur tous les registres dans un même mouvement. L’acteur absolu de ce Nouvel Hollywood qui commence.

Avec ce film, Schatzberg rompt radicalement avec la tradition hollywoodienne de la décennie précédente, en imposant un réalisme nouveau. C’est une fiction, bien sûr, mais on n’est pas loin du cinéma vérité. Tourné à « Needle Park », mettant en scène d’authentiques drogués (avec quelques gros plans de piquouzes difficilement supportables), parfois filmés à leur insu, Panique… est sans doute le premier film totalement convaincant sur la drogue et ses ravages, parce que c’est une authentique immersion qu’il nous propose.

Une immersion glauque, sans concession, et sans forcer la charge non plus. Les personnages que filme Schatzberg sont des paumés, aux errances pathétiques. Mais ce sont aussi des êtres attachants. Imaginer une vraie histoire d’amour au-milieu de ça n’y change rien : pour vivre avec Bobby, Helen (Kitty Winn, parfaitement en phase avec Pacino) devient addict, elle aussi.

La drogue qui devient une obsession de chaque instant, qui dévore tout… Sur l’affiche du film, en lettres plus grandes que le titre, il est écrit « God help Bobby and Helen ». Et c’est exactement ce que l’on ressent : cette envie que le destin les aide à sortir de cet engrenage. Le plus douloureux, ce sont les moments de lucidité teintée de rêve. Comme cette courte journée où les amoureux quittent le macadam, achètent un chien, jouent à une autre vie, et où Helen tente avec un désespoir mou de retarder le retour à la réalité. Déchirant.

* Le film rejoint Body Double et L’Année du Dragon dans la prestigieuse collection « coffret collector ultra limité », regroupant le blue ray, le DVD, de nombreux bonus, et surtout un formidable livre de 200 pages.

La Vallée maudite (Gunfighters) – de George Waggner – 1947

Classé dans : 1940-1949,WAGGNER George,WESTERNS — 13 juillet, 2016 @ 8:00

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Après avoir blessé l’un de ses amis qui voulait se mesurer à lui, un as de la gâchette décide de raccrocher le ceinturon pour mener une vie paisible dans un ranch. Mais la violence le rattrape bientôt… Voilà un sujet qui n’est pas neuf : les grands tireurs rattrapés par leur réputation ont été au cœur de quelques bons westerns comme Vengeance à l’aube ou La Cible humaine.

Celui-ci n’est pas tout à fait du même niveau, même si Waggner se montre particulièrement à l’aise lorsqu’il s’agit de filmer les séquences d’action. Il y a dans Gunfighters une formidable chevauchée au rythme trépidant et aux images magnifiques, qui se conclue par un étonnant saut de Randolph Scott (oui, de sa doublure) dans un ravin. Autre moment étonnant : une bagarre à pied nu entre Scott (sa doublure, toujours) et son adversaire qui s’étripent au sol entre les sabots de chevaux.

Au rayon des curiosités, il y a aussi le générique de début, qui nous plonge d’emblée dans l’action, avec des images muettes mais expressives qui permettent de planter le décor et le personnage principal. Et puis il y a Randolph Scott (pas la doublure, l’acteur), qui apporte une belle intensité et, oui, une vraie élégance à ce personnage qui cherche à fuir une violence qui ne cesse de le rattraper.

Mais il y a aussi, hélas, ces dialogues impossibles (« Une barrière infranchissable s’est dressée entre nous ! ») qui semblent tout droit sortis d’un mauvais soap opera, et ce scénario (d’après un roman de Zane Grey) qui prend bien soin d’éviter toute psychologie trop complexe. Trop souvent, le film se contente d’enchaîner les scènes en oubliant toute idée de mouvement ou même de logique.

Si bien que l’histoire, pourtant pleine de promesses avec ces deux sœurs si semblables et si différentes à la fois (Barbara Britton et Dorothy Hart), finit par désintéresser. Et qu’on se contente alors d’attendre la prochaine scène d’action. Là, le plaisir est intense.

* DVD dans la collection « Westerns de Légende » chez Sidonis/Calysta. En bonus : une présentation par Patrick Brion qui se contente essentiellement de mettre le film dans le contexte de l’époque.

Après la pluie, le beau temps (Don’t change your husband) – de Cecil B. De Mille – 1919

Classé dans : 1895-1919,De MILLE Cecil B.,FILMS MUETS — 12 juillet, 2016 @ 8:00

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Très tôt, De Mille a affirmé son goût pour les films en costumes, et pour la démesure. C’est ce qui fera sa légende, ce pourquoi l’histoire le retient en premier lieu : ses superproductions comme Les 10 commandements. Dans les années 10, c’était sa version de Jeanne d’Arc, succès populaire qui paraît aujourd’hui bien daté et un rien pompeux.

A l’époque déjà, le succès était certes important, mais le coût de production était tel que les producteurs préféraient, de loin, le voir tourner ces comédies de mœurs qu’il a enchaîné au tournant de 1920 : des productions autrement plus rentables qu’il tournait un peu à reculons, mais qui connaissaient de gros succès pour des dépenses modestes.

Grâce soit rendue à l’appât du gain des producteurs ! Parce que ces comédies de mœurs qui semblent souvent basées sur le même modèle (un couple se sépare, va chercher ailleurs, et se retrouve finalement), avec des titres qui paraissent interchangeables (Old Wives for New auparavant, Why change your wife après), rappellent à quel point De Mille était un bon cinéaste.

Don’t change your husband n’est peut-être pas son film le plus abouti, mais il y a là un sens du rythme et du récit absolument imparable. L’histoire est simple, et on sait d’emblée où elle nous entraîne : négligent et fermé aux désirs de sa femme (Gloria Swanson), le mari qui aime trop les cigares et les oignons (Elliott Dexter) va ouvrir les yeux et redevenir un séducteur élégant pour reconquérir celle qu’il avait perdu.

Ce cheminement sans grande surprise vaut surtout pour ces petits détails que De Mille accumule pour illustrer l’usure des couples, et qui se répètent et se répondent, comme ce journal grand ouvert durant les petits déjeuners, symbole de la barrière qui sépare les deux époux. Amusante aussi, la comparaison, par enchaînement de fondus-enchaînés, entre la tenue impeccable de l’amant en puissance, et celle débraillée du mari installé…

A la fin, la morale est souvent sauve, chez De Mille. Mais en chemin, il n’hésite pas à bousculer et à faire preuve d’un cynisme authentique, dans sa peinture sans grande concession du couple. Il laisse aussi apparaître un début de postulat féministe : le personnage de Gloria Swanson est le vrai moteur de l’histoire. Même si, au final, ses aspirations romantiques seront ramenées à une réalité plus prosaïque.

Feu sans sommation (The Quick Gun) – de Sidney Salkow – 1964

Classé dans : 1950-1959,MURPHY Audie,SALKOW Sidney,WESTERNS — 11 juillet, 2016 @ 8:00

Feu sans sommation (The Quick Gun) - de Sidney Salkow - 1964 dans 1950-1959 Feu%20sans%20sommation_zpsd9ti5hz5

Après deux ans d’absence, un cowboy revient dans sa ville natale dont il est parti dans un bain de sang, et où plus personne ou presque ne veut de lui. Avant d’arriver, il apprend qu’une bande de tueurs s’apprête à mettre la ville à feu et à sang. Malgré l’animosité de ses anciens amis, il décide de leur venir en aide…

De ce scénario de Steve Fisher, tiré de son propre roman, la Columbia a déjà tiré deux films : Top Gun en 1955, et Noose for a Gunman en 1960. Cette troisième version, tournée par un réalisateur qui ne m’a jamais emballé jusqu’à présent (Le Shérif de fer et Last Man of Earth, deux films assez catastrophiques), à une époque où le western américain est pour le moins en déclin, n’augurait donc rien de très bon. Rien de très ambitieux, en tout cas.

La surprise n’en est que plus grande, avec ce film qui, visuellement, ressemble à s’y méprendre à un western Universal des années 50. Ce qui est un grand compliment. A l’époque de sa sortie, alors que Pour une poignée de dollars imposait une nouvelle vision du genre, The Quick Gun devait ressembler à un film totalement dépassé. Aujourd’hui, paradoxalement, le film reste passionnant, et a nettement moins vieilli que la plupart des westerns « dans l’air du temps » des années 60.

La mise en scène de Salkow est très classique, et sans grande surprise la plupart du temps. Mais le réalisateur sait donner un rythme absolument parfait à son film. Et les séquences de nuit (grosso modo la seconde moitié du métrage) sont magnifiques, avec ces visions de la ville prise d’assaut et entourée de barrages enflammés.

Une scène, surtout, impressionne: le face-à-face précédant l’explosion de violence, entre la bande de malfaiteurs (menée par Ted de Corsia) et le shérif prêt à aller au bout de sa mission. Il y a quelque chose de déchirant et de superbe dans cette image de silhouettes découpées sur une nuit d’un gris profond, dont on sait bien que la quiétude qu’elle inspire ne va pas tarder à voler en éclats.

Dans le rôle de ce shérif droit et intègre, James Best (qui restera pour la postérité un shérif nettement moins strict: celui de la série Shérif, fais moi peur) est étonnant. A priori, l’acteur manque de charisme et son jeu paraît emprunté. Mais il apporte un mélange de droiture et de vulnérabilité absolument parfaits à son rôle, qui aurait pu n’être qu’un faire-valoir d’Audie Murphy, la star du film.

Au contraire, toute la première partie doit beaucoup à la complicité qui unit les deux acteurs, aux jeux pourtant radicalement différents. L’amitié complexe entre ces deux personnages est l’une des grandes réussites du film. Une bien belle surprise.

* Le DVD vient de rejoindre la collection Westerns de Légende chez Sidonis/Calysta, avec une présentation par Patrick Brion, qui semble ne pas donner grand crédit au film.

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